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15 septembre 2012

Objets inanimés (4)





Cet objet est aussi un geste artistique.

Nous sommes au printemps 1990, dans une petite ville du Nord-Ouest de la Bulgarie, Vratsa. La révolution - elle était bleue à Sofia - a balayé le régime communiste il y a à peine quelques mois.

Nous sommes les hôtes de la famille Smilov qui avait eu le courage de nous accueillir plusieurs fois pendant les heures sombres du régime du stalinien Jivkov. Le chef de famille est responsable d'un collectif d'artistes de la région. Il nous offre cette toile puis nous présente le peintre, Thomas Trionovski, qui me dédicacera l'oeuvre.

Depuis, la dame au regard mystérieux et sa petite lune (?) ne m'ont jamais quitté.

12 mai 2012

Objets inanimés... (3)




Ce troisième objet est en fait… une serviette de toilette ! Celle que j’ai dérobée en 1978 dans le grand hôtel Intourist de Bakou alors capitale régionale de l’Azerbaïdjan soviétique. Ce larcin fut payé au prix fort car, jusqu’à la fin du voyage, j’ai franchi les nombreux contrôles auxquels nous étions astreints avec l’angoisse d’être confondu et jeté dans un cul de basse fosse pour de nombreuses années. Heureusement, le fait d’appartenir à une délégation officielle (en l’occurrence le MJS) a peut-être refroidi le zèle des policiers et douaniers soviétiques.

Du coup, comme je l’ai écrit bien des années plus tard sur ce blog (Le mano a mano et la serviette magique), « avec le temps, cet acte antisocial de hooligan vendu à l’impérialisme est devenu, par la grâce de la Perestroïka, un authentique acte de résistance face au stalinisme ». Je suis même retourné à Bakou, désormais capitale d’un Etat caucasien indépendant, en 1995 par défi… et pour des raisons universitaires !

Quoi qu’il en soit, cette serviette bleue et beige n’a plus jamais quitté mon sac de sport, témoin de très nombreux entraînements et courses. Elle est même devenue une sorte de fétiche.

Lavée des centaines de fois, elle est toujours fringante et intacte : comme quoi, la glorieuse industrie textile de l’URSS pouvait assurer une production de qualité. Qu’on se le dise !

13 mars 2012

Objets inanimés… (2)




Ce deuxième objet inanimé sera infiniment plus exotique que le premier (voir mon post du 16 février 2012). Il a été acheté il y a plus de vingt-cinq ans pour quelques dollars australiens à un Aborigène de passage juste à l’intersection de la Stuart Highway, qui, d’Adélaïde à Darwin, traverse le continent, et de la route en cul-de-sac qui conduit à Uluru (Ayers rock), le pays des fourmis vertes cher à Werner Herzog.

C’est un serpent en bois, ou plutôt un morceau de bois d’une trentaine de centimètres épousant la forme d’un serpent et naïvement travesti par l’artiste aborigène avec une sorte de fusain.

En le manipulant un peu comme un boomerang inoffensif, il me projette au milieu du bush – ce désert rouge d’Australie – dans une minéralité originelle qui m’apaise.

Reste une question que je me pose depuis curieusement peu de temps. En quel bois est le serpent ? Probablement eucalyptus ou acacia. Peut-être qu’un lecteur de ce blog pourra m’éclairer en cliquant sur la photo ci-dessous ?



16 février 2012

Objets inanimés… (1)



Objets inanimés avez-vous donc une âme… Cette formule en forme d’interrogation de mon compatriote Alphonse de Lamartine, récemment reprise sur ce blog par Christian V. m’a donné l’idée de créer une nouvelle rubrique.

En effet, nombreux sont les objets qui, dans notre univers quotidien, nous rattachent à notre histoire personnelle, souvent en dehors de tout intérêt esthétique et de toute valeur marchande. Toujours présents dans notre environnement immédiat, ils nous rassurent car, en quelque sorte, ils nous arriment à nous-mêmes.

Aussi, le premier objet dont je parlerai ici est une bien modeste boule de cuivre, inexplicablement cabossée et même fendue, qui servait d’ornement (!) à la rampe de l’escalier en bois qui, dans la maison de ma grand-mère à Cruzille (Saône-et-Loire) reliait la pièce du bas (cuisine - salle à manger) aux trois grandes chambres du premier étage.

Elle est un peu la madeleine de ces étés paisibles et joyeux qu’adolescent ou jeune homme je passais dans ce petit village de Bourgogne. Lorsque la maison familiale fut vendue dans les années 1990, j’avais recueilli quelques objets qui désormais font partie de mon univers quotidien. Le « pommeau » en cuivre fut l’un de ceux-là et, depuis, il n’y a pas un jour où je ne le prends pas au moins une fois dans la main.

« Objets inanimés avez-vous donc une âme qui s’attache à la nôtre et la force d’aimer ? »

Et vous, quels sont vos objets inanimés ?