23 août 2009

La Bulgarie de Michel Petkov


Terminer la partie active de notre voyage par la Bulgarie était à la fois un hasard géographique et une nécessité sentimentale. Nous avons eu tant d’amis dans ce pays et partagé tant de moments rares avec eux qu’il est devenu une sorte de seconde patrie.

Déambuler, dès la frontière passée, dans les rues de Ruse en s’imprégnant de l’indolence ambiante permet déjà de retrouver quelques repères. Plus tard, une cigogne sur la cheminée d’une maison danubienne, la statue de Christo Botev sur la grand-place de Vraca, l’or de la cathédrale Alexandre Nevski et la fraîcheur du Mont Vitocha, font retrouver les autres.

Mais passer par ici, c’est aussi et peut-être surtout le bonheur de revoir notre ami Michel Petkov et sa femme Roumi. La Bulgarie que nous aimons, ce n’est pas n’importe quelle Bulgarie, c’est celle de Michel.

A dix-neuf ans, jeune militant social-démocrate, il combat le stalinisme et est enfermé dans la forteresse-prison de Veliko Tarnovo par les communistes. Il y retrouve l’intelligentsia du pays et pourra ainsi, pendant les neuf ans que durera son incarcération, dans des conditions pourtant difficiles, se forger les outils théoriques de son engagement de jeune homme.

Libéré en 1959, il peut, quelques années plus tard, suivre des études à l’Université où il rencontre sa femme. Cultivé et francophile, le couple reste en contact avec de nombreux sociaux-démocrates. D’où une certaine effervescence intellectuelle qui, avec le bonheur familial (une petite Milena va naître de leur union), équilibre la marginalisation politique et sociale.

En novembre 1989, l’impensable arrive à la suite de la chute du Mur de Berlin : le dictateur communiste Jivkov est obligé de démissionner. Avec ses amis, Michel ressuscite le vieux parti social-démocrate. C’est à cette époque que nous faisons sa connaissance à Sofia.

Michel, sexagénaire toujours souriant, conteur né, est resté l’homme de gauche qu’il a toujours été. Malgré les épreuves, cet humaniste n’a ni haine, ni rancœur. Il nous rendra rapidement visite à Nice où il animera un débat au CLAJ de Scudéri, sur la transition à l’Est, organisé par notre section Nice centre du PS dirigée par Gérard Corboli. Quelques jours plus tard, nous nous retrouvons à Ramatuelle pour l’Université d’été et Edith Cresson, alors Premier ministre, l’invitera à la tribune pour une standing ovation.

Parallèlement, en Bulgarie, il devient député de Shumen, une petite ville de l’Ouest du pays avec une forte minorité turque. Le nouveau député nous ouvre les portes de l’Assemblée Constituante et nous fait les honneurs de sa circonscription.

Puis, le Gouvernement le nomme ambassadeur en Espagne, poste-clé s’il en fut car le roi Siméon est précisément réfugié à Madrid. Nous serons les hôtes de cette ambassade de style soviétique où le maître de lieux nous raconte ses premiers pas dans la diplomatie. Ce qui est souvent très drôle et toujours passionnant.

Puis ce sera, pendant cinq ans, l’ambassade en Tunisie. Il est encore en poste quand le roi Siméon, sur le point de devenir… Premier ministre, lui demandera d’intégrer son équipe. Fidèle à ses valeurs, Michel décline la proposition. Puis c’est la retraite et la rédaction, encore inachevée, de Mémoires très attendues.

Les néo-communistes ayant réussi leur OPA sur la social-démocratie avec la complicité de l’Internationale socialiste et du PS français, Michel a pris ses distances avec la politique active tout en restant un spectateur engagé. Avec Roumi, il suit avec passion l’actualité internationale. Il me confie même être un lecteur régulier et attentif de ce blog… Imaginez ma fierté !

Pendant deux soirées, nous l’avons retrouvé physiquement inchangé, toujours aussi ferme dans ses convictions. L’écouter expliquer avec passion le passé, s’interroger sur les incertitudes du présent et pourtant toujours espérer, est un de ces petits moments de grâce qui vous rendent meilleurs.

Demain, ce sera le retour, deux longues journées sur la « 66 Yougo » et les autoroutes italiennes, pour boucler les 9000 kilomètres de ce très long voyage. Mais ce retour sera léger car nous aurons encore en mémoire la formidable leçon de liberté délivrée par Michel Petkov, notre ami bulgare.

Cliquez pour Forrest à Sofia

Sur le même sujet, voir Soir d'été à Sofia sur le blog de Dominique Boy-Mottard.

4 commentaires:

alain a dit…

Belle prestation que ce "Forest Gump Trip" avec des personnages de qualité.
Quand à nous, nous sommes restés vers Lugano, à l'ombre des palmiers Suisses, comme de jeunes retraités...

Bernard Gaignier a dit…

Je me souviens de Michel quand il était venu à Nice .
Je me souviens notamment d'une soirée ou il est venu manger chez moi avec toi et Dom!
Ce fut une soirée marquante tant cet homme dégageait d'humanité et de gentillesse malgré toutes les épreuves subies!
Et qu'il était bon public à rire à toutes nos sornettes à l'université d'été! Mais il me semble que ce n'était pas à Ramatuelle mais à la Garde Freinet!Pont d'histoire qui n'a aucune importance!

Patrick Mottard a dit…

Lugano je me souviens il y a deux ans nous avons cherché une chambre en vain...au final on s'est retrouvé à Davos...la honte pour des militants de gauche ...

alain a dit…

Davos!!! Alors là oui, angoisse des suisses: découvrir ma voiture aux multiples rayures, garée bien trop près de la leur...