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07 novembre 2012

Forward Obama





Il est 5 h 18 du matin (heure française), quand l’Iowa, ce petit état que nous avons traversé en une seule journée l’été dernier apporte ses 6 voix pour permettre à Barack Obama de franchir le cap décisif des 270 grands électeurs. La victoire est enfin acquise au bout de la nuit.

Pour nous, c’est un moment de bonheur comme la vie politique en offre peu. Pourquoi cela ?

- D’abord, parce qu’avec les copains de Gauche Autrement, nous nous sommes investis pour Barack Obama dès qu’il a émergé du complexe paysage de la vie politique américaine (voir, sur ce blog, « I have a dream for november », « Yes they can », « CLAJ sur Potomac », « Nuit blanche à Seattle », et sur celui de Dominique Boy Mottard, « Obamasséna »). La soirée organisée en 2008 dans la galerie de notre ami Christian Depardieu pour l’élection, avec notre colistière Irène en duplex de New York, peut en témoigner (voir, sur ce blog, « Le premier jour de l’après 4 novembre », et sur celui de Dominique, « Obama président : nous y étions !).

- Ensuite, parce que si on examine le programme d’Obama, celui de Romney, et le contexte économique, social et sociétal de l’élection, on a le sentiment d’être en France au mois de mai dernier. Dès lors, je ne vois pas comment un électeur de François Hollande – ce que je fus – peut-être autre chose qu’un supporter fervent du Président américain sortant.

- Mais, enfin et surtout, si la victoire de Barack est si belle, c’est qu’elle est celle de l’Amérique qu’on aime : celle de la Déclaration d’Indépendance, du New Deal, du D Day, du I have a dream, de Woodstock, du premier pas sur la lune, de West Wing et de toutes les nouvelles frontières…

Alors, comment ne pas approuver « le boss » Bruce Springsteen lorsqu’il a affirmé, lors du dernier meeting de campagne que la réélection d’Obama sera la meilleure façon de continuer à réduire la distance entre le rêve américain et la réalité américaine ?

Forward, Obama !


26 mars 2012

La démocratie s’éclate au Sénégal

Il n’y a pas que de mauvaises nouvelles dans l’actualité internationale. Pour la deuxième fois en douze ans, le Sénégal s’offre une alternance présidentielle contre un sortant ce qui est le signe d’une vitalité démocratique certaine. En 2000, Abdoulaye Wade battait le Président Abdou Diouf ; cette année, c’est au tour de Wade d’être battu par Macky Sall, son ancien 1er ministre.

Compte tenu du contexte préélectoral quelque peu tendu, de nombreux observateurs avaient même sonné le tocsin et prédit la fin de l’exception démocratique sénégalaise en Afrique. Pourtant, rien d’irrémédiable ne s’est produit et les élections se sont déroulées normalement.

Du coup, le Sénégal, majoritairement musulman, redevient le modèle démocratique africain. Bien avant la Tunisie et la Libye et leurs révolutions ambiguës, le Maroc et son évolution démocratique lente, et même l’Afrique du Sud handicapée par le poids électoral du mythique ANC devenu un parti dominant, ce qui est toujours encombrant en termes de pluralisme.

Cette bonne nouvelle est d’autant plus sympathique que le Sénégal fournit un des contingents les plus importants (avec le Maroc et la Bulgarie) d’étudiants étrangers à la fac dans les filières où j’enseigne.

En paraphrasant Martin Circus, nous ne pouvons que souhaiter bonne chance au nouveau Président pour que longtemps encore « la démocratie s’éclate au Sénégal » !

21 mars 2012

Le règne du mépris




Lorsque le bilan de l’actuel Président est évoqué, il est généralement admis que si, sur le plan de la politique intérieure, la cause est entendue et l’échec caractérisé, il en est rarement de même au niveau international. Un quasi consensus s’opère entre médias et opinion publique pour dire que Nicolas Sarkozy a été performant et qu’il a même fait bouger les lignes.

Pour ma part, si je suis prêt à reconnaître quelques points positifs au bilan présidentiel, notamment en matière institutionnelle, j’ai toujours considéré la politique étrangère pipolisée du quinquennat inefficace, contreproductive, et même dangereuse pour la réputation diplomatique de notre pays. Me trouvant un peu isolé sur ce créneau, c’est donc avec un grand intérêt que j’ai lu l’ouvrage de Gilles Delafon, Le règne du mépris, sous-titré « Nicolas Sarkozy et les diplomates 2007-2011 ».

Journaliste spécialisé dans l’actualité diplomatique et internationale depuis vingt-cinq ans, l’auteur porte en effet un regard très sévère et dresse un bilan négatif de ce mandat « du mépris ».

Il fait notamment une analyse assez rude de deux revirements qui m’avaient particulièrement choqué en début de quinquennat :

- L’hallucinante affaire de la libération des infirmières bulgares où, pour des raisons de promotion familiale (c’est… Cecilia qui avait négocié !), Sarko avait autorisé, en signe de reconnaissance, Kadhafi à planter sa tente à deux pas des Champs Elysées.

- L’affaire géorgienne, où, sous couvert d’une médiation, le Président français avait servi la soupe (le bortsch !) à Poutine, transformant deux provinces de Géorgie en Sudètes caucasiennes (voir, sur ce sujet, mon billet « A propos de la Géorgie »).

Les choses ne s’améliorèrent guère par la suite avec le pschitt de l’Union Méditerranéenne, la gestion catastrophique de l’affaire Florence Cassez au Mexique, la gesticulation suivie d’un garde-à-vous sans gloire devant les dirigeants chinois à propos du Tibet, les sommets européens à répétition pour nourrir le « 20 heures », l’alignement servile sur l’Allemagne, le rendez-vous manqué avec la Révolution tunisienne.

Même l’aventure libyenne s’avère être une victoire à la Pyrrhus : l’équipe adoubée par Nicolas Sarkozy dans ce pays est en effet composée d’un certain nombre de tortionnaires des infirmières bulgares et d’intégristes qui ont rétabli la charia dès leur premier jour au pouvoir.

Mais l’auteur, qui n’évite pas toujours le piège du corporatisme et de la connivence avec le Quai d’Orsay, considère que l’aspect le plus néfaste de la politique internationale du Président français est d’avoir toujours privilégié le court terme et le spectaculaire en déstabilisant cette belle machine de paix qu’est la diplomatie française. Et là, d’après lui, les dommages risquent d’être irrémédiables. On veut bien – hélas ! – le croire.

07 janvier 2012

L’émotion de Shamiran Sevag

Au Centre Barsamian

Janvier, pour la France officielle et associative, est la période des vœux et des galettes des rois. C’est ainsi que l’emploi du temps et l’estomac des élus sont largement mis à contribution.

En ce qui me concerne, c’est sur les chapeaux de roues que j’ai entamé la tournée 2011 en assistant à trois importantes cérémonies en moins de quarante-huit heures.

Tout d’abord, ce fut la traditionnelle soirée organisée par le Conseil général pour ses agents. Cette année encore, je me suis retrouvé avec les autres conseillers sur la scène de Nikaïa, un peu impressionné il faut bien le dire. En effet, faire face à 6000 personnes donne des sensations rarement éprouvées, par exemple, pendant une campagne cantonale…

Le lendemain, ce furent dans un bâtiment du CADAM, les vœux du Département Union Club (DUC), association de sports et de loisirs réservée aux fonctionnaires de la Préfecture et du Conseil général. Si le cadre est nettement plus modeste que celui de la veille, l’atmosphère y est très chaleureuse.

Les élus étaient peu nombreux : Président compris, j’en ai compté quatre et, parmi ceux-là, j’étais le seul représentant de l’opposition. C’est dommage, car ils auraient pu apprécier le discours du Préfet qui n’a pas hésité à faire du (bon) Bernard. Rappelant que le DUC doit en grande partie sa réputation à la section « Pétanque », il a dit que « les Alpes-Maritimes étaient probablement le seul département de France où les fonctionnaires aimaient pointer (BG, tu es dispensé de faire de la surenchère…).

Mais pour moi, bien sûr, la cérémonie la plus émouvante s’est déroulée au Centre Barsamian où les amis de la Communauté arménienne recevaient, en accueillant les invités avec la chorale des petits écoliers de l’établissement attenant. Ici aussi, allez savoir pourquoi, j’étais le seul élu de gauche aux côtés d’une impressionnante armada d’adjoints qui entouraient le maire de Nice. Du coup, cette situation fit de moi, avec Christian Estrosi, l’un des deux orateurs de la cérémonie, rôle que je remplis brièvement, en ami de l’Arménie, évoquant l’Ararat (voir, sur ce blog, « Celui qui a vu les deux faces de l’Ararat », le Haut-Karabagh (voir, sur ce blog, « Mission au Haut-Karabagh ») et une certaine loi votée il y a quelques jours à l’Assemblée Nationale.

Cette loi fut d’ailleurs le thème récurrent de la matinée. Je sais qu’elle a été et va être encore contestée. En fait, j’aurais aimé que les sceptiques voient l’émotion sur tous les visages du centre Barsamian quand le sujet fut évoqué. J’aurais voulu surtout qu’ils entendent l’exposé spontané de Shamiran Sevag, une incroyable vieille dame de 98 ans, rescapée du génocide, et qui raconta avec beaucoup d’émotion l’assassinat de son père, le poète Roupen Sevag. Mais, évoquer ce drame ne l’a pas empêchée de dire avec beaucoup de force sa fierté d’être Française. Cette fierté, c’était précisément celle que j’avais exaltée quelques minutes auparavant dans mon intervention.

Avec le Préfet et le Président du CG aux voeux du DUC

Nice-Matin 11/01/2012

04 janvier 2012

Big brother aime le goulash


Budapest, avenue Andrassy, août 2010

Pour les manifestants de l’avenue Andrássy, les Champs Elysées de Budapest (qui m’ont servi, il y a deux ans, de piste… d’entraînement, voir, sur ce blog, « A Budapest, le beau Danube est bleu »), le vote et la promulgation de la nouvelle constitution hongroise font basculer le pays dans un monde qui s’apparente à l’univers de George Orwell.

Sous la houlette de l’ex-dissident Viktor Orban – qui a mal vieilli – le parti majoritaire FIDESZ a profité de son succès électoral de 2010 pour profondément modifier la Constitution de ce qui n’est plus officiellement la République hongroise mais la Hongrie (éternelle et chrétienne !).

Désormais, l’Exécutif peut tout contrôler : la presse, la justice, les médias, la Banque centrale, la Cour constitutionnelle et même le Parlement grâce à un article 49 local qui permet désormais l’adoption de lois sans débat.

Les privilégiés vont être avantagés par un système fiscal gravé dans le marbre de la Constitution (impôt sur le revenu à taux unique de 16% pour tous), texte où l’on considère, entre autres, que l’embryon est un être humain dès la conception.

Encore plus dangereux, les Hongrois de souche à l’étranger (notamment ceux appartenant à des minorités des pays voisins comme la Slovaquie, la Serbie ou la Roumanie) pourront voter en Hongrie, ce qui ne manquera pas de les isoler dans leur pays.

Face à une agression aussi caractérisée contre les valeurs démocratiques qui en principe cimentent l’Europe, on pouvait attendre une vigoureuse réaction de Bruxelles. Il n’en a rien été. L’Union Européenne si donneuse de leçons quand il s’agit d’économie est restée coite quand il aurait fallu défendre les libertés fondamentales et la démocratie.

Je suis de ceux qui pensent que l’Europe institutionnelle, malgré sa faiblesse et ses contradictions, a probablement accéléré le processus de démocratisation dans le Sud du continent et bien sûr dans l’Est communiste, tout en empêchant quelques guerres civiles (à la dramatique exception de la Yougoslavie).

Ne pas réagir aujourd’hui à l’agression d’Orban, ce serait tout simplement un reniement pour l’Union Européenne. Economiquement inefficace et socialement aléatoire, on peut se demander à quoi servirait le modèle européen s’il ne défendait pas l’Etat de Droit et les libertés.

Il faut exclure la Hongrie de l’Europe pour mieux préparer le retour de la République hongroise dans l’Union Européenne. Les manifestants de l’avenue Andrassy ne demandent pas autre chose. Ecoutons-les.

Voir aussi sur le blog de Dominique Boy Mottard, Syndrome de Budapest : piqûre de rappel.

18 décembre 2011

Merci Vaclav


Milan Kundera avait dit que ta vie était une oeuvre d'art... En fait, elle fut beaucoup plus que cela.

Petite flamme humaniste dans les petits matins sales de Prague, tu as fait en sorte que Jan Palach ne soit pas mort en vain.

Pour les femmes et les hommes de ma génération, tu es celui qui, du manifeste de la Charte 77 au divorce de Velours, nous a appris qu'il fallait combattre les systèmes pour ne pas trop désespérer de la nature humaine.

Pour cela, merci Vaclav.

Ce soir, on a le  cœur gros sur la place Vencenslas.

Ce soir, nous sommes tous sur la place Vencenslas.

25 octobre 2011

L’automne arabe

Bien sûr, comme tout démocrate, j’ai vibré avec les peuples arabes tout au long du printemps… Comment ne pas célébrer la chute de tyrans qui ont martyrisé leurs peuples souvent avec la complicité des pays du Nord (je n’ai pas oublié la tente de Kadhafi plantée dix jours en plein Paris avec la servile autorisation de Nicolas Sarkozy) ?

Pourtant, j’ai toujours considéré que le plus dur restait à faire après (je n’avais pas non plus oublié Neauphle-le-Château…), la menace islamiste n’étant pas qu’un fantasme de dictateur.

Aujourd’hui, avec la proclamation de la charia en Libye et le résultat des élections tunisiennes, nous sommes passés du printemps à l’automne sans avoir vraiment profité de l’été. Reste que l’hiver et sa glaciation ne sont pas inéluctables : les forces progressistes favorables aux Droits de l’homme et de la femme peuvent encore l’emporter. Mais pour cela, il faudra les aider car, contrairement à ce qu’on a pu lire ici ou là dans l’euphorie des révolutions victorieuses, la démocratie n’est pas qu’une donnée comptable…

29 mai 2011

Agdal café

Manifestation des vétérans de la guerre du Sahara

C’est à la terrasse d’un café restaurant d’Agdal, quartier résidentiel de Rabat, autour d’un bon couscous, que, grâce à Mohamed et Hassan, j’ai pris la température du printemps arabe dans sa version marocaine.

Mohamed, mon ancien congénère d’un désormais très lointain DEA de Droit économique, aujourd’hui prof de droit à l’Université de la capitale marocaine, et Hassan, un des cancérologues les plus réputés du pays, sont d’accord pour estimer que les révolutions tunisienne et égyptienne ont permis à la démocratie de faire de grands progrès au royaume de Mohamed VI.

Il est vrai que les démonstrations publiques de cette effervescente sont plutôt moins spectaculaires que dans d’autres pays. Cela est probablement dû à l’attitude du Roi qui a eu l’habileté politique d’enfiler sans attendre la tenue du négociateur dès les premières manifestations. Il faut également tenir compte du fait que l’espace démocratique était ici plus ouvert que dans les autres pays arabes.

Quoi qu’il en soit, même si la retenue semble encore de mise, la boîte à Pandore est bel et bien ouverte : grève à l’hôpital, revendications des fonctionnaires, sit-in des vétérans de la guerre du Sahara, propos décomplexés à la télévision… Même la personne du Roi, traditionnellement respectée, n’est plus intouchable. On attend de lui qu’il mette en place une monarchie parlementaire à l’espagnole. On ne l’exige pas encore. Par contre, on est plus sévère avec son entourage et ses copains riches.

En résumé, pour mes deux amis, la menace islamiste – que Hassan relativise en évoquant l’exemple turc – ne serait plus assez dissuasive pour maintenir le statu quo. Et l’attentat de Marrakech n’a rien changé à cette éventualité.

Cet échange sera pour moi, un peu plus tard, l’occasion de méditer sur l’avenir de ce pays si attachant en redécouvrant, suspendue au-dessus de l’océan, avec ses murs bleus et blancs, la kasbah des Oudaïas, et en admirant le tout nouveau tramway de la ville, frère jumeau de son homologue niçois.

Plus tard, en fin de journée à Casablanca, ce sera aussi une incitation au dialogue avec Mahmoud, Salma, Mohamed, Tarik, Sofia, Bouchra, Chafik, Laye Mamadi, Amine, mes étudiants de Com’Sup.

29 juillet 2010

Poutine plus fort que Brejnev

Dans les années quatre-vingt, nous avions eu l’idée un peu saugrenue de sillonner par deux fois ce qu’on appelait alors l’URSS avec notre petite voiture allemande et notre tente canadienne.

De Leningrad à Odessa en passant par Novgorod, Kharkov et Kiev, tout se passa finalement assez bien. Certes, mon Opel Kadett fut par quatre fois désossée aux frontières (la pauvre ne s’en remit jamais tout à fait : trois ans après je retrouvais encore dans l’habitacle des boulons d’origine incertaine). Certes, nous eûmes aussi, quelque part en Biélorussie, le désagrément de subir un interrogatoire de police sous le buste de Lénine (il s’agissait d’expliquer pourquoi on nous avait retrouvés à Pinsk plutôt qu’à… Minsk, notre destination officielle : en réalité, Dominique, mal habituée à l’alphabet cyrillique, avait confondu les deux lettres russes correspondant au M et au P).

Mais globalement, il faut reconnaître que l’expérience fut plutôt intéressante et humainement enrichissante : nous n’avions pas regretté d’avoir eu l’audace de passer de l’autre côté du miroir… de fer.

Depuis la chute du Mur, nous avons eu l’occasion de folâtrer avec notre voiture personnelle dans plus d’une ex-République soviétique : Lituanie, Lettonie, Estonie, Ukraine, Moldavie, la plupart du temps sans formalités excessives et le plus souvent sans visa.

C’est ainsi, qu’en toute innocence, nous avions prévu de retourner cette année en Russie, de Saint-Pétersbourg à Moscou. Nous pensions franchement obtenir sans difficulté les autorisations que l’URSS communiste nous avait accordées somme toute aisément. Ce fut une erreur.

En effet, quelle ne fut pas notre surprise quand un haut fonctionnaire russe lui-même nous déconseilla un voyage de ce type (en voiture personnelle) car nous risquions d’être victimes de racket de la part de la mafia… des administrations locales ! Un « officiel » qui dénonce de cette façon sa propre administration, ça vaut quand même son pesant de zakouskis !

Face à ce qui ressemblait fort à une fin de non-recevoir, nous nous sommes rabattus sur un visa court de trois jours pour visiter Kaliningrad (la mythique Koenisberg). Du coup, entre le site Internet, le consulat de Marseille et l’antenne de Nice, les autorités russes nous ont demandé une poignée de documents et une liasse de roubles. Comme l’une et l’autre étaient à géométrie variable, nous avons décidé, après une ultime visite à l’antenne niçoise, de jeter l’éponge. Le risque était grand de ne pas obtenir le fameux visa avant la date prévue pour notre départ.

Morale de l’histoire : ce n’est pas céder à l’Ostalgie de dire que l’URSS de Brejnev était beaucoup plus accueillante que la Russie de Poutine.

Lénine, reviens, ils sont devenus fous... Je plaisante, bien sûr !

05 mai 2010

Nous sommes tous des Grecs

 Oui, mille fois oui.

Il faut aider la Grèce et les Grecs.

Sans ergoter, sans mégoter et sans tarder.

Mais cette aide ne doit pas être simplement la contrepartie d’une cure d’austérité drastique. En effet, tout en étant parfaitement anti-économique (comment relancer l’économie hellène sans carburant ?), celle-ci peut déclencher un cataclysme social aux conséquences politiques incalculables.

N’exigeons pas trop du gouvernement grec si nous voulons qu’il reste légitime, ne demandons pas trop au peuple grec si nous ne voulons pas qu’il perde la raison.Weimar n’est pas si loin, méfions nous de la désespérance sociale.

Bien sûr, il y a eu la spéculation, bien sur il y a eu la corruption, mais le temps n’est pas encore aux leçons de morale, il y a urgence : il faut sauver le soldat Papandréou. Manifester sa solidarité au peuple grec comme le font ici où là les protestataires institutionnels est peut être sympathique mais largement insuffisant. Les Grecs ont besoin de concret, pas de défilés rituels avec slogans virtuels.

C’est pour cela qu’il faut une véritable mobilisation des opinions publiques pour exiger de l’Europe et des gouvernements nationaux un soutien sans faille non pas tant à l’économie grecque qu’à la démocratie. Même si cet engagement a des conséquences financières sur les citoyens-contribuables que nous sommes.

Nous n’avons pas le choix.

Affirmer le contraire serait nier que, quelque part sous le soleil hellène, c’est l’avenir de l’Europe qui se joue. C’est-à-dire le nôtre.

Embarqués sur l’Argo de l’Union Européenne,
Nous sommes tous des Grecs…

PS (!) : Sur la situation du PS niçois, voir l’intéressante analyse du blog « Péripéties et Péripatétisme »

10 février 2010

L’a volé, l’orange…

Kiev, place de l'Indépendance, août 2006

Au départ tout était simple. Un certain Ianoukovitch sponsorisé par Poutine et les oligarques russophones avait triché massivement pour gagner les élections présidentielles. On soupçonnait même son entourage d’avoir tenté d’empoisonner son principal rival Victor Iouchtchenko qui restera d’ailleurs défiguré à vie. Du coup, le peuple était descendu dans la rue pour renvoyer le tricheur dans les poubelles de l’histoire tout en plébiscitant Iouchtchenko comme Président d’une Ukraine qui devait s’ouvrir à la démocratie et à l’Europe.

Il y a quatre étés, nous étions sur la place de L’indépendance de Kiev pour humer le parfum de la Révolution. En réalité, la situation était déjà plus complexe qu’on ne le pensait en France (Cf. « Orange givrée » sur mon blog). Mais de là à imaginer que le 7 février 2010, Ianoukovitch serait élu, sans contestation cette fois, Président, il y avait une marge impossible à franchir.

Bien sûr, Iouchtchenko a fait des erreurs, bien sûr, le camp « orange » s’est divisé et même déchiré, bien sûr, l’Europe n’a peut-être pas fait les gestes nécessaires, bien sûr, il y a la crise… Bien sûr !... Bien sûr !

Mais tout de même, si on veut bien se débarrasser de la langue de bois de l’innocence démocratique, il y a des circonstances où on a bien du mal à se dire que le peuple a toujours raison.

21 novembre 2009

La paix – pas tout à fait – maintenant


Notre compagnon de Gauche Autrement Maurice Winnykamen et son coéquipier Michel Le Bellac, toujours apprécié avenue Cyrille Besset, nous ont fait l’amitié de dérouler à la permanence leur premier débriefing au retour d’un voyage en Israël et en Cisjordanie pour le compte de « La paix maintenant ».

Ce n’était d’ailleurs pas la première fois que Gauche Autrement co-organisait une réunion avec l’organisation pacifiste : on se souvient de la soirée-débat avec Hagit Ofran à la Galerie Depardieu.
Jeudi soir, au cours d’une réunion agrémentée par le Beaujolais nouveau de Paul Vautel, Maurice et Michel nous ont fait un compte rendu du séjour de leur délégation (d’une cinquantaine de personnes). Et cela, à un moment où les nouvelles de cette partie du monde sont franchement mauvaises. N’a-t-on pas appris, coup sur coup, l’accélération de l’islamisation de la société sous la houlette du Hamas dans la bande de Gaza (les petites filles doivent désormais aller à l’école voilée) et le refus provoquant du gouvernement israélien d’arrêter les implantations de colonies en Cisjordanie (désavouant ainsi spectaculairement Barack Obama) ?

Le moins qu’on puisse dire est que le témoignage de nos amis ne contredit pas le pessimisme ambiant. Multipliant les contraintes administratives contre la population des territoires, le gouvernement de Netanyahou ne laisse aucun espace politique à l’Autorité palestinienne qui doit faire face à un sentiment d’humiliation et de colère grandissant.

Pourtant, Israël est en position de force pour négocier : le mur a permis d’éradiquer pratiquement le terrorisme à l’intérieur du pays, les Palestiniens sont divisés comme jamais et bien peu soutenus par les pays « frères ». L’attentisme du gouvernement israélien (hélas, semble-t-il, en phase avec l’opinion publique) est donc incompréhensible.

Une seule certitude, toutefois, rappelée par Maurice : Israël n’annexera jamais la Cisjordanie car cela reviendrait à annexer également une population arabe qui bouleverserait l’équilibre démographique de ce qui demeure, comme nous le rappelait Joël Simon, la seule démocratie de la région. Le statu quo presque revendiqué va conduire immanquablement à une radicalisation islamiste d’une société palestinienne qui risque de passer tout entière sous le joug du Hamas. On en arrive même à se demander – en ce qui me concerne, je me pose clairement la question – si ce n’est pas le but recherché… Itzhak Rabin est bien loin…

Bravo quand même à « La paix maintenant », à Maurice, à Michel, et à tous ceux qui ne veulent pas se résigner. Après des événements aussi incroyables que la chute du Mur de Berlin ou la fin de l’apartheid en Afrique du sud, il n’y a pas de raison pour que l’Histoire ne leur donne pas un jour raison. Oui, mais quand ?

18 octobre 2009

La promesse de Kars

Kars, Turquie

Nous sommes en juin 2003. Arrivés il y a quelques heures à Kars, petite ville frontière de cette Anatolie orientale qui, piédestal majestueux de l’Ararat, fut si longtemps Arménie Occidentale… Le ciel est encore plus bleu qu’à Istambul, quitté la veille, et l’air doux que nous respirons au pied de la citadelle confirme que l’été a fini par s’installer dans cette cité réputée pour être la plus froide de Turquie (5°C de moyenne annuelle).

Après avoir visité, un peu gênée, ce symbole des convulsions historiques qui ont affecté la région qu’est la cathédrale arménienne Saint Arak’elos transformée en mosquée (1998), notre délégation est reçue à l’Hôtel de Ville par le maire Naif Alibeyoglu. Une délégation d’ailleurs assez improbable qui a été pensée et patiemment construite par Sanson, Kirkor et Gaspard, les infatigables animateurs de la diaspora arménienne niçoise. Elle regroupe quelques jeunes responsables politiques de la toute nouvelle République d’Arménie, des universitaires et des acteurs économiques turcs, un de mes anciens étudiants devenu responsable du Caucase pour l’Union Européenne, plus quelques témoins niçois comme Pierre et Dikran qui deviendront des amis. Il y a aussi un certain Hrant Dink, journaliste de nationalité turque, directeur d’Agos, le seul journal de la petite communauté arménienne de Turquie rescapée du génocide.

D’emblée, sans langue de bois, le maire évoque le déclin de sa ville, le chômage et la désertification de la région depuis la fermeture de la frontière toute proche entre Turquie et Arménie à la suite de la guerre du Haut Karabagh, à l’initiative de son propre gouvernement. Lui qui est pourtant membre du parti au pouvoir à Ankara (islamiste « modéré ») est tout à fait favorable au dialogue avec les Arméniens de culture et d’histoire communes. Et d’affirmer que la réouverture de la route du Caucase Sud et du Caucase Nord était une nécessité non seulement pour sa ville mais pour l’Arménie et la Turquie.

A cet instant précis, nous qui étions là avec des idées de réconciliation sur fond de reconnaissance du génocide avons compris que la solution serait peut-être plus pragmatique. Les lignes – et les frontières – étaient prêtes à bouger pour des raisons économiques et géopolitiques.

Sans nous consulter, nous avions tous compris le message du maire de Kars. Un message en forme de promesse de paix. La réconciliation attendra plus tard.

Au fond de la salle, Hrant Dink semble approuver.

Aussi, quand le 10 octobre j’ai vu Ammet Davutoglu, ministre turc des Affaires étrangères, et son homologue arménien, Edouard Nalbandian, signer à Zurich, avec l’aide de la diplomatie américaine de Barack Obama, des accords qui, s’ils ne règlent pas tous les problèmes, normalisent spectaculairement les relations entre les deux pays, j’ai pensé à cette scène d’il y a six ans et à sa promesse de paix.

Hrant Dink, lui, n’aura pas pu assister à cet accord historique. En janvier 2007, il a été assassiné par des fanatiques de l’extrême droite turque. Pour lui, la promesse de Kars aura été trop longue à se concrétiser…

24 septembre 2009

Irina Bokova… ouf !



C’est avec soulagement que j’ai appris, lundi soir, l’élection de la Bulgare Irina Bokova à la direction de l’UNESCO.

Cette victoire, qui a l’avantage de flatter ma bulgarophilie militante, marque surtout la défaite du favori, le très sulfureux Egyptien, Farouk Hosni. Ce dernier, ministre de la culture pendant vingt-deux ans, ne s’est pas contenté de réprimer la vie intellectuelle de son pays, contrôlant l’information, la presse et la blogosphère pour le compte du pouvoir en place. Il avait osé affirmer l’an dernier (ce n’est donc pas une erreur de jeunesse…) : «Je brûlerai moi-même les livres israéliens si j’en trouvais dans les bibliothèques égyptiennes…», tout en dénonçant «l’infiltration des juifs dans les médias internationaux».

Or, il faut savoir que cette étrange candidature pour une organisation universelle chargée de développer l’éducation, la science et la culture, était soutenue et même sponsorisée par la France. Si Paris vaut bien une messe, la flageolante Union pour la Méditerranée vaut bien un Hosni… Pour obtenir le soutien de l’Egypte dans sa besogneuse initiative diplomatique, le Président Sarkozy a accepté de promouvoir cette candidature nocive pour une organisation en pleine convalescence qui retrouve un certain équilibre après le mandat du sortant Koichiro Matsuura (avec, par exemple, la signature d’une courageuse Convention sur la diversité culturelle).

Et si Irina Bokova, issue de la nomenklatura communiste, n’est pas Vaclav Havel, son élection est symboliquement importante pour les nouvelles démocraties de l’Est. Aussi, à la réflexion, son élection mérite-t-elle mieux qu’un simple « ouf ! »…

17 juin 2009

La révolte de Persépolis

Photo AFP

Paradoxalement, l’annonce des fraudes massives qui ont permis d’inverser le résultat de l’élection présidentielle iranienne m’a plutôt rassuré. Que ce peuple perse à la civilisation si ancienne et à la culture si raffinée apporte à nouveau ses suffrages à un homme qui a fait de l’obscurantisme un moyen et de l’intégrisme un horizon m’était insupportable.

L’extraordinaire mobilisation à laquelle nous assistons avec des Iraniens, qui révèlent au monde leurs véritables aspirations tout en surmontant leurs contradictions, est la suite à la fois logique et inespérée de ce déni de démocratie.

Qu’elles sont belles ces foules révoltées, avant-gardes courageuses d’un monde meilleur qui saurait éviter le choc des civilisations !

Qu’ils sont beaux ces manifestants en colère, hommes et femmes souvent si proches du petit monde du « Persépolis » de Marjane Satrapi !

Même si, nous n’en doutons pas, l’entreprise est risquée et l’issue incertaine. Tout en ayant la certitude qu’une partie de notre avenir se joue quelque part dans les rues de Téhéran, nous sommes condamnés à une frustrante immobilité. En effet, chacun sait que trop soutenir de l’extérieur les réformateurs reviendrait, pour l’Occident, à condamner le mouvement, compte tenu des pesanteurs géopolitiques dans le pays. Surtout à un moment où le clergé et les ayatollahs s’interrogent et se divisent sur la marche à suivre.

C’est donc après qu’il faudra manifester notre reconnaissance et notre soutien à ceux qui, en première ligne, affrontent les serviteurs zélés de l’Internationale de la haine que sont les partisans d’Ahmadinejad.

S’ils gagnent, il faudra inventer de nouvelles relations avec cette puissance régionale qu’est devenue l’Iran en la respectant comme une partenaire et non comme une affidée.

S’ils perdent, il faudra se souvenir que ces combattants se battaient pour une cause bien plus grande que leurs intérêts et leur offrir l’asile sans restriction et sans mesquinerie.

Bien entendu, j’espère, bien mieux, je crois que cette générosité n’aura pas besoin d’être mise à l’épreuve, que Moussavi va gagner et que Hugo Chavez va être obligé de se trouver un autre petit compagnon de jeu…

07 juin 2009

Le 21 avril du 7 juin


Cela a commencé comme un dimanche d’élection ordinaire, avec la rituelle et sympathique tournée des bureaux de vote du 5e canton… à pied s’il vous plaît !

Par contre, la soirée fut plus inattendue, avec un tsunami électoral qui emporte le Parti socialiste. Absence de choix européen clair (les tenants du oui et du non se sont neutralisés), promotion des apparatchiks (la défaite de Benoît Hamon est symbolique à cet égard), guerre des courants et des présidentiables, discours oppositionnel sectaire, ont aggravé la situation d’un parti sans projet affaibli par la chute du militantisme et la notabilisation des élus.

Au coude à coude avec les Verts d’Europe Ecologie (ils ont osé se revendiquer de l’Europe, eux !), le PS a perdu le droit d’invoquer à tout propos le vote utile.

Désormais, le PS n’est plus « la Gauche », comme il a voulu le faire croire pendant des années, se dispensant d’être présent dans le mouvement social et d’ouvrir les voies de l’avenir avec un projet mobilisateur.

Le paradoxe est que cet effondrement intervient dans un contexte global plutôt favorable à la gauche de gouvernement : l’UMP fait un beau score mais reste largement minoritaire, le MoDem subit un indiscutable revers, l’extrême gauche piétine…

Moralité : si on ne veut pas désespérer Billancourt et les progressistes de ce pays, il faut que ce parti que nous avons tant aimé en finisse avec la vieille politique. A supposer que ce ne soit pas trop tard.

Commentaire des résultats de l'élection européenne à Nice et dans les Alpes-Maritimes.

04 juin 2009

Les Européennes autrement

Daniel Fimbel, le passionné

Richard, futur votant du Front de Gauche, a organisé avec maestria le dîner-débat que Gauche Autrement avait décidé de consacrer aux Européennes.

Premier constat : il est difficile d’intéresser les citoyens à une élection à un Parlement qui n’est pas un vrai Parlement d’une Europe en panne sèche depuis le TCE et où, de toute façon, les sociaux-démocrates du PSE et la droite du PPE se mettent d’accord pour constituer une majorité aussi consensuelle qu’inexpugnable.

Mais tout au long de la soirée, surmontant la morosité ambiante, chacun va y mettre du sien. Pour ma part, je pose la question institutionnelle que je persiste à considérer comme indépendante du projet politique. A cette occasion, je rappelle qu’historiquement, la République a été votée en 1875 par une coalition assez conservatrice, ce qui n’a pas empêché les lois sur les grandes libertés, la séparation de l’Eglise et de l’Etat en 1905 et le Front Populaire. Du coup, on ne peut que se féliciter d’un Traité de Lisbonne qui peut, malgré sa timidité, dégripper la machine.

Dans la foulée, Daniel Fimbel, responsable du « Club européen Victor Hugo », tout en passion, en appelle à une insurrection… du Parlement (Vincent Peillon en sans-culotte, why not ?).

Plus sagement, Christian souhaite la mise en place d’une véritable constituante comme le proposent les Verts. Jacqueline, quant à elle, fait plutôt confiance au PS (et surtout au PSE) pour réguler les marchés financiers. Sur ce sujet, Anik ne fait confiance à personne et n’ira pas voter.

Lucien et Maurice insistent sur l’importance de la notion de service public pendant qu’Henri et Francine relativisent l’impuissance européenne. Henri, en expliquant qu’après tout l’Europe des 27 avance et règle ses conflits, en tout cas mieux que certaines familles ou certains partis politiques. Francine s’appuie, elle, sur son expérience professionnelle, pour expliquer que la gouvernance de l’Europe s’organise autour du compromis et du consensus, ce qui n’est pas forcément une mauvaise chose.

Joëlle (malgré Bové et une attirance pour le Front de Gauche) et Antonin (grâce à Cohn-Bendit) penchent plutôt du côté des Verts. Sami (malgré une vraie sympathie pour le Front de Gauche) et Irène sont plutôt tentés par le MoDem.

Dominique, quant à elle, cite Rocard et Peillon… pour les réconcilier, mais hésite entre MoDem et Verts.

Quand, après le café, la trentaine de convives (dont Véronique, Renée et sa fille , les « petites nouvelles ») se quittera dans la nuit tiède de juin, personne n’a vraiment le sentiment que le Grand soir européen est pour dimanche matin. Pourtant, la tonalité des débats a montré une fois de plus que, pour des progressistes, l’Europe reste une nouvelle frontière à atteindre pour assouvir nos rêves de fraternité et d’universalisme.

C’est pour cela qu’à la manière de Georges Brassens je dirai : « Ce n’était rien qu’un p’tit débat, mais il nous a chauffé le cœur… »

Au fait, pour moi, ce sera le MoDem. Le PS et les Verts ont des arguments, mais les attelages entre nonistes et ouistes me semblent en panne de crédibilité.

25 décembre 2008

The last Val


Depuis quelques années, c’est avec une certaine complicité intellectuelle et politique que je lis les éditos et essais du directeur de Charlie Hebdo : Philippe Val.

Sa dernière livraison « Reviens, Voltaire, ils sont devenus fous » (Ed. Grasset) ne risque pas d’inverser la tendance. En effet, dès la page 1, Val enfonce le clou et j’aime bien ce clou-là. « Quand j’ai pris position publiquement pour une intervention au Kosovo en 1995, quand je me suis révolté contre la forme ambiguë que prenait, chez certains, l’adhésion à la cause palestinienne, quand je me suis engagé pour l’adoption de la Constitution Européenne, ces choix ont rencontré la réprobation d’une partie du milieu intellectuel et politique dont j’étais plutôt proche… Pourtant, la démocratie a toujours été mon échelle de valeur. Ma lutte n’a pas changé. »

Ayant fait les mêmes choix et ayant eu à affronter les mêmes résistances, je me suis trouvé d’emblée et une fois de plus en phase avec l’auteur.

Pour l’essentiel, le livre relate principalement l’affaire dite « des caricatures ». Une affaire emblématique où une étrange coalition allant de l’Elysée de Jacques Chirac à l’UOIF, du MRAP aux amis du Monde Diplomatique, a fait cause commune pour réduire au silence une presse libre qui ose encore dire que la religion musulmane ne peut pas se réduire à l’islamisme. Ce dernier est en effet une perversion de la première et, comme le stalinisme en son temps, une idéologie de combat contre les valeurs républicaines. Dans ce Munich de la liberté de la presse, dans cette Berezina de l’Etat de Droit, il est navrant de constater à quel point la presse de gauche a été timide et même parfois lâche.

Pour ma part, je suis rétrospectivement fier d’avoir punaisé sur la porte de mon bureau en mairie la fameuse « Une » de Charlie Hebdo pendant presque une année. En attendant le procès où François Hollande témoignera d’ailleurs courageusement.

Au-delà de « l’affaire des caricatures », Val met en perspective la véritable visage du monde dont on a hérité à la chute du Mur de Berlin, « un monde où, au nom des crimes qu’elle a commis, l’Europe s’interdit de les dénoncer chez les autres. »

Et en conclusion, l’auteur nous offre sa version – convaincante – de « l’affaire Siné ».

Au final, une lecture stimulante, loin du prêt-à-penser de certaines bonnes consciences de gauche pour qui le fanatisme religieux est souvent le passage obligé de l’émancipation des peuples. Une lecture qui vous permettra, en prime, d’identifier le (les) point(s) commun(s) entre Marguerite Duras… et l’ayatollah Khomeiny.

10 décembre 2008

Henri Fiszbin

Samedi après-midi, à la recherche d’une animation Téléthon, je passe un peu par hasard devant le 40 bis du boulevard Gorbella. Et comme cela m’arrive parfois sans vraiment savoir pourquoi, une bouffée de nostalgie m’envahit. C’est que, précisément à cette adresse, se trouvait la permanence d’Henri Fiszbin, député des Alpes-Maritimes de 1986 à 1988. Une permanence que dirigeait, avec son éternel enthousiasme militant, Lucien Fouques… notre Lucien !

Ancien Secrétaire général de la Fédération du PC de Paris, Henri avait été exclu pour avoir dénoncé les pratiques staliniennes de son partir. Du coup, l’ancien tête de liste aux municipales de 1977, l’ex-député de Paris, s’était rapproché du PS. Communiste reconstructeur, il avait donc été présenté par les socialistes en deuxième position sur la liste des Alpes-Maritimes pour le législatives de 1986. En effet, cette année-là, les élections se déroulaient au scrutin de liste départementale à la proportionnelle et Solférino avait offert un parachute aléatoire à son nouvel allié.

Jeune Premier secrétaire fédéral, j’ai rapidement sympathisé avec le nouveau venu, l’accompagnant aux quatre coins du département, trop heureux de bénéficier de son immense expérience politique.

Ancien ouvrier, Henri était un homme très cultivé et plein d’humour. Il n’hésitait pas, par exemple, à truffer ses discours de private jokes simplement pour m’amuser au cours des longues journées de campagne. Il faut dire que nous étions peu autour de lui, les courtisans préférant accompagner la tête de liste, Jean-Hugues Colonna, forcément plus médiatique.

Elu de justesse, il allait réunir, avec l’aide de Lucien, une petite équipe de syndicalistes et de militants de l’éducation populaire d’une redoutable efficacité, quand il s’agissait de coller au terrain des luttes sociales ou de participer au travail législatif.

Infatigable, il était toujours partant pour une action, une réunion ou un débat improvisé. Mais jamais il ne négligeait militants et amis pour lesquels il était toujours d’une exquise délicatesse.

Un grand bonhomme que le PS enverra en 1988 se faire battre dans une obscure circonscription de Meurthe-et-Moselle. De ce jour, je ne revis Henri qu’une seule fois, quelques jours avant sa mort. C’était au cours du funeste congrès de Rennes. Malgré le climat ambiant et une santé chancelante, il avait toujours au cœur et aux lèvres l’optimisme des grands humanistes.

Il me manque toujours. Heureusement, il y a Lucien.

05 novembre 2008

Le premier jour de l’après 4 novembre 2008



Retrouvant à … 6 heures du matin mes esprits, après la folle nuit de la galerie Depardieu au milieu d'une foule franco-américaine très fraternelle, je me surprends à rendre hommage à une vieille dame grecque.

« Merci Clio ! » (du grec « kleô » : célébré, chanté…). En effet je ne remercierai jamais assez la muse de l’Histoire de m’avoir offert dans ma vie d’homme trois moments inoubliables : le 10 mai 1981 avec l’élection de François Mitterrand, le 9 novembre 1989 pour la chute du Mur de Berlin et, en ce 4 novembre 2008, l’incroyable, l’inimaginable, la bouleversante élection de Barack Obama à la Présidence des Etats Unis.

Pourtant, dès ce matin, j’entends déjà les pisse-vinaigre : « Après tout qu’est ce que ça va changer ? », « Il fera comme les autres… », « On le sait, ce n’est pas vraiment un homme de gauche », « Et la peine de mort ? »...

Plus tard – qui n’en est pas persuadé ? – reviendra le temps du temps, celui de la raison d’Etat et de la force des choses.

Bien sûr, bien sûr.

Mais finalement de tout cela on s’en fout, car, au fond de notre cœur, nous avons la certitude que depuis quelques heures le monde est un peu meilleur…


Plus tard dans la journée, quelques photos de notre belle soirée à la Galerie Depardieu sur le blog de Dominique.