14 mai 2011

Le secret des Shkolnik

FESTIVAL DE CANNES N°3



Comme cela arrive parfois au Festival, nous avons eu droit aujourd’hui à deux films totalement différents : un blockbuster américain et un drame intimiste israélien.

Pirates des Caraïbes : la fontaine de Jouvence, Rob Marshall (USA)

Pour la deuxième fois au Festival, ce film nous a obligé à chausser les lunettes 3 D. L’occasion de vérifier que, décidément, je n’aime pas cette technique qui fragmente artificiellement l’image et transforme la plupart du temps l’arrière-plan en décors peints façon Méliès.

« La fontaine de Jouvence », nouvel épisode de la saga « Pirates des Caraïbes » est un film sympathique si on a un peu d’indulgence pour le bruit assourdissant de la bande son. Une scène, notamment, se révèle étrange et poétique : l’attaque du bateau par les sirènes. Dans le rôle de Barbe Noire, on a le plaisir de retrouver Ian McShane, le proxénète et tenancier de la série Deadwood. Quant à Johnny Depp, il joue son rôle de pirate maquillé avec ce brin d’autodérision – probablement acquis chez Tim Burton – qui lui permet d’extraire parfois son personnage de l’univers Disney.


Hearat Shulayim (Footnote), Joseph Cedar (Israël)

Les Shkolnik sont chercheurs en théologie de père en fils. Le Talmud n’a pas de secrets pour eux. Eliezer, le père, professeur puriste, érudit et un brin misanthrope, a toujours été malchanceux dans ses recherches, alors que son fils, Uriel, auteur prolixe et à succès, est la coqueluche de l’Université.

Après avoir refusé pendant vingt ans, l’Académie décide toutefois d’honorer la carrière d’Eliezer en lui accordant la plus haute récompense du pays. Hélas, quelques heures après, on s’aperçoit qu’il s’agit d’une erreur matérielle et que c’est le fils qu’on voulait honorer.

Cette situation inextricable va provoquer un affrontement plutôt rude entre l’Institution, le fils, le père. Dans un premier temps, on prend Eliezer pour une victime, lointain cousin du pathétique Cripure, le personnage de Louis Guilloux dans son merveilleux roman « Le sang noir ». Mais, plus le film avance et plus on se doute que la réalité et plus complexe. De petites trahisons en grandes tromperies, en passant par toute la gamme des humiliations, « Hearat Shulayim » est une succession de huis clos d’une violence psychologique inouïe. Nous avons là la première surprise du festival et l’acteur Shlomo Bar Aba, sorte de sosie israélien de Galabru, sera, n’en doutons pas, un candidat sérieux au prix d’interprétation.

6 commentaires:

cléo a dit…

Eliezer boude bien...si le secret des sholni avait été divulgué ici même, j'aurai fait une tête approchante. Cripure, c'est un personnage aussi?! Jusque là, cela n'avait toujours été pour moi que le petit nom, très tendre, de la critique de la raison pure. En tant qu'étudiante, quand j'entendais un prof de fac appeler cette oeuvre par son petit nom,( il faut imaginer avec, le regard porté vers l'infinité du ciel, et le roucoulement des deux "r") je me disais: "si ça se trouve...,il vit avec elle?!"

Emmanuel a dit…

Y avait-il au moins mon guitariste préféré dans Pirates des Caraïbes 3 ? Je veux parler du vieux grigou, le grand, l'immense et le majestueux Keith Richards (oncle Keith pour les intimes).

Dominique a dit…

Oui, Emmanuel, mais avec un petit rôle !

Anonyme a dit…

ce blog serait il devenu un blog pour intellos?
en ce qui me concerne je vais 2,3 fois par semaine au cinéma et je n'ai pas besoin du barnum de cannes pour aimer le cinema.

Patrick Mottard a dit…

"intello" c'est un gros mot ?

cléo a dit…

Que dit le Robert historique de la langue française ? Intellectuel/elle : adj emprunt (v.1265) au bas latin intellectualis, s’applique à se qui se rapporte à l’intelligence, au sens large de « connaissance » ou « d’entendement. » Le mot est devenu courant au XIX siècle. A partir de cette époque, l’adjectif s’emploie en parlant de personnes et signifie « dont la vie est consacrée aux activités de l’esprit ». Le mot, employé comme nom (au milieu du XIX) fait fortune à la fin du XIX s, utilisé avec une valeur péjorative par les adversaires du capitaine Dreyfus en faveur duquel beaucoup d’écrivains s’étaient engagés ; le substantif s’emploie encore péjorativement, l’intellectuel étant considéré comme coupé de la réalité. Mais il peut aussi être neutre ou mélioratif. (ndlr : il peut ! Il pouvait ? Il pourra encore ?) Etc.…
Ah ! On y vient : Intello, adj et n (1977) est une abréviation familière et péjorative formé avec le suffixe populaire –o-
Sans le dico, perso, j’aurai pas pigé que voir des films à Cannes, les commenter, et que sais-je encore ?! C’était intello. Maintenant, si cela signifie que le ciné on l’aime forcément si on ne va pas à Cannes, voir puisqu’on ne va pas voir des films à Cannes, c’est autre chose. Ou peut-être que cela présuppose qu’on aurait , par exemple, une haute idée du cinéma : pas un produit commercial, pas compatible avec la vitrine etc.… ce qui relève d’un jugement pour le moins » intello » (cqfd). Soit, on peut entendre par intello, coupé de la réalité. Autre présupposé : qui va à Cannes ?! Certainement pas tous ceux qui en sont exclus, à savoir les plus nombreux. Ça… j’entends très bien. C’est la justification qui ne me semble pas bien tenir la croisette. Disons qu’elle me paraît surtout fondée sur du ressentiment.