11 juin 2006

Merci Bernard


Théâtre de l’Alphabet. Le rideau tombe pour la huitième fois sur «Fragments de Nice».

Une fois de plus, je constate que la salle (pleine à craquer comme les autres fois), n’a pas pris ce vagabondage aléatoire à travers Nice et le temps qui passe pour une boursouflure narcissique, mais bien comme un chant d’amour pour cette ville qui m’a accueilli et où j’ai connu peines et joies tout en communiquant avec le monde.

Ce soir, comme hier d’ailleurs, une salle plutôt jeune (LEA, ACL et IUP ont leurs représentants) avec des acteurs, des fonctionnaires municipaux (courageux, forcément courageux), des militants politiques. Nous avons même l’honneur de compter parmi nous un VIP socialiste… en fait l’ami JFK avec madame. Au final, chacun participe avec enthousiasme au célèbre «Let’s the sun shine in» de Hair, la comédie musicale emblématique d’une génération.

Plus tard, au cours de la petite soirée qui prolonge la représentation dans le jardin du propriétaire (le chaleureux et généreux Jacques Grosso), chacun vient m’encourager et surtout me confirmer que non seulement ma vision de la Cité est comprise mais aussi partagée.

Aux antipodes des slogans au parfum xénophobe du type «Moi je suis un niçois socialiste et pas un socialiste niçois !», je me contente de répéter inlassablement «qu’être né quelque part est toujours le fruit du hasard» et que l’important, le déterminant dans la vie d’un homme commence après. Cette idée simple, apparemment, fait son chemin. A L’Alphabet. En ville.

S’intégrer, c’est, au fil des années, inscrire, saison après saison, quartier par quartier, ses passions, ses bleus à l’âme, ses rencontres dans la courbe de la Baie. C’est aussi, les pieds bien enracinés en terre niçoise, avoir le regard tourné veers le monde : Castel et Srebrenica, la place Rossetti et le Mur, la RN 202 et Ground Zero, la Gare du Sud et Uluru…

Merci à Catherine et Henri Legendre d’avoir pris le risque insensé d’inscrire dans leur programmation cette improbable confession dans une ville où les gens de culture ont souvent – malgré l’affirmation d’une opposition mondaine – un courage relatif. Très relatif.

Merci à Pauline et Alice pour leur talent qui symbolise si bien l’avenir de la cité.

Merci, enfin et surtout à Bernard, celui qui est à l’origine de tout et qui a osé, le temps de quelques soirées, prolonger notre amitié en une véritable forme de clonage…

Merci Bernard, merci de m’avoir donné envie d’avoir envie de continuer à m’acharner sur ce foutu levier qui doit – nous en sommes persuadés – nous permettre de faire bouger le Monde. En écoutant le vieux Grec.

9 commentaires:

Anonyme a dit…

Fragments d'amour, gare du Sud, Malik et les autres, des larmes, des rires, des sourires aussi, et des images, plein d'images, des mots plein les yeux, en fond d'oeil, en fond d’âme, fondu enchaîné sur les souvenirs, les bons et les méchants, 1O mai, 11 septembre, souffle la vie, souffle la mort, surtout dans les lignes droites, souffle, encore quelques courbes, puis l'arrivée sera belle, car elle te ressemble. Merci Patrick, et Bernard, et les filles.

bernard gaignier a dit…

Ce matin, comme toujours quand se termine un spectacle je sens la fatigue due à la tension qui s'est apaisée.Je sens aussi la joie d'avoir réalisé un spectacle d'avoir laissé quelques traces dans la mémoire des spectateurs qui l'ont vu. Le commentaire "anonyme" me va droit au coeur.
C'était une belle aventure; d'amitié avec un grand A
Avec Patrick bien sur... 20 ans de combats communs et une amitié qui ne s'est jamais démentie
Avec Dominique la belle de Jean Boin du 7ème canton et bientot de l'assemblée nationale qui connait toute mon affection
Avec Henri Legendre. et Catherine... depuis plus de 20 ans qu'ils me permettent d'exercer ma passion chez eux
Avec Jacques Grosso et son amitié si "chaleureuse" et à annie qui était présente par la pensée.
A Alice et Pauline qui ont apporté à ce spectacle charme beauté finesse et qui lui ont donné toute sa couleur. Mais la qualité de leur prestation résulte d'un travail prodigieux qu'elles accomplissent dans d'autre stuctures.; a l'heure de la starac et du succés "facile" il et bon de s'en souvenir.
Mais leur talent n'a d'égal que leur gentillesse.
Un grand merci à toutes deux et (Pauline ne m'en voudra pas)tout particulièrement à Alice.
Je vais arréter la car je suis en train de me transformer en "lauréat" d'une soirée des césars!!
Mais une fois une porte refermée "provisoirement" il faut repartir....
Et c'est l'heure du scoop!!!
L'aventure théatrale commune avec Patrick se poursuivra en avril 2007
avec un autre texte!!!

Claudiogène a dit…

Je réagis, cher Monsieur Mottard, à votre article et pas à la pièce que je n'ai pas eu le plaisir de découvrir.

S'il me semble partager, pour ce que j'en connais, votre "vision" pour notre ville, je ne comprends toujours pas l'utilité de rappeler les "slogans au parfum xénophobe". Ce qui n'apporte rien à personne et, bien entendu, je ne me gêne pour faire les mêmes remarques "aux autres".
Je sais, c'est plus facile lorsqu'on n'est pas engagé.

Cela dit, j'ai toujours détesté "la race des chauvins, des porteurs de cocardes, les imbéciles heureux qui sont nés quelque part" (Brassens)

Pour ma part, j'ai plutôt l'habitude de dire qu'à défaut d'être un niçois d'adoption, je me trouve plus de mérite à être un niçois d'adaptation.

Patrick Mottard a dit…

A Bernard,
Damned ! Je suis coincé, une fois de plus !

A Claudiogène,
J'ai quand même mis presque deux ans pour réagir... Mais il y a des choses qu'on ne doit pas oublier.

Anonyme a dit…

Alphabet 9h00:Nous sommes nombreux,une salle comble et là vous l'Acteur qui attirez toute notre attention tellement votre talent,vos textes sonts sincères, drôles,gais et tristes parfois et les filles nous plongent dans un bain d'eau claire et pure;pour finir ,aprés la représentation on se retrouve dans ce jardin et là on se rend compte qu'on à partagé un fragment de vie supplémentaire
Ensemble
Un soir de juin à Nice

miss L5 a dit…

Juste un grand "bravo" à l'acteur, aux jeunes chanteuses, et... bien entendu à l'auteur d'un magnifique récit autobiographique... une telle "plume" n'est pas donnée à tout le monde... aussi, j'en suis sûre, nous sommes nombreux à attendre la suite.

anne-laure a dit…

la suite ! la suite !

Merci Patrick de nous inviter à partager tes fragments "en théâtre" . C'est un bon choix : à travers Bernard, nous te voyons et nous t'entendons. C'est courageux parce que faire dire et montrer un texte c'est le partager plus encore que de l'offrir à lire. Là nous reconnaissons donc ta générosité ...
Peut-être aura-t-on la chance de l'entendre au Cube ...

Merci aux 3 comédiens qui nous ont offert un moment chaleureux .
et comme tous je suis maintenant impatiente d'entendre et de voir ... la suite !

en attendant Bravo !

liviana a dit…

Merci à Patrick pour ses textes magnifiques..à Bernard pour son talent qu'on lui connais depuis longtemps déjà..
Merci à vous deux d'avoir permis à ma fille Alice et à son amie Pauline de participer à une si belle aventure...
Patrick, fait nous un autre cadeau avec une nouvelle pièce

ANTONIN a dit…

Après tous ces commentaires talentueux et justes, il n'y a pas grand-chose à rajouter. C'est la deuxième fois que je vois cette pièce, et à nouveau, je suis transporté par tout ce que peut évoquer ton texte et qui été décrit par ceux qui ont précédé le mien.

Et tout cela grâce à toi, à Pauline et Alice (quel envoûtement lorsqu'elles chantent), à Bernard, et à tous les autres que nous ne connaissons pas.

Il n'est point besoin de se vautrer devant son téléviseur et pianoter des numéros surtaxés pour s'imaginer s'offrir du rêve. Regardons du côté du boulevard Carabacel, les talents sont là. Allons les voir.

Malgré ce que je viens d'écrire, je ne peux m'empêcher quand même d'y aller de mon petit couplet, et je veux dire les choses suivantes sur notre belle ville de Nice. Comme certaines femmes (ou hommes pour la gonflette aux hormones), il existe des plages siliconées, c'est-à-dire artificielles, sans saveur et sans âme.

La baie des Anges, elle, n'en est pas une. Quand bien même certains voudraient lui donner cette image, nous sentons tous qu'elle en est loin, très loin même. Loin de ce folklore à la niçoise, style pan bagnat et salade.

Et lorsque tu l'as décrite, l'autre soir, nous avons tous imaginé et rêvé de cette courbe voluptueuse, sensuelle, désirable et désirée par tant de personnes.
Nous avons tous voyagé avec toi, à l'évocation de la gare du sud, qui t'a emmené vers un au delà lointain, après les premières collines et montagnes de l'arrière pays.
Nous avons imaginé avec toi ce changement, un soir de mai 81, sur l'avenue "de la Victoire".
Imagination qui se mue en certitude de nous retrouver tous ensemble, un prochain soir de mars 2008 pour fêter "ta victoire".

Enfin j'imagine ton prochain programme pour la ville de Nice.
Pourquoi ne se déclinerait-il pas de cette façon là?
Tu nous ferais rêver et désirer ta vision des choses avant de nous la faire vivre.
Un programme qui serait joué dans tous les théâtres de la ville, et pour lequel les foules se déplaceraient en masse.

Pour conclure, j'ai quand même une petite pensée pour le"niçois socialiste qui n'est pas socialiste niçois".
Il doit se sentir bien seul car tous mes camarades et moi-même, de France et d'ailleurs, sommes socialistes et rien que socialistes, valeur universelle.
Je ne connais pas d'autres camarades issus du "socialisme niçois", ou alors c'est un nouveau courant dont personne ne m'a parlé.

Choisir un lieu de vie, de destination, est souvent un acte délibéré, un acte d'amour qui tisse un lien fort avec cet endroit.
La naissance en un lieu, elle, n'est que le fruit du hasard.