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02 décembre 2012

L’enterrement, l’envoûtement


Deux soirées théâtrales en cette fin de semaine, deux soirées pourtant très différentes.

« L’enterrement », au Théâtre de Nice

Il s’agit en fait de la suite du formidable « Festen » joué dans le même théâtre il y a quelques années (Sophie Duez était encore actrice…) d’après un film danois de Thomas Vinterberg  qui avait fait forte impression au Festival de Cannes. Une pièce sur l’inceste où, à l’issue d’un repas de famille guindé, le pater familias était démasqué. « L’enterrement » est précisément celui du père indigne et, au cours de la réunion des proches assistant aux obsèques, on s’aperçoit que cette lourde histoire n’a pas laissée indemne la descendance du pédophile. On pouvait s’en douter.

Si ce n’est la curiosité de voir Caroline Proust, la fliquette boudeuse de la série de Canal + « Engrenages » piquer de jolies crises d’hystérie, ce Festen-le retour est assez vain avec une mise en scène grandiloquente et une distribution XXL sous-employée (Mélanie Doutey, Samuel Le Bihan, Mathilda May, Dominique Labourier).

Bénédicte Leturcq
« L’envoûtement », au Théâtre des Enfants du Paradis (Sophia Antipolis)

Cette pièce du dramaturge belge Jean-Pierre Dopagne, sur le thème du harcèlement et de la souffrance au travail est d’une grande subtilité doublée d’une grande cruauté : Marylène, fraîchement engagée dans une boîte d’événementiel, va tout faire pour évincer, avec une fausse ingénuité, Patricia, l’employée modèle depuis seize ans. 
Laure Gauffridy

Mise en scène avec effeicacité par Valérie D’Amodio, la pièce est drôle, très drôle. Mais le talent des actrices (Bénédicte Leturcq et Laure Gauffridy, épatantes) nous rappelle que « L’envoûtement » n’est pas qu’une pièce comique. Au-delà de la caricature affleure la critique sociale et là, bien sûr, le rire des spectateurs se fige.

En résumé : Envoûtement 1 – Enterrement 0. Le petit théâtre associatif l’emporte par KO sur le grand théâtre subventionné. Ce dernier nous doit une revanche.

18 novembre 2012

Le sermon sur la chute de Rome



N’en déplaise aux esprits chagrins, il n’est pas fatal que le Goncourt soit un mauvais livre choisi par défaut dans le petit cénacle des représentants des grandes maisons d’édition. Aussi, même si ce n’est pas une habitude, il m’arrive de lire le lauréat de l’Académie quelques jours après sa consécration chez Drouot (voir, sur ce blog, « Houellebecq ou le Goncourt Vache qui rit »).

Cette année, ma suppléante Joëlle Vacca, grande passionnée de littérature, m’a conseillé… et offert l’édition 2012 « Le sermon sur la chute de Rome » (Actes sud) de Jérôme Ferrari. Après lecture, je peux le dire sans ambages : ce livre – malgré une pagination assez réduite – est un grand livre.

L’histoire démarre comme un roman de Giono qui se déroulerait en Corse avant de basculer dans un universel troublant et dérangeant.

L’action se passe dans un village de l’Ile de Beauté où deux amis parisiens originaires de Corse décident d’abandonner leurs études (de philosophie) pour reprendre la gestion d’un bar perdu dans la montagne. Fidèles à Leibniz, ils veulent faire de leur rade « le meilleur des mondes possibles ». Mais, après une période idyllique, l’utopie va virer au cauchemar.

Aucune folklorisation qui aurait pourtant pu être encouragée par l’actualité insulaire même si l’un des héros « ne veut pas quitter son village pour aller s’enterrer dans un autre village désespérément semblable, accroché comme une tumeur au sol d’une île où rien ne change car, en vérité, rien ne change ni ne changera jamais ».

A des années lumière du roman provincial, Jérôme Ferrari fait de sa petite histoire de bistrot une somptueuse illustration du sermon de Saint Augustin, « Sur la chute de Rome », celui-là même qui explique la tragique propension de l’âme à se corrompre et la malédiction qui condamne les hommes à voir s’effondrer les mondes qu’ils édifient, « cette nouvelle inconcevable que des hommes existent encore mais que leur monde n’est plus ».

Paradoxale, l’écriture est à la fois sèche et riche, brutale et sophistiquée. Elle est parfaite pour disséquer tout un monde pathétique et même dérisoire aux prises avec un destin de tragédie grecque.

A lire. Le plus vite possible.

07 juillet 2012

Des nouvelles des nouvelles



 Ma dernière publication ayant désormais plus d’un an, nombreux sont les amis et les lecteurs qui me demandent si je suis en train d’écrire « quelque chose »… La réponse est bien évidemment oui. Depuis quelques mois, je vole un peu de temps à l’Université et au Conseil général pour écrire un livre de nouvelles, un genre tout à fait nouveau pour moi.

Ces nouvelles ont pour lieu géographique – au moins au départ – Nice et leur climat est celui d’un fantastique léger. A ce jour, les trois premières sont à peu près finalisées sous les titres de La Dame de Carras, La Facel Vega et le Ruhl et L’avventura  du Mont Chauve. D’autres suivront (trois ou quatre probablement).

En attendant, voici quelques extraits pour les lecteurs de ce blog.

     « Cela arriva quelque temps après le départ de Tania, l’amie moldave avec laquelle il vivait depuis cinq ans. Gaëtan se réveillait en pleine nuit et subissait d’interminables crises d’éternuements. Si la coïncidence était troublante, il n’arrivait cependant pas à faire le lien avec cette rupture unilatérale qui l’avait plus surpris qu’affecté.
     Le phénomène était spectaculaire. La crise s’achevait au petit matin, parfois plus tard et c’est épuisé qu’il se rendait à son bureau de fondé de pouvoir dans une grande banque du centre-ville. »  (La Dame de Carras)

     « Monsieur Bernard comme l’appelaient ses rares connaissances – en général des fournisseurs et des prestataires de services – n’avait jamais travaillé de sa vie. Il n’avait pas encore vingt-cinq ans quand son père en fit un rentier. Celui-ci avait eu le talent de composer deux ou trois ritournelles à succès ayant généré de substantiels droits d’auteur et le bon goût de mourir jeune et veuf.
     Aussi, c’est très tôt qu’il put partager une existence oisive entre deux passions : les femmes et les voitures de collection. Mais, à la cinquantaine, il s’éloigna des femmes et l’idée même du libertinage le plongeait dans un ennui profond. Dès lors sa passion pour les voitures devint exclusive. » (La facel Vega et le Ruhl)

     « Les gestes de l’amour, quelle que soit l’imagination des amants, sont toujours à peu près les mêmes, et pourtant, pour lui, tout fut nouveau cette nuit-là. Son désir n’était plus qu’un prétexte pour aller au-delà de lui-même, au-delà d’eux-mêmes… Un prétexte qui jamais ne défaillit. Toute une nuit où il n’eut pas besoin de renaître car jamais il ne mourut. » (L’avventura du Mont Chauve)

13 juin 2012

La pie au présent




Christophe André est un spécialiste de la méditation. Non seulement il anime, à l’hôpital Sainte-Anne à Paris, des groupes de méditation pour aider les patients, mais aussi il écrit de nombreux ouvrages en général assez didactiques sur la question. Le dernier « Méditer jour après jour » (Edition L’iconoclaste) développe la thèse selon laquelle notre équilibre passe par la pleine conscience du présent :

« Le passé importe, le futur importe. La philosophie de l’instant présent ce n’est pas dire qu’il est supérieur au passé ou au futur. Juste qu’il est plus fragile, que c’est lui qu’il faut protéger, lui qui disparaît de notre conscience dès que nous sommes bousculés, affairés. C’est à lui qu’il faut donner de l’espace pour exister. »

 L’originalité formelle de l’ouvrage réside dans le fait que l’auteur utilise des tableaux célèbres pour illustrer ces théories (sur les tableaux célèbres, je vous recommande la rubrique « Les tableaux de ma mémoire » sur le blog de Dominique).

Ainsi La pie de Monet qui est probablement mon tableau préféré sert d’illustration à Christophe André  pour le premier chapitre « Vivre l’instant présent » :

« C’est maintenant, juste maintenant.Tout à l’heure, ce sera autre chose : la pie se sera envolée, le soleil sera plus haut dans le ciel, l’ombre de la haie aura reculé… Ce sera ni mieux, ni moins bien ; ce sera juste différent. Alors c’est maintenant qu’il faut arrêter ses pas, sentir l’air frais qui pique l’intérieur du nez, écouter tous les bruits amortis, admirer cette incroyable lumière des  soleils de neige. Rester là aussi longtemps que possible, sans rien attendre de particulier. Surtout pas. Mais simplement rester là en faisant de son mieux pour percevoir les innombrables richesses de cet instant : les morceaux de neige qui tombent des arbres, dans un petit bruit moelleux ; la blancheur bleutée de l’ombre de la haie ; les petits mouvements de la pie qui cherche un peu de chaleur au soleil. Tout est parfait, il ne manque rien pour que cet instant nous comble. En pleine conscience, se rendre simplement présent à cet instant de grâce, ordinaire et lumineux. »

Cette explication est exactement celle que je m’étais donnée du tableau que je vais régulièrement admirer au musée d’Orsay lors de mes séjours dans la capitale… 

07 juin 2012

Les pages que j’aurais aimé écrire (10)




Le mal vivre et l’incommunicabilité entre les hommes et les femmes de l’Italie de l’après-guerre constituent l’essentiel de l’œuvre de Cesare Pavese (il finira d’ailleurs par se suicider). Son univers est très proche de celui du réalisateur Michelangelo Antonioni. Ce n’est donc pas un hasard si le second adapte des œuvres du premier au cinéma. Ainsi, Le bel été qui commence par ces premières lignes tout en désespérance retenue.

            « A cette époque-là, c’était toujours fête. Il suffisait de sortir et de traverser la rue pour devenir comme folles, et tout était si beau, spécialement la nuit, que, lorsqu’on rentrait, mortes de fatigue, on espérait encore que quelque chose allait se passer, qu’un incendie allait éclater, qu’un enfant allait naître dans la maison ou, même, que le jour allait venir soudain et que tout le monde sortirait dans la rue et que l’on pourrait marcher, marcher jusqu’aux champs et jusque de l’autre côté des collines. (…)

            Ginia, quand une de ses crises la prenait, n’en laissait rien paraître, mais, raccompagnant chez elle l’une des autres, elle parlait, parlait jusqu’au moment où elles ne savaient plus que dire. De la sorte, lorsque arrivait l’instant de se quitter, il y avait déjà un bon moment qu’elles étaient chacune comme seules, et Ginia rentrait chez elle calmée et sans regretter de n’avoir plus de compagnie. »

07 avril 2012

Après tout, si ça marche…



Ce vendredi, nous avons enfin eu le temps d’aller au TNN voir la pièce dont toute la ville parle : Après tout, si ça marche…, mise en scène par Daniel Benoin d’après le film de Woody Allen (Whatever Works).

A vrai dire, malgré un bouche à oreille flatteur, je n’attendais pas grand-chose de cette pièce, au moins pour deux raisons.

- Je reste perplexe devant la tendance actuelle qui consiste à adapter au théâtre des films. Les réussites en la matière sont rares (citons quand même Faces en 2009, d’après Casavetes, au TNN, voir sur ce blog Petit matin-grande soirée) et je demeure persuadé qu’adapter au cinéma des pièces de théâtre est une démarche qui fonctionne mieux.

- J’ai aimé le film de Woody Allen (voir sur ce blog Summer movies 2009) au point de l’avoir revu récemment en DVD.

Du coup, une adaptation théâtrale ne me semblait pas forcément opportune.

Eh bien, je dois avouer que j’avais tort : Après tout, si ça marche… est une réussite.

- Tout d’abord, il faut admettre que le miroir grossissant des conventions théâtrales joue paradoxalement le même rôle que la légèreté de la mise en scène de Woody Allen pour faire accepter au spectateur  cette histoire d’amour improbable entre un vieux misanthrope au QI et à l’ego surdimensionnés et une bimbo écervelée.

- Michel Boujenah porte la pièce et son interprétation supporte la comparaison avec celle de l’inénarrable Larry David dans le film de Woody Allen. La qualité de la performance est d’autant plus évidente que le reste de la distribution est un peu terne (l’interprétation de Melody notamment).

- La mise en scène de Daniel Benoin, imaginative, sert la pièce sans l’écraser. Mais on peut imaginer qu’elle a eu son coût… ce qui fera dire à Dominique (un peu perfidement ?) que seul un théâtre public peut s’offrir cet écrin.

Mais après tout, si ça marche ?

01 avril 2012

Deux moments d’émotion

Laurence, la lectrice - Photo Louis-Paul Fallot

Deux moments d’émotion pour un seul week-end, ce n’est pas si mal dans notre monde de brutes…

Samedi. MUSEAAV. 1re Journée des Auteurs du Pays Niçois.

Jennifer, mon étudiante stagiaire de L3 étant chargée de la communication de la manifestation, il était hors de question que je ne sois pas présent. Je n’ai pas regretté ma participation à cet événement sympathique qui m’a permis de retrouver de nombreux copains auteurs, de dédicacer quelques livres, de bavarder avec des lecteurs fidèles et surtout d’éprouver ma première émotion du week-end.

En effet, une des animations de la journée était une lecture, par une troupe de comédiens, d’extraits des ouvrages proposés. C’est ainsi qu’une actrice lut les quelques pages où, dans Fragments de Nice, mon premier livre, je raconte mes premiers mois d’enfant à Nice quand mes amis étaient des petits pieds-noirs fraîchement arrivés d’Algérie. Laurence, la lectrice, étant elle-même d’une famille originaire d’Afrique du Nord, elle mit beaucoup de sensibilité dans ce texte qui ressuscite ces rencontres d’il y a déjà si longtemps.

Dimanche. Palais des Expositions.

Il s’agissait là d’une manifestation d’une tout autre ampleur avec le gala final des Championnats du Monde de patinage. A la fois athlétique et artistique, le spectacle était de toute beauté et, dans la tribune, Candeloro – Lucky Luke a fait le show. En prime, Carolina Kostner, la championne du monde, a patiné pour son programme libre sur la musique et les paroles d’une chanson pour nous mythique : Hallelujah (voir le blog de Dominique). Voir évoluer la belle italienne au rythme de cette mélodie fut donc le deuxième moment d’émotion du week-end.

Carolina Kostner - Photo DBM

20 février 2012

Les pages que j’aurais aimé écrire (9)




Le 1er juin 2010, j’inaugurais cette rubrique avec Proust. Pour la huitième page, je pars à nouveau à la recherche de ce temps perdu qui l’est si peu pour tous ceux qui, comme moi, aiment l’immense Marcel.

«  Comme les différents hasards qui nous mettent en présence de certaines personnes ne coïncident pas avec le temps où nous les aimons, mais, le dépassant, peuvent se produire avant qu’il commence et se répéter après qu’il a fini, les premières apparitions que fait dans notre vie un être destiné plus tard à nous plaire, prennent rétrospectivement à nos yeux une valeur d’avertissement, de présage. C’est de cette façon que Swann s’était souvent reporté à l’image d’Odette rencontrée au théâtre, ce premier soir où il ne songeait pas à la revoir jamais – et qu’il se rappelait maintenant la soirée de Mme de Saint-Euverte où il avait présenté le général de Froberville à Mme de Cambremer. Les intérêts de notre vie sont si multiples qu’il n’est pas rare que dans une même circonstance les jalons d’un bonheur qui n’existe pas encore soient posé à côté de l’aggravation d’un chagrin dont nous souffrons. »

24 novembre 2011

Les phrases que j’ai aimé dire…



De 1995 à 2008, j’ai eu le bonheur de célébrer plus de cent cinquante mariages en mairie de Nice. Autant de mariages, autant de discours pour lesquels il m’est arrivé de citer quelques auteurs lorsque l’ambiance ou l’histoire familiale s’y prêtait.

Voilà quelques-unes de celles que j’ai préférées. A vous de deviner les raisons pour lesquelles précisément je les avais choisies. Répondre à la question revient en fait à découvrir la personnalité des mariés à qui la citation était adressée.

« Dans la vie, l’instant qui prend couleur d’éternité nous enivre mais cela est sans valeur au prix de l’éternité revêtant l’aspect d’un instant. » Yukio Mishima, Le Pavillon d’or.

« Je suis arrivé à un âge où il faut prendre parti, décider une fois pour toutes qui on veut aimer et qui on veut dédaigner, se tenir à ceux qu’on aime et, pour réparer le temps qu’on a gâché avec les autres, ne plus les quitter jusqu’à la mort. » Marcel Proust, A la recherche du temps perdu.

« Rien n’est pire que l’impérialisme d’une mémoire commune, si ce n’est le chantage des mémoires éclatées. » Gérard Slama.

« Le prêtre du Dieu des choses comme elles sont perd du terrain par rapport au prêtre des choses telles qu’elles devraient être. » Rudyard Kipling.

« Le soleil n’est jamais aussi beau que le jour où l’on se met en route. » Jean Giono.

« Lui faisait-on remarquer qu’il était originaire d’Emilie, il répondait qu’on appartenait au pays qu’on habitait. Il ajoutait que depuis les Vedianti, première peuplade occupant la région, Grecs, Phocéens, Romains, Barbares, Wisigoths du bas Danube, Ostrogoths de Ravenne, Francs, Saxons, Lombards avaient fait souche à Nice.
On avait même fait appel à des Génois pour repeupler les environs quand les populations furent décimées par la peste. Ce brassage l’autorisait à se considérer Niçois comme s’il l’était de longue date et, patriote rétrospectif, à s’insurger contre les attaques dont les habitants furent victimes. « Aucune région du monde, affirmait-il, n’a eu à subir autant de guerres, parce qu’aucune région du monde n’est plus belle et que tous l’ont convoitée. » Sa bonne foi ne faisait aucun doute. Louis Nucéra, L’avenue des Diables-Bleus.

09 novembre 2011

Les premières phrases que j’aurais aimé écrire



J’aime les premières phrases de roman quand elles sont courtes et qu’elles ouvrent presque par effraction les portes du temps et de l’espace d’un univers littéraire.

Quelques exemples :

« Longtemps, je me suis couché de bonne heure. »
(A la recherche du temps perdu, Proust)

« Aujourd’hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas. »
(L’étranger, Albert Camus)

« J’appartiens à l’une des plus vieilles familles d’Orsenna. »
(Le rivage des Syrtes, Julien Gracq)

« Ridiculement seuls dans les déserts vacillants du petit matin, sur les trottoirs où pourrissait un reste de neige. »
(Place des angoisses, Jean Reverzy… un très grand roman)

« Je ne suis pas un garçon comme les autres. »
(Un adolescent d’autrefois, François Mauriac)

« Un jour, j’étais âgée déjà, dans le hall d’un lieu public, un homme est venu vers moi. »
(L’amant, Marguerite Duras)

« Toutes les familles heureuses se ressemblent mais chaque famille malheureuse l’est à sa façon. »
(Anna Karénine, Léon Tolstoï)

… Bon, à vous de jouer, amis blogueurs !

31 octobre 2011

Fiat Luc

Bernard, Peggy, Patrick et Luc


La deuxième salve tirée, restent quatre soirées et deux matinées de pur bonheur avec un public souvent participatif, toujours chaleureux, et un cadeau pour chacune des deux dernières séances.

Samedi, nous avons eu en effet le plaisir d’avoir parmi nous un protagoniste important des « Fragments de Nice » : « celui qui avec son bon cœur a capacité à embrasser toutes les causes, même et surtout quand elles sont désespérées », témoignant ainsi de « sa tendresse particulière pour le lumpenprolétariat tendance babacool ». Il s’agissait bien sûr de l’homme de l’amphi 200… le désormais célèbre Luc !

Dimanche, c’était au tour d’Henri Legendre de nous honorer de sa présence. Henri, celui qui n’avait pas hésité, il y a quelques années, à prendre le risque de programmer dans sa salle du boulevard Carabacel les « Fragments » d’un auteur parfaitement inconnu sur le plan littéraire et peut-être trop connu sur le plan politique.

Quand Bernard, le complice de toujours, a prononcé les derniers mots de la dernière réplique, quand Peggy, la révélation du spectacle, a entamé le dernier couplet de la dernière chanson, prenant le contre-pied de Raïna, l’héroïne de « Pourquoi si tard ? », j’avais envie de dire : pourquoi si tôt ? Et vous êtes nombreux à m’avoir dit partager le même sentiment.

P.S. : Vous avez apprécié le talent de Peggy Précheur. Sachez que cette jeune femme est « dans le civil », DJ-chanteuse-animatrice. Pour l’avoir vue travailler de nombreuses fois, je peux attester qu’elle excelle dans son métier (un tiers Cathy Guetta,un tiers Florence Foresti,un tiers Zaz). Aussi, si vous avez besoin de ses services, n’hésitez pas à la contacter (peggyprecheur3@yahoo.fr      0673739945).

28 octobre 2011

Dernière salve de « Fragments »




Ce soir à 21 heures au nouveau théâtre de l’Alphabet, Bernard et Peggy vont commencer à tirer la deuxième salve de « Fragments de Nice ». Une soirée (samedi 21 h) et une matinée (dimanche 16 h 30) suivront et la série de représentations sera achevée.

Pour ceux qui n’ont pas encore vu la pièce on peut dire qu’elle se présente comme un vagabondage dans le temps et l’espace à travers Nice. Un voyage qui commence à l’Arc en Ciel « immeuble –quartier » au cœur de Pasteur pour se poursuivre sur la plage de Castel et se prolonger de Las Planas à la place Rossetti en passant par la fac de Droit et le stade Jean Bouin. Entre autres.

Le voyage peut prendre parfois un tour inattendu et nous entraîner du côté du Pas-de-Calais, dans le parc de… l’Élysée, en ex-Yougoslavie ou sur les berges de la Maritza.

Du cultissime « Imagine » au « Je veux » de Zaz, Peggy accompagne musicalement cette exploration à la fois générationnelle et universelle.

À tout à l’heure…

26 octobre 2011

De Rascar Capac à Plekszy-Gladz (rediffusion)

L'éclipse du Temple du soleil

Aujourd'hui, Steven Spielberg livre dans les salles obscures sa version de Tintin. Pour fêter l'événement, je reprends donc un billet publié sur ce blog en février 2007.

"Entre deux réunions pré-présidentielles, j'ai profité d'une petite plage de liberté dans un week-end parisien bien rempli pour filer du côté de Beaubourg visiter, en bon tintinophile, l'exposition Hergé.

Une fois de plus j'ai été bluffé par le phénomène Tintin. On dit généralement que les fans du petit reporter à pantalon de golf ont entre 7 et 77 ans. Je peux témoigner que ce Dimanche, sous la pluie, parmi les centaines de visiteurs qui font la queue, nombreux sont ceux qui ont moins de 7 ans. Nombreux aussi ceux qui ont plus de 77 ans. Avec, dans les yeux, la même passion. Plus tard sous les cimaises d'une expo pourtant médiocre, l'excitation sera à son comble et chacun communiera dans une véritable tintinmania.

Je ne sais pas si nous avons tous quelque chose de Tennesee, mais je suis certain que nous avons tous... quelque chose de Tintin ! C'est ainsi que je reproduis périodiquement une scène du « Temple du soleil » : en fac de lettres une cellule doit régulièrement être réactivée pour assurer l'éclairage de mes amphis ; à cette occasion, il me plait de rejouer la scène de l'éclipse en appelant Pachacanac à la rescousse. Mes pourtant très jeunes étudiants, généralement, comprennent.

Pour évoquer le malstrom d'images, de scènes, de personnages qui se bousculent dans ma tête, je vous livre le résultat d'un petit exercice d'écriture automatique directement inspiré par Tintin…

La momie de Rascar Capac, la maquette de la Licorne, la portière de la voiture sciée pour échapper aux gangsters, le rhinocéros explosif, la marche d'escalier brisée à Moulinsart, la plainte du yéti, le chinois fou au sabre tournoyant, le petit sparadrap voltigeur, le Karaboudjan, le peu ragoûtant guano, les sarcophages en attente, le whisky bulle en apesanteur, le lama fâché qui « toujours fait ainsi », Lampion et Abdallah, les deux têtes à claques, Muller et Rastapopoulos, les odieux, Tchang et Zorrino, les gavroches exotiques, le suicide de Wolff... J'en passe et des meilleures. Chacun peut aussi se livrer à ce salutaire petit exercice : why not ?

Mais mille millions de mille sabords, par les moustaches de Pleksksy-Gladz, que le grand cric me croque, j'allais oublier les jurons du capitaine : Phylloxéra, topinambours, vermicelle, anthropopithèque, iconoclaste, moule à gaufres, nyctalopes, espèce de logarithme, ectoplasme, sapajou, zouave, cloporte, coléoptère, coloquinte, zigomar... Si je n'avais pas peur de mélanger les genres je dirais bien : ça c'est du brutal !!!"

23 octobre 2011

La première salve de « Fragments… »

Bernard Gaignier et Peggy Précheur

Vendredi, samedi et dimanche a été tirée la première salve des nouveaux « fragments » au nouvel Alphabet.

Un public nombreux (deux soirées à salle pleine), participatif et, semble-t-il, heureux, des acteurs au top de leur forme, autant de raisons pour que – comme on dit dans le pays de mon enfance – l’auteur « biche »…

Dans les petits dialogues d’après spectacle, j’ai pu vérifier que les spectateurs avaient apprécié l’abattage de Bernard (notamment ses numéros désormais classiques comme « le bain », « on a gagné ! », ou « souffle, souffle ») et la capacité de Peggy à créer une complicité avec la salle.

Pour ma part, je n’oublierai pas la présence émouvante dans le public le premier soir de la fille de Georges de Nice qui nous a quittés il y a quelques jours.

A toux ceux (il doit bien y en avoir encore quelques uns…) qui n’ont pas encore fait un détour par le 19, rue Delille, je donne rendez-vous le vendredi 28 (21 h), le samedi 29 (21 h) et le dimanche 30 octobre (16 h 30) en leur disant, comme Zaz dans la chanson interprétée par Peggy à la fin du spectacle :

« Allons ensemble découvrir ma liberté, oubliez donc tous vos clichés, bienvenue dans ma réalité ». Qu’on se le dise !


19 octobre 2011

Un nouvel Alphabet pour de nouveaux Fragments



Privilège de l'auteur, c'est en solitaire que j'ai assisté à la dernière répétition avant la reprise de "Fragments de Nice".

Eh bien, à part le nom du théâtre et l'inoxydable et talentueux Bernard, tout a changé. Le lieu (désormais nous sommes au 19 de la rue Delille... parking Marshall), les fragments choisis, la mise en scène : tout est différent.

Et surtout, il y a Peggy Précheur, une chanteuse à la fois généreuse et subtile qui donne aussi la réplique à un Grangier redevenu Gaignier.

Alors, tous au théâtre de l'Alphabet le vendredi 21 octobre, le samedi 22, le vendredi 28 et le samedi 29 à 21 heures et les dimanches 23 et 30 octobre à 16 h 30 !

10 octobre 2011

Georges de Nice

Georges de Nice n’est plus. Nous lui avons rendu un dernier hommage cette après-midi à l’église Saint Roch.

Dans Fragments de Nice, j’avais fait de lui ce petit portrait un peu irrévérencieux :

« Il y avait aussi, et surtout, exotisme suprême dans cette mosaïque culturelle qu’était l’Arc en Ciel, Georges le Niçois. Le seul Niçois de souche qu’il nous a été donné de connaître pendant la première année de notre installation à Nice. Il était lui-même un condensé de ce qu’on peut appeler le caractère niçois.
Avec son amour du haut pays et son indifférence à la mer, avec cette façon si particulière de vous intégrer en douceur dans les petites révélations et les lourds secrets de la ville, avec ses phrases chuchotées, à demi formulées, jamais achevées, ses clins d’œil en guise de points de suspension et ses petits coups de coude en forme d’exclamations.
Avec cet humour pudique, si pudique qu’il en devenait virginal. Cette susceptibilité capable de nourrir une rancune tenace et obstinée.
Avec cette conviction quasi anthropologique que la cuisine est une invention des femmes niçoises et que dans les autres pays du vaste monde, on ne fait qu’accommoder la nourriture.
Pris dans le tourbillon de ma nouvelle vie, ce n’est que bien plus tard que j’ai compris que Georges m’avait donné les clés de l’âme niçoise. »

Ce portrait, Georges Fani l’appréciait au point d’assister à plusieurs représentations de Fragments de Nice, yeux brillants et petit sourire en coin.

Lors de la reprise de la pièce, à partir du 21 octobre, au nouveau théâtre de l’Alphabet, nous ne manquerons bien sûr pas de lui rendre hommage…

07 octobre 2011

L’indigné de Mouans-Sartoux

Avec Stéphane Hessel


La petite République des lettres a installé ses quartiers d’octobre à Mouans-Sartoux et, une fois de plus, je participe à la fête avec bonheur.

Mouans-Sartoux, cette année encore, ce sont des grandes causes, des débats, des rencontres, des dédicaces et ces dizaines de bénévoles qui témoignent de la solidité du lien social qui unit les citoyens de la ville d’André Aschiéri.

Et quand un invité de marque arrive, il y a toujours des moments un peu spéciaux, des séquences un peu magiques. C’est ainsi que, ce matin, j’ai pu m’entretenir un petit moment avec Stéphane Hessel l’indigné, ce jeune homme de 94 ans devenu le symbole d’une révolte.

L’homme est chaleureux, le témoin est passionné, le militant est déterminé. Ne m’a-t-il pas confié que la révolte était certes nécessaire mais loin d’être suffisante. Ce qu’il fallait, c’est qu’elle suscite voire provoque l’action.

Et pour cela, il m’a dit attendre beaucoup de nos participants à la primaire. Le message sera-t-il entendu ?


30 septembre 2011

Les pages que j’aurais aimé écrire (8)



Au début de « La promesse de l’aube », le jeune Romain Gary assiste à l’humiliation de sa mère devant leurs voisins – petits bourgeois haineux et xénophobes – de la ville polonaise de Wilno où ils se sont installés (aujourd’hui Vilnius en Littuanie, voir sur ce blog « Voyage au centre de l’Europe »). Mortifié par tant de méchanceté et submergé de honte le jeune Romain décide d’en finir avec la vie. Pour cela il rejoint sa cachette favorite au milieu d’un dépôt de bois situé au fond de la cour de son immeuble. Cet entassement de bûches est si fragile qu’une simple poussée des jambes et du dos peut provoquer l’effondrement fatal…


     « Je me mis en position.
     Puis je me rappelai que j’avais dans ma poche un morceau de gâteau au pavot que j’avais volé le matin dans l’arrière-boutique d’une pâtisserie située dans l’immeuble, et que le pâtissier laissait sans surveillance lorsqu’il avait des clients. Je mangeai le gâteau. Je me remis ensuite en position et, avec un gros soupir, me préparai à pousser.
      Je fus sauvé par un chat.
     Son museau apparut brusquement devant moi entre les bûches, et nous nous regardâmes un instant avec étonnement. C’était un incroyable matou pelé, galeux, couleur de marmelade d’oranges, aux oreilles en lambeaux et avec une de ces mines moustachues, patibulaires et renseignées que les vieux matous finissent par acquérir à force d’expériences riches et variées.
     Il me regarda attentivement, après quoi, sans hésiter, il se mit à me lécher la figure.Je n’avais aucune illusion sur les mobiles de cette soudaine affection. J’avais encore des parcelles de gâteau au pavot répandues sur mes joues et mon menton, collées par mes larmes. Ces caresses étaient strictement intéressées. Mais cela m’était égal. La sensation de cette langue râpeuse et chaude sur mon visage me fit sourire de délice – je fermai les yeux et me laissai faire – pas plus à ce moment-là que plus tard, au cours de mon existence, je n’ai cherché à savoir ce qu’il y avait, exactement, derrière les marques d’affection qu’on me prodiguait. Ce qui comptait, c’est qu’il y avait là un museau amical et une langue chaude et appliquée qui allait et venait sur ma figure avec toutes les apparences de la tendresse et de la compassion. Il ne m’en faut pas davantage pour être heureux.
     Lorsque le matou eut fini ses épanchements, je me sentis beaucoup mieux. (…)
     J’ai toujours pensé depuis qu’il vaut mieux avoir quelques miettes de gâteau sur soi, dans la vie, si on veut être aimé d’une manière vraiment désintéressée. » 

03 août 2011

La cithare au Carlone

Une heure et demie d'entretien au Pub Carlone près de la Faculté des Lettres avec Pascal Gaymard à propos de la publication de Sur un air de cithare cela donne, dans le Petit Niçois : "Patrick Mottard, l'éternel mélancolique". A vous de juger !


28 juin 2011

Debré - Mottard : le duo improbable


L'équipe de WebtvNice a profité du Salon du Livre pour réaliser un sujet sur deux voisins du stand de la Librairie Masséna: le Président du Conseil constitutionnel... et moi-même.

Le résultat est surprenant.