11 août 2009

Idris de Dologozda


CARNET DE VOYAGE N° 4

Le 5 octobre 1975, notre Renault 5 blanche pénètre, en début d’après-midi, dans le petit village albanais du sud de la Yougoslavie, Dologozda, près du lac d’Ohrid. Il s’agit pour nous de retrouver Idris et ses potes Zikri et Nazif que nous avions rencontrés l’année précédente à l’Université de Pristina. Ce fut une semaine inoubliable où nous fûmes reçus de famille en famille, changeant de toit chaque nuit, partageant repas de fête, discussions passionnées et fous rires.

Par la suite, nos relations épistolaires durèrent plusieurs années puis, le départ pour l’étranger des uns, les déménagements des autres, firent que nous nous perdîmes de vue.

Bien sûr, notre cœur battît fort au moment de l’invasion serbe du Kosovo, le temps de vérifier que le village de nos amis était situé dans la toute récente République de Macédoine.

Et nous passâmes à autre chose…

Aujourd’hui 11 août 2009, entre Albanie et Kosovo, nous avons décidé de faire étape dans la région d’Ohrid. Avec, bien sûr, une petite idée derrière la tête. « Et si on tentait le coup ? ». Sans y croire tout à fait…

Pourtant, après une heure, nous trouvons, sans grande difficulté le village et, un quart d’heure plus tard, le miracle s’accomplit : le téléphone albanais étant au moins aussi efficace que son homologue arabe, nous tombons dans les bras d’Idris. « Patrick Mottard ! Dominique Boy !». Il n’a rien oublié, nous non plus. Sans préambule, nous énumérons ensemble la chronologie de notre dernière visite. La scène est quand même un peu irréelle. Alors que ses amis ont immigré, Idris, lui, est resté fidèle au village. Il est même le responsable du bureau de poste régional où il nous reçoit.

Puis, il nous présente sa femme, son fils, sa belle-fille – qui sera immédiatement promue traductrice officielle anglais-albanais -, son petit-fils, ses nombreuses nièces… Nous retrouvons aussi son frère.

Quelques photos de 1975 attestent que nous avons légèrement changé physiquement (et « capillairement » !). Et c’est reparti comme pour une journée d’avant, entre la rivière de Struga et la forteresse d’Ohrid, le café turc et les grillades…

Au moment de la séparation, l’émotion est palpable. Mais Internet veille sur nous : grâce aux échanges multiples d’e.mails et d’adresses facebook, nous sommes persuadés que plus rien ne pourra nous séparer.

11 commentaires:

Claudio a dit…

Chair de poule avouée.

clotilde a dit…

très jolie cette histoire.

Anonyme a dit…

"L'invasion serbe du Kosovo"... comment un pays peut il s'envahir lui-même ? Pourquoi pas "l'invasion française de la Corse ?".

Anonyme a dit…

Émotion quand tu nous étreins !
Comme Claudio : chair de poule !

Laurent F

Princessoptipoi a dit…

Boudiou que d'émotions vous avez du avoir avec ces retrouvailles !!
@ l'anonyme friand de rhétorique, "l'invasion du Kosovo par les serbes" je ne vois pas ce qui vous défrise... Quand je lis cette phrase ce qui me vient à l'esprit immédiatement ce sont les morts, les dégâts matériels et le désespoir qui résultent de cette guerre... non pas des considérations hasardeuses de l'autre monde... apparemment tout le monde l'a bien comprise cette phrase... comme quoi hein...

MutantX a dit…

PS: c'est vrai que vous avez changé... un chouïa hein... mais...

V-ro a dit…

Cela me laisse toute émue et toute souriante aussi une histoire comme ça. Un bon coup de bonheur, rien de mieux pour remettre sur pieds en temps de déprime, moi je vous le dis!
Merci de ce coup de vent frais :)

Anonyme a dit…

touchante retrouvaillel et très belle photo ;)

Patrick Mottard a dit…

ma réponse sur "l'invasion de soi-meme"dans mon prochain post...

alain a dit…

Quand aux questions d'age, je te reconnais très bien sur la première photo, et gageons que nous avons tous évolué mais peu changé... il n'y a en tout cas pas de quoi s'arracher les cheveux!
Émouvantes ces retrouvailles, quelle chance!

Sami a dit…

Comme quoi ,il ne faut jamais desespérer!
Belle histoire Non?