02 mai 2006

Le premier sexe


Ne nous y trompons pas, publié dans la collection «Indigne», le livre d’Eric Zemmour est une provocation soigneusement préparée et destinée à alimenter Fogielardisson, l’infernale machine télévisuelle à décerveler.


Ce journaliste du Figaro, j’ai eu l’occasion de le rencontrer, il y a quelques années, dans une brasserie du quartier de la gare, le temps d’une interview post Municipales. Il faisait partie de ces observateurs parisiens qui venaient enquêter, tel Fabrice à Waterloo sur notre remarquable – et selon eux inattendu – score, aux Municipales de Nice.

On peut être agacé par la démarche marketing de l’auteur qui ratisse large : quand l’anti-politiquement correct "tendance" s’additionne à l’anti-politiquement correct des beaufs, cela finit par faire beaucoup de lecteurs. Toutefois, les questions qu’il soulève dans Le premier sexe méritent un examen attentif.

Pour Zemmour, il y aurait les valeurs dites masculines car incarnées par l’Homme : la force, l’autorité, la guerre, l’ordre, la violence, le risque ; et les valeurs dites féminines car incarnées par la Femme : la douceur, le dialogue, l’écoute, la tolérance, la précaution. L’évolution de notre société conduirait à reconnaître exclusivement les secondes comme universelles, entraînant un effacement voire une capitulation munichoise des hommes devant les femmes. Les homosexuels (qui, chez Zemmour, semblent être exclusivement des hommes) joueraient un rôle essentiel dans cette mutation vécue comme une décadence. Privée de ses valeurs viriles, la société deviendrait hémiplégique et sans repères.

De-ci delà, quelques remarques pertinentes interrogent le lecteur (ou la lectrice).
- C’est évidemment pour son plus grand profit que l’industrie des cosmétiques a beckamisé l’homme moderne.
- Au-delà de toute référence culturelle, la pénétration masculine dans l’acte sexuel exprime une forme d’agressivité naturelle évidente.
- Le nouveau puritanisme qui se développe à droite comme à gauche devient insidieusement la norme. Sainte Ségolène priez pour nous !

Mais globalement, sa thèse n’est pas admissible. Tout d’abord, elle est occidentalo-centriste. Dans de très nombreuses régions du monde, les femmes continuent à subir une effroyable domination, ce qui – soit dit en passant – semble fasciner Zemmour. Dans ces pays, la question d’un éventuel triomphe des valeurs féminines ne se pose évidemment pas. Seule celle de la dignité de la femme y reste d’actualité. La réflexion est aussi valable pour nos banlieues.

Mais, si la dialectique des valeurs de l’autorité et du risque avec celle de la tolérance et de la précaution est probablement nécessaire à l’équilibre de nos sociétés, rien ne dit qu’elles doivent être portées respectivement et définitivement par les hommes et les femmes. Or, ce que propose Zemmour, c’est que les hommes se réapproprient les valeurs dites masculines et qu’on en reste là. C’est dire si son projet est littéralement réactionnaire.

Pour ma part, je pense que l’équilibre entre ces deux types de valeurs est effectivement nécessaire. Mais rien n’est écrit quant à la distribution des rôles. Hommes et femmes peuvent parfaitement se répartir l’ensemble de ces valeurs, en fonction de leur personnalité, de leur histoire personnelle, de leur rôle dans la société… Mieux encore, un homme ou une femme peut tout à fait porter successivement, voire simultanément, les deux catégories de valeurs. Un être humain qui pourrait inscrire son projet de vie en s’appuyant sur la force et l’autorité tout en revendiquant la douceur et le dialogue ne serait pas loin de la plénitude. Qu’il soit homme ou femme.

Mais de cela bien sûr, ce n’est pas chez Fogielardisson que nous pouvons en débattre…

8 commentaires:

Claudiogène a dit…

D'accord avec tout ce que vous écrivez sur ce sujet, mais... (sinon à quoi bon un commentaire !)
Vous l'avez dit, nous parlons bien de valeurs masculines et de valeurs féminines et non d'hommes et de femmes.

Vous préconisez un équilibre entre ces valeurs.
Pour ma part, j'aspire à un déséquilibre en faveur des valeurs féminines, déséquilibre revendiqué, assumé et pourquoi pas affiché comme "la norme".
Une espèce de "discrimination positive", si j'ose dire, en faveur de ces valeurs-là.

(Je répète, pour éviter tout malentendu, rien à voir avec les hommes ou les femmes, homosexuels ou pas)

ANTONIN a dit…

Evoquer un dominant et un dominé, c'est se rabaisser au rang de l'animal. Or,l'homme(l'espèce humaine) est t'il un animal? Pour certain c'est la même chose, pour moi, pas du tout. (Mieu, il m'arrive parfois de considerer l'homme comme étant pire que l'animal. Mais cette considération là fait partie de délires caricaturaux, comme peu l'avoir tout un chacun lorsque, pour quelques fractions de secondes, nous perdons tout dicernement à l'annonce de crimes barbares, viols ou autres génocides perpétrés par l'homme.) Pour en revenir donc à la domination évoquée plus haut, il me semble que c'est, en filigrane, ce qui se détache de l'ouvrage d'ERIC ZEMMOUR. S'il semble regretter la perte de virilité des hommes vis à vis des femmes, s'il craint que ses dernières prennent le pouvoir, il ne doit pas se faire de soucis, on n'en mourra pas. Je peu même lui conseiller d'aller faire un tour dans le 7èm. canton, histoire de voir si les habitants y ont subit un traumatisme depuis la défaite de la virilité (??) démagogique de droite; et surtout, depuis que le féminisme l'a emporté.
Je trouve ce débat complètement à coté de la plaque. Il est heureux
que la majorité des hommes soient quand même passés à des considérations plus approfondis et plus intellectuelles sur les rapports et les différences hommes/femmes, et je me dit qu'avec ce type d'analyse primaire CABU a encore de beaux jours et de belles planches à dessins en perspective.

Mais on peu également se demander si cet ouvrage n'a pas été ecrit par quelqu'un qui aurait subit un traumatisme dans son enfance? En effet, une mama castratrice, protectrice à l'éxcès, un père macho et viril, ne rentrant que pour lapper à grand coup de sluuurp la soupe préparée par la mère au foyer ( je n'ai pas dit bobonne). Des amours de jeunesse déçus, la peur et la timidité des jeunes filles en fleur? Ou tout simplement, comme beaucoup de machos, la trouille de la femme, de sa sensibilité, de son humanisme, de sa perception, et tout ce qui nous renvoie à notre image d'homme qui se veut dominant. Un psy pourrais en dire plus je pense, je lance donc un appel.
Enfin pour finir, et pour ceux qui ne connaissent pas, je renvoie à une excellente chanson de RENAUD:
MADAME TATCHER.

ANTONIN

Laurent Weppe a dit…

«- Au-delà de toute référence culturelle, la pénétration masculine dans l’acte sexuel exprime une forme d’agressivité naturelle évidente.»

Agressivité....
Naturelle.....
Evidente.....
Moooouuuuaaaaiiiiiis.....
On va dire qu'il s'agit là plus d'une considération personnelle, que culturelle....

***

Il y a quand même quelque chose d'essez amusant avec tout cela, c'est qu'au final, bien souvent, toute considération sur les valeurs, la morale, la grandeur et la décadence des civilisations, se résume à des histoires de fesse: on a donc, si je comprend bien, une vision de la société caricaturant les caricatures de l'histoire romaine: Tout commence bien avec un glorieux envol lors de l'enlevement de Sabine, fait avec la répétition du dieu violeur Jupiter, et tout se termine mal, dans les affres de la décadence pédéraste. Voilà une thèse qui a le mérite de rester fidèle aux grands classiques du genre (au fait, la fidélité, est-ce plutôt une vertue féminine, à moins que ce ne soit un vice masculin, qui peut le dire.....).

Et depuis quand la guerre, l'agressivité, la violence, sont des valeurs? Pourquoi ne pas y rajouter l'arrivisme, la malhonnêteté, l'arrogance, la rancune, voilà des sentiments qui semblent bien coller à la "virilité" qui semblent bien liés à la violence, à la conquête, à la domination, bref, à toutes ces "mâles" qualités, que bizarrement, toutes les civilisations dignes de ce nom ont, sans exception, considéré comme des vices?

Patrick Mottard a dit…

Claudiogène, je suis tout à fait d’accord avec vous. Si les valeurs dites "masculines" et les valeurs dites "féminines" sont probablement utiles à l’équilibre de la société, il est indéniables que les secondes ont toujours manqué de militants pour assurer leur promotion. Vous en êtes un. J’en suis un autre !!

Roselyne a dit…

La faiblesse au pouvoir en quelque sorte... préjugé, quand tu nous tient...
Spinoza lui même affirmait qu'il fallait exclure les femmes du gouvernement à cause de leur faiblesse naturelle.
Difficile, toujours, d'échapper à "l'expérience vague".
Cordialement.

Anonyme a dit…

Mieux encore!! et l'inconscient ?

Au Moyen Age, bien avant que les physiologistes aient démontré que notre structure glandulaire confère à chacun de nous des éléments à la fois mâle et femelle, un dicton voulait que "chaque homme porte en lui une femme".
Et c'est cet élément féminin dans chaque homme que yung appela l'anima.: la partie féminine inconsciente complémentaire de la masculinité de l'homme.

Plus l'homme intègre son anima, plus il développera une capacité créative et sensible.

Sans vous connaitre mais a travers votre carnet intime permettez moi de ne pas douter de vos valeurs dites "féminines"...

Mireille Dum..non

Patrice Benoit a dit…

Je trouve étonnant de parler de valeurs masculines (la force, l’autorité, la guerre, l’ordre, la violence) ou féminines (la douceur, le dialogue, l’écoute, la tolérance, la précaution). Comme claudiogène, je pense que des hommes et des femmes peuvent avoir des valeurs "contraires" à leur sexe. Mais il semble qu'en politique, notre inconscient confonde le désir de valeurs féminines avec le choix d'une femme.

Anonyme a dit…

je tiens juste à préciser qu'on épilogue sur un écrit d'un monsieur qui passe à la télé.
cela veut dire que si ce même texte avait été écrit par un jeune des banlieux DE VILLIERS aurait parlé de l'islamisation des banlieux.
en fait je croi que monsieur quelconque de la banlieu quelconque n'a aucune chance de se faire publier en écrivant une telle anerie.