12 juin 2010

Un bien étrange rattachement

Il est peu probable, même avec le recul, que la nouvelle pièce de Didier van Cauwelaert, « Le rattachement », commandée par la municipalité à l’occasion du rattachement de Nice à la France, figure un jour dans la rubrique de ce blog consacrée aux « pages que j’aurais aimé écrire ». Et cette remarque n'a rien à voir avec l'écriture d'un auteur plutôt talentueux.

L’œuvre de van Cauwelaert est un étrange objet littéraire, plutôt habile, au service de l’obsession municipale qui consiste à vouloir réhabiliter Napoléon III, sa vie et son œuvre. La presse du jour fait même état d’un voyage assez surréaliste en Angleterre de l’auteur avec Christian Estrosi pour obtenir le rapatriement des cendres du grand homme.

Il est vrai – et je ne manque jamais de le rappeler à mes étudiants d’histoire constitutionnelle – que l’histoire officielle n’est pas tendre avec celui que Victor Hugo appelait Napoléon le petit. Mais de là à entreprendre une croisade… voire une pièce commémorative…

Au fil des actes, l’auteur nous explique également que l’Histoire avec un grand H est souvent le fruit des intrigues d’alcôves. Cette vision a souvent fait le bonheur des éditeurs et des réalisateurs de télévision, il n’est pas sûr qu’elle ait sa place pour commémorer un événement auquel on a voulu donner du sens. Même si celui-ci ne justifiait pas une épopée flamboyante à la Abel Gance, il méritait sûrement mieux que ce dialogue entre l’empereur et Lucienne, la Niçoise, digne de « La marquise des Anges » :

LOUIS-NAPOLÉON (d’une voix chaude). (…) Je vous rattacherai à moi, et cette puissante nation que j’incarne ne s’arrêtera plus devant la frontière d’un ruisseau qui s’appelle le Var…

LUCIENNE (retenant en souriant la main exploratrice de l’empereur qui s’est glissée sous ses jupes). Rien ne pourra ma causer plus d’honneur et de plaisir, Sire. Mais ne mettons pas la charrue avant les bœufs.

LOUIS-NAPOLÉON (égrillard). Pourquoi ? C’est une position qui présente certains avantages…
LUCIENNE (le maintenant à distance, très allumeuse). D’abord on prépare un traité, ensuite on le signe, et après seulement on l’applique.

LOUIS-NAPOLÉON. Considérez-le comme acquis. (La reprenant dans ses bras avec fougue). Et passons aux décrets d’application.

Certes, « Le rattachement » est une œuvre de commande, mais on peut légitimement se poser la question : quelle était la commande ?

7 commentaires:

Mari-Luz a dit…

Je ne sais pas quelle était la lettre de la commande, mais j'en sais le prix.....Qui dépassera le demi million d'Euros à charge du contribuable. Ca fait très cher de la réhabilitation, qui va être, je l'espère, contestée par des historiens (ce que je ne suis pas).
Je vous ferai part de mes impressions sur mon blog après avoir vu et entendu cette pièce.

cléo a dit…

De qui sont les indications scéniques?!

Patrick Mottard a dit…

Cléo,de l'auteur ...

Sylvie a dit…

Tous les dialogues sont-ils de ce niveau ?
Si oui, c'est "grave", comme dirait mon fils.

Anonyme a dit…

Ben , il faut étre une pute pour se vendre comme ca !
La pute ce n'est pas le peuple, qui n'a pas eu le droit de voter, mais une partie de la bourgeaoisie Niçoise avec Cavour - la pute c'est aussi le Pape de l'epoque contre qui se battait Garibaldi -Sacré Napoleon 3 les communard doivent remuer dans leurs tombes

Anonyme a dit…

"La charrue avant les boeufs" ..POeeeesiiiie, quel érotisme !! un demi million d'euros j'espère que le niçois apprécieront ...

Anonyme a dit…

Faut être clair, personne n'a obligé le grand écrivain niçois a écrire ces inepties. personne n'a obligé le grand metteur en scène dont le nom m'échappe à monter la pièce. etc.
500000 euros à se partager ?
Tous coupables, votre honneur ! à la trappe !