
24 heures chrono, dont on peut suivre actuellement la quatrième saison sur Canal +, fait partie de ces séries qui opèrent une synthèse honorable entre la HBO touch (réalisme social, refus du manichéisme, esthétique soignée) et le savoir-faire hollywoodien (simplisme psychologique, présupposés idéologiques, réalisation spectaculaire).
Elle est même la série pionnière de cette catégorie où nous retrouvons, par exemple, Lost, Prison Break, et même Desperate housewives.
En vingt-quatre heures (chrono… forcément !), le taciturne Jack Bauer (Kiefer Sutherland), machoire volontaire, regard d’acier et portable greffé à l’oreille, sauve, au choix, Los Angeles, les USA, et parfois même la planète entière.
A la façon des Envahisseurs des années cinquante, le danger vient d’ailleurs. Bien sûr, ce danger n’est plus stalino-martien mais plutôt serbo-tchétchéno-islamiste, mais la série – et c’est tout à son honneur – n’hésite pas non plus à dénoncer l’hystérie anti-terrorisme bushienne.
La fameuse cellule anti-terroriste, qui est censée aider Bauer, est à peu près aussi perméable que la défense du PSG un soir de Coupe d’Europe. Elle est d’ailleurs composée en proportion égale d’incapables et de traîtres.
Dans les derniers épisodes, on découvre que même le Président des Etats-Unis est au centre d’un complot… terroriste (pour que les gens aient vraiment peur du terrorisme, il organise un méga attentat… !!
Mais une des caractéristiques les moins aimables de 24 heures chrono est la multiplication des scènes de torture. Il ne s’agit pas de tortures par et sur des délinquants (comme dans Prison Break), mais d’une torture institutionnelle visant à arracher pour le compte des autorités des informations essentielles à la survie du monde.
Ces scènes sont particulièrement détestables, non par leur violence (depuis Reservoir dogs, on en a vu d’autres), mais parce que le contexte et les circonstances amènent le téléspectateur à dire : « Ce pauvre Jack Bauer n’a pas le choix, pour éviter la disparition de la Californie ou une guerre nucléaire, il n’y a pas d’autres solutions… ».
C’est que même le pire anti-américain ne peut souhaiter le dixième des catastrophes annoncées si Jack échoue dans sa mission. Ainsi, au nom d’une situation improbable qui est un pur cas d’école, on donne une légitimité certaine à la torture. Au nom de l’efficacité, on lui trouve un fondement moral.
Aussi, la réponse est sans ambiguïté : oui, Jack Bauer est un salopard.















