11 juillet 2010

Le Niçois parisien et le Parisien niçois

 55, rue Caulaincourt

Des gradins du stade aux salons bourgeois, il est souvent de bon ton d’entretenir une prétendue hostilité entre Nice et Paris, les Niçois et les Parisiens. En réalité nombreux sont les femmes et les hommes qui, à l’instar de Joséphine Baker, ont deux amours : la métropole azuréenne et la capitale. En ce début d’été, profitant d’un entraînement matinal et parisien, j’ai pu joindre symboliquement deux lieux chers à des personnalités très différentes, trop tôt disparues, et dont la vie a précisément illustré ce double élan du cœur.

Ainsi, il n’est pas encore tout à fait six heures du matin quand je me retrouve devant le petit immeuble de briques du 55 rue Caulaincourt dans le 18e arrondissement. Sur la façade,une plaque atteste que Louis Nucera, le plus niçois des écrivains, a vécu vingt-cinq ans à cette adresse à deux pas du Sacré Cœur et à quelques encablures de la place de Clichy. L’auteur des « Diables bleus » - très apprécié dit on dans le quartier - a écrit ses romans niçois dans son nid d’aigle montmartrois. Et dans la tiédeur de ce petit matin, je l’imagine écrivant au dernier étage de cette modeste maison si loin, si près de la Baie des Anges.

Une heure et une dizaine de kilomètres plus loin, un soleil de plomb fige l’activité du coin du 17e arrondissement où j’ai trouvé après quelques détours la modeste place Henri Fiszbin, longtemps leader du PC à Paris et… député niçois dans les années 80. Coincée entre deux tours HLM, elle n’est en fait qu’une sorte d’amphithéâtre en béton probablement imaginée par un architecte du grand parti des travailleurs (la place du Colonel Fabien est à deux pas) dans les années soixante. Aujourd’hui, le lieu semble abandonné et ma première réaction est de m’indigner devant ce manque de respect des autorités pour celui avec lequel j’ai milité quelques années.

Mais, à la réflexion, je peux l’imaginer heureux de se retrouver, pour l’éternité, au milieu de ces populations qu’il a défendues et aimées, tout en gardant le souvenir ébloui et tendrement ironique des quelques années passées à Nice, cette ville où l’air est si transparent et la population si singulière.

Louis Nucéra, Henri Fiszbin, deux hommes aux personnalités, aux parcours et, probablement, aux rêves si différents, et qui pourtant avaient un point commun : leur attachement à la ville-patrie ne les empêchait pas d’en aimer une autre, fraternelle et lointaine.
 Place Henri Fiszbin

6 commentaires:

Claudio a dit…

J'adore tes échappées parisiennes sur fond de course. Merci.

Anonyme a dit…

Ils avaient un autre point commun : avoir cru un temps au communisme, soit comme compagnon de route, soit comme militant!

cléo a dit…

"Une heure et une dizaine de ilomètres plus loin", Paris est vraiment une ville à la démesure de chacun. J'imagine les variations sur le même paris je t'aime.Un amoureux du quartier latin :"5 à 7 librairies plus loin". Un nostalgique de mai soixante-huit:" à la distance de quarante-deux pavés jetés à bout de bras..."Un adepte des projets du quartier de l'hotel de ville: "A vingt parasols et demi de paris-plage".
J'ai connu un général qui comptait non en francs,(à l'époque)mais en "char leclerc". Je me demande si la place garibaldi peut contenir autant de chars Leclerc que la place du Colonel Fabien. C'est bien une question de niçoise!

Patrick Mottard a dit…

Merci Claudio et bravo Cléo ,là c'est vraiment la grande forme!

Patrick Mottard a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
bernard gaignier a dit…

C'est vrai Cleo et à propos de chars sur une place je me souviens d'un ministre Corse à la modération légendaire qui avait dit en 1981 que la victoire de Mitterrand emmènerait les chars russes sur la place de la Concorde!