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18 novembre 2012

Le sermon sur la chute de Rome



N’en déplaise aux esprits chagrins, il n’est pas fatal que le Goncourt soit un mauvais livre choisi par défaut dans le petit cénacle des représentants des grandes maisons d’édition. Aussi, même si ce n’est pas une habitude, il m’arrive de lire le lauréat de l’Académie quelques jours après sa consécration chez Drouot (voir, sur ce blog, « Houellebecq ou le Goncourt Vache qui rit »).

Cette année, ma suppléante Joëlle Vacca, grande passionnée de littérature, m’a conseillé… et offert l’édition 2012 « Le sermon sur la chute de Rome » (Actes sud) de Jérôme Ferrari. Après lecture, je peux le dire sans ambages : ce livre – malgré une pagination assez réduite – est un grand livre.

L’histoire démarre comme un roman de Giono qui se déroulerait en Corse avant de basculer dans un universel troublant et dérangeant.

L’action se passe dans un village de l’Ile de Beauté où deux amis parisiens originaires de Corse décident d’abandonner leurs études (de philosophie) pour reprendre la gestion d’un bar perdu dans la montagne. Fidèles à Leibniz, ils veulent faire de leur rade « le meilleur des mondes possibles ». Mais, après une période idyllique, l’utopie va virer au cauchemar.

Aucune folklorisation qui aurait pourtant pu être encouragée par l’actualité insulaire même si l’un des héros « ne veut pas quitter son village pour aller s’enterrer dans un autre village désespérément semblable, accroché comme une tumeur au sol d’une île où rien ne change car, en vérité, rien ne change ni ne changera jamais ».

A des années lumière du roman provincial, Jérôme Ferrari fait de sa petite histoire de bistrot une somptueuse illustration du sermon de Saint Augustin, « Sur la chute de Rome », celui-là même qui explique la tragique propension de l’âme à se corrompre et la malédiction qui condamne les hommes à voir s’effondrer les mondes qu’ils édifient, « cette nouvelle inconcevable que des hommes existent encore mais que leur monde n’est plus ».

Paradoxale, l’écriture est à la fois sèche et riche, brutale et sophistiquée. Elle est parfaite pour disséquer tout un monde pathétique et même dérisoire aux prises avec un destin de tragédie grecque.

A lire. Le plus vite possible.

08 septembre 2012

La rentrée de Gauche Autrement




C’est donc ce 7 septembre que GA a renoué avec sa tradition de l’apéro débat du vendredi. Deux invités d’honneur pour ces retrouvailles : Marilène Mazzorana, conseillère régionale PRG des pays de Loire, la région de notre Premier Ministre, et Cynthia Lemesle, l’artiste plasticienne, venue nous présenter « Impression d’ateliers », le superbe ouvrage qu’elle vient d’éditer et où l’on retrouve, d’Eric Andreatta à Tatiana Wolska, une trentaine d’artistes azuréens dans l’intimité de leur lieu de création.


Une grande partie des « historiques » de GA étaient là dès ce premier rendez-vous : Bernard, qui pourtant jouait le soir même au Théâtre de l’Alphabet (avant de reprendre avec Peggy « Fragments de Nice » à Sophia Antipolis en novembre) ; José, le président des supporters du Gym, manifestement satisfait des premières prestations de ses favoris ; Manu, Richard et Véro, les profs détendus après une rentrée « normale » ; Lucien, la tête pleine de revues de presse, Christian Depardieu tout à la préparation de sa prochaine exposition (Hannaka : mouvements immobiles, vernissage le 22 septembre à partir de 16h, au 18 avenue des fleurs). Il y avait aussi Anik, Jean-Claude, Marie-Louise et bien d’autres, ainsi que de nombreux nouveaux profitant de cette première pour tâter le terrain du 10, avenue Cyrille Besset.

Sur le plan politique Dominique a profité de l’occasion pour nous annoncer son adhésion au Mouvement Européen ce qui en cette période de débat sur les traités est tout sauf anodin.

Pour ma part, j’ai insisté sur la nécessité de débattre de la réforme des collectivités territoriales qui va impacter fortement notre travail de terrain dans les années à venir notamment avec la pratique des primaires qui risque de devenir la règle. Un séminaire GA sera probablement organisé en octobre sur ce thème à mon retour de journées d’études parisiennes.

Ce mois de septembre sera aussi celui de la remise de mon rapport sur la Prévention Spécialisée dans le département, rapport sur lequel nous avons travaillé plus de quatre mois avec Sami.

Dans quelques jours commencent aussi les réunions de concertation (vraie ou fausse, on verra !) sur l’avenir des terrains du quartier du Ray. Avec ma dynamique suppléante Joëlle, nous sommes sur le sentier de la guerre… mais nous sommes prêts à fumer le calumet de la paix !

La particularité de ces rencontres du vendredi est qu’avec Dominique et Sami nous recevons en parallèle qui veut nous voir en dehors des rendez-vous formels de la semaine.

C’est ainsi qu’hier soir, c’est une demi-douzaine de RV spontanés que nous avons assurés. Je tiens beaucoup à cette forme de disponibilité vis-à-vis de notre public.

Et quelques bouteilles de rosé plus tard, la réunion s’acheva sur une très bonne nouvelle, Mireille et Paul Vautel invitant une nouvelle fois GA pour un pique-nique fraternel sur leur « propriété de paysans », comme dit Paul, début octobre. Mais de cela, nous aurons l’occasion de reparler.

South Art - 65, avenue Saint-Barthélemy (06 13 89 38 53)

22 juillet 2012

Antoni Tàpies à Céret



Tous les ans, le Musée d’Art Moderne de Céret (Pyrénées-Orientales) offre une exposition d’importance internationale que nous nous efforçons de ne pas manquer. Cette année, c’est une rétrospective de l’œuvre de d’Antoni Tàpies qui est proposée. Une exposition – on s’en doute – en forme d’hommage puisque le peintre catalan nous a quittés le 6 février de cette année. L’évidence de cet hommage a dû s’imposer aux responsables car ce sont deux œuvres de Tàpies qui, en façade, encadrent l’entrée du musée qui fait par ailleurs une large place à l’artiste dans ses collections permanentes.

Si les dizaines d’œuvres exposées ont évidemment suscité mon intérêt, j’ai des sentiments plus mitigés sur le sens de l’œuvre elle-même. C’est valable pour Tàpies mais aussi pour nombre de ses confrères contemporains : je suis toujours un peu perplexe devant l’écart qui sépare la pertinence des propos théoriques (Tàpies : « Mon illusion est d’avoir quelque chose à transmettre. Si je ne peux pas changer le monde, je désire au moins changer la manière dont les gens le regardent ») et la pauvreté (ce n’est pas pour rien qu’on parle d’arte povera) du véhicule esthétique que l’artiste met à notre disposition pour l’illustrer.

J’ai conscience que ce que je viens d’affirmer n’est pas très « artistiquement correct », mais j’aimerais bien avoir l’avis des lecteurs de ce blog sur le sujet…

01 juillet 2012

Martin, l’âne et les deux villas




Ce samedi après-midi fut culturel et se déroula en deux actes :

1er acte : exposition des travaux d’élèves de l’Ecole municipale d’Arts plastiques, Villa Thiole.

C’est toujours un plaisir de faire cette visite de fin d’année en compagnie de Martin Caminiti, le sympathique directeur de l’établissement que j’ai eu l’honneur de marier dans une vie antérieure. Tout en admirant peintures, sculptures et photographies des élèves, c’est en général l’occasion de faire le bilan de l’année et de constater une fois de plus que l’école pourrait accueillir le double d’élèves si elle en avait les moyens. Personnellement, les deux fois où, tête de liste, j’ai eu une responsabilité dans l’élaboration d’un programme culturel municipal, j’ai proposé de doubler le budget de ce type d’établissement. J’ai en effet la conviction que développer les pratiques amateurs est un des moyens qui permettent d’élargir les publics de la culture.

2e acte : performances Ben/Fluxus, Villa Arson

Autour d’un ring, il s’agissait pour l’ineffable Ben en bermuda rouge et ses acolytes de se livrer à quelques performances dans le cadre de l’exposition des diplômes 2012 de l’école de la Villa Arson.

C’est ainsi que nous avons eu le plaisir d’assister à un remake de la célèbre « fumisterie » de Roland Dorgeles qui, en 1910, avec ses potes du cabaret montmartrois Le lapin agile, avait présenté au Salon de peinture des Indépendants un tableau intitulé « Coucher de soleil sur l’Adriatique » peint en fait par… un âne avec sa queue ! Il s’agissait bien sûr de brocarder l’abstraction défendue à Montmartre par la « bande à Picasso ».

Eh bien, cette après-midi, c’est l’âne Feri qui s’y est collé. Avec un enthousiasme mesuré, il est vrai. Au point que le public a eu peur que Feri botte en touche (et oui Bernard, il n’y a pas que toi !). Mais au final, il nous a quand même barbouillé quelques traces de peinture jaune ressuscitant ainsi la prouesse de Lolo, l’âne de Dorgeles.

Reste à titrer l’œuvre. Moi, je proposerais « Ane-onyme »… Mais c’est à Bernard de voir !

23 juin 2012

Le ciel découpé




Avec Marie de KKF (voir sur ce blog) en grande ordonnatrice, nous avons assisté hier soir au vernissage de l’exposition « Le ciel découpé » du Musée Matisse, en présence de la famille de l’artiste.

Ce fut une nouvelle opportunité quelques mois, après « Mars aux Musées » (voir sur ce blog), de déambuler à travers le lieu probablement le plus lumineux et le plus gai de la ville.

C’était aussi et surtout l’occasion de prendre possession en tant que Niçois des 400 éléments de papier gouaché découpés de l’artiste qui viennent d’être légués au musée par ses héritiers.

Une partie de ces découpages sont excellemment présentés grâce à un étrange meuble tourniquet ressemblant à un indicateur de chemin de fer. il permet en tout cas une incroyable proximité avec les formes et donc les gestes de l’artiste.

Petite anecdote à la clé : l’adjointe à la Culture de la ville, toujours très chaleureuse, a tenu à me présenter à la famille Matisse comme conseiller général mais aussi comme auteur de théâtre. Elle y mit tant d’enthousiasme que ces braves gens qui apparemment venaient d’assez loin (des Etats-Unis entre autres) ont probablement cru se trouver face à l’Ibsen ou – France socialiste oblige – au Bertolt Brecht local ! Ce qui, dans les deux cas – Bernard ne me contredira pas –, est très exagéré (!)


13 juin 2012

La pie au présent




Christophe André est un spécialiste de la méditation. Non seulement il anime, à l’hôpital Sainte-Anne à Paris, des groupes de méditation pour aider les patients, mais aussi il écrit de nombreux ouvrages en général assez didactiques sur la question. Le dernier « Méditer jour après jour » (Edition L’iconoclaste) développe la thèse selon laquelle notre équilibre passe par la pleine conscience du présent :

« Le passé importe, le futur importe. La philosophie de l’instant présent ce n’est pas dire qu’il est supérieur au passé ou au futur. Juste qu’il est plus fragile, que c’est lui qu’il faut protéger, lui qui disparaît de notre conscience dès que nous sommes bousculés, affairés. C’est à lui qu’il faut donner de l’espace pour exister. »

 L’originalité formelle de l’ouvrage réside dans le fait que l’auteur utilise des tableaux célèbres pour illustrer ces théories (sur les tableaux célèbres, je vous recommande la rubrique « Les tableaux de ma mémoire » sur le blog de Dominique).

Ainsi La pie de Monet qui est probablement mon tableau préféré sert d’illustration à Christophe André  pour le premier chapitre « Vivre l’instant présent » :

« C’est maintenant, juste maintenant.Tout à l’heure, ce sera autre chose : la pie se sera envolée, le soleil sera plus haut dans le ciel, l’ombre de la haie aura reculé… Ce sera ni mieux, ni moins bien ; ce sera juste différent. Alors c’est maintenant qu’il faut arrêter ses pas, sentir l’air frais qui pique l’intérieur du nez, écouter tous les bruits amortis, admirer cette incroyable lumière des  soleils de neige. Rester là aussi longtemps que possible, sans rien attendre de particulier. Surtout pas. Mais simplement rester là en faisant de son mieux pour percevoir les innombrables richesses de cet instant : les morceaux de neige qui tombent des arbres, dans un petit bruit moelleux ; la blancheur bleutée de l’ombre de la haie ; les petits mouvements de la pie qui cherche un peu de chaleur au soleil. Tout est parfait, il ne manque rien pour que cet instant nous comble. En pleine conscience, se rendre simplement présent à cet instant de grâce, ordinaire et lumineux. »

Cette explication est exactement celle que je m’étais donnée du tableau que je vais régulièrement admirer au musée d’Orsay lors de mes séjours dans la capitale… 

09 juin 2012

Les cadavres exquis de Marc Lavalle




Marc Lavalle est un artiste de grand talent qui a le bon goût d’habiter le 5e canton de Nice. Peintre de la Méditerranée, il aime réaliser des séries dont l’atmosphère est d’autant plus juste qu’il va chercher l’inspiration sur place.

C’est ainsi que cette année, dans une galerie du port, il expose un ensemble de toiles représentant à leur façon une institution sicilienne : les cadavres momifiés du couvent des Pères Capucins de Palerme.

J’adhère d’autant plus à son initiative qu’il y a quelques années, nous avons visité ce lieu à la fois magique et macabre où l’on a embaumé jusqu’en 1881 les cadavres (8000 !) momifiés de la haute bourgeoisie palermitaine. Le spectacle de ces corps habillés et présentés dans des poses qui suggéraient la vie ne nous avait pas laissés intacts. Je me souviens notamment de cadavres de petits enfants habillés en adultes.

La bonne conservation des corps a gardé sa part de mystère même si l’on sait qu’elle est due en grande partie à l’efficacité de cellules de dessèchement, de bains d’arsenic et de lait de chaux.

Pour ceux qui n’auraient pas l’occasion de passer par Palerme, je suggère de revoir le grand thriller politique de Francesco Rosi, Cadavres exquis. Dans la scène introductive, on voit Charles Vanel déambuler dans le couvent des Capucins. Le visage raviné et le regard de l’acteur nonagénaire (il décèdera peu après) interrogeant le mystère des momies est un grand moment de cinéma.

Quant à Marc Lavalle, il a su restituer l’obscénité souvent ricanante de ces écorces de vie desséchées que sont les corps des catacombes de Palerme. Mais l’obscénité étant partie prenante de l’humanité, le mystère reste entier. Les belles et intrigantes peintures de Marc Lavalle permettent incontestablement de l’entretenir.

Exposition Marc Lavalle à la Galerie des Docks (11, quai des Deux-Emmanuel) jusqu'au 16 juin


14 avril 2012

Zeuxis, Lemesle et Roubaud à la Maison Abandonnée



Zeuxis était un peintre grec qui vécut entre - 464 et - 398 av.  J-C. Un jour, il s’opposa à Parrhasios, un autre peintre célèbre de l’époque, en un combat d’artistes. Pour gagner celui-ci, il avait peint des raisins avec tant de vérité que des oiseaux vinrent les becqueter. Son adversaire, lui, apporta un rideau si naturellement représenté que Zeuxis, tout fier de la séquence des oiseaux, demanda qu’on le tirât pour voir son tableau. Reconnaissant son illusion, il s’avoua humblement vaincu étant donné que lui n’avait trompé que des oiseaux quand Parrhasios avait trompé l’homme qu’il était.

C’est cette anecdote qui sert de fil conducteur à la nouvelle exposition de Cynthia Lemesle et Jean-Philippe Roubaud à la Maison Abandonnée, « Polterguest ou l’esprit domestique » : une sorte de parcours initiatique entre oiseaux et voiles-rideaux.

La Maison Abandonnée est, en soi, un lieu qui justifie le déplacement. Cette villa désertée dans le quartier Saint-Lambert, est devenue un des hauts lieux de la création contemporaine à Nice grâce au travail et à la passion d’Hélène Fincker, sa propriétaire, qui se trouve accessoirement être une de mes anciennes étudiantes. Et c’est un bonheur de déambuler dans le labyrinthe des pièces de cette ancienne maison bourgeoise pour aller à la rencontre des œuvres exposées.

Bien sûr, les œuvres de Lemesle et Roubaud nécessitent un brin de médiation pour être accessibles, mais l’ensemble est suffisamment ludique et surprenant pour emporter l’adhésion de non-spécialistes. Ce n’est pas étonnant de la part de jeunes artistes engagés dans la vie sociale. Cynthia n’est-elle pas une des chevilles ouvrières de l’association du quartier « Colline Saint-Barthélemy – Le Prieuré » avec laquelle je travaille régulièrement comme élu ?

Au terme de notre promenade à travers l’illusion des Polterguets, s’il fallait retenir une œuvre, en ces temps de campagne électorale, je pense que « Deux vautours ne font pas un aigle » serait tout à fait approprié.

Pour cette toile, et pour les autres, vous avez jusqu’au 21 avril (cette date me rappelle quelque chose…) pour vous perdre dans le dédale des pièces de la Maison Abandonnée (Villa Cameline, 43 bis avenue Monplaisir à Nice) .


09 avril 2012

Culture et Présidentielles



La politique culturelle française est dans une impasse.

Si l’on considère que la culture est un facteur d’émancipation, qu’elle rend plus autonome, plus libre et peut-être même plus heureux, sa démocratisation est une ardente obligation. C’est d’ailleurs le rôle que l’on assigne théoriquement en France à la politique culturelle. Or, celle-ci est en panne depuis une vingtaine d’années, se limitant à une politique de l’offre en faveur d’un public averti et des corporatismes des « milieux culturels ». Elle n’est plus vecteur de démocratisation.

Pourtant, en leur temps, Malraux et Lang avaient développé géographiquement la diffusion de cette politique dans le « désert français » : le premier, par la déconcentration et les premières DRAC (directions régionales des affaires culturelles), le second, par la décentralisation et les politiques culturelles locales. Par ailleurs, ils avaient également très largement ouvert le champ d’intervention du ministère à la culture contemporaine (Malraux) et à la culture populaire (Lang).

Mais cette politique culturelle à la française reste quand même essentiellement une politique de l’offre qui s’appuie sur l’aide à la création et à la diffusion, négligeant la démocratisation en ne s’intéressant pas à la réception, c’est-à-dire aux publics et à leur éducation. Et pourtant, qu’elle est juste la réflexion d’une ancienne ministre de la culture (celle qui m’a aidé à sauver la gare du Sud) : « L’offre culturelle glisse sur une grande partie de la population comme une pluie trop forte sur une terre aride. Il faut préparer la terre à recevoir les semences… »

Le dernier quinquennat n’a pas été catastrophique, comme les « milieux de la culture » (pourtant bien servis par Hadopi) ont pu le dire. Il a tout simplement été médiocre. Le discours de Nîmes en janvier 2009, volontariste et même offensif (Carla ?), a rapidement fait pschitt ; le Conseil de la création artistique est mort-né, victime de la pression des « milieux » alors même qu’il était novateur ; l’arrivée de Frédéric Mitterrand, forte personnalité, a été une franche déception dont on peut prendre la mesure en lisant Le désir et la chance, l’affligeant livre-bilan qu’il vient de publier.

C’est dire si la culture et la Princesse de Clèves n’ont rien à attendre d’un deuxième mandat de Nicolas.

Et François Hollande dans tout ça ? Disons que, dans un premier temps, son discours sur la culture ne m’a pas vraiment enthousiasmé. Je le trouvais et je le trouve toujours trop axé sur l’économie culturelle. Cet aspect est certes important mais trop le privilégier laisse supposer que les obstacles à la démocratisation de la culture sont économiques (d’où le fantasme des musées gratuits, par exemple) alors qu’ils sont avant tout sociologiques.

Par contre, à la relecture, j’ai trouvé très prometteur que le futur Président considère « l’éducation artistique comme une priorité » et envisage « un plan national piloté par une instance interministérielle, dotée d’un budget propre, rattachée au Premier ministre ». Là, nous sommes dans l’éducation, la médiation, l’élargissement de la demande. Déconnecter cette politique du ministère et la rattacher au Premier ministre est aussi un signe fort pour combattre les corporatismes et faire de la démocratisation de la culture une grande cause nationale.

Et au fil des interviews, j’ai appris à connaître Aurélie Filippetti, la responsable Culture du candidat Hollande dont on dit qu’elle pourrait être ministre si… Cette jeune élue a une philosophie de la politique culturelle qui est assez proche de celle que je défends devant mes étudiants :

« Je viens d’une famille communiste où l’objectif d’émancipation de la culture était très fort, où il n’y avait pas de projet politique sans projet culturel. La culture, c’est lutter contre les inégalités, c’est sortir d’une vision apocalyptique de l’avenir. La culture donne un sens à la vie. Moi, ce qui m’a sauvée, c’est la littérature (…) C’est une émancipation intellectuelle qui donne un autre rapport au monde (…) Je ne crois pas à la vision de Malraux selon laquelle il suffirait de mettre les gens en présence de l’art pour leur en donner le goût. Il faut travailler sur la durée, d’où l’importance de l’éducation artistique (…) Il faut montrer l’art mais aussi expliquer la démarche de la création. »

Si le discours de François Hollande en matière de culture doit encore être précisé, j’aimerais autant que ce soit par Aurélie… Cela me rassurerait !

20 mars 2012

Mars in China



Fang Liu et Nannan Li sont les deux étudiantes chinoises du Master « Médiation et ingénierie culturelle ». Ave Camille, Mélodie et Marie, elles étaient chargées ce lundi d’organiser l’étape du Musée des Arts asiatiques pour Mars aux Musées, intitulée « Le charme du Dragon Chinois ».

A travers les espaces offerts par l’architecture si particulière du bâtiment Kenzo Tange, nous étions prêts pour le grand bond en avant tout en attendant que cent fleurs s’épanouissent. Nous ne fûmes pas déçus.

Musique traditionnelle hypnotisante, séance de maquillage artistique, scènes de l’Opéra de Pékin où les hommes jouent les rôles des femmes… Et surtout, ce fut l’originalité de la soirée des contes, beaucoup de contes.

Pour moi, ce fut l’occasion de tout savoir sur le dragon chinois, un animal singulier qui adore faire l’intéressant en crachant du feu mais qui est au final un peu trouillard (la vue du sang le fait tourner de l’œil, d’où l’omniprésence du rouge dans la tradition chinoise pour le faire fuir) et pas toujours fute-fute (un tout petit singe peut le faire tourner en bourrique…). Avec, en prime, une révélation : ce cracheur de feu vit au fond des océans et des lacs comme un vulgaire Nessie.

Au final, deux heures de promenade en Chine éternelle avec un public nombreux mais forcément zen. Mon calendrier d’élu et de prof ne me permettant pas d’autres escapades dans le cadre de Mars aux Musées, c’est un peu tristement que je traverse la vaste et déserte esplanade de l’Arenas pour retrouver ma voiture après avoir une dernière fois félicité la Présidente, Salomé Klein, pour toutes ces belles soirées.

P.S. Le hasard de mes disponibilités et de la programmation ne m’ont pas permis de citer Ivan, Laetitia, Flavien, Brigitte, Adrian, Marie-Nicole, Elise, Nicolas et Lamia. Ils méritent également toutes mes félicitations car ils font, au jour le jour, de ce Mars aux Musées 2012, un grand cru. La Ville de Nice et l’Université leur doivent beaucoup. Je ne suis pas toujours sûr qu’elles en aient conscience.


18 mars 2012

Quand Mars inspire la lusophonie…



Alors que Mars aux Musées a désormais pris sa vitesse de croisière, la traditionnelle Semaine du cinéma lusophone déboule dans le paysage culturel niçois.

L’Université – étudiants et enseignants – étant très présente dans les deux manifestations, je me suis fait un devoir et un plaisir d’être présent, ce qui donnera un début de week-end plutôt bien rempli.

Vendredi 18 heures : MAMAC

Mars aux Musées a choisi de nous rappeler – ou de nous apprendre – qu’Yves Klein fut un très grand… judoka. Son fameux bleu et ses monochromes seraient ainsi une sorte de déclinaison artistique de sa judo attitude. Cela donnera une soirée très spéciale au MAMAC avec étudiants organisateurs en kimono, spectateurs dûment équipés d’un bandeau façon karateka et une belle médiation autour des œuvres du maître et celles de ses copains de l’école de Nice, avec la « dream team » Audrey, Clara, Lisa et Benjamin. Le clou de la sirée sera la démonstration des judokas coachés par Rémi Gaechter, mon ami conseiller municipal vert « autrement ». Simultanément, des textes du maître étaient lus par Anne-Claire et Laura qui, il faut bien le dire, ont eu du mérite. En effet, du Klein, c’est un peu du Dali sans l’humour, à croire qu’au sommet de sa gloire le judoka avait un peu « le melon »… Une belle idée pour une belle soirée qui s’achèvera par l’allumage du mur de feu sur la terrasse et sous les étoiles.

Samedi 14 heures : Musée Matisse

Les étudiants nous proposent une déambulation tout à fait originale à travers le musée et l’œuvre de Matisse. Dirigés avec beaucoup de maestria par notre médiatrice Iva et son petit accent made in Belgrade, nous sommes passés de salle en salle accompagnés d’une danseuse et d’une étrange dame brune qui pratique l’onomatopée chantante (Charlène Martin). Le résultat fut insolite, parfois dérangeant, mais prompt à redonner un peu de mystère à ce Musée Matisse qu’on peut juger parfois un peu trop fonctionnel.

Samedi 16 heures : MUSEAAV

C’est dans le bric-à-brac artistique du musée de la place Garibaldi que le Président Pedro de Nobrega (oui, le copain du CG !) lance la 14e édition du Festival de cinéma lusophone. Mais, une fois de plus, l’énoncé du programme, avec danse, musique, gastronomie…, démontre que c’est à un véritable festival de cette culture lusophone si présente dans notre ville que nous sommes conviés. Cette année encore, un pays de la vieille Europe, le Portugal, un pays émergeant, le Brésil, et un jeune pays du Sud, le Cap-Vert, seront à l’honneur avec leurs diasporas niçoises pour célébrer cette culture à la fois si éloignée et si proche de la nôtre (voir, sur ce blog, Nous sommes tous des lusophones).

Cette après-midi, il s’agissait d’applaudir deux troupes de danseurs du Nord du Portugal… mais résidant à Nice, avant de trinquer avec un petit verre de Vino verde.

Pour la suite, il ne me reste plus qu’à trouver un peu de place dans mon planning hélas surchargé pour assister à l’animation organisée par mes étudiants de LEA et à la projection d’un ou deux de ces films brésiliens que j’aime tant.

06 mars 2012

Mars aux Musées, et c’est reparti !


 Comme chaque année, le Master « Médiation et ingénierie culturelle », dirigé par le professeur Paul Rasse et dans lequel j’enseigne la politique culturelle, organise « Mars aux Musées ». Pendant un mois, les étudiants – mes étudiants – de la promotion internationale 2012 (parmi eux, des Espagnols, des Chinois, des Serbe,des Roumains...) vont animer musées et lieux culturels avec diverses activités, des spectacles, des performances. Cet événement que l’on dit unique en France permet, dans ce monde cloisonné de la culture, une synthèse exceptionnelle du patrimoine et de l’art vivant et un réjouissant mélange des genres entre les styles, les époques et les disciplines artistiques.

Le thème quelque peu mystérieux de cette année – « Contraste et vous » – ne peut  que susciter la curiosité. Ce lundi, l’inauguration a eu lieu pour la troisième année dans le cadre magique du Palais Lascaris, joyau de l’architecture baroque civil qui abrite une collection importante d’instruments anciens.

Quel plaisir de déambuler dans les trois niveaux du palais en toute liberté, en croisant marquis et comtesses. De-ci de-là, une pièce de théâtre, un bal masqué, un concert de musique (baroque, of course !), un magicien : il est vrai que le thème de la soirée était « L’art de l’illusion ».

Mais, du Théâtre de la Photographie au Musée Masséna, de l’Opéra à la Villa Arson en passant par le MAMAC, le musée Matisse, le TNN, le musée des Arts asiatiques, le tramway (!), le musée d’Archéologie, le MUSEAAV, le musée d’Art naïf, Saint Jean d’Angély et le musée des Beaux-Arts, le meilleur reste à venir… Sans oublier trois incursions « hors les murs » à l’Espace de l’Art concret de Mouans-Sartoux et dans les deux nouveaux joyaux du patrimoine muséal azuréen que sont le musée Cocteau à Menton et le musée Bonnard au Cannet.

Pour une fois que le Patrimoine s’anime, venez vivre des sensations nouvelles grâce à Mars aux Musées.



21 décembre 2011

KKF : Connectif Keskon Fabrique


L’adjointe en titre étant aux abonnés absents et les projets phares repoussés aux calendes grecques (mais où est donc passée Sophie Duez ?), la politique culturelle de la municipalité semble sommeiller. Pour autant, la culture à Nice est bien vivante grâce aux multiples initiatives individuelles ou associatives qui en font la richesse.

C’est ainsi, par exemple, que notre ami « autrement » Christian Depardieu multiplie les expositions « Hors les murs » (en clair…dans son appartement et c’est remarquable) en attendant de retrouver un lieu digne de la mythique galerie du Boulevard Risso.

Avec une autre démarche, on peut saluer le travail du collectif South Art dont les principaux responsables habitent, comme la plasticienne Cynthia Lemesle, dans le 5ème canton. Ils proposent un ambitieux programme d’expositions à l’atelier Soardi.

Mais aujourd’hui, c’est d’une toute nouvelle association et d’un tout nouveau lieu dont j’ai envie de parler. Le collectif (Heu… ! excusez-moi plutôt le « connectif » puisqu’il s’agit de jouer la carte de l’interactivité avec le public ) KKF a créé un atelier, plate-forme de diffusion, galerie, « Keskon Fabrique » au 3,rue Molière ,à trois pas de la permanence. Aux commandes, deux artistes, David Galimant et Nicolas Pennaneac’h, et une professionnelle de la culture (qui fut dans une autre vie mon étudiante), Marie Nicola.

Le lieu est convivial et décalé (visite incontournable des toilettes !) tout en restant clean et pro. Les trois séries d’expositions que j’ai eu le plaisir de visiter étaient plus ludiques que conceptuelles ce qui, en matière d’art contemporain, me convient parfaitement.
Un des responsables étant par ailleurs éducateur spécialisé, certaines activités de Keskon Fabrique ont une finalité sociale à travers notamment un partenariat avec ACTES.

Il est donc impératif de faire vivre ce nouveau lieu. Nous avons d’ailleurs donné l’exemple lors de notre dernier passage avec Emmanuel en devenant les 26 et 27èmes adhérents de KKF.


18 septembre 2011

Rendez-nous le Prieuré du Vieux Logis



Bien sûr, ce n’est pas l’Hermitage. Ce n’est qu’un petit musée, un petit musée de province sans bornes interactives. Lové au cœur du 5e canton, il s’appelle le Prieuré du Vieux Logis. Malheureusement, depuis quelques années, il est presque toujours fermé.

Pour la journée du Patrimoine, la Mairie, propriétaire des lieux, a daigné entrouvrir la porte du Prieuré en organisant une série de visites guidées (instantanément « bookées ») sous la houlette du passionné Philippe Frey du Palais Lascaris.

Dans les années 1930, un dominicain, le père Alfred Lemerre, a remodelé de son propre chef une villa niçoise du quartier Saint-Barthélemy pour en faire la reconstitution d’un prieuré, en accumulant mobilier, objets usuels et collection d’arts religieux. Le résultat est à la fois étonnant et émouvant.

On plonge avec bonheur dans cette modeste faille temporelle où l’on peut zigzaguer du 14e au 17e siècle. Les pièces de la villa sont exiguës, mais recèlent bien des trésors : une collection de meubles du gothique flamboyant, une Pietà franc-comtoise, une cuisine Henri II, un lutrin Phoenix, une vierge flamande tout en chevelure, d’improbables sirènes dénudées d’origine vénitienne, sans oublier, sculpté dans le bois de l’autel de la petite chapelle, le patron, le boss, Saint Barthélemy lui-même. La lumière de cet été qui n’en finit pas pénètre à travers les petites fenêtres, réveille les pièces endormies et donne à l’ensemble un air presque joyeux.

Alors, pourquoi priver les Niçois et les visiteurs de cette promenade inattendue sortie de l’imagination du père Lemerre ? A un moment où l’association Colline Saint-Barthélemy Le Prieuré multiplie les animations dans le jardin qui a désormais retrouvé sa roseraie, il serait logique d’ouvrir plus largement la villa-musée. Elle coûterait trois francs (euros) six sous à la municipalité à qui il arrive de dépenser parfois moins judicieusement les deniers publics.

Rendez-nous le Prieuré du Vieux Logis !

17 avril 2011

Les « noirs » d’Odilon Redon



Après un samedi consacré à l’identité républicaine et au passionnant colloque organisé par le PRG avec des personnalités aussi diverses que François Hollande, Jean-Louis Borloo, Arnaud Montebourg ou Simone Veil, nous avons profité de cette escapade parisienne pour faire un tour au grand Palais et à l’exposition consacrée au peintre symboliste Odilon Redon.

C’était l’occasion de faire connaissance avec un artiste à la fois familier – il y a toujours quelques tableaux de lui dans les grands musées – et méconnu – on a du mal à identifier son œuvre dans sa globalité.

Si la diversité du travail de Redon est bien rendue par la rétrospective, j’ai été avant tout impressionné par les lithographies que l’artiste appelle « ses noirs » avec toute la conviction du moraliste qui a dit un jour : « Il faut respecter le noir. Rien ne le prostitue ».

Il s’agit, à travers des séries illustrant très librement et très symboliquement des œuvres littéraires, des rêves ou même la théorie de l’évolution, d’une vertigineuse plongée dans un univers hanté de créatures mi-homme, mi-bête, plus démons qu’anges, aux lisières du crépuscule et de la nuit, de la vie et de la mort, du mythe et de la réalité.

Mais là où, par exemple, les monstres de Bosch semblent sortir tout droit de l’imaginaire ricanant et finalement rassurant de l’artiste, ceux de Redon s’extirpent des cauchemars glaiseux de la partie la plus marécageuse de notre subconscient. Du coup, ces créatures ne sont pas seulement terrifiantes, elles sont dérangeantes. Pas étonnant de la part d’un artiste qui affirme être effrayé par « le silence éternel des espaces infinis » et qui est persuadé « qu’il doit y avoir quelque part des figures primordiales dont les corps ne sont que les images ».

Ces images, à coup sûr, nous conduisent à l’intuition de ces figures primordiales et je ne suis pas sûr que nous aimons cela. Et de se dire que, pour notre confort personnel, il aurait peut-être été plus sage d’aller à l’expo Manet…

27 novembre 2010

Sian d’aqui même pour les gens d’ailleurs

Quelques semaines avant les élections municipales de 2008, l’association Sian d’aqui, qui a pour vocation « le maintien, la promotion et la défense de l’identité niçoise : patrimoine, langue et enseignement, tradition, création et art de vivre », avait organisé un débat citoyen extrêmement riche en demandant à chaque liste d’expliquer son programme à travers le prisme de la culture locale.

Avec la liste Nice Autrement – et notamment nos amis Laurent Lanquar et Joëlle Vacca, très mobilisés sur le sujet – nous avions fourni une batterie de réponses à la fois cohérentes, réalistes mais aussi imaginatives à des questions aussi diverses que l’avenir de la Cour d’appel, de la gare du Sud, du stade du Ray, le périmètre de la Région, l’apprentissage du niçois à l’école, le Carnaval, l’urbanisme, ou encore les lieux d’expression, de création et de diffusion de la culture niçoise. On peut retrouver l’intégralité de nos propositions ici. Chaque liste avait fait de même et le tout avait été publié dans un numéro spécial du journal de l’association. Pour ma part, j’étais enchanté de cette initiative qui, au-delà de tout esprit de chapelle, cherchait à faire progresser le débat citoyen.

Aujourd’hui, Sian d’aqui a réussi à s’imposer dans le paysage culturel niçois, que ce soit en participant à l’organisation de fêtes traditionnelles ou par ses propres animations. Chacun, par exemple, a entendu parler du festival d’humour niçois Les fourres de rire.

Hélas ! L’association se trouve depuis quelque temps confrontée à de graves difficultés financières, mairie, département et région se faisant tirer l’oreille pour combler un trou avoisinant les 10 000 € ; du coup, le Président Fabrice Mauro a lancé un appel public pour que l’association puisse surmonter cette crise qu’on peut supposer passagère.

Pour moi, le travail effectué par cette petite structure au service de la culture niçoise en toute indépendance relève quasiment du service public. La conception ouverte de l’identité de la ville développée par l’association est une source d’enrichissement pour toutes les femmes et tous les hommes de la cité, qu’ils soient niçois de souche ou qu’ils viennent d’ailleurs, qu’ils soient niçois de naissance ou de cœur, voire de hasard.

C’est pour cela qu’à titre personnel, je répondrai à l’appel du Président Mauro et, qu’en tant qu’élu, je demande à tous ceux qui le peuvent de faire un petit effort pour que notre ville ne perde pas une de ses associations citoyennes les plus attachantes.

Ma carte de voeux 2005

29 août 2010

Le conte est bon

Yvan Hemmer de l'association "Contes, Arts et Loisirs"

A part la lecture de quelques exemplaires de la collection « Contes et légendes » en des temps immémoriaux (je ne sais pas pourquoi, je me souviens de celui sur Madagascar avec plein d’histoires liées à la possession du sel… Laurent m’expliquera peut-être !), je ne suis pas très familier du monde des contes. Le spectacle d’Ivan Hemmer fut même pour moi une sorte de baptême du feu, je le confesse, je n’avais jamais vu un conteur sur scène.

Cette première fut en fait une révélation : simplicité et beauté des textes, humanité et humour de l’interprétation, connivence entre l’artiste et le public de petits et de grands…

Dans la nuit tiède mais sans moiteur de cette fin d’été, j’ai suivi avec passion, sur la petite scène du théâtre en plein air du Prieuré du Vieux Logis, les aventures de l’ogre qui aime les femmes en pain d’épice, des trolls borgnes qui traquent la chair fraîche dans les forêts ou de la mère Misère qui réussit à kidnapper la Mort. Des histoires de sorcières et de génies avec dix fois plus d’effets spéciaux que dans les films d’Hollywood. Des effets que vous devez fabriquer vous-même avec votre imagination.

Le conte est bon : en l’espace d’une soirée, je suis devenu « contophile ». Merci une fois de plus au Président Lépine et à sa dream team de l’Association Colline Saint Barthélemy pour leur obstination à faire vivre ce lieu merveilleux qu’est le Prieuré. Mon merci est d’autant plus intéressé que j’ai l’impression, depuis la soirée, d’avoir, par contagion, acquis quelques pouvoirs magiques ce qui, en année électorale sera, n’en doutons pas, certainement utile !

15 juin 2010

Assistance à Patrimoine en danger

Dans une ville, vouloir préserver le patrimoine n’est pas un caprice nostalgique visant à empiler des vieilles pierres sur l’autel du « C’était mieux avant ! », mais une ardente obligation pour qui veut retenir l’âme de la Cité en ses murs.

A Nice, peut-être plus qu’ailleurs, ce combat est essentiel. « Nice cumule des particularités qui en font une exception urbaine » nous rappelle l’historienne Véronique Thuin-Chaudron (qui nous a fait l’amitié d’être présente à la lecture de Cinq de cœur à la Galerie Depardieu).

C’est pour cela que mon action publique a toujours été mêlée à d’homériques batailles pour le patrimoine. Certaines furent gagnées totalement (Gare du Sud, Palais de l’Agriculture) ou partiellement (Palais de la Méditerranée). D’autres furent perdues (la destruction du Castel des deux rois qui m’autorisa à accuser le maire de l’époque de non assistance à patrimoine en danger).

C’est ainsi qu’à l’occasion de l’élaboration du P.L.U., je me trouve naturellement au côté des riverains des rues Eden et Cavendish pour défendre d’admirables villas « Belle époque », leurs frises, leurs corniches, leurs bow-windows, et leurs jardins. Surtout si, au détour d’un cyprès bleu, on croit deviner, main dans la main avec son amie Colette, la sulfureuse poétesse Renée Vivien, réincarnation autoproclamée de… Sapho.

C’est aussi pour cela que j’accompagne ceux qui, du côté de la rue des Roses, veulent sauvegarder maisons niçoises à frises, écuries du Comte de Cessole et lieux de vie du peintre Cyrille Besset et de sa pittoresque épouse au snobisme flamboyant.

C’est aussi pour ces fantômes qu’il faut défendre le patrimoine, fil ténu qui rattache les morts aux vivants. A moins que ce ne soit l'inverse.

Sur le P.L.U., voir aussi le blog de Dominique Boy Mottard.

08 avril 2010

In&Out : le retour


Benoît Arnulf n’est pas seulement un ami, c’est aussi un organisateur exceptionnel. En effet, avec Sébastien Lefèvre et ses copains de l’association Les Ouvreurs, il a réussi à faire de « In&Out », le festival du film Gay et Lesbien de Nice, une institution servie par une passion dévorante et un professionnalisme impeccable… dès la deuxième édition.

C’est ainsi que la salle de la cinémathèque était bien remplie mardi pour la soirée inaugurale à laquelle nous assistions avec Dominique. Il revenait à Benoît le plaisir de décliner le riche programme de l’édition 2010. De la Cinémathèque au Mercury, de la Villa Arson au Mamac, la manifestation est plus culturelle que militante, plus festive que revendicative, mais au final, comme l’an dernier, elle sera très efficace pour faire progresser le droit à la différence, le droit à l’indifférence et la fraternité républicaine.

« Gosthed », le film de la réalisatrice allemande Monika Treut qui fait l’ouverture du festival, est tout à fait représentatif de cet état d’esprit. Film dit « lesbien », c’est avant tout une très belle histoire d’amour entre une artiste européenne et une jeune émigrée chinoise ainsi qu’une émouvante méditation sur la fidélité post mortem. Le tout dans l’atmosphère brumeuse et quelque peu déprimante de deux villes qu’on pourrait croire jumelles malgré l’éloignement géographique : Taipei et Hambourg.

Un beau et délicat coup d’envoi. Bravo aux Ouvreurs pour cette ouverture !

29 mars 2010

Le fort du Mont Alban, pour quoi faire ?


Honoré par une visite ministérielle, le vieux fort du Mont Alban semble définitivement arrimé au patrimoine culturel de notre cité.

Après m’être battu pendant plus de dix ans au conseil municipal pour que cet édifice emblématique soit ouvert, restauré et culturellement dédié je ne vais évidemment pas me plaindre des dernières décisions du maire de Nice le concernant.

Il est vrai que si le sort des urnes nous avait été favorable aux dernières municipales la question serait peut-être réglée depuis longtemps tant j’avais été impressionné par le travail du jeune architecte niçois Mario Basso qui m’avait présenté un superbe projet, il y a quatre ans, dans une brasserie de l’avnue Borriglione (voir sur ce blog mon billet Nouveau Nouvel).

En fait la situation du Mont Alban, après les déclarations dominicales du maire, ressemble assez à celle de la gare du Sud. Je partage tout à fait la démarche concernant le contenant, je suis plus sceptique sur le contenu. Dire que l’on va mettre cet endroit mythique « à la disposition d’artistes pour l’animer… » ou en faire la star des journées du patrimoine, c’est un peu court…

Aujourd’hui comme hier je vois deux destinations possibles pour la forteresse du duc Emmanuel Philibert.

La première consisterait à en faire la vitrine de notre très riche Muséum d’Histoire Naturelle condamné à végéter du coté de Barla. Nice qui a une des dix plus grandes collection d’histoire naturelle de France trouverait là un lieu à la mesure de ce trésor. Bien sur il ne serait pas question d’une galerie de l’Evolution à la niçoise, mais de permettre la présentation d’une grande partie des pièces qui sont actuellement entassées dans les réserves. Ajoutons que le lieu, un peu à l’écart, serait idéal pour les scolaires dont les autocars pourraient se garer sans problème sur le grand plateau.

Une autre possibilité consisterait à transformer le fort en musée de la Résistance (et de la Déportation : n’oublions pas Simone Weil et les siens…). A l’heure actuelle un petit musée privé est hébergé dans les anciens locaux de la Région sur la plaine du Var. Le Mont Alban avec son architecture militaire serait bien adapté pour une telle destination. Pour nous rappeler aussi que Nice n’était pas seulement la ville de la milice, mais aussi celle de Jean Moulin. Une ville qui se libéra elle-même en août 1944.

Le fort du Mont Alban n’a pas vocation à imiter celui du désert des Tartares. Il y a bien longtemps qu’il n’y a plus de Tartares au large du Cap Ferrat.

Que l’on adopte l’une ou l’autre des solutions que je préconise et l’occasion sera belle d’oublier la vocation guerrière de l’ouvrage en réconciliant la cité avec une partie d’elle même.