Affichage des articles dont le libellé est musique. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est musique. Afficher tous les articles

11 avril 2012

Bella ciao : du Yiddishland à Riz amer…



Una mattina, mi sono svegliato
O bella ciao, bella ciao, bella ciao ciao ciao
Una mattina, mi sono svegliato
E ho trovato l’invasor

Un matin, je me suis réveillé
O bella ciao, bella ciao, bella ciao ciao ciao
Un matin, je me suis réveillé
Et j’ai trouvé l’envahisseur

Supplantant L’Internationale, Le temps des cerises et Le chant des partisans, Bella ciao est devenu le chant quasi officiel des rassemblements progressistes en particulier dans le sud de la France. Pas un meeting, pas un banquet républicain, pas une manifestation, sans qu’à un moment ou un autre, les participants entonnent ce qu’ils pensent être l’hymne de la Résistance italienne au fascisme.

En réalité, les débuts de cette chanson mobilisatrice et joyeuse sont à la fois beaucoup plus lointains… et récents qu’on ne le pense.

A l’origine, la mélodie est celle d’une ballade yiddish, un morceau de musique klezmer d’Europe de l’Est, Dus zekel koilen (« Le petit sac de charbon »). Enregistré en 1919 à New York par un musicien juif, elle aurait été rapportée en Italie par un immigré.

Mais, encore plus surprenant, Bella ciao ne deviendra l’hymne officiel de la résistance italienne que… vingt ans après la fin de la guerre. Pendant le conflit, elle n’est chantée que par quelques groupes de partisans de Modène et de Bologne. Le chant officiel, Fischia il vento, étant d’inspiration trop ouvertement communiste, on le remplaça dans les années 60 par Bella ciao, aux paroles beaucoup plus consensuelles.

L’aventure de la chanson ne s’arrête pas là. Toujours dans les années 60, on retrouve un chant populaire piémontais d’avant-guerre qui utilise exactement la même mélodie. Il exprime la contestation des « mondine », les repiqueuses de riz travaillant dur, le dos courbé, les pieds dans l’eau, et superbement incarnées à l’écran par Silvana Mangano dans le film de Giuseppe De Santis, Riz amer :

Alla matina, appene alzata
O bella ciao, bella ciao, bella ciao ciao ciao
Alla matina, appene alzata
In risaia mi tocca andar

Le matin, à peine levée
O bella ciao, bella ciao, bella ciao ciao ciao
Le matin, à peine levée
A la rizière je dois aller

Contre les pogroms, contre le fascisme, contre les grands propriétaires… Bella ciao est donc le chant de toutes les résistances. Alors pourquoi ne serait-il pas celui de toutes les révoltes ?

30 juillet 2011

Paris Nostalgie



Mon dernier séjour dans la capitale s’est transformé d’une façon inopinée en une longue séquence de Radio Nostalgie au hasard de deux spectacles musicaux – le premier, symbole de la contre-culture des années 60, le second, épopée d’un groupe des années 70 – et d’une exposition sur la vie et l’œuvre d’un chanteur mort il y a déjà trente ans.


Hair au Palace

Bien sûr, j’avais vu plusieurs fois le beau film de Milos Forman avec ses scènes magnifiques à Central Park, mais je n’avais jamais eu l’opportunité de voir le spectacle en live. C’est maintenant chose faite avec une troupe francophone qui, malgré son jeune âge, arrive à faire passer, notament en jouant avec le public, l’atmosphère si particulière des années Vietnam.
Même si les acteurs-chanteurs n’hésitent pas à prendre (un peu) leurs distances en pratiquant l’ironie tendre. C’est d’ailleurs nécessaire car la philosophie qui soutient l’œuvre – la révolution sexuelle est l’antichambre de la Révolution tout court – est un peu dépassée. On s’est rapidement rendu compte que les choses seraient plus compliquées…
Reste une comédie musicale joyeuse et généreuse avec d’inoubliables morceaux de bravoure comme Aquarius, Manchester England ou Let the sunshine in cet hymne à la vie que nous avions intégré dans le final de « Fragments de Nice » lors de la série de représentations de 2007 (n’est-ce-pas Bernard ?)


Mamma mia au théâtre Mogador

Là encore, j’avais vu la version filmée avec Meryl Streep, l’occasion d’écrire sur ce blog une sorte d’hommage à la musique disco du groupe Abba dont l’illustration du répertoire est le prétexte au spectacle musical : «… une musique euphorisante et sans mémoire qui, entre la promesse des lendemains qui n’ont jamais chanté (celle de Hair ?) et la plongée inexorable dans le no futur, nous a fait fugitivement retrouver le temps de l’innocence ».
Bien servi par une troupe de chanteurs-danseurs-comédiens talentueux et … chantant en français, la comédie est à cette image, elle provoque une sorte d’ivresse légère due à l’afflux d’images, de sensations, de souvenirs, qui submergent le spectateur à l’écoute de chansons qui ont jalonné souvent par inadvertance sa vie.
Pour moi, la musique d’Abba est indéfectiblement associée à une traversée de l’Australie  où nous avions joué les « Priscilla ». Du coup, à Mogador, Dancing queen ou Wanadoo avaient l’intensité d’un coucher de soleil sur l’Outback .
 

Georges Brassens ou la liberté à la Cité de la Musique

C’est à la Villette que l’auteur du Chat du rabbin, Joan Sfar (et oui Clotilde !), a organisé et illustré une exposition hommage dédiée à Georges Brassens.
De chanson en chanson, de photo en vidéo, on se rend compte à quel point cet anarchiste sourcilleux mais bienveillant nous manque. Avec la poésie de ses textes et la ponctuation si particulière de sa musique, il savait nous rappeler à quel point il était important de ne pas  laisser  s’éteindre la petite flamme d’irréductible liberté qui brûle en nous. Pour lui c’était évident, cette liberté ne pouvait qu’être individuelle. Une vidéo présentée à la Cité de la Musique le montre expliquant, presque avec brutalité, ce point de vue et cet art de vie à Jean Ferrat, grand défenseur des causes collectives.
Entre les textes de Georges et les dessins de Joan, la visite se transforme peu à peu en parcours initiatique pour tous ceux qui aiment l’auteur de L’auvergnat mais aussi pour les autres. J’aurai ainsi la confirmation que la Supplique pour être enterré sur une plage de Sète, que Brassens aurait mis plusieurs années à composer, est une des plus belles chansons de langue française.


Quant à Forrest, bien sûr, il était du séjour. Il en a même profité pour aligner plus d’une trentaine de kilomètres sur les pavés et le bitume parisien : l’occasion en passant sous les piliers du pont de Bir Hakeim de rendre hommage à Maria du Dernier tango à Paris et de rencontrer, du coté du lac de Boulogne, un petit lapin au derrière blanc qui semblait s’échapper d’une lettre de mon moulin.

22 juin 2011

Saint-Barth attitude






La Saint-Barth attitude, c’est celle de l’association « Colline Saint Barthélemy - Le Prieuré » qui organise chaque année pour la Fête de la Musique dans le jardin-roseraie du Prieuré du Vieux Logis, le seul musée du 5e canton, un concert en deux parties. La première est classique, la seconde jazz-rock.

Une fois de plus la soirée a tenu toutes ses promesses. Avec Manu, nouveau résident du quartier, nous avons donc suivi la prestation du Quatuor Nicea composé de solistes du Philharmonique de Nice. Haydn, Mozart, Schubert… allegro ma non troppo, allegro con brio, allegretto, molto allegretto… tout cela pour séduire la nuit la plus courte de l’année qui, probablement par coquetterie, prenait tout son temps pour nous rejoindre.

Puis ce fut la deuxième partie. Les années précédentes, elle était délicieusement jazzy, en 2011, elle sera furieusement rock : le groupe View Master succédant à Yaël Angel et Tina Scott.

Philippe Dahrmann et ses musiciens vont littéralement mettre le feu en transformant le paisible parvis du Prieuré en danse floor : Bowie, Depeche Mode, Radiohead, U2, sans oublier les incontournables Beatles (un super Come together).

Quant au Christ qui domine le jardin sur son immense croix, il me semble bien l’avoir vu – à l’instar d’un de ses collègues dans un film des Monty Python – battre la mesure sur le Miss you des Stones.

Du coup, View Master probablement inspiré par les lieux termina magnifiquement son concert avec le Hallelujah de Leonard Cohen. Hallelujah !




07 mai 2011

La grande Catherine



Délaissant pour quelques jours France Info et Radio Bleu Azur, j’ai affronté cette semaine les fastidieuses séances de surplace automobile imposées par les embouteillages niçois en compagnie de Catherine Ringer.

Amorçant l’après Rita Mitsouko, Catherine nous livre un premier album solo « Ring n’Roll » à la fois évident (la filiation avec le duo) et surprenant (la naissance d’un univers).

Ce passage de témoin est symbolisé par l’hommage à Fred Chichin, Mahler : quelques mots simples et bouleversants sur l’adagietto de la 5e symphonie de Gustav Mahler, la musique de Mort à Venise.

« Au fond de moi
Oui c’est bien toi
Encore toi qui me fais rire là
Ton regard est dedans mes yeux
Oui c’est ta flamme
Et je suis deux »

Les douze titres mettent en valeur la voix si particulière de la chanteuse. Une voix qui jongle avec le français, l’anglais et les onomatopées. Une voix tour à tour céleste, étrange, mutine, sensuelle, « ninahagenienne », enfantine. Un voix prête à toutes les extravagances. Une voix capable de transformer les mots les plus mièvres en messages subversifs.

Les textes ne sont pas écrits pour se suffire à eux-mêmes et être plaqués sur une mélodie, ils servent la musique et l’interprétation, c’est leur raison d’être. Et, de chanson en chanson, du charmant Vive l’amour au planant Yalala, de l’étrange Punk 103 au cosmique Rendez-vous, c’est tout un univers qui s’installe, un univers peut-être plus Ringer que Mitsouko.

Jusqu’à cette obsession de la mort qu’on retrouvait, très présente, dans le répertoire du duo (Marcia baila) et qui cède un peu de terrain au profit de l’espoir. Même si ce n’est pas gagné.

« Grâce à l’amour
On n’est pas mort
Et ça, ça vient pas tout seul, non
Ça vient pas tout seul »

23 décembre 2010

Il faut aussi classer le Abbey Road niçois

Nice-Matin 23/12/2010

Le gouvernement anglais a inscrit au patrimoine national le passage piéton situé devant les studios londoniens de Abbey Road et rendu célèbre par les Beatles illustrant leur album « The alternate Abbey Road » par une photo où l’on voyait John, Ringo, Paul et Georges traverser la rue en file indienne. Le ministre du Tourisme et du Patrimoine tout content d’avoir pris cette initiative en a même rajouté une couche en disant « ce passage protégé n’est ni un château ni une cathédrale mais, grâce à une séance de photos de dix minutes un matin d’Août 69, il a acquis le droit de faire partie de notre patrimoine » (Nice-Matin 23/12/2010)

En toute logique, la rue de Valois devrait se pencher maintenant sur la question du classement de l’Abbey Road niçois, ce passage entre la rive cinquième canton et la rive septième canton de l’avenue du Ray qui servit à illustrer notre dernière carte de vœux. Au delà de son aspect hautement culturel et historique, cette initiative aurait fatalement des retombées touristiques et relancerait probablement l’activité économique de Nice Nord ! Enfin ce que j’en dis, moi, c’est pour rendre service… En plus, ce classement, on le mérite. Ainsi il est admis que la séance des Beatles n’a duré que quelques minutes ; la nôtre, par contre, entre la circulation, la lumière et la synchronisation, a duré, sous l’objectif pourtant bienveillant de notre muse Caro, pas loin de deux heures… Donc, au moins sur le plan de l’effort, entre les Beatles et nous il n’y a pas… photo !

Nice-Matin 2/01/2010

21 juillet 2010

Evidemment



Une chanson populaire peut vous envahir et aller bien au-delà de la signification que l’auteur lui a donnée. C’est assez fréquemment que, presque sans le vouloir, je me laisse entraîner par un texte vers des rivages secrets restés inconnus à l’auteur-compositeur.

Ainsi, Evidemment, la chanson créée par France Gall en 1987 est au premier degré, pour Michel Berger l' auteur, un hommage rendu à son ami, le chanteur Daniel Balavoine, mort dans un accident quelques mois auparavant.

Pour moi, Evidemment est bien plus : un constat mélancolique et même déchirant sur l’innocence et les rêves de jeunesse, l’engagement et l’espoir, les désillusions et le temps qui passe…

Et pour vous ?

Evidemment

Y a comme un goût amer en nous
Comme un goût de poussière dans tout
Et la colère qui nous suit partout

Y a des silences qui disent beaucoup
Plus que tous les mots qu'on avoue
Et toutes ces questions qui ne tiennent pas debout

Evidemment
Evidemment
On danse encore
Sur les accords
Qu'on aimait tant

Evidemment
Evidemment
On rit encore
Pour les bêtises
Comme des enfants
Mais pas comme avant

Et ces batailles dont on se fout
C'est comme une fatigue, un dégoût
A quoi ça sert de courir partout
On garde cette blessure en nous
Comme une éclaboussure de boue
Qui n'change rien, qui change tout

Evidemment
Evidemment
On rit encore
Pour les bêtises
Comme des enfants
Mais pas comme avant
Pas comme avant

22 juin 2010

Summertime au Prieuré du Vieux –Logis


« Summertime and the livin’ is easy
Fish are jumpin' and the cotton is high
Your daddy’s rich and your ma is good-lookin’
So hush little baby, don’t you cry...
Summertime »

Claire et chaude, la voix de Tina se faufile entre les branches de l’olivier aux feuilles d’une parfaite immobilité avant de s’envoler en volutes sensuelles dans le ciel de la colline Saint-Barthélemy. Elle célèbre le 21 juin, le solstice et l’été.

Cette année encore, c’est dans les jardins du Prieuré du Vieux Logis avec mes amis de l’association « Colline Saint-Barthélemy Prieuré » que je fête la musique.

L’équipe du Président Pascal Lépine est un peu magicienne : retrouver – un an après le concert mémorable de Yael Angel –, avec Tina Scott et son trio (Marc Caballero, Laurent Rossi), une chanteuse de jazz capable de vous euphoriser tout en vous donnant la chair de poule est un bel exploit.

Du Tea for two au Don’t Know Why de Norah Jones, en passant par Ipanema et le merveilleux jardin d’hiver d’Henri Salvador :
« Je voudrais du Fred Astaire
Revoir un Latécoère
Je voudrais toujours te plaire
Dans mon jardin d’hiver »,
le voyage fut presque initiatique.

Il est vrai que la fumée bleutée des spirales anti-moustiques placées prudemment par les organisateurs autour de la petite scène accentuait la singularité de ce spectacle au cœur de la ville, hors de la ville…

22 juin 2009

De « La relève du 06 » au « Quartet 21 »

« La relève du 06 »

C’est avec un programme légèrement chauvin que j’ai participé cette année à la Fête de la Musique en restant dans le 5e canton et sa périphérie.

Tout cela a commencé samedi, place Alexandre Médecin, avec le podium programmé par la commission animation du comité de quartier Saint-Maurice, Chambrun, Vallon des Fleurs. C’est que la Fête de la Musique s’étend désormais sur plusieurs jours, ce dont personne ne se plaindra. Notons également – et c’est heureux – une implication de plus en plus grande des comités de quartier dans la culture. En effet, chacun s’est rendu compte que, quand elle est à la fois populaire et de qualité, celle-ci fabrique du lien social. Cette tendance se confirme d’ailleurs quelle que soit la sociologie du quartier.

Place Saint-Maurice, de 9 heures 30 à 17 heures, le programme fut varié, évidemment inégal, mais toujours débordant de joie de vivre chez les participants, le public… et les organisateurs, qui avaient bien mérité de s’amuser un peu.

Pour ma part, ayant raté mon jeune voisin Jonathan et sa reprise de l’Hallelujah qu’il avait dédié le matin à Dominique, c’est avec bonheur que j’ai assisté à la prestation du groupe hip-hop-slam des jeunes de la Madeleine « La relève du 06 ». Du beau travail. Et ma surprise fut grande quand je me rendis compte que le responsable du groupe était Hervé, un de mes étudiants, que j’avais interrogé la veille à la fac !

Il y eut aussi la jolie Sabah (variété anglaise), Maria, la chanteuse lyrique qui fit un tabac, les claquettes du CAL Gorbella et « Come togethers » de Western Blods qui ne pouvait qu’enchanter le fan des Beatles que je demeure.

Dimanche, jour officiel de la Fête, après avoir applaudi à la terrasse du Pantaï un groupe de rock blues de grande qualité (Anna & Diving Ducks) et chanté en duo avec la sympathique animatrice Peggy « Avant de nous dire adieu » de Jane Manson (et oui…) au square Boyer pendant l’animation organisée par l’Amicale des commerçants de Gorbella, j’ai assisté, dans les jardins du Musée du Vieux Logis, à la soirée organisée par le plus culturel des comités de quartiers de Nice, l’association « Colline Saint Barthélemy – Prieuré ».

Dans ces jardins à plusieurs niveaux, au pied de la façade ocre de la vieille bâtisse, l’atmosphère était magique, forcément magique comme aurait dit Marguerite…

Programme classique en première partie, avec la violoniste Caroline Berry et le pianiste Itzhak Solsky qui, en plus, a le bonheur d’être un résident du quartier. Itzhak a d’ailleurs vécu une soirée mouvementée car, après nous avoir fait tutoyer les anges avec le Prélude de Chopin, il dut subir stoïquement l’ondée capricieuse pendant son « Appasionata » de Beethoven.

La fin de soirée fut consacrée au jazz et à la variété internationale avec le talentueux Quartet 21 et sa très jazzie chanteuse Yaël Angel à la voix chaude et grave… qui vous prend par la main (je sais, l’image est audacieuse mais j’assume…)

Là encore, un Beatles mythique « Let it be » acheva de transformer mon muscle cardiaque en astéracée catégorie artichaut.

Pour cela, et pour tout le reste, merci Jack : en 1982 tu as vraiment eu une chouette idée…

« Quartet 21 »

12 avril 2009

La plus belle soirée de sa vie

Photo Dominique Boy-Mottard

Il y a environ un an et demi, invité par l’association des journalistes niçois de Paris pour présenter mon livre, j’avais passé la soirée en face d’un petit homme aux cheveux longs étrangement bouclés. Avec ce voisin de table un peu timide mais chaleureux et gai, nous avions parlé de Paris, de Nice, de culture… et de politique. Ce n’est qu’au dessert – « Bon sang, mais c’est bien sûr ! » - que j’ai reconnu mon interlocuteur, sans que jamais celui-ci n’ait mis en avant son statut, sa notoriété ou sa carrière.

Aujourd’hui, sur la scène d’Acropolis, je retrouve le petit homme timide aux cheveux bouclés. Le spectacle touche à sa fin. Emu, il saisit enfin le micro et, la voix tremblante d’émotion devant la salle surchauffée, ose quelques mots devant les siens : « Merci, c’est la plus belle soirée de ma vie… »

Quelle belle idée d’avoir organisé, dans le cadre de « 06 en scène », cette soirée hommage pour le compositeur niçois Francis Lai.

La soirée survole sans fausse note – ce qui est normal avec l’orchestre philharmonique de Nice – quarante ans de carrière, trois cents musiques de films et, ce qui est peut-être moins connu, une centaine de chansons (dont le fameux "A bicyclette" chanté par Yves Montand )

Les « pics » d’émotion sont nombreux : l’ouverture, avec le générique du Cinéma de minuit, la musique d’Itinéraire d’un enfant gâté (voir ci-dessous), celles de Mayerling et des Yeux noirs (le si beau film de Mikhalkov), le « Chabadabada » entre Francis Lai et Nicole Croizille, et le final improvisé par le héros de la soirée sur le thème de Love story. Un final qui a fait chavirer la salle. Comment, en effet, ne pas penser à Jennifer Cavalleri, celle qui aimait « Mozart et Bach. Et les Beatles. Et moi », celle qui murmure encore à nos mémoires tant d’années après : « Love means never having to say you’re sorry » (l’amour c’est n’avoir jamais à dire qu’on est désolé). A ce moment précis, les gorges se sont nouées, les yeux se sont embués, ma gorge s’est serrée, mes yeux se sont embués.

La musique populaire est constitutive de notre humanité. Celle de Francis Lai nous rend plus tendres et plus pitoyables les uns pour les autres…

Francis, tu as bien mérité « la plus belle soirée de ta vie… »

Découvrez Francis Lai!



04 février 2009

La ritournelle de Grégoire




Ponctuation de nos vies, les chansons populaires sont autant de petites madeleines…

Par quel sortilège une chanson entre dans votre tête et n’en sort plus pendant des jours et des jours ?

Sans vous en rendre compte, vous vous retrouvez comme ensorcelé par quelques notes et des mots que vous entendez partout, que vous attendez partout… Puis un jour, sans crier gare, ils vous quitteront pour endosser les oripeaux sépias de la nostalgie.

La ritournelle du jour s’appelle Toi + Moi d’un dénommé Grégoire. Je ne connaissais ni la chanson, ni le chanteur, mais ils se sont installés en moi doucement, sans crier gare !

Quelques passages radios en voiture, un haut-parleur syndical à la manif du 29 janvier, le clip (à l’esthétique Facebook, chaleureux et décontracté) aperçu dans les bars ou sur le cable…

« Toi plus moi, plus eux, plus tous ceux qui veulent
Plus lui, plus elle, et tous ceux qui sont seuls
Allez, venez et entrez dans la danse
Allez, venez, laissez faire l’insouciance

A deux, à mille, je sais qu’on est capable
Tout est possible, tout est réalisable
On peut s’enfuir bien plus haut que nos rêves
On peut partir bien plus loin que la grève
»

Ce n’est pas du Léo Ferré ni même du Souchon. C’est une simple ritournelle fragile et pudique, vaguement obsédante. Ce sera celle de l’hiver 2009.

« Et même si elle ne change pas le monde
Elle vous invite à entrer dans la danse…
»

30 septembre 2007

Le gospel des Anges

Samedi. En cette fin d’après-midi, le ciel orageux écrase les eaux grises presque métalliques mais étrangement calmes de la Baie des Anges.

Sur la Prom, le podium de Handicap International accueille la chorale « La mus’ en scène », composée d’amateurs niçois de gospel. L’air est doux et, sous la direction de Brigitte Dumas, la musique religieuse a des accents jazzy, entraînant le public dispersé à rythmer les chants.

Avec Didier, nous ne sommes pas en reste. Il est vrai que ce dernier est particulièrement motivé, sa femme Huguette faisant partie de la troupe.

Petit à petit, la nuit tombe sur la courbe de la Baie et, sous un ciel de plus en plus menaçant, nous vivons un de ces moments parfaits que cette ville nous offre parfois comme ça, sans prévenir. Oh happy day !

Ce mini concert est le point d’orgue d’un samedi placé sous le signe de la musique des amateurs. Dès dix heures du matin, dans le décor chahuté de l’église Sainte Monique du boulevard Paul Montel, à l’occasion d’une messe souvenir, la chorale des amis du défunt – le père de Laurent – nous a offert pendant une petite heure « La passion selon Saint Jean » et autres thèmes religieux de Jean-Sébastien Bach. Plus tard dans la journée, sur la scène du Théâtre de Verdure, dans le cadre de la Fête de la Solidarité, ce seront les accents orientaux du raï avec le groupe Tessala.

Bach, raï, gospel, une vraie petite Fête de la Musique en automne.

24 juin 2007

« The house of the rising sun »

There is a house in New Orleans
They call « The rising sun »
And it’s been the ruin of many a poor boy
And God I know I’m one.

Une fois de plus, bloqué par les travaux du tramway, j’écoute sur Radio Nostalgie le premier couplet de « The house of the rising sun », ce standard mythique popularisé par The animals dans les années soixante et connu en France grâce à la version too much de Johnny « Le pénitencier ».

Aussitôt, je déclenche la procédure habituelle : je prends mon portable, je compose le numéro de Dominique, et je colle l’appareil contre le haut-parleur de l’autoradio. Sans un mot, Dominique comprendra, car cette chanson s’est insinuée dans notre vie depuis plusieurs décennies. Nous l’avons entendue sur tous les continents, dans n’importe quelle circonstance, dans de multiples versions. Elle a fini par devenir le jingle de notre vie.

Aujourd’hui, parmi tous ces souvenirs, deux s’imposent à moi.

Mount Isa, fin des années quatre-vingts, Queensland.

Dans cette petite ville du désert australien, nous sommes entrés, le soir de notre arrivée, dans un immense pub enfumé. Au fond de la salle, derrière les volutes bleues, un cow-boy local, chapeau en cuir et santiags poussiéreuses, sorte de John Fogerty (période Creedence clearwater revival) revisité en Crocodile Dundee, jouait à sa façon le fameux « The house of… ». La mélodie, servie par l’accent guttural et traînant de l’anglais australien nous fit prendre conscience que ce soir-là, nous étions au bout du monde.


Madrid, 1992.

Ambassade de Bulgarie en Espagne. Notre ami, Michel Petkov, social-démocrate rescapé des geoles communistes, nous fait les honneurs de sa toute nouvelle ambassade. La chute du Mur est encore récente, aussi, le bâtiment et sa décoration semblent sortis tout droit d’une BD d’Enki Bilal. Le kitch communiste dans toute sa splendeur. Au sous-sol, Monsieur l’Ambassadeur nous fait visiter l’immense salle de réception au milieu de laquelle, isolé, trône un piano. Dominique ne résiste pas et se met à jouer « The house of… ». Cinq minutes plus tard, les Animals n’avaient qu’à bien se tenir : un groupe franco-bulgare était né !

En réalité, je pourrais multiplier les anecdotes de ce style. Mais si je devais en retenir une seule, ce serait bien sûr cette soirée aux Palmiers, où celle qui n’était pas encore la conseillère générale des lieux, fêtait un anniversaire en 0. Avec la complicité de mon ami chanteur Isaac, elle fut accueillie par une chorale d’une cinquantaine d’amis qui lui chantèrent, bien sûr, « The house of… ». En fait, non… c’était ce soir-là « Le pénitencier ». Probablement pour faire plaisir à Bernard Gaignier !

03 mars 2007

Lettre à France

Incroyable opération marketing que ce retour sur le devant de la scène de Michel Polnareff. Fan depuis toujours de l'inoubliable créateur de Love me, please love me, ce retour de flamme me comble. Il me comble sans que pour autant je sois dupe : la capacité des médias à créer artificiellement un événement est tout simplement effrayante.

C'est qu'au delà de la voix et de l'univers musical, par essence intemporels, Polnareff, ce n'est pas vraiment retour vers le futur, mais bel et bien retour vers cette France post soixante-huitarde, beaucoup plus puritaine qu'on ne le pense généralement. Il a suffi que Michel Polnareff affirme en chanson "Je veux simplement faire l'amour avec toi", pour être rejeté à l'époque dans l'enfer des programmations radiophoniques nocturnes. Aujourd'hui quand Monsieur Homais marie sa fille, les dames patronnesses se dandinent pendant le lunch dînatoire (!) en susurrant "Voulez-vous coucher avec moi ce soir" sans que cela n'émeuve personne. A l'évidence, de l'eau a coulé sous les ponts.

En tout cas, "Coucou le revoilou"... Après une longue parenthèse où, fuyant la France pompidolo-giscardienne, il séjourna aux USA. Et après quelques allers-retours sans lendemain. Notons toutefois, en 1990, le fascinant Kamasutra :

Quand la poussière aura effacé nos pas.
Que la lumière ne viendra plus d'en bas.
Ceux qui viendront visiter notre ici-bas
Ne comprendront pas ce qu'on faisait là.
Mais ça ira, ça ira.

Son retour sera-t-il autre chose qu'une opération à monnayer la nostalgie ? Saura-t-il fédérer plusieurs publics ? Réponse après cette tournée tant attendue. Nous en serons.

Quoi qu'il en soit, se replonger dans le répertoire de Polnareff est un moyen bien agréable de passer le temps en avalant les quelques centaines de kilomètres d'autoroute qui séparent Nice de Perpignan... Résultat des courses : un petit tiercé.

1 - Je suis un homme (pour la provoc')
2 - Tous les bateaux (pour l'innocence)
3 - Ça n'arrive qu'aux autres (pour l'émotion)

Et le vôtre ?


En supplément, un petit cadeau de Clotilde... !

19 décembre 2006

Merci à la femme chocolat

Séance plénière du Conseil général. Vote du budget.

Notre chef de groupe JFK étant en voyage humanitaire au Bénin, c'est Paul Cuturello qui s'y colle. Discours musclé qui détonne dans l'atmosphère feutrée de l'hémicycle remis à neuf. La réaction agacée voire énervée du Président-Ministre montre à l'évidence que la cible est touchée. Le groupe Socialiste et Verts du CG ressemble à l'Olympique Lyonnais : les remplaçants sont aussi bons que les titulaires...

Début d'après-midi, c'est au tour de la recrue du dernier mercato, Dominique, de prendre la parole sur les questions liées à la politique d'aide aux personnes âgées ou handicapées. La petite équipe d'experts qu'elle a réunie lui permet d'intervenir avec compétence sur ces sujets, mais plus encore - et c'est cela l'essentiel - de faire bouger les lignes dans l'intérêt général.

Pour ma part, le regard fixé sur la ligne bleue du Conseil municipal de mercredi, je me contente de quelques interventions sur la politique culturelle. Tout en me félicitant de la mise sur orbite d’une véritable politique du cinéma (je vais représenter le groupe dans le comité de lecture chargé de sélectionner les projets cinématographiques susceptibles d’être subventionnés par le département), je regrette une fois de plus notre absence de volontarisme en matière de création de demande culturelle, seul facteur de démocratisation véritable.

Je zappe les dernières délibérations pour rejoindre aux alentours de vingt heures le CLAJ, pour la traditionnelle réunion de préparation du CM avec Nice Plurielle. Au programme du jour : le budget primitif, Acropolis, les contrats de projet, le rapport annuel de la CANCA et l’avenir… du terrain Sulzer. Excusez du peu !

Il est donc bien tard quand la journée s’achève. Une journée heureusement éclairée par… Olivia Ruiz. « Profitant » du chantier du tramway et des transferts Nice Nord – CADAM – CLAJ, j’ai découvert l’univers musical de celle dont on parle tant, y compris sur ce blog. Aussi, cette journée austère et laborieuse sera quelque peu adoucie par cette chanteuse qui vaut infiniment mieux que son statut de « staracadémicienne ». Entre rengaines néoréalistes et rock alternatif, son monde est très personnel, parfois un peu étrange, toujours stimulant. Quelques titres flirtent même avec les Rita Mitsouko de la grande époque. En plus sucré.

« Laisse fondre tes hanches nutellasses
Le sang qui coule en moi, c’est du chacolat chaud
Un jour je vais m’envoler
A travers le ciel
A force de gonfler
Et je baillerai des éclairs
Une comète plantée entre les dents
Mais sur terre en attendant
Je me transforme en la femme chocolat ».

Merci femme chocolat qui sait aussi nous rappeler fort à propos (Thérapie de groupe) :
« Et si on essayait un peu
De voir notre petit monde d’en haut
Au lieu de laisser choir nos idéaux ».

05 septembre 2006

Camille


Les travaux du tramway occasionnant de longs et pénibles déplacements en voiture, je positive en poursuivant mon exploration de ce que d’aucuns appellent « la nouvelle chanson française ».

Après Anaïs, je me suis intéressé aux dernières productions de ces nouvelles stars que sont Benabar, Raphaël et Camille.

Résultat des courses : nous sommes bien au-delà de la médiocrité ambiante, des lolitas staracadémisées aux Québécoises bêlantes.

Cela dit, modérément convaincus par les garçons, c’est l’univers envoûtant de Camille qui m’a surtout séduit, voire emballé.

Même si l’ensemble de l’album de Benabar est honorable, il reste minimaliste. Le chanteur semble hésiter entre l’anodin et l’anecdotique. Refuser d’aller dîner chez des amis (Le dîner) ou fustiger les sempiternelles photos de vacances qui envahissent buffets et commodes (Les épices du souk du Caire), ce n’est quand même pas le sommet de la révolte. A part une très belle chanson sur le temps qui passe (Quatre murs et un toit) et un coup de griffe un peu acide sur certains inconvénients de la paternité (La berceuse), l’ensemble de l’album est un peu convenu et la musique assez répétitive.

« Caravane », la dernière production de Raphaël, est plus imaginative même si parfois elle flirte un peu trop avec le politiquement correct. Là encore, une belle chanson sur le temps qui passe (Et dans 150 ans). Décidément, ces jeunes gens sont bien mélancoliques !! L’énigmatique Schengen est aussi à mettre au crédit d’un chanteur qui arrive à imposer une voix, voire un style, mais pas un univers.

Quant à Camille, c’est peu dire que, dès la première phrase du premier titre (La jeune fille aux cheveux blancs : « Je suis à l’âge où l’on ne dort nulle part »), on est immédiatement subjugué par cette voix étrange, qui change de registre constamment en imposant un univers mi-onirique mi-réaliste et, en tout cas, formidablement poétique.

La musique aux sonorités d’ailleurs renforce un climat de mystère et d’étrangeté. Un mystère et une étrangeté jamais fabriqués, jamais gratuits.

Baby carni bird est probablement le titre qui m’a le plus touché. On y raconte l’histoire d’une jeune femme victime d’un accident :
« La route était barrée
quand il m’a renversé
un soir au nord de Nice »
(Le conseiller général de Nice nord n’en veut absolument pas à Camille pour cette contre-publicité).

Ta douleur et Assise traitent avec poésie et humanité de grands sujets comme la maladie et le handicap sans jamais solliciter le compassionnel larmoyant.

En fait, chaque titre mérite un commentaire. Et si l’univers de Camille n’est pas exagérément optimiste – loin de là – (Pâle septembre), la demoiselle a quand même de l’humour. Janine, par exemple, nous entraîne irrésistiblement du côté de Boby Lapointe.

Au dos de l’album, Camille nous précise :
« J’ai coupé le fil
et je me suis enfuie
je cours après mon rêve : la ligne d’horizon ».

Heureusement, cette ligne d’horizon, Camille n’est pas près de l’atteindre. Pour notre plus grand plaisir.

06 avril 2006

Anaïs


Depuis quelques jours, entre deux reportages de Radio bleu azur ou de France Info, je profite de mes déplacements en voiture pour découvrir la chanteuse Anaïs . Son double CD « The cheap show » est une succession de petites tranches de vie, toutes plus jubilatoires les unes que les autres.

Cela commence par une mise en boîte plutôt bienvenue des insupportables chanteuses québécoises (« Même si la vie c’pas du foie gras » par une certaine… Linda Molay !). Puis Anaïs passe à la moulinette les couples gnangnan (« Mon cœur, mon amour.. . »), le RAP (« mais tu es ma mayonnaise, je te le dis à l’aise… »), la maternité (« la plus belle chose au monde, la naissance d’un enfant… tu sors ou j’te tue sale mouflet »), le grand amour (je t’aime à en crever… tes pneus »).

C’est drôle, pas toujours politiquement correct, mais pas vraiment méchant car elle ne méprise jamais l’objet de sa parodie. Son humour décalé frise d’ailleurs souvent l’auto-dérision (« je hais les couples qui me rappellent que je suis seule »). Parfois même l’émotion est au rendez-vous, sans artifices (« elle sort qu’avec des Blacks »).

En prime, pour les dames qui tiennent à leur homme, un conseil particulièrement précieux : méfiez-vous de Cristina !