25 mai 2011

Laisser pisser le mérinos



Un peu par hasard, j’ai retrouvé sur une étagère de ma bibliothèque, écrit par Bernard Pivot il y a quelques années : « 100 expressions à sauver ». Il s’agit d’expressions un peu désuètes, hélas en voie de disparition dans notre langue française. J’avoue avoir une passion pour ces formules insolites et même parfois mystérieuses. Il m’arrive de les utiliser dans mes écrits voire à l’oral dans un discours ou devant un amphi (regards étonnés et yeux ronds garantis). Aujourd’hui, je me suis rendu compte qu’on pouvait raconter une petite histoire avec elles.

Avec les beaux jours, un jeune homme peut avoir envie de jeter sa gourme et de courir le guilledou. En deux coups de cuillère à pot, il pourra, après lui avoir doré la pilule, proposer la botte à une belle dame.

Mais l’affaire n’est pas sans risque : il peut se faire rabattre son caquet par celle-ci surtout si elle a la tête près du bonnet. Du coup, il va devoir numéroter ses abattis. C’est normal et ça lui apprendra à se monter le bourrichon.

Par contre, il peut s’acheter une conduite et, sans pour autant peigner la girafe, se contenter de tailler une bavette en attendant éventuellement que pour lui la dame ait le béguin. Mais là, rien n’est gagné d’avance. Cette dernière peut être méchante comme la gale et du coup l’amoureux va en baver des ronds de chapeau, ce qui est quand même fort de café pour un type qui s’est tenu tranquille comme Baptiste en croyant peut-être trop vite à la semaine des quatre jeudis.

Dans ce cas, inutile de chercher des crosses, il vaut mieux changer de crèmerie et laisser pisser le mérinos.

17 commentaires:

cléo a dit…

3 inconnues... mais dont on retrouve bien le sens grâce à la logique du récit. Maintenant, je demande d'abord pourquoi nécessairement un jeune premier? Cela suppose-il qu'un vieux de la vieille ne prendrait pas le risque d’un tel flan ou soufflet? Je trouve que... fort de café... pourrait donc être remplacé par il ne faut pas pousser mémé dans les orties!
Mais en effet, en parlant ainsi, dans la situation décrite , la demoiselle qui est ici à l’honneur ne peut pas comprendre ( comme la bohème par exemple pour les moins de quarante ans) et bien qu'elle ait pu voir depuis un moment déjà ou même longtemps le dessous des feuilles et, du coup (ce qui est encore une façon de parler!), en deçà de cette limite, on dira que le ticket du poursuivant n’est plus valable…C’est pourquoi il lui faudra aussi apprendre : j’te kiffe grave, t’es bonne et elle, il est relou ou réné etc.…tout cela si on est soucieux de la solidarité entre générations, bien sûr !

Emmanuel a dit…

Tu m'as mis la puce à l'oreille, on dirait du Audiard, du bon, du très bon comme dans les tontons flingueurs...
Justement, à lire le livre de Claude Duneton, la puce à l'oreille, anthologie des expressions populaires avec leur origine. LOL

Patrick Mottard a dit…

Manu le fan d'Audiard as tu lu mes célèbres posts "C'est du brutal!"sur ce blog aux dates 17_4_2006,7_5_2006,10_7_2006,29_10_2006?

Claudio a dit…

Je croyais avoir le même bouquin en bibliothèque. Non, Pivot avait refait le même coup avec "100 mots à sauver". Ça m'a bien agacé ces coups d'éditeurs qui collent un nom connu à une liste toute prête. La preuve, mon marque-pages s'est arrêté en route... entre Sapience et Srogneugneu.

Claudio a dit…

Tiens, je remets le Pivot en place et je m'aperçois qu'il voisine avec les "Fragments de Nice"

Clotilde a dit…

Je suis un peu perplexe. Pourquoi faudrait-il sauver ces expressions? Moi qui suis si jeune, j'utilise à tour de bras (encore une?) au moins 80% d'entre elles!
Ou alors je suis déjà vieille et désuète? On ne me l'a pas dit?

Patrick Mottard a dit…

Claudio, tu n'es pas du genre à me dorer la pilule... alors ta biblio est bâtie à chaux et à sable !
Cléo, le séducteur, il aurait pu aussi - expression que j'adore mais non reprise par Pivot - être" Gros-Jean comme devant".

Patrick Mottard a dit…

Clo pas une de ces formules ne passe la rampe devant un amphi...donc tu es un peu...bientôt Ju va courir le guilledou !

f_dunand a dit…

Que c'est beau, inventif et drôle :-)
Avez-vous lu le dernier "Les mots de ma vie" du même auteur ?
Je l'ai offert à ma mère avec qui je regardais "Apostrophes", "Bouillon de Culture" et autres "Double Je"...
Quel regret que ce genre d'émission n'existe plus !

Fabienne
(Génération 1974)

cléo a dit…

Clothilde, qui peut prétendre vraiment créer sans connaitre ce qui existe déjà? Le reste est toujours très relatif.

cléo a dit…

"Gors-Jean comme devant", ce serait de l'arrière-arrière-garde.

Emmanuel a dit…

Le brutal, c'était l'alcool du Mexicain. Je vais les consulter au plus vite...

Bernard Gaignier a dit…

Tudieu, vous me la baillez belle avec vos expressions désuettes et vos calembredaines!

Antoine a dit…

Avec autant de commentaires je vois que peu d'entre nous ne s'en badigeonne le nombril avec le pinceau de l’indifférence, ni ne s'en lisse les bretelles pour reprendre une des nombreuses expressions paternelles que l'un de mes frères et moi avons tenté de lister récemment.
Bon assez battu de la goule, je dois allez au travail.

Emmanuel a dit…

Morbleu, que dientre elle ont de la gueule ces expressions à coté des ces fadasses buzz, spam, tweet, web, Imachin et autres fadaises...

Emmanuel a dit…

Désolé, j'ai fait une erreur cela s'écrit "diantre"...

alaind a dit…

Vu que je me réveille avec ce nid d'ouache sur la tête, le temps de me débarbouiller, de donner une boite au greffier, et je file au canis pour l'apéro.