30 novembre 2008

Millenium pensum


«Le nom de la rose», «Da Vinci code», «Harry Potter»... : par curiosité ou pour ne pas passer à côté d’un bon moment, j’avoue lire assez souvent les best-sellers dont le succès est tel qu’il frise parfois le phénomène de société.

Une telle lecture est de toute façon instructive sur ce qui intrigue, intéresse, passionne mes contemporains. Alors, pourquoi se priver d’une petite escapade sociologico-ludique qui peut parfois déboucher sur une bonne surprise littéraire ?

C’est donc tout à fait logiquement que j’ai fait l’acquisition de la trilogie de Stieg Larsson «Millenium». Et il fallait un certain courage pour se lancer dans les 2000 pages de cette saga policière scandinave.

En réalité, je n’ai pas tenu le coup jusqu’au bout, abandonnant après deux volumes un quart (soit 1400 pages quand même !) quand je me suis rendu compte que le troisième volume («La reine dans le palais des courants d'air») ressemblait beaucoup au deuxième («La fille qui rêvait d'un bidon d'essence et d'une allumette») qui lui-même ressemblait beaucoup au précédent («Les hommes qui n’aimaient pas les femmes»).

Dès le premier tome, télescopage habile d’une saga familiale et d’une histoire de serial killer à la sauce biblique façon «Seven», le ton est donné.

«Millenium» est un roman policier assez classique dans sa structure, avec des intrigues plutôt bien construites quoiqu’un peu simplistes. Les personnages sont fades (le journaliste indépendant et courageux, la working girl conquérante) ou improbables (la punkette génie de l’informatique, croisement de Courtney Love et de Bill Gates), et l’écriture est passe-partout. «Rien que des choses très commerciales», dirait Souchon.

Alors, qu’est-ce qui a bien pu faire le succès planétaire de la trilogie ? Risquons trois hypothèses.

La première est la présence envahissante des scènes de sexe dans l’ouvrage. Du sexe bien crade, de celui qui se pare des oripeaux des problèmes de société pour faire du lecteur un voyeur. Viol, sadisme, pédophilie, torture… Tout y passe. Comme quoi, pour vendre du papier, les bonnes vieilles recettes ont toujours cours…

La deuxième serait plutôt liée au cadre dans lequel évoluent les personnages. Gavés de policiers anglo-saxons, les lecteurs ont considéré que la Suède était peut-être le fin du fin en matière d’exotisme. Ils n’ont peut-être pas tout à fait tort. C’est vrai qu’ils sont « différents » ces Suédois ! Le Suédois ne boit pas de whisky et ne mange pas de hamburgers : il engloutit des litres de café et se gave de mystérieuses tartines à la garniture incertaine. Les jours de débauche, le Suédois façon Larsson descend au Starsbucks du coin et s’enfile… un café au lait. Petit coquin, va ! Il soigne son corps et sa santé : dès qu’il a quelques heures de libres, il prend sa Volvo ou sa Saab et va rejoindre son chalet secondaire au bord d’un lac où il se livre à toute une série d’exercices physiques, y compris en faisant l’amour sur une base assez hygiéniste avec sa copine. Et c’est avec gourmandise qu’il regarde son thermomètre franchir les – 30°C.

Ma troisième hypothèse est liée au contexte quelque peu dramatique dans lequel s’est déroulée l’édition de la saga. Stieg Larsson est en effet décédé en 2004, juste après avoir remis à son éditeur les trois volumes de l’ouvrage.

Au final, rien qui ne justifie un succès planétaire. Et c’est donc plutôt dubitatif que je suis reparti, comme chaque fois en pareille circonstance, «A la recherche du temps perdu» pour réapprendre, avec le petit Marcel, ce qu’est vraiment la littérature.

Rien à voir :
Après le Congrès de Reims du PS : interview sur le site de Nice télé web

8 commentaires:

Claudio a dit…

Que des avantages cette lecture !
Se rendre compte que l'intuition, puisque c'est son boulot, est la bonne.
Retrouver une littérature digne de ce nom.
Et surtout offrir aux lecteurs une deuxième partie de billet... délicieuse, exquise, savoureuse enfin mémorable en tous cas.
La photographie de la Suède est à encadrer.
Merci.

Kawagivray a dit…

Oh tu abuses quand tu dis avoir perdu ton temps... tu as au moins appris que les suédois font des orgies de café au lait et qu'ils passent leurs week-end sur leur cote de glace à -30... ça fait tout de suite envie...
La punkette génie de l'informatique, à un clou gothique près, c'est Abby de la team "NCIS" voyons Pihèm !! Idée reprise d'ailleurs par la team "Esprits criminels"...
Sinon la trilogie je ne la connais carrément pas, juste entendu parler en 2004 du décès de l'auteur...
En tous cas, un vrai régal cette analyse bien fraiche et forcément très réaliste dans un style qui te va bien...

bernard gaignier a dit…

Et bien moi j'ai commencé le premier livre et je n'ai pas quitté ma lecture jusqu'à ce que je termine le dernier.
Je trouve ce polard bien construit, très original et pas d'accord avec toi, les personnages bien "campés". Un peu stéréotypé, peut être, mais c'est en général la loi du genre. J'ai beaucoup aimé l'atmosphère générale sans doute parce que ça se passe en Suède (et qu'on n'y est pas habitué) De plus je n'ai pas été influencé par les circonstances je n'ai su qu'après la fin de la lecture qu'il n'y en aurait pas d'autres!!!
Tu fais des comparaisons avec Proust mais là tu es de mauvaise foi... Tu compares ce qui n'est pas comparable!!!!
Entre un chef doeuvre de la littérature et un roman de divertissement on n'est pas dans la même "cour".

Clotilde a dit…

Quoi????? Non mais c'est une plaisanterie???!!!!
Alors laissez moi vous dire que dans ce cas, les scientifiques suédois ne ressemblent pas du tout à leurs compatriotes. Ils ne boivent peut-être pas de whisky, mais alors, tout un tas d'autres choses!!!
Et d'ailleurs, ça nous a donné un paquet de soirées mémorables au 4 coins du monde, avec de grands esprits au travail et aux topos superbes, qui, une fois la nuit arrivée, se transformaient en Mr Hyd...ool, somme toute très rigolos.
Ah, j'en ris encore, je me tiens les côtes même de lire ton post!!! Comme quoi quand je dis que les bouquins nous apprennent comment on vit ailleurs, ben c'est pas toujours vrai!!!!

Dominique a dit…

@ Kawagivray

Quand j'ai lu le billet de Patrick, je lui ai fait la même remarque sur Abby la gothique (et la nana dans Esprits criminels, un peu moins gothique mais tout autant génie, sauf que j'avais oublié le nom de la série).

@ Clotilde

Il va falloir que tu m'en racontes un peu plus sur ces Suédois !

Pour ma part, je n'ai pas lu Millenium. Mais finalement, je vais peut-être essayer. D'ailleurs, "ça m'interpelle" : me décider après avoir lu le post de Patrick...

Anonyme a dit…

A dévorer : une nouvelle géniale de James Graham Ballard "Billénium" (c'est lui qui a écrit "Crash")rien à voir avec la soupe! un vrai plaisir!

Anonyme a dit…

je deteste les intellos donneur de leçon qu'ils soient des amis ou autres.
les personnes que je connais familles ou amis qui ont lu MILLENIUM et qui comme moi non pas votre culture ni votre instruction sont trés heureux d'avoir lu ce polar.
mais peut être que vous prefèrez les gens qui se vautrent devant les emissions intelligeantes débité par TF1 et M6...
essayer toujours de penser qu'il n'y a pas que des personnes qui ont suivit des études quand vous écrivez. merci pour eux.
merci bernard pour tes propos.

Patrick Mottard a dit…

L'anonyme vous pouvez effectivement apprendre à lire :je ne critique en aucune façon ceux qui ont aimé Millénium (moi je n'ai pas trop aimé...ça vous pose un problème ?)mais je dis simplement que je suis surpris par le succès planétaire d'un livre assez banal...