16 mai 2006

Un lundi à Carlone

Huit heures. Amphi 61. Je retrouve ma promotion préférée, ces étudiants de Licence que j’appelle affectueusement "mes L3". À peine remis du DST de samedi («Slobodan Milosevic est-il responsable des guerres de Yougoslavie ?» ; «Quelles sont, selon vous, les limites géographiques souhaitables de l’Union Européenne»), ils doivent plancher sur une redoutable question de Droit administratif : «Un statut spécifique de la Fonction publique est-il nécessaire à l’intérêt général ?».

En même temps et dans le même amphi, les Master 1 doivent, ni plus ni moins, se mettre à la place du futur Président de la République pour faire des propositions au nom de la France afin de relancer l’Union Européenne.

Onze heures. Petite visite au local de Ciel, le temps de constater que les militants anti-CPE sont en train de réussir leurs examens.

Treize heures. C’est au tour des deux cent cinquante étudiants de première année de composer dans un amphi 84 plein comme un jour d’AG, sur les moyens de transformer la Ve République en régime présidentiel, un sujet qui doit – n’en doutons pas – paraître exotique aux étudiants bulgares et surtout chinois assez nombreux cette année… Un sujet que j’espère d’actualité pour les autres.

Seize heures. Mise en place avec une étudiante sénégalaise d’ACL d’un plan de travail pour son très prometteur mémoire sur «l’excision et son traitement par les médias locaux et occidentaux».

Dix-neuf heures. Le Président Maraouani et mon ami Stéphane N’Gomaï, le nouveau Doyen de la Fac de droit, honorent de leur présence le cocktail offert par le théâtre LEA avant la dernière représentation de l’année. Il est rappelé à cette occasion que LEA est la seule filière universitaire… à compter deux conseillers généraux parmi ses enseignants ! (quiz : qui est le deuxième ?)

Vingt-et-une heures. Amphi 75. La dame de chez Maxim. C’est parti pour trois heures de bonne humeur qui me permettent de voir jouer étonnamment bien une dizaine de mes étudiants. Et allez donc, c’est pas mon père !

Minuit. Cette longue journée universitaire s’achève en film d’horreur : en activant la clé d’ouverture de mon garage, une grappe de gros cafards me tombe dessus. Encore un dommage collatéral des travaux du tramway…

24 commentaires:

Richard a dit…

Salut Patrick,...Je ne me moquerai plus des profs de fac qui font 8 heures de cours par semaine.
En attendant, je suis heureux de ne pas avoir composé sur le sujet "...les moyens de transformer la Ve République en régime présidentiel...", puisque je croyais que que la cinquième était un régime présidentiel, et que c'était pour corriger les effets négatifs, qu'Arnaud, un ami commun, proposait la sixième...tu m'embrouilles de bon matin...

Escoffier Gilbert a dit…

Comme quoi, même les plus brillants universitaires ne sont pas à l'abri des cafards, surtout quand ils sont aussi des élus à la pointe du combat. "Méfi" Patrick.

Amitiés et à plus

ANTONIN a dit…

Nous poser une colle comme celle la n'est pas tres sympa.
En effet, sachant qu'il y a trois conseillères de droite, et une de gauche, que l'une de ces quatre n'est autre que l'épouse de patrick, prof à la fac comme lui.
Non vraiment il va nous falloir du temps pour trouver de qui il s'agit.

Eve a dit…

Ciel! Et moi qui avait toujours cru que c'était nous votre promo préférée... tant pis, place aux jeunes...!
En ce qui concerne la réprésentation de théatre, encore un grand bravo a tous les acteurs! et a Mr Spidzo qui a toujours mené la troupe LEA avec patience (et il en faut!) et passion! La pièce était encore cette année une grande réussite. Bravo a tous!

Patrick Mottard a dit…

Eve,
Il ne faut pas m'en vouloir : apprécier le présent ne signifie pas qu'on renie le passé !
En résumé, je fais quand même un très beau métier.

Patrick Mottard a dit…

Richard,
Le régime présidentiel est un régime de séparation stricte des pouvoirs (pas de droit de dissolution, pas de responsabilité gouvernementale), donc un système à peu près inapplicable en France (échecs en 1791, 1795 et 1848) car les risques de blocage seraient trop grands. Par contre, aux Etats-Unis, le système fonctionne depuis deux siècles car les deux grands partis politiques défendent à peu près le même programme (même si, soit dit en passant, ils ne représentent que la moitié de la population). Le système français actuel cumule tous les inconvénients : en période de cohabitation, paralysie au sein de l'exécutif, en période de concordance des majorités, concentration excessive des pouvoirs aux mains du Président. Dans ce cas, on peut même parler de "Présidentialisme à la française", c'est-à-dire une forme dévoyée du régime présidentiel, qu'on trouvait, à une époque, en Amérique latine et en Afrique noire. Heureusement, jusqu'à présent, les présidents de la Ve étaient, avec leurs qualités et leurs défauts, des républicains, surfant sur la culture démocratique de la société française. Que se passerait-il si un jour un dinosaure de l'extrême droite ou un Chouan ultraconservateur entrait à l'Elysée... à cause, par exemple, d'une trop grande division de la gauche ?
Cela dit, vive Arnaud ! Et 100% d'accord avec son régime parlementaire relooké en VIe République.

Patrick Mottard a dit…

Antonin,
Je n'ai jamais dit qu'il s'agissait d'unE conseillèrE généralE... Mais ton intuition est la bonne.

Dominique a dit…

Gilbert,
Pour les cafards, Patrick nous la joue décontracté. Mais il fallait voir l'état dans lequel il était en rentrant...

une L5 en L3 a dit…

bonjour à vous monsieur le professeur, encore un fois merci pour ces années de fac... la filière LEA a de la chance d'avoir des professeurs dignes de ce nom (en plus au conseil général!!!). Une question (pour l'ours juriste): Quel est, selon vous, le président de la Vème qui a le plus apporté à la société française??

Patrick Mottard a dit…

Comme si vous ne le saviez pas, L5...!
J'ai aussi beaucoup d'admiration pour le Général de Gaulle, mais pour ce qu'il a apporté avant son accès au pouvoir.
Il y a aussi un certain nombre de choses à retenir du septennat de Giscard d'Estaing (surtout au début) en matière de modernisation des moeurs (majorité à dix-huit ans, contraception, IVG...).
Quant à Pompidou (mais aussi Giscard), il a eu pour mérite de resituer la France dans la construction européenne.
Il me semble qu'il en manque un... Cherchez l'erreur !

Laurent Weppe a dit…

Dans le cas US, il ne faut oublier que les deux partis ne furent pas les seuls à exister: les fédéralistes, les Whigs, le parti libéral, le petit Pari Socialiste Américain qui n'a jamais décollé mais a tout de même existé, les verts (un vert a failli prendre la mairie de San Francisco, même si une ville qui vote à 97% à gauche -le rêve- facilite quelque peu la tâche) sont autant de partis qui existaient ou existent toujours. Le bipartisme à l'américaine n'est pas si absolu que cela, et le "Grand Old Party" ne date que de 1854 après tout.

Et il ne faut pas pousser sur la ressemblance entre les deux partis: que l'on regarde hier la différence entre un Hoover et un Roosevelt ou aujourd'hui la différence entre Clinton certes loin d'être parfait et un Bush calamiteux pour voir que les différences ne sont pas si petites que ça, même si le Parti Républicain est né d'une scission du parti Démocrate des états du Nord.

Par contre, le système américain ressemble d'un certain point de vue au système Français, puisque Bush, de plus en plus mal aimé et désormais contredit par sa propre majorité absolue aux deux chambres utilise depuis plusieurs mois la "méthode CPE" en promulguant toutes les lois du congrès, mais en faisant en sorte qu'elles ne soient pas appliquées, comme l'explique (entre autres choses) cet article:
http://www.rollingstone.com/news/profile/story/9961300/the_worst_president_in_history?rnd=1146375302991&has-player=true

Cela dit, il est sûr que la cas Français est de plus en plus inquiétant: un président puissant et irresponsable a largement les moyens de détruire de l'intérieur les institutions démocratiques si ça lui chante, et le "dinosaure" en question, tout comme le chouan, tout à son antisémitisme reprogrammé pour cibler musulmans en lieu et place des juifs se rêvent l'un comme l'autre en dictateurs, de quoi avoir peur pour la suite.

Néanmoins, il ne faut pas oublier, et l'affaire de la motion de censure d'aujourd'hui le prouve, une part des défauts de la Vème vient également de la personnalité des députés, et Acoyer l'a montré à l'insu de son plein gré en déclarant que les députés UDF qui voteront la censure "en paieront le prix le moment venu".
En d'autre termes, pour Acoyer (et il n'est sûrement pas le seul) un bon député est un lâche.
Ceci signifie que même un changement d'institutions, avec le maintient de la même mentalité du pouvoir législatif, ne pourra pas améliorer la situation: qu'importe de donner tout le pouvoir aux députés si ceux-ci n'ont pas la volonté de s'en servir?

Quant aux limites géographiques de l'union européenne?
Pitié, pas le coup des frontières "naturelles" sous un nouveau nom, j'espère, cette fumisterie de frontières naturelles inexistantes données à un continent qui n'en est pas un s'est déjà trop éternisée.

Anonyme a dit…

Celui qui manque, c'est Chirac ? :-)

Anonyme a dit…

la solution la "pate à ravets

Faut d'abord savoir que les cafards ne sont pas des animaux dangereux ; bon, d'accord, il faut s'en débarrasser car ils se reproduisent très vite.

-mélanger un peu d'acide borique (en pharmacie) à du lait concentré sucré (qui attire les cafards).
vous obtiendrez une pate gluante et poisseuse
- verser en petite quantité la pate obtenue dans de petits récipients (bouchons de bouteilles d'eau minérale.par ex..) que vous disposerez aux points stratégiques de votre garage
les cafards "bouffent" ce mélange, cela les rend stériles, et ils ne se reproduisent plus..
c'est trés efficace

une internaute bienveillante

mari-luz a dit…

Eh Patrick, les blattes ne s'attaquentpas à l'homme ... ce sont des détritivores. Et le tram, mais aussi le printemps chaud a fait pulluler ces bestioles. Sauf que ce ne sont pas des blattes du bananier, comme dans ta photo (ah ces littéraires!!!) mais des "Blatta orientalis", le cafard bien de chez nous.
Blague à part ils sont bien formés nos étudiants, c'est pour cela qu'ils trouvent des jobs en trois jours ... en Irlande. J'ai été estomaquée par l'émission hier soir sur France 3.On a du boulot devant nous.

miss L5 a dit…

Pour le manquant, je propose Alain Poher.................

ANTONIN a dit…

PATRICK, je t'imagine mal faire la promo, dans ton blog qui plus est, des condeillers de droite.
N'oublie pas également que Peter Falk m'influence beaucoup.

Dominique a dit…

Parce que Colombo parle souvent de sa femme ?

bernard gaignier a dit…

Patrick, dans ta réponse à L5 tu te laisses aller de nouveau à une réhabilitation suspecte du pompidolisme. attention au retour de Boniface.
Quant aux cafards je me marre, je repense à une pizzeria que nous fréquentions assidument et que tu nous a fait délaisser pour toujours le jour ou tu as vu ne de ces charmantes betes déambuler librement

Anonyme a dit…

Laurent, je ne suis hélas pas d'accord avec toi sur les différences actuelles entre démocrates et républicains américains. Tu prend deux exemples de "couples que tout oppose". Mais si Hoover et Roosevelt étaient effectivement très loin de l'autre politiquement (les libéraux américains pleuraient littéralement Roosevelt quand il est mort), il n'y a que trop peu, bien trop peu de différences entre les administrations démocrates et républicaines américaines de ces dernières années.
Quelques exemples à la volée: le budget militaire a explosé sous Clinton, tandis que la garantie fédérale de porter secours aux familles pauvres avec des enfants fut supprimée (et se reposer sur le bon vouloir des états, on sait ce que ça veut dire pour certains états ultraconservateurs…), l'accès des immigrés à Medicaid fut supprimé aussi, et la durée de Medicaid pour les familles américaines réduite sur la durée, comme beaucoup d'autres allocations. Tout cela au nom de la sacro-sainte réduction du déficit (enfin, sauf que pour les militaires, c'était pas gênant de creuser le déficit). Son administration a donc largement participé à la montée de la pauvreté aux US qui atteint, c'est vrai, des records sous Bush.
Autre exemple: l'ALENA qui est en train de coincer le Mexique et même le Canada, par des accords quasi-bilatéraux synonymes de chantage, fut créé sous Clinton si je ne m'abuse. Quant à la politique extérieure, et notamment de soutien aux dictatures pour raisons économiques, c'est même pas la peine d'essayer de chercher des différences.
Je suis allée de nombreuses fois aux Etats-Unis pendant les deux mandats Clinton, et je ne comprenais pas toujours bien pourquoi les amis que j'avais là-bas (des gens nettement plus âgés que moi et qui en avaient vu d'autres) étaient extrêmement déçus par Clinton, même s'ils avaient voté pour lui la deuxième fois. Je pensais que c'était un mec sympa, le genre à te taper dans le dos, un peu marrant et tout. Mais lorsqu'ils m'ont expliqué pourquoi, je dois dire que j'ai compris, si ce n'est accepté, le vote Nader, même si ce vote a fait que le monde entier s'est retrouvé avec cette buse inculte qu'est Bush (ce que je t'accorde volontiers, c'est que le Patriot Act et ses dérives anti-démocratiques a été sans doute plus dur sous Bush que ce qu'il aurait été sous Clinton).

Tout cela m'inspire une grande peur, et je crois qu'il faut que les socialistes français en tirent les leçons. Mêmes causes, mêmes effets, attention, on a encore un an pour marquer la différence avec la droite.

Bon, en ce qui concerne les cafards, celui qui n'a pas encore vu les cafards malgaches n'a rien vu de sa vie….

Laurent Weppe a dit…

Il ne faut pas oublier que Clinton était loin d'avoir un congrès à sa botte et que les républicains se sont montré beaucoup plus coriaces en opposants que les démocrates aujourd'hui.

De plus, alors que Bush a proclamé que les réductions de dépenses étaient une priorité, il a plus emprunté que les 42 présidents précédents réunis, alors que Clinton a laissé une facture positive en quittant la maison blanche. Je ne vais pas me faire l'avocat zélé de Clinton et de sa façon de faire, mais il y a un monde entre la gestion de l'un, subissant les attaques d'une opposition puissante et remontée, et les hypocrites pillages de l'autre, réalisé alors qu'il a une opposition divisée et affaiblie en face de lui.

Patrick Mottard a dit…

J'avoue que je suis un peu blessé par les commentaires narquois concernant l'attaque des cafards dont j'ai été la victime lundi soir. ils étaient nombreux, énAUrmes et depuis que j'ai vu le Da Vinci Code, je me demandes s'ils n'étaient pas sponsoriés par l'Opus dei parce que je n'ai pas fait ma première communion... Par ailleurs, Clotilde, je suis sûr que les monstres de Madagascar ne feraient pas le poids face à la blatta orientalis (merci Mari-Luz) de la rue du soleil... Non mais !

ANTONIN a dit…

Cela fait maintenant un certain temps que ton blog est créé.
Les nombreux articles qui y sont publiés sont toujours d'une très grande qualité, et nous permettent surtout de nous élever, intellectuellement parlant, à chaque fois un peu plus (en écrivant cela j'imagine que l'avis est unanime parmi les commentateurs.) De plus, en nous permettant de publier nos commentaires, cela contribue à nous exercer à l'écriture, car écrire reste encore la plus belle des choses pour traduire nos pensées, nos émotions, nos désirs, et raconter de belles histoires. Le seul bémol est que cette écriture se fait par l'intermédiaire d'un clavier gris, anonyme et sans âme, alors que la feuille blanche et le stylo, et donc la calligraphie, sont plus évocateurs, plus jolis, plus personnels, et donc plus propices à se dévoiler à l'autre ou aux autres.

Mais malgré ce que je viens d'écrire, je constate que les articles ayant appelé le plus grand nombre de commentaires ne sont qu'au nombre de deux.
Le premier date du 4 avril, intitulé "Sea, lex and sun" (21 commentaires)
Le deuxième du 16 mai, intitulé "Un lundi à Carlone" (20 commentaires à ce jour)
Or, de quoi est-t-il question dans ces articles? D'une mystérieuse blonde dans le premier (Mais charmante au demeurant. N'est-ce pas Jean-François?)
Et de cafards dans le deuxième(Plutôt blattes du bananier ou blattes orientalis selon Mari-Luz).
Quelles conclusions ou moralité tirer de tout ceci? J'espère qu'il n'y en pas car cela voudrait dire que les femmes et les cafards (rien, mais alors rien à voir les unes par rapport aux autres!) sont au centre de nos préoccupations.

Patrick Mottard a dit…

Antonin,
Pour répondre à la première partie de ton commentaire, je te connais maintenant depuis pas mal de temps et il ne m'a jamais semblé que tu avais besoin de "t'élever" que ce soit intellectuellement ou moralement.

Par ailleurs, quelque chose me dit qu'un jour ou l'autre, il y aura un blog d'Antonin (ou de Colombo ?) que je lirai et commenterai avec plaisir.

ANTONIN a dit…

Parler de moi dans ton blog n'est pas le but. J'en suis quands même flatté, et j'y associe tous celles et ceux qui, comme moi, commentent
tes articles car ils on tous la plume vive et acérée.

ANTONIN