Una mattina, mi sono svegliato
O bella ciao, bella ciao, bella ciao ciao ciao
Una mattina, mi sono svegliato
E ho trovato l’invasor
Un matin, je me suis réveillé
O bella ciao, bella ciao, bella ciao ciao ciao
Un matin, je me suis réveillé
Et j’ai trouvé l’envahisseur
Supplantant L’Internationale, Le temps des cerises et Le chant des partisans, Bella ciao est devenu le chant quasi officiel des rassemblements progressistes en particulier dans le sud de la France. Pas un meeting, pas un banquet républicain, pas une manifestation, sans qu’à un moment ou un autre, les participants entonnent ce qu’ils pensent être l’hymne de la Résistance italienne au fascisme.
En réalité, les débuts de cette chanson mobilisatrice et joyeuse sont à la fois beaucoup plus lointains… et récents qu’on ne le pense.
A l’origine, la mélodie est celle d’une ballade yiddish, un morceau de musique klezmer d’Europe de l’Est, Dus zekel koilen (« Le petit sac de charbon »). Enregistré en 1919 à New York par un musicien juif, elle aurait été rapportée en Italie par un immigré.
Mais, encore plus surprenant, Bella ciao ne deviendra l’hymne officiel de la résistance italienne que… vingt ans après la fin de la guerre. Pendant le conflit, elle n’est chantée que par quelques groupes de partisans de Modène et de Bologne. Le chant officiel, Fischia il vento, étant d’inspiration trop ouvertement communiste, on le remplaça dans les années 60 par Bella ciao, aux paroles beaucoup plus consensuelles.
L’aventure de la chanson ne s’arrête pas là. Toujours dans les années 60, on retrouve un chant populaire piémontais d’avant-guerre qui utilise exactement la même mélodie. Il exprime la contestation des « mondine », les repiqueuses de riz travaillant dur, le dos courbé, les pieds dans l’eau, et superbement incarnées à l’écran par Silvana Mangano dans le film de Giuseppe De Santis, Riz amer :
Alla matina, appene alzata
O bella ciao, bella ciao, bella ciao ciao ciao
Alla matina, appene alzata
In risaia mi tocca andar
Le matin, à peine levée
O bella ciao, bella ciao, bella ciao ciao ciao
Le matin, à peine levée
A la rizière je dois aller
Contre les pogroms, contre le fascisme, contre les grands propriétaires… Bella ciao est donc le chant de toutes les résistances. Alors pourquoi ne serait-il pas celui de toutes les révoltes ?















