31 décembre 2009

Feliç any nou 2010 !


Jeudi 31 décembre 2009, 12 heures 01, Cap Béar

Star incontestée de la météo marine, le Cap Béar, sombre et sauvage, pénètre la Méditerrannée entre Port-Vendres et Banyuls.

Erigé en 1905, son phare est un miraculé : le 19 août 1944, les Allemands avaient déposé 200 kg de dynamite pour le détruire. Heureusement le dispositif de mise à feu n'a jamais fonctionné. Depuis, il continue à remplir sa mission à 70 mètres au-dessus du niveau de la mer, au milieu des aloës, fouetté par les vents qui peuvent atteindre ici jusqu'à 200 kilomètres/heure.

Un lieu qui, après avoir surmonté un destin funeste, se bat contre un environnement hostile en se mettant au service des autres... Quel beau symbole pour tous ceux qui, dans les heures qui viennent, ne vont pas manquer de prendre des résolutions pour l'année nouvelle.

P.S. Billet partagé, ainsi que les voeux, avec Dominique.

29 décembre 2009

Lieux intimes (1) : la pinède et le lac


Notre géographie intime est faite de lieux avec lesquels nous avons une relation presque charnelle.

Ces lieux peuvent être à quelques minutes de chez nous ou à l’autre bout du monde. Ils ont en commun le sourire qu’ils provoquent sur nos lèvres même au cœur des mornes saisons, et l’indifférence un peu générale qu’ils suscitent sauf, peut-être, chez ceux qui nous aiment vraiment.

Ainsi, cet ami bulgare intarissable quand il s’agissait de décrire sa maison de campagne, parenthèse enchantée au milieu d’un quotidien de grisaille et de répression. La visite sur place révéla une bicoque plus que modeste dans un environnement plutôt banal. Qu’importe, à voir le sourire de l’ami et celui de sa fille, pas de doute, nous étions au jardin d’Eden.

J’ai ainsi en permanence une bonne vingtaine de lieux gravés sur le disque dur de ma mémoire même s’ils sont irrégulièrement visités. Suffisamment, quand même, pour en faire une nouvelle rubrique de ce blog au gré des retours. Dans les Pyrénées Orientales, lieu de villégiature souvent fréquenté, se trouvent deux de ces endroits.

La pinède

Il s’agit, en fait, du « Bois des Pins » d’Argelès sur mer. Ce modeste espace d’environ 500 mètres de long sur 300 de large est un bois artificiel planté à la fin du XIXe siècle, puis amputé à partir de 1938 pour satisfaire les besoins du camp de réfugiés républicains espagnols installé sur la plage toute proche. La moitié des pins maritimes sont jeunes et un peu rachitiques, l’autre moitié est plus ancienne mais les plus grands arbres ont été étêtés par la dernière tempête. En clair, le « bois des Pins » n’est pas la forêt landaise.

Pourtant, j’aime bien marcher dans le sable, écrire ou lire sur les effroyables bancs en béton armé disséminés ici ou là sous la futaie, observer pies et écureuils. Ce modeste bois devient alors une forêt immense, en dehors du monde, où j’aime retrouver mes souvenirs et des raisons d’espérer.

Le lac

Là, nous sommes à Villeneuve de la Raho. Les 6740 mètres du pourtour du lac artificiel, réserve écologique, bassin d’irrigation et base d’écopage pour Canadairs, furent dans un premier temps un parcours d’entraînement. En trois ans à peine, ils devinrent bien plus que cela. Ce n’est pas le lac du Bourget, mais ce micro-paysage est aujourd’hui pour moi un monde à part auquel je pense avec ravissement quand je suis loin, une sorte de parcours initiatique où les caresses du soleil sur la surface immobile du plan d’eau activent joie de vivre et promesse de bonheur.

Quelques arbres et un gros étang, pas de quoi alerter les reporters de Géo. Reste ce sourire de temps en temps sur mes lèvres. C’est déjà beaucoup.

23 décembre 2009

5.06 - Michelet


Le 5.06 (Michelet) s’articule autour de l’avenue Borriglione côté pair. Alfred fut l’un de ces maires bâtisseurs à qui on doit le Nice d’aujourd’hui. A la fin du XIXe siècle, il réalisa la première couverture du Paillon mais aussi le canal d’arrivée de l’eau de la Vésubie, le quartier industriel de Riquier, le prolongement de la Prom jusqu’à Carras et bien d’autres aménagements.

Je me souviens du 29 novembre 2002. Ce jour-là, l'avenue fut bouclée à la hauteur du 11 une bonne partie de la matinée par les forces de police. Sur le trottoir gît, une balle dans la nuque, Adrienne Franchi, quatre-vingts ans, qui fut par deux fois – en 1990 et 1992 – mon adversaire Front National aux élections cantonales. Un peu plus loin, un passant, lui aussi âgé, souffre, une balle dans l’épaule. On apprendra plus tard que le tireur, un chauffeur de bus retraité, a regagné, son forfait accompli, le hall du n° 11 où il occupe un appartement au dernier étage et s’est tiré une balle dans la tête. Un différend de voisinage à propos d’une fuite d’eau et d’un ravalement de façade entre le forcené et mon adversaire aurait été à l’origine du drame.

Par contre, je n’ai pas été témoin de l’autre fait divers qui a failli ensanglanter l’avenue. Et pour cause : le 15 novembre 1961 j’habitais encore très loin du quartier. A 23 h 15, une bombe explose sur le pallier du deuxième étage du n° 77. Les portes sont arrachées, les vitres des alentours soufflées, une vieille dame est blessée mais, l’appartement visé étant miraculeusement vide, il n’y aura pas de victimes graves. En fait, c’est l’OAS qui, ne pardonnant pas au rédacteur en chef du Patriote – le journal communiste local – ses prises de position en faveur de l’indépendance de l’Algérie, a voulu l’éliminer physiquement.

Ces dernières années, l’avenue fut le théâtre de l’interminable chantier du tramway ponctué par les fuites de gaz et la ruine de certains commerçants. Je me souviens de ce marchand de journaux nouvellement installé dans le quartier et obligé de fermer son commerce à la suite d’un accident de chantier, son immeuble, au numéro 51, ayant été éventré par une pelleteuse. Il disparut de longues semaines. Le quartier, inquiet, le chercha partout. Il réapparut, ruiné et brisé, avant de disparaître à nouveau. Définitivement. J’ai aussi encore en mémoire la macabre mise en scène d’un artisan réduit à l’inactivité par le chantier qui empêchait les clients d’accéder à sa boutique : tabouret et corde suspendue au plafond dans l’arrière-boutique de son local. Heureusement, un ami de cet homme m’avait prévenu en fin de soirée et, à deux, nous avions réussi à éviter l’irréparable.

Aujourd’hui, l’avenue devenue piétonnière a ressuscité et fait bonne figure avec l’omniprésent tramway. De nombreux commerçants comme l’apprécié traiteur Cotte, le garagiste Boccanera, généraliste de mes voitures depuis quinze ans, ou l’Ami de pain où j’ai mes habitudes ont survécu. D’autres se sont installés avec la volonté d’innover, comme Jorge et Florence qui ont ouvert leur modeste agence immobilière à des expositions de peintres locaux. C’est d’ailleurs en face de leurs locaux, au 78, que se trouvait « ma permanence de la victoire » où, en 1998, nous avions fêté mon élection au deuxième tour des élections du 5e canton en écoutant, presque religieusement, Imagine de John Lennon dont nous avions fait l’hymne de la campagne. Aujourd’hui, le local est un « tatoo shop » dénommé rudement J’aurai ta peau…
 
Pour en terminer avec Borriglione, j’avoue avoir toujours une petite émotion, moi, l’Européen convaincu, quand je passe, à hauteur du 65, devant le bankomat du Crédit agricole. En effet, c’est ici que, le 2 janvier 2002, j’ai retiré mes premiers euros…
Les autres rues du secteur sont plutôt tranquilles. La rue Gallin est en fait une impasse qui peut s’enorgueillir de la Villa Rosanna et des magnifiques portraits de femmes peints en médaillons sur sa façade. Les rues du Soleil et Puget sont presque bucoliques grâce à leurs magnifiques « reculs jardinés » pourtant amputés, il y a deux ans, pour faire de la place au tramway qui, désormais, tintinnabule toute la journée. Au 22 de la rue du Soleil, la résidence… du Soleil a illustré au premier degré sa dénomination par un magnifique soleil en plexiglas qui domine sa façade. Le résultat est pittoresque. Juste en face, une villa mauresque nous fait traverser la Méditerranée en même temps que la rue.

Enfin, j’ai acquis la certitude que ce quartier est celui du macaron. Cette délicate pâtisserie meringuée, fabriquée à partir de poudre d’amende, de sucre glace et de blancs d’œuf, est en effet la spécialité de Ludo qui exerce ses talents à l’angle de la rue du Soleil et de Borriglione. Coïncidence : à un pâté de maison de là, au début de la rue Puget, habite notre ami Vincent qui, lui, a déposé un brevet permettant de fabriquer industriellement les fameux macarons. La gestion de ce brevet qui a beaucoup de succès est d’ailleurs son activité principale. Macaron haut de gamme, macaron industriel, je peux vous garantir, pour être un consommateur régulier des deux, qu’ils sont également excellents. Dans des registres différents bien sûr.

21 décembre 2009

Lâchez un peu les crampons de l’OL…


Lu à la une du Nice Matin de ce jour : « Monaco musèle (sic) Lyon : 1-1 ». En général un match nul à l’extérieur, qui plus est devant une équipe présentée il y a encore peu comme un outsider du championnat est plutôt considéré comme une bonne performance… pas pour l’Olympique Lyonnais qui a été – dixit - muselé !

Nouvel exemple de ce dénigrement systématique des performances de l’OL par les médias depuis deux ans.

Sept fois de suite, l’OL a gagné la Ligue 1, réalisant même en 2008 un doublé retentissant. Parallèlement, il enchaînait les performances en Ligue des Champions en étant la seule équipe française de niveau européen.

Depuis l’an dernier, l’équipe évolue un ton en dessous : rien de dramatique au demeurant. Elle a terminé le dernier championnat sur le podium tout en assurant une qualification en huitième de finale de la Ligue des Champions où elle sera battue par l’imbattable Barça. Cette année, l’OL a renouvelé sa performance en éliminant – excusez du peu – Liverpool et rencontrera au printemps les Galactiques du Real de Madrid. En Ligue 1, Lyon est actuellement 4e à deux points du second. On peut le voir, le bilan est plutôt flatteur. En tout cas, rien qui ne justifie ce déchaînement de mauvaise foi des médias qui transforment Aulas en disciple de Coué, Puel en caporal psychorigide et l’équipe en conglomérat sans âme et sans talent.

Pendant ce temps, l’OM, usine à scandales et chouchou des médias (des dizaines de pages dans l’Équipe) qui n’a rien gagné depuis l’époque Tapie et les matchs truqués, s’est fait éliminé sans gloire en phase de poules de la Ligue des Champions. Le PSG, autre star des médias, se débat comme chaque année dans le ventre mou du classement. Quant au Bordeaux de Laurent Blanc, son parcours depuis un an est réellement impressionnant, mais il lui reste tout à prouver sur la durée…

Alors Messieurs les journalistes, même si la sage équipe rhodanienne vous fait vendre moins de papier, un peu plus d’objectivité, un peu moins de copinage, lâchez les crampons de l’OL !

19 décembre 2009

Au Conseil général, c’est déjà 2010


C’est effectivement le budget primitif 2010 qui était au menu de cette ultime séance plénière de l’année. Un budget que Gauche Autrement n’a pas voté car « s’il opère une assez bonne hiérarchisation des priorités, les sacrifices restent trop inégalement répartis ».

Comme en 2009, les familles vont financer assez généreusement des investissements profitant en priorité aux entreprises du BTP qui, à l’évidence, ne joue pas le jeu de la redistribution et de l’emploi. Sinon, comment expliquer que cette année, grâce au plan de relance financé par le CG, la baisse de l’activité économique ait été moitié moins forte dans notre département que dans le reste du pays alors que le chômage des jeunes augmentait de 40%, le pire résultat des six départements de la région PACA. « Une activité économique plus soutenue qu’ailleurs, un chômage plus élevé qu’ailleurs… Y a comme un défaut ! aurait dit feu Fernand Raynaud ».

Le débat budgétaire fut aussi l’occasion d’exprimer notre hostilité vis-à-vis de la réforme de la taxe professionnelle. Une réforme qui réduit la liberté fiscale des collectivités locales et qui, inéluctablement, imputera leurs ressources. Une réforme qui va coûter très cher aux finances publiques dans un contexte où l’endettement public s’envole.

Le début de la séance fut aussi l’occasion de purger le débat sur le Contrat de Responsabilité Parentale dont on nous rabat les oreilles depuis deux mois. En ce qui me concerne, le temps d’expliquer qu’en la matière « nous sommes dans l’idéologie pure, voire la démagogie. Qui parlerait des Contrats de Responsabilité Parentale (dont une partie du dispositif est au demeurant intéressant…), s’il n’y avait au bout l’éventuelle suspension des prestations familiales, une mesure illusoire qui renvoie à un fantasme de l’opinion publique sur la démission de certains parents (en fait, la plupart du temps, des mères isolées et dépassées par les événements) que l’on devrait combattre par la répression. Comme si les choses étaient aussi simples. (…) A proposition idéologique réponse symbolique… » : nous avons voté contre.

Heureusement, la suite de la séance fut plus constructive, notamment sur les politiques et les dossiers sociaux. Ce fut aussi l’occasion pour Dominique de demander, avec la passion qu’on lui connaît, un rééquilibrage nord-sud des implantations de maisons de retraites. Ce sera même pour nous un des dossiers prioritaires des prochains mois. 

Ce n’est qu’après presque neuf heures de débat que nous touchons enfin notre salaire en retrouvant, dans une permanence pleine à craquer, les amis de l’association pour un fraternel pot de Noël d’où nous enverrons un amical message à deux grands absents du jour : Richard, le convalescent, et Gérard, le routard du Triangle d’Or.

16 décembre 2009

Le choix de Sophie

La nouvelle est officielle : Sophie Duez, figure de proue de la liste Allemand aux municipales, rejoint le cabinet politique du maire-ministre Christian Estrosi.

Le moins qu'on puisse dire est que je n'ai pas de raisons particulières d'être un farouche partisan de la dame. On n'a pas oublié son étrange obstination à vouloir me donner des leçons d'unité de la gauche sur le plateau de France 3 au soir du deuxième tour des municipales de Nice. Et si j'ai toujours considéré qu'elle avait sa place au titre de la société civile sur une liste, il est aberrant que le leader de Changer d'ère - il est vrai en panne de popularité - lui ait laissé la conduite de sa campagne.

C'était une erreur de casting et un grand risque.

- Une erreur de casting pour les élections : voir les notables du PS se dandiner sur les estrades pour une sorte de teknival électoral n'était probablement pas ce qu'attendaient de la gauche les Niçois. Ils le feront d'ailleurs spectaculairement savoir en plaçant la liste Allemand en troisième position derrière Estrosi et... Peyrat.

- Un grand risque pour l'avenir : l'effet boomerang était prévisible. Le désintérêt abyssal du PS local pour la culture frôle parfois le populisme voire la beaufitude... Combien de fois m'a-t-on reproché d'écrire ou d'être cinéphile ? Combien de fois ai-je été traité de bobo par les blogs mercenaires de Biscarra en raison de mon intérêt pour les questions culturelles ?

Du coup, la dame a dû se sentir un peu seule... Comme elle a de l'expérience, probablement la volonté sincère d'être utile et, apparemment, une grande disponibilité professionnelle, elle ne pouvait que céder à l'offensive de charme du camp d'en face.

Bien sûr, l'opération politique est transparente. Mais, en même temps, comment ne pas constater que, lorsque l'opposition est insignifiante, le pouvoir - même contesté - est roi et les tentations sont grandes.

Bref, on peut ne pas partager le choix de Sophie. Mais on peut le comprendre...

13 décembre 2009

Lucie dans tous ses états

La fonction de conseiller général ne permet que très rarement la fréquentation de la poésie, a fortiori quand celle-ci a des accents surréalistes... Et pourtant !

Nous sommes samedi, en début de soirée. L'orage gronde et la petite foule, invitée par l'Association de la colline Saint Barthélemy, pour fêter la Sainte Lucie, se presse dans la salle au plafond bas de l'entresol du Prieuré du Vieux Logis. Arrivé avec un peu de retard, je me faufile entre les fidèles dans l'étroit couloir et me retrouve, plutôt surpris, face à douze Vierges suédoises, toges immaculées et blondeur scandinave, chantant d'une voix cristalline les louanges de Lucie, cette sainte sicilienne qui préféra jadis - étrange entêtement - s'arracher les yeux plutôt que de perdre sa virginité. C'est que la Sainte Lucie, proche du solstice d'hiver, est fêtée en Suède à travers de nombreuses fêtes des lumières ( luce, lux, lumière).

D'où ce déploiement virginal, bougies en main ou... sur la tête, d'autant plus dépaysant que mon dernier contact avec la culture suédoise remonte à la lecture déjà lointaine du polar Millenium.

Tout en écoutant avec délectation les voix célestes, je me dis que l'engagement légendaire des scandinaves en faveur de la parité n'est pas un vain mot : deux des vierges sont... des hommes !

Le récital achevé, la procession aux lumières doit s'élancer à travers rues et ruelles du quartier. Au son de... la Java bleue (vous savez, celle qui ensorcelle...) jouée par un très jeune accordéoniste qui, à l'évidence, a déjà une pratique très affirmée du happening décalé, une petite troupe d'une soixantaine de personnes se met en branle. L'élu du canton se doit de donner l'exemple et je participe donc à l'aventure. Car aventure il y eut. La bourrasque se déchaîna, retournant les parapluies et fouettant les visages. Bien sûr, au bout de cent mètres, la pluie violente eut tôt fait d'éteindre les petites chandelles et de débaptiser ipso facto la procession aux lumières.

La montée d'un boulevard Gorbella désert et quelque peu lugubre sous l'ondée fut particulièrement épique et insolite. Notre petite troupe était précédée par de stoïques musiciennes provençales, fifres et tambourins, qui jouaient une musique joyeuse évoquant les cigales et le pastis bien frais. A la fin du cortège, une voiture de la police municipale veillait probablement à ce qu'il n'y ait pas de débordements en fin de manif... euh, je vous prie de m'excuser, de procession !

L'orage redoublant d'intensité, l'itinéraire devint de plus en plus incertain, le défilé se transformant en une sorte d'errance à la Théo Angelopoulos...

C'est à ce moment-là que je compris qu'on pouvait être très nombreux et vivre quand même un grand moment de solitude.

Une demi-heure plus tard, l'exode s'achève chez le père Didier dans l'atmosphère tiède de l'église Saint Barthélemy où une surprise nous attendait : les Vierges - qui avaient été préservées de la tempête - peuvent à nouveau chanter la gloire de Lucie pour détendre nos corps grelottants et recroquevillés. Heureusement, le vin chaud servi dans le cloître du monastère après cet ultime spectacle va nous réconforter. Du coup, l'ambiance monte d'un cran et, si l'esprit de Lucie était toujours parmi nous, c'était moins celui de l'austère Sicilienne que celui de celle qui fait un tour in the sky with diamonds...

Et c'est quelque peu euphorique que je redescend la colline pour retrouver cette autre Lucie qui m'attend à la maison.

11 décembre 2009

5.08 - Saint Barthélemy


Tout en longueur, le territoire du 5.08 s’articule autour du côté pair de la partie sud du boulevard de Cessole, du Passage à niveau aux Trois horloges.

Après avoir dépassé l’inattendu Gainz’bar, dès le n° 20, on se trouve face à un immeuble mythique : le Palais Stella. C’est ici que le 27 août 1944 le comité insurrectionnel de la Résistance niçoise décida, dans la soirée, de déclancher le lendemain à 6 heures le soulèvement pour libérer Nice.

Dès l’aube, deux mille Allemands à l’ardeur, il faut bien le dire, un peu défaillante (les Américains étaient arrivés jusqu’au Var tout proche) furent attaqués par trois à quatre cents résistants surmotivés et intelligemment coordonnés par le QG du Palais Stella. A minuit, les insurgés étaient maîtres de la ville, évitant ainsi destructions et représailles de la part de l’ennemi. Le surlendemain, les Américains incrédules pouvaient pénétrer dans une ville déjà libérée.

Au n°2 du boulevard, une plaque très sobre rappelle que cinq des vingt-sept résistants tués ce jour-là le furent dans le quartier : René Barralis, Lucien Chervin, Auguste Gouirand, Jean Ballestra et Roger Boyer, qui donnera son nom au square de la Dominante. Chaque 28 août, à 18 heures, je fais partie de la (toute) petite foule qui rend hommage à ces héros dans l’indifférence un peu générale devant le 20, en compagnie des survivants toujours moins nombreux d’année en année. Après l’insouciance des vacances d’été, ce moment d’intense communion est un petit électrochoc qui me ramène chaque fois à l’ambivalence de nos destinées.

Mais la partie basse du boulevard de Cessole, c’est aussi le jardin de l’Evêché, les Buttes-Chaumont niçoises… Tout en dénivelé, il nous offre chaque année, dans cette ville sans saisons, avec ses beaux arbres à feuilles caduques, un petit échantillon d’automne. Il abrite aussi la Maison de l’Environnement dans un bâtiment qui fut celui de la sulfureuse Radio Baie des Anges, en son temps voix officielle du médecinisme. C’est du jardin de l’Evêché que démarre également le célèbre GR5, chemin de randonnée qui relie Nice à… Rotterdam, en passant par Aspremont, le Mont Cima, Utelle, Saint Etienne de Tinée…, le Luxembourg et la Belgique, soit plus de 1500 kilomètres. Un panneau en bois matérialise ce lieu symbolique depuis peu. Devant lui, je me dis que, peut-être, le conseiller général du canton se devrait de… bon… enfin… on verra !
Après l’Evêché, le promeneur passe devant l’entrée secondaire du groupe scolaire Saint Barthélemy qui a donné son nom au 5.08 puis croise le passage Bellon et son académie de danse orientale, les rues Cagnoli et Dr Lanchier, du nom de ce praticien qui, pendant la guerre, permit à de nombreux jeunes Niçois d’échapper au STO.

Enfin, c’est l’arrivée sur le square Barons de Berre, que les habitants du quartier, fidèles à la tradition du double nom des places de Nice nord, appellent « les trois horloges ». Précisément, parce que trois horloges, haut perchées et accolées, offrent un identifiant quelque peu insolite à ce lieu de passage. C’est au nord du square que se trouve le Bar des deux avenues (Cessole et Cyrille Besset) où nous avions l’habitude, avec Jean-François Knecht, conseiller général du 11e canton limitrophe, d’organiser des conférences de presse communes qui, au-delà de leur utilité directe, étaient un moyen d’authentifier notre travail pour Nice nord et – pourquoi ne pas le dire – notre amitié.

Enfin, le 5.08 s’achève par un décrochage en forme de rectangle opéré par les rues Charles Calais et Victorien Sardou : deux personnalités qui, par la force des choses, font rue commune mais qui, de leur vivant ne seraient certainement pas – selon l’immortelle formule de Thierry Rolland – partis en vacances ensemble. Qu’on en juge . Victorien Sardou, dramaturge parisien : « Les Niçois ont un mont, il est chauve, ils ont un château, il est démoli… ». Charles Calais, poète niçois : « Je suis fils du pays dont rêvent les pucelles… ».


Membre de la commission municipale des noms de rues pendant de longues années, j’affirme avec force ne pas faire partie des responsables de ce que l’on appellera, selon l’humeur, une faute de goût ou un télescopage malicieux.

09 décembre 2009

L’ALED a droit de Cité


L’association laïque pour les élèves en difficultés (ALED), présidée par notre ami et colistier Paul Vautel, organise régulièrement des conférences-débats. C’est ainsi qu’en Mai 2008 j’ai eu le plaisir d’intervenir sur… Mai 1968 au théâtre Trimages.

Ce soir, c’est dans le décor cosy du théâtre de la Cité qu’était programmée une conférence sur l’éducation des enfants intitulée « Croisière ou galère ? » et sous-titrée « De la joie d’être parents dans un monde compliqué ».

Présidée par une autre amie, Véronique Lederman, le débat fut introduit par le Président Paul himself. Il rappellera que les difficultés présentes sont en partie les conséquences d’une évolution heureuse de la société comme le vote des femmes, la contraception, le divorce par consentement mutuel, l’autorité parentale, le travail féminin…

Les intervenants (Côme Jacqmin, juge pour enfant, Florence Pellegrino, enseignante en ZEP, Jean-Max Foret, éducateur ), en tous points excellents, feront ensuite le constat que, dans une société où l’individualisme s’est considérablement développé, éduquer les enfants « ne coule pas de source ». Ils sont également d’accord pour affirmer que tout retour en arrière (contrat de responsabilité parental) est illusoire, démagogique et relève souvent d’une forme de discrimination sociale (le couvre-feu dans certains quartiers).

Les solutions ne peuvent pas être théoriques et encore moins idéologiques mais doivent constituer un faisceau de réponses pragmatiques, au coup par coup : du cousu main en quelque sorte… Le juge lui même avoue, malgré sa mission d’autorité, négocier quotidiennement dans la discrétion de son cabinet pour arriver aux moins mauvaises solutions.

Dans ce contexte, l’école a pour tâche de créer les conditions qui peuvent faciliter la recherche de cet équilibre en imposant la notion de « respect » comme substitut aux formes d’autorité « à l’ancienne » de toute façon impossible à restaurer.

Mais ce type de solution nécessite des moyens pour l’Education nationale comme pour les équipes de prévention spécialisées et les associations. Et les intervenants de nous rappeler qu’on est loin du compte en ces périodes de restrictions budgétaires où la prévention et l’éducation sont sacrifiées aux effets d’annonce sécuritaires.

06 décembre 2009

Nostalgym au Ray


Défaite honorable hier soir du Gym face à Marseille, avec une équipe réduite à 10 pendant toute la deuxième mi-temps. Malgré cet incident de parcours, on subodore que les Aiglons sont encore partis pour nous offrir une belle saison…

On commence à avoir l’habitude : depuis presque une décennie, cette équipe aux moyens financiers limités, réalise d’impeccables parcours en Ligue 1 où elle devance régulièrement des clubs plus huppés et surtout plus friqués.

Mais depuis quelques mois, chaque match au Ray est un peu plus qu’un match de plus. Les jours du vieux stade Léo Lagrange sont désormais comptés. Ce qui fut pendant très longtemps le serpent de mer de la politique niçoise, à savoir le grand stade, risque de devenir rapidement – porté par la candidature de la France à l’Euro – une réalité. Cette semaine encore, l’annonce du soutien financier de l’Etat rend l’échéance inéluctable.

Ainsi, tout en vibrant avec Sami aux exploits de Loïc Remy, d’Ospina, et de Coulibaly (qui a marqué un si joli but), je n’ai pas pu m’empêcher de jouer à « Je me souviens… ».

Je me souviens de ces longs « trails » entre le quartier Pasteur et le stade qui nous faisaient traverser la moitié de la ville en empruntant uniquement des chemins de traverse et des escaliers. Le chemin de la Galère, embaumé et fleuri au printemps, flamboyant en automne, représentait une partie non négligeable de notre itinéraire bis. C’est dire si aujourd’hui, je soutiens avec ferveur la conseillère générale du 7e canton qui veut valoriser et faire connaître les richesses de ce bucolique cheminement rural en zone urbaine.

Je me souviens, pêle-mêle de tous ces joueurs rouge et noir que nous avons tant admirés : les chevauchées fantastiques de Jean-Noël Huck, les dribles de Charly Loubet au poteau de corner, les plongeons de Baratelli, la vitesse de Bocchi (qui désormais tient la buvette de la cité Ray-Gorbella dans le 5e canton), la rudesse de Chorda, la technique de Leif Eriksson, l’élégance de Bocandé (sa fille est mon étudiante), les buts de Bjekovic, la pirogue de Marama Vahirua, l’esprit Ajax de Dick van Dijk…

Je me souviens aussi tout particulièrement de René Fioroni. Cet étudiant en notariat avait gardé son statut d’amateur… et portait des lunettes. Ailier fougueux, il était souvent descendu sans ménagement par la défense adverse à l’approche de la surface de réparation. Du coup, probablement inspirés par la jurisprudence Agnan du petit Nicolas de Goscinny, nous avions pris l’habitude de conspuer avec véhémence ces brutes incapables de respecter un amateur courageux qui portait des lunettes.
Je me souviens de soirs de deuxième division où nous étions encore des milliers à soutenir ce qui n’était parfois qu’un fantôme d’équipe. Je revois comme si c’était hier le tableau d’affichage et son 0-3 après une demi-heure de jeu un soir d’hiver contre… Chateauroux (c’est où ça, Chateauroux ?).
Je me souviens du miracle de 2002 quand l’équipe caracolait en tête de la L1 quelques mois après avoir été pratiquement condamné à la troisième division par une fédération très sceptique sur les capacités de gestionnaires des actionnaires locaux. José Cobos le magnifique fut le symbole de cet ahurissant retournement de situation, incarnant la révolte des joueurs contre le dictat parisien, avant de propulser l’équipe vers les sommets. Quelques années plus tard, j’ai eu le privilège de parler assez longuement en tête à tête avec lui. J’ai découvert un homme sensible, un humaniste profondément attaché à l’éthique sportive… C’est dire s’il a dû se sentir souvent bien seul dans le monde du football professionnel.

Je me souviens de ces quatre années passées dans les Populaires, aux côtés de la Brigade sud, avec Ange et Bruno Della Sudda, un alter chez les ultras, aurait dit Léo Mallet. Chants, chorégraphies, banderoles, serpentins et confettis… l’ambiance était chaude, les slogans aussi… Ils traduisaient en tout cas une connaissance très précise des pratiques sexuelles des arbitres et des supporters adverses !
Je me souviens bien sûr des concerts de klaxons sur Borriglione et sur Gorbella les soirs de victoire, les larmes ravalées et les poings dans les poches après les défaites. Je n’ai même pas oublié les petits bastons probablement nécessaires à l’hygiène du corps.

Pour toutes ces raisons, notre cœur restera toujours au Ray. Pour autant, nous n’abandonnerons jamais notre équipe, nous irons la soutenir dans la grande plaine froide, j’irai la soutenir dans la grande plaine froide. D’ailleurs, en gage de fidélité, je vais, dès lundi, installer dans ma permanence, le grand fanion dédicacé par toute l’équipe que Dominique a acquis au téléthon organisé par le comité de quartier de Cimiez. Qu’on se le dise !

02 décembre 2009

5.05 - Molière


Comme son nom l’indique ce secteur est organisé autour de la rue Molière qui d’est en ouest traverse le paisible quartier situé entre Borriglione et Auguste Rainaud avant de grimper brusquement sur les hauteurs de Bellevue. 

Pourtant Molière a bien peu mérité de Nice. On ne lui connaît aucun lien avec notre ville et n’a-t-il pas fait dire à un de ses personnages : « Hors de Paris , il n’y a pas de salut pour les honnêtes gens » (dans quelle pièce ?).

Cette rue fut longtemps celle de la Fondation Dabray, hospice dépendant du CHU reconverti un temps en résidence d’artistes avant d’être démoli pour faire place à un établissement expérimental spécialisé dans la lutte contre la maladie d’Alzheimer : l’institut Claude Pompidou financé par l’association du même nom.Et c’est à l’occasion du dépôt de la première pierre, à côté de Bernadette Chirac, que j’ai pu vérifier que le célèbre cabas n’était pas une invention du scénariste des Guignols

Notons enfin, à l’intersection nord avec Bellevue, le superbe palais Molière où, pendant quelques semaines dans les années 70, nous avions sous-loué un studio sous les toits sans jamais l’habiter, probablement découragés par notre prédécesseur, admirateur de la famille Adams, qui avait peint tous les murs… en noir !

Toujours sur les hauteurs, n’oublions pas la petite rue Eden, où, semble-t-il, quelques rats malicieux avaient un temps colonisé les palmiers pour de bruyantes raves parties nocturnes.

La rue Edouard Dalmas fait aussi partie du périmètre, avec ses deux superbes villas à fresques, fausses jumelles que nous avons sauvées, avec le soutien de la population, d’une destruction programmée par les urbanistes de la ville.

Pour le reste, le 5.05 n’est composé que de portions de rues et d’avenues contribuant à donner à l’ensemble un caractère confus et peu homogène. Ainsi, l’avenue Bellevue, dans sa partie 28-54, l’avenue Barbusse du 26 au 36, avec le Centre des Etudiants Juifs, où je me souviens avoir participé à des débats passionnés et passionnants, la partie ouest de la rue Michel-Ange, avec son hôtel St Hubert, petit deux étoiles au confort douillet et un peu suranné des établissements de province où descendent les voyageurs de commerce et le commissaire Maigret.

Reste encore, du 22 au 36, une petite partie de la rue Théodore de Banville, juste le temps de vérifier qu’à Nice Nord, existent les pistes cyclables les plus désertes de la ville et de rappeler que ce brave Théo, poète « aux rimes riches » comme le rapporte la chronique, né à Moulins (nul n’est parfait), était complètement frapadingue de notre cité : « Nice est une déesse vivante sortie des flots d’écume sous un baiser du soleil. On vient à Nice pour une semaine et on y reste toute sa vie… ».
Mascarille, prends de la graine… !

28 novembre 2009

5.07 - Cyrille Besset


Après le 5.12 (Fontaine du Temple), le 5.03 (Vernier), le 5.02 (Joseph Garnier), le 5.13 (Gorbella), le 5.18 (Clément Ader) et le 5.01 (Dabray), le 5.04 (Clément Roassal), le 5.11 (Stephen Liégeard) et le 5.17 (Alfred Binet), allons vagabonder dans le 5.07 (Cyrille Besset… même si son nom est trompeur car l’avenue en question ne fait qu’effleurer le quartier dont ce bureau de vote porte le nom).

C’est ici que bat le cœur du canton. Sur son territoire exigu et tourmenté, ne trouve-t-on pas, en effet : - un théâtre (voir Les théâtres du 5e canton),
- un cimetière (voir Le père Lachaise du 5e canton),
- une église, un collège, une école primaire, une école maternelle… et une voie romaine (voir Et si Babaorum était dans le 5e canton ?)...

Le cœur de ce cœur, cher à mon cœur, est en fait… une brasserie qui porte le nom usuel du quartier, « La Dominante ». Pour les Niçois, le square Boyer (place où est située la brasserie), c’est toujours la place de la Dominante selon la tradition des doubles noms de place à Nice nord (De Gaulle/Libération, Alexandre Médecin/St Maurice, Goiran/St Sylvestre).

C’est que, par deux fois au moins, cet établissement m’a accueilli en compagnie de personnages illustres. En 1990, pour ma première campagne cantonale dans le 5e canton, Laurent Fabius, alors Président de l’Assemblée Nationale, m’avait fait l’amitié de venir à Nice me soutenir dans une modeste réunion de proximité. Sa venue avait d’ailleurs déclenché un afflux de curieux et une tempête médiatique dans un quartier qui restera incrédule jusqu’à l’arrivée de Laurent. Deux ans plus tard, les aléas de la vie politique m’avaient transformé pendant deux mois en responsable de campagne officieux de Léon Schwartzenberg, tête de liste dans notre département pour les régionales. Après un face à face plutôt tendu à La Libé avec l’actuel marie de Nice, nous avions animé de conserve avec Léon, politique un peu lunaire mais très humain, une réunion dans ce qui était devenu, depuis l’épisode Fabius, mon quartier général.
Mais même si le nom de « Dominante » est sympathique et populaire, il y a une bonne raison d’appeler la place par son nom officiel. En effet, Roger Boyer était un de ces résistants qui ont perdu la vie au Passage à niveau le jour de la Libération de Nice. C’était le 28 août 1944.

Au-delà, le 5.07, c’est aussi l’avenue Saint Barthélemy avec, au n°34, le curieux immeuble aux balcons en forme de soucoupes volantes, la Montée Claire Virenque, du nom d’une poétesse niçoise qui n’a jamais rien fait à l’insu de son plein gré, les rues Calvino et Andréani qui sillonnent cette colline Saint Barthélemy dont le Prieuré du Vieux Logis est le diamant ocre. Le tout, sous le regard de l’ange qui surmonte l’étrange clocher de l’église.
Les escaliers sont nombreux dans le quartier pour relier rues parallèles et superposées : Saint Barthélemy-Imbert, Besset-Virenque, et bien sûr celui du romain chemin du Collet. Le conseiller général s’est souvent battu avec les autorités pour leur assurer une propreté conforme à leur utilité et à leur poésie.

Pour être tout à fait complet, n’oublions pas non plus la rue des Vediantiens où, un lundi matin très tôt, j’avais entamé ma campagne victorieuse de 1998, la rue Pierre Vogade, du nom de la dynastie des célèbres pâtissiers niçois, l’allée du manoir de Montjoie et le chemin du Vallon de Gorbellon rappelant la géographie initiale de l’est du quartier.

La preuve que dans le 5.07 on peut circuler par monts (colline Saint Barthélemy) et par vaux (le Gorbellon)…

22 novembre 2009

André Aschieri : le politique « autrement »


L’information est désormais confirmée : André Aschieri conduira la liste régionale d’Europe Ecologie dans les Alpes-Maritimes. Assurément une bonne nouvelle pour la gauche dans notre département.

C’est qu’André Aschieri est un homme politique atypique. Sans attaches partisanes, c’est en toute liberté qu’il fait de la politique « autrement » depuis de nombreuses années. Elu maire de Mouans-Sartoux en 1974, cet homme de gauche a transformé une cité-dortoir traversée par la route nationale Cannes-Grasse en commune de référence des Alpes-Maritimes et peut-être même de la Région. Le bilan est impressionnant : municipalisation de l’eau et des pompes funèbres, politique sociale de pointe, politique de développement économique audacieuse, engagement en faveur du développement durable et mise en place de pratiques de démocratie participative bien avant que tout cela soit à la mode.

Pour ma part, j’avoue avoir une admiration toute particulière pour la politique culturelle initiée par notre collègue du Conseil général Marie-Louise Gourdon, dont le Centre d’Art Contemporain et le Festival du Livre sont les plus beaux fleurons.

Aussi, je ne manque jamais une occasion d’envoyer mes étudiants en observation ou en stage à Mouans-Sartoux, eux qui doutent si souvent de l’action politique. Toujours bien reçus, ils reviennent avec un tout autre état d’esprit et parfois des projets d’engagement citoyen.

Député de 1997 à 2002 pendant les années Jospin, André Aschieri sera un parlementaire précieux pour la majorité de l’époque sur les questions d’environnement et de santé publique tout en proposant des comptes-rendus de mandat participatifs à ses électeurs.

Que cet élu-là ait été snobé voire méprisé par les socialistes locaux, qui l’ignorent au moment des sénatoriales et le placardisent à la Région, est somme toute assez logique. Les apparatchiks médiocres ne veulent surtout pas laisser un espace politique à un homme de cette envergure. Et, une fois de plus, Michel Vauzelle – qui n’est pourtant ni apparatchik ni médiocre – laissera faire.

Résultat des courses : Aschieri va renforcer le combat de Laurence Vichnievsky « visant à remettre l’homme au centre des préoccupations politiques » et Vauzelle va devoir assumer les conséquences de son manque de courage contre les appareils en endossant seul ou presque scandales marseillais et déculottées niçoises.

Entre une liste d’Europe Ecologie conduite par André Aschieri, avec probablement Rémy Gaechter et Mari-Luz Nicaise, et une liste PS-Allemand avec les chevaux de retour de Biscarra, le choix des électeurs de gauche risque d’être vite fait…

Avec André Aschieri et Laurence Vichnievsky, plus de divorce entre l’efficacité et la morale. Le vote utile va changer de camp… et en plus il sera éthique !

21 novembre 2009

La paix – pas tout à fait – maintenant


Notre compagnon de Gauche Autrement Maurice Winnykamen et son coéquipier Michel Le Bellac, toujours apprécié avenue Cyrille Besset, nous ont fait l’amitié de dérouler à la permanence leur premier débriefing au retour d’un voyage en Israël et en Cisjordanie pour le compte de « La paix maintenant ».

Ce n’était d’ailleurs pas la première fois que Gauche Autrement co-organisait une réunion avec l’organisation pacifiste : on se souvient de la soirée-débat avec Hagit Ofran à la Galerie Depardieu.
Jeudi soir, au cours d’une réunion agrémentée par le Beaujolais nouveau de Paul Vautel, Maurice et Michel nous ont fait un compte rendu du séjour de leur délégation (d’une cinquantaine de personnes). Et cela, à un moment où les nouvelles de cette partie du monde sont franchement mauvaises. N’a-t-on pas appris, coup sur coup, l’accélération de l’islamisation de la société sous la houlette du Hamas dans la bande de Gaza (les petites filles doivent désormais aller à l’école voilée) et le refus provoquant du gouvernement israélien d’arrêter les implantations de colonies en Cisjordanie (désavouant ainsi spectaculairement Barack Obama) ?

Le moins qu’on puisse dire est que le témoignage de nos amis ne contredit pas le pessimisme ambiant. Multipliant les contraintes administratives contre la population des territoires, le gouvernement de Netanyahou ne laisse aucun espace politique à l’Autorité palestinienne qui doit faire face à un sentiment d’humiliation et de colère grandissant.

Pourtant, Israël est en position de force pour négocier : le mur a permis d’éradiquer pratiquement le terrorisme à l’intérieur du pays, les Palestiniens sont divisés comme jamais et bien peu soutenus par les pays « frères ». L’attentisme du gouvernement israélien (hélas, semble-t-il, en phase avec l’opinion publique) est donc incompréhensible.

Une seule certitude, toutefois, rappelée par Maurice : Israël n’annexera jamais la Cisjordanie car cela reviendrait à annexer également une population arabe qui bouleverserait l’équilibre démographique de ce qui demeure, comme nous le rappelait Joël Simon, la seule démocratie de la région. Le statu quo presque revendiqué va conduire immanquablement à une radicalisation islamiste d’une société palestinienne qui risque de passer tout entière sous le joug du Hamas. On en arrive même à se demander – en ce qui me concerne, je me pose clairement la question – si ce n’est pas le but recherché… Itzhak Rabin est bien loin…

Bravo quand même à « La paix maintenant », à Maurice, à Michel, et à tous ceux qui ne veulent pas se résigner. Après des événements aussi incroyables que la chute du Mur de Berlin ou la fin de l’apartheid en Afrique du sud, il n’y a pas de raison pour que l’Histoire ne leur donne pas un jour raison. Oui, mais quand ?

18 novembre 2009

Nice secret et insolite

« Nice secret et insolite » (Editions Les beaux jours) est un petit livre épatant pour tous ceux qui veulent faire le point sur leur histoire d’amour avec Nice.

Le concept est simple : une page, un lieu, une photo, un petit texte. Thomas Bilanges est le photographe, Charles Bilas l’écrivain.

Des étonnantes (fausses) jumelles des 137-139 Promenade des Anglais, à la tour du manoir Léliwa de Rohozinski qui nargue nos embouteillages sur la Voie rapide, en passant par l’abbaye de Saint-Pons, ce sont près de 200 lieux niçois que les auteurs passent en revue avec une légèreté qui n’exclut pas la passion.

Du coup chacun peut faire sa petite virée existentielle dans le panthéon niçois. Pour ma part, j’avoue m’être arrêté devant la fresque méditerranéenne du CUM en pensant à ma première année de Droit, la villa Marichu et le palais Maeterlinck avec leurs fêtes de mariages, les abattoirs où j’entends encore le tumulte infernal de la salle d’abattage, l’église des Saints-des-Derniers-Jours où les mormons (!) m’apprenaient l’anglais, et la villa Beausite où, avec la journaliste de Nice Matin Sylvie Béal, j’ai testé la condition… d’otage ! Un olibrius, occupant sans titre, nous avait en effet retenus alors même que la maison était cernée par les huissiers et les policiers…

Quant à cette parcelle de la route forestière du Mont-Boron que les auteurs appellent « le coin des amoureux », je n’en dirai rien mais je n’en pense pas moins. On peut même se demander si ce n’est pas là qu’est né le groupe Gauche Autrement du CG…

Par ailleurs, l’élu du 5e canton n’est pas mécontent de retrouver au fil des pages et des chapitres : le 5-7 et les dômes de la Libé, la gare du Sud, le Passage à niveau, les guichets « futuristes » du Ray, la maison d’artiste du 5, avenue Ernest Lairolle, la villa Arson et l’ange de Saint-Barthélemy.

Le 7e canton est un peu moins bien traité, mais Charles Bilas nous confie quand même les secrets du Parc Chambrun, du château Valrose, de l’Aire Saint-Michel et de la cascade de Gairaut.

C’est à peine si on peut reprocher aux auteurs quelques oublis comme l’absence de Romain Gary et de sa promesse de l’aube quand est évoquée la cité de la Buffa ou celle de Jeanne Patetta, la grand-mère de Dominique, dans la petite maison du 38, rue Ségurane qui accueillit aussi un certain Frédéric Nietzsche ! 

Quoi qu’il en soit de la « maison des nains » de Désambrois à la Batterie russe, le livre fourmille d’informations et d’anecdotes. De quoi nourrir de nombreux quiz entre amis… C’est la raison pour laquelle je ne résiste pas au plaisir de vous poser trois questions :

1) Quel est le point commun entre la chapelle du Très-Saint-Sépulcre de la place Garibaldi et l’église russe Saint Nicolas-Sainte Alexandra de la rue de Longchamp ?

2) Quelle est l’origine du grand lustre de cristal suspendu au centre de la coupole de l’église Saint-Roch ?

3) Avant les archives municipales, quelle activité abritait, dans les années 20, le Palais de Marbre ?

Réponses sur ce blog demain à minuit !

16 novembre 2009

Je suis aussi un Ponthus

Après avoir « forrestgumpé » dès potron-minet une dizaine de kilomètres entre Saône (ma chère Saône!) et Rhône dans les rues de Lyon, j'avais rendez-vous ce dimanche, à la Part-Dieu, avec une assemblée de l'Association des Amis du Chevalier Ponthus.

Il faut dire que ma mère est née Ponthus et que, pour l’occasion, j’étais convié à présenter sous forme de conférence la vie du résistant Edgard Ponthus, mon grand-père.

Créée il y a vingt-cinq ans par l’entreprenant parisien Pierre Ponthus, cette association surfait, à l’époque, sur la passion toute nouvelle des Français pour la généalogie. Ponthus par ma mère, j’ai immédiatement adhéré au projet… et à l’association. Et depuis, à ma façon, j’ai toujours joué le jeu, visitant par exemple les cimetières de l’Ain qui regorgent de tombes estampillées Ponthus ou profitant de mon passage en 2003 à Salt Lake City pour extirper une trentaine d’ancêtres des limbes de la cave-bibliothèque des Mormons.

Cela dit, aujourd’hui, sous l’impulsion des généalogistes en chef de l’association, Paule Achard et Raymonde Malsert, l’arbre des Ponthus a fière allure avec, à son sommet, un certain Claude né, excusez du peu, en 1540.

Mais là n’est peut-être pas l’essentiel. En effet, les amis du Chevalier Ponthus ne constituent pas une association généalogique comme les autres. C’est que l’AACP est dépositaire de la très belle histoire du chevalier de Ponthus.

Un type épatant ce chevalier : qu’on en juge. Né en Galice à la fin du Ve siècle, il se sauve en Bretagne avec quelques copains pour échapper au sultan de Babylone. Dans la foulée, il séduit la belle Sidoine, fille du roi de Bretagne. Plus exactement, il entame, comme on dirait aujourd’hui, une relation compliquée du genre « je t’aime, moi non plus ». Du coup, il va se livrer aux pires excentricités pour éblouir la belle. Ainsi, il va guerroyer en Angleterre, réconcilier les Anglais et les Irlandais, fracasser le roi de Bourgogne, faire l’ermite dans la forêt de Brocéliande, mettre la pâté aux Sarrasins, devenir subrepticement roi de Galice, et surtout, réussir à pénétrer le cercle très fermé des chevaliers de la Table ronde. Le jour où j’ai appris ce dernier détail, j’avoue en être resté baba : avoir comme ancêtre un pote du roi Arthur, de Lancelot et consorts, annexer au patrimoine familial Excalibur et le Saint Graal, c’était vraiment trop classe… ! Du coup, là aussi, j’ai joué le jeu en me rendant, dès 2001, à Cedeira en Galice pour emprunter la rua del Caballero Ponthus, ou en passant une nuit entière, en 2002, dans la forêt de Brocéliande, histoire de mériter moi aussi une petite place autour de la Table ronde.

En fait, pour justifier vraiment cette invitation chevaleresque, j’ai conscience, comme tous les « cousins » de l’association, qu’il est impératif de faire la jonction généalogique entre notre cher Claude du XVe siècle et le ténébreux chevalier du Ve siècle.

Ce n’est pas gagné, mais ne dit-on pas qu’ à cœur Ponthus, rien d’impossible !

11 novembre 2009

Mur, murs…


Fragments du Mur (photo PM)


Agnès Varda me pardonnera cet emprunt, mais le jeu de mots est parfait en ces temps de commémoration de la chute du Mur de Berlin pour évoquer mes deux face-à-face plutôt minimalistes avec le symbole-repoussoir de la guerre froide.

La première fois, nous étions au milieu des années soixante-dix. Arrivé à Berlin Est à la fin d’une journée pluvieuse, je n’avais pas résisté à la curiosité en nous offrant, dès la première soirée, une petite virée automobile le long du Mur. La nuit était opaque et brumeuse, mais je conduisais ma Renault 5 comme en plein jour grâce aux nombreux projecteurs qui balayaient la frontière. Miradors et barbelés, l’atmosphère était celle d’un roman d’espionnage. Soudain, un vopo, arme automatique en bandoulière, se dresse devant le capot de la voiture et me fait signe de stopper. Pendant quelques secondes le spectre de la STASI, du KGB aussi, peut-être même celui du Goulag se profilent à l’horizon. En fait, le soldat nous explique plutôt calmement, par gestes, qu’en RDA, la nuit, on roule... avec ses phares allumés, ce que, trompé par les projecteurs, je n’avais pas fait. Du coup, je me suis trouvé un peu ridicule : une infraction routière même pas verbalisée ne risquait pas de me transformer en héros de l’anti-stalinisme. Ce n’était pas encore ce soir-là que le grand vent de l’Histoire affolerait les anémomètres de mon imagination d’étudiant occidental en goguette.

Le deuxième face-à-face fut post mortem. Comme nul ne l’ignore – à part peut-être notre Président de la République – le Mur tomba le 9 novembre 1989. D’emblée, j’eus conscience que cet événement serait le plus important de ma vie d’homme. « Le siècle le plus tragique de l’humanité s’achève en effaçant le symbole le plus visible de son absurdité », écrivais-je à chaud non sans emphase, ajoutant quand même, ce qui traduisait un certain désarroi face au vide : « Berlin et son Mur étaient à l’image du monde et ce monde nous abritait. Borné et rassurant. Cette quiétude un peu honteuse ne sera plus jamais nôtre. Aux premières heures du jour d’après, j’entrevois un avenir âpre où le Mur ne sera plus là pour racheter nos fautes… ».

Pourtant, assez curieusement, le printemps qui suivit, nous ne prîmes pas la direction de Berlin pour nos premiers voyages dans l’Est libéré. Ce fut la Roumanie où nous arpentâmes les ruines encore tièdes de la Révolution au son de la lambada, ce fut la Bulgarie, où nous retrouvâmes amis anciens et acteurs politiques du monde nouveau. Ce n’est qu’au cours de l’été 1990 que nous nous retrouvâmes face au Mur ou plutôt de ce qu’il en restait. L’atmosphère était bien sûr infiniment plus gaie que quinze ans auparavant. Négligeant les marchands du Temple, qui déjà proposaient autour de la porte de Brandebourg des petits morceaux de l’ouvrage, nous nous sommes, avec Dominique, bravement attaqué à un pan de béton armé pour arracher en nous écorchant les mains trois petits éclats dont un joliment polychromé. Ces fragments sont toujours dans mon bureau et chaque matin, c’est sans « ostalgie » que je célèbre mentalement la chute du Mur.

Mur, murs… je vous l’avais bien dit !

08 novembre 2009

Marathon Nice-Cannes… C’est fait !



La foule est dense et joyeuse, c’est la dernière ligne droite. A deux cents mètres de l’arrivée, Dominique, qui me guettait, se met à courir à mes côtés, tout en me félicitant pour ma « mine superbe ». A cinquante mètres du portique, elle s’écarte, j’accélère en passant devant les marches du Palais et je termine comme un Kenyan en levant les bras au ciel… 4h 28'54", à une minute près, le temps que je m’étais fixé. Que du bonheur ! Je suis champion du monde… Heu... enfin presque ! (6413ème sur 10276 partants)

Quelle jolie matinée…

Maison du département et de la montagne

Dès 6 h 30, je retrouve l’équipe du Conseil général, tout de vert vêtue. A part Benoît Kandel, essentiellement des fonctionnaires, comme Jef (qui finira en moins de 4 heures), Isabelle, Cathy ou Bertrand, que je croise avec plaisir Entre deux photos de groupe, j’ai la surprise de voir arriver un supporter inattendu, Gérard Blaise. C’est en effet une belle marque d’amitié, on connaît les réticences de l’ami Gérard quand il s’agit de se lever tôt.

Le départ

Le temps de saluer Bernard Paquin en aficionado débonnaire, je pénètre dans le sas pas plus rassuré que cela : un marathon, c’est quand même une course à part. Je retrouve, bien sûr, Laurent et Clotilde. Laurent, sourire en coin, a déjà son idée derrière la tête (mon Dieu que ce garçon est sournois !). De fait, après avoir accompli ses obligations mondaines, il va disparaître et on ne le reverra pas jusqu’à l’arrivée où il signera un superbe 4 heures et sept minutes. Clotilde, elle, retrouve son gang de marathoniennes aguerries, véritables Calamity Jane aux sourires angéliques. Et puis Claudio arrive. Charmant, charmeur, un brin mutin, pas du tout le Claudiogène du blog qui souvent rouspète et engueule. Il est vrai qu’il y a peu de fumeurs au départ d’un marathon…

La Prom’ classic

Mise en train un peu pépère, même si le rythme du gang de Clotilde, que je suis mine de rien, me semble un peu rapide. Dominique nous attend pour la désormais traditionnelle photo du Negresco. Je loupe malheureusement Antonin, présent m’a-t-on dit du côté de Magnan.

Saint-Laurent-du-Var

Sur le pont du Var, le photographe du CG fend le peloton pour me shooter en plein effort. Du coup, mes voisins de course me regardent avec curiosité en me prenant peut-être pour Julien Lepers ou Albert de Monaco !

Cagnes-sur-mer

Le gang va décidément trop vite. Comme j’ai la trouille de ne pas arriver à Cannes, je lève le pied en passant devant l’église de Cagnes et contourne l’hippodrome seul comme un grand. A la sortie de la commune, je suis applaudie par Véro, la prof de philo, qui fréquente parfois le 10 avenue Cyrille Besset. Du coup, je ne résiste pas au plaisir de lui serrer la main au passage, ce qui me conduit à dévier de 2,50 mètres par rapport à la trajectoire idéale (notez-donc que mon marathon, en fait, fera 42,197 km et 50 centimètres).

Villeneuve-Loubet

A la sortie de Marina, je côtoie pendant quelques centaines de mètres Claudio. Toujours souriant, mais déjà un peu plus critique : « il y a moins d’ambiance que l’an dernier ». Ce manque d’ambiance ne l’empêchera pas de pulvériser son temps de 2008 de plus d’une demi-heure. Une descente – j’adore les descentes – me permet de revenir sur le gang.

La ligne droite Marina-Fort carré

Sur la route du bord de mer, je retrouve comme prévu mon ami Gérard Corboli. Emu par une telle fidélité, je lui claque deux bises sonores au passage. Première séquence émotion : tout le long de la ligne droite, je me souviens qu’adolescent, un été, j’ai fait le vendeur ambulant de glaces sur les plages situées entre Marina et la Siesta.

Antibes

A la hauteur du Fort carré, je brûle un ravitaillement pour faire comme les régionaux de l’étape dans le Tour de France qui faussent compagnie au peloton pour saluer famille et amis sur le bord de la route. Je laisse le gang en arrière et retrouve dans un premier temps Dominique qui fera là sa première pige marathonienne de la matinée, en m’accompagnant une centaine de mètres. A l’approche des remparts de la vieille ville, c’est, avec Edith, Rose et Carolyne, trois générations qui me font fête. Semi-marathon en 2 h 04’ 45": c’est une bonne dizaine de minutes plus vite que prévu.

Le cap d’Antibes

Je passe assez bien la redoutable côte de la Garoupe. Idem pour le soit-disant fatal trentième kilomètre : la sorcière aux dents vertes n’est pas au rendez-vous. En fait, je suis surpris de ne pas souffrir : aucune douleur, pas de coup de bambou. Par contre, probablement par manque d’entraînement foncier (certain(e)s vont ricaner !), mes jambes vont moins vite et je n’y peux rien. C’est la raison pour laquelle, après une « pause pipi », je perds définitivement le contact avec le gang (Clotilde va terminer avec un magnifique 4h 25’37", même si on peut être certain qu’elle peste car elle voulait faire encore mieux).

Vallauris-Golfe Juan

La plus belle foule du marathon. Les spectateurs scandent nos prénoms inscrits sur les dossards. Pour moi, évidemment, cela donne du « Patriiiiiick ! »), et j’ai soudain l’impression d’être une réincarnation marathonienne du beau Bruel. Plutôt valorisant. Au trente-cinquième kilomètre, deuxième séquence nostalgie. Le temps de passage de 3 h 39’ correspond à mon record marathon d’il y a… bien longtemps.

Cannes

La route en corniche, avec ses faux-plats est assez pénible, il faut dire que, quels qu’ils soient, les cinq derniers kilomètres d’un marathon sont toujours un peu longs. Heureusement, une voiture nous accompagne pendant quelques minutes, avec un morceau de Queen, I want to break free. Du coup, je suis tout ragaillardi par Freddie Mercury, et je plonge avec entrain sur le Palm Beach. Reste la Croisette où, au mois de mai, j’aime déambuler entre deux films. Et quand, au loin, j’aperçois la silhouette familière du bunker, je me dis que c’est gagné. Je suis champion du monde… Heu... enfin presque !



Deux organes de presse évoquent la course du conseiller général du 5e canton de Nice