16 février 2012

Objets inanimés… (1)



Objets inanimés avez-vous donc une âme… Cette formule en forme d’interrogation de mon compatriote Alphonse de Lamartine, récemment reprise sur ce blog par Christian V. m’a donné l’idée de créer une nouvelle rubrique.

En effet, nombreux sont les objets qui, dans notre univers quotidien, nous rattachent à notre histoire personnelle, souvent en dehors de tout intérêt esthétique et de toute valeur marchande. Toujours présents dans notre environnement immédiat, ils nous rassurent car, en quelque sorte, ils nous arriment à nous-mêmes.

Aussi, le premier objet dont je parlerai ici est une bien modeste boule de cuivre, inexplicablement cabossée et même fendue, qui servait d’ornement (!) à la rampe de l’escalier en bois qui, dans la maison de ma grand-mère à Cruzille (Saône-et-Loire) reliait la pièce du bas (cuisine - salle à manger) aux trois grandes chambres du premier étage.

Elle est un peu la madeleine de ces étés paisibles et joyeux qu’adolescent ou jeune homme je passais dans ce petit village de Bourgogne. Lorsque la maison familiale fut vendue dans les années 1990, j’avais recueilli quelques objets qui désormais font partie de mon univers quotidien. Le « pommeau » en cuivre fut l’un de ceux-là et, depuis, il n’y a pas un jour où je ne le prends pas au moins une fois dans la main.

« Objets inanimés avez-vous donc une âme qui s’attache à la nôtre et la force d’aimer ? »

Et vous, quels sont vos objets inanimés ?

15 commentaires:

bernard gaignier a dit…

Pour moi "objets inanimés avez vous donc une âme" est l'interrogation que je me pose à chaque fois que je cherche un objet familier qui a disparu!! les clefs, les lunettes.
Cela dit pour répondre à Patrick mon objet est animé...Il s'agit d'une marionnette qui me représente dans l'Avare mon rôle phare au théâtre. Elle m'avait été offerte par des amis du théâtre de l'Alphabet lors d'un de mes précédents exils en 1992.
J'ai 2 résidences une ici et une en Corse. Cette marionnette m'attend en Corse. Pour mes 60 ans ma fille me l'avait subtilisée et confiée à une de ses amies hôtesse de l'air. Dans mes cadeaux, j'avais un album; imitant Amélie Poulain ma marionnette a été photographiée aux 4 coins du monde et je ne m'étais même pas aperçu de son départ.
Et pourtant j'y tiens comme à la prunelle de mes yeux.

Ségurano a dit…

Le coupe-papier, de bronze et d'acier était là, oublié au fond du tiroir. Un canard au cou replié servait de manche. Il était devenu verdâtre avec le temps, verdâtre comme le cou des colverts.

Le coupe papier, c'est un objet dont se servait mon grand-père. J'ai ouvert le tiroir, j'ai repris le coupe papier.

J'ai posé le livre bien à plat sur le bord de la table de la salle à manger.

La main gauche, paume largement ouverte sur la première de couverture, le coupe- papier dans la main droite, tenu fermement pour qu'il ne dérape pas.

Couper les feuillets d'un livre broché, c'est une cérémonie. Comme toute cérémonie, elle a ses lenteurs, ses précautions, ses pauses et ses avancées. Lorsque la lame est bien passée entre les pages, d'un seul coup, il faut y aller d'un seul coup, en un seul crissement pour éviter les déchirures et les dentelures.

De cette manière il ne restera qu’un peu de duvet au fil de la lame. Le bord des pages s'effiloche un tout petit peu, juste un effilochement de quelques centièmes de millimètres, comme une minuscule frise d'écume légère.

On peut, à la fin, souffler sur la table, à l'endroit où le livre était posé. Les duvets blancs nés du papier coupé s'envolent, dansent et meurent dans un rayon de lumière.

helyette a dit…

Bien entendu, nous avons plusieurs objets inanimés,mais pour moi ce sera un porte-clés en scoubidou de couleur bleue qui m'a était offert y a bien longtemps par une petite fille handicapée qui partait en voyage a Paris.Par ce geste,elle voulait prouver son autonomie.Elle est âgée aujourd'hui de 27 ans,et,quand nous nous voyons elle me dit..Tu l'as?Je l'ai...

Claudio a dit…

De mémoire, ça a débuté en 1985. Chaque début d'automne, je ramasse un marron par terre.
En général, il est parfait, lisse, gros et lourd. Solide comme un adulte et pourtant il est tout neuf.
Je le prends dans la main et le manipule comme un anti-stress, comme un chapelet, comme une amulette. Alors, il se met à briller, à montrer des nœuds. Parfois, je le crois en bois.
(J'ai toujours pensé que c'est un marron que Mitterrand cachait dans la poche gauche de sa veste)
Donc, sans le chercher, tous les ans, je ramasse ce marron. Au bout de quelques semaines, je le perds, je m'en détache et j'attends l'automne suivant.
Il m'arrivait dans le passé de l'offrir à mes enfants.
Celui d'il y a deux ans n'a pas été perdu. Il a trouvé sa place sur le bureau, à droite de l'ordinateur pour remplacer la souris peut-être, celle d'avant le pavé numérique. Je le touche au moins une fois par jour. C'est donc un objet qui est à la fois toujours le même et pas toujours le même.

cléo a dit…

Je suis très émue par cette nouvelle idée qu'inaugure la boule de cuivre permettant de relire le passé et dont l'opacité n'est plus désormais qu'apparente. j'ai du mal à choisir de mon côté parce que les objets qui m'entourent et ont une âme ne manquent pas...Je parlerai donc d'un seul d'entre eux: c'est un petit cadre en plastique contenant une photographie d'un sage hindou qui résidait sur la table de chevet de la chambre de ma grand-mère paternelle. je lui ai connu deux maisons avant qu'il n'habite chez moi. j'ignore quelle était sa précédente demeure mais peu importe si l'on en croit la phrase du sage écrite en son dos par une main hésitante:" Trouve en toi ce qui est éternel alors tu vivras éternellement heureux."

Antoine a dit…

C'est la petite boîte à sucres de mon père qui m'est immédiatement venue en mémoire et je vous laisse le soin d'en lire l'histoire sur le lien suivant : http://antoinevissuzaine.unblog.fr/2010/10/31/la-boite-a-sucres/

Patrick Mottard a dit…

Bernard,Ségurano,Helyette,Claudio,Cléo:trés belles vos histoires d'objets...Antoine c'est vrai,je me souviens...du coup je suis à la limite du plagiat!

Marianne Clairobscure a dit…

Ce texte et cette rubrique me plaisent beaucoup :)

Anonyme a dit…

Pour ma part, c'est une collection de timbres, initiée par mon grand-père, reprise et complétée par mon père, reprise-reprise et complétée-complétée par moi-même, reprise-reprise-reprise et complétée-complétée-complétée ? par mon fils (difficile pour l'instant). Elle est la mémoire de lieux où chacun de nous, sommes passés et surtout elle est très signicative de la personnalité de chacun (les personnages pour mon grand-père, les paysages pour mon père, le sport pour moi). Mon seul regret est qu'il est difficle de la mettre en valeur, de l'exposer en un endroit de l'appartement et reste donc confinée au fond d'un tiroir. Mais finalement je me dis que c'est là peut-être qu'elle pourra suivre encore quelques générations.
Alexandre

Patrick Mottard a dit…

Merci Alexandre

Emmanuel a dit…

C'est drole tout ce que l'on peut mettre comme supplément d'âme dans les objets.
Moi, par exemple je continue parfois à acheter des disques vinyles alors que matériellement ma platine n'est plus branchée.
Pourquoi? Par habitude, pour la beauté de l'objet, je ne sais.
En tous les cas ces objets avaient bien plus d'allure que cette musique dématérialisée qui n' a même plus d'image pour la représenter!

alaind a dit…

Pour mon chez nous, il y a beaucoup du Tonton Georges et de Cluny, objets qui trônent discrètement dans les recoins, les étagères et quelques murs. Il y a les statuettes anthropomorphes de l'Afrique des années 50, le cortège d'éléphants d'ivoire tombant dans la gueule d'un crocodile.
Il y a aussi, immuable, va savoir pourquoi, un carreau de tommette de la maison de mère grand, du haut Bugey, qui siège sur la rambarde du balcon.

Le Mouton Enragé a dit…

Quelle belle idée de billet, et que de poésie dans ses commentaires! De quoi rendre jaloux et faire enrager, et j'espère bien en lire encore beaucoup et enrager longtemps.

Ah, le familier vinyle dont on sait précisément où il va grésiller... Que d'instants, de regards, que de morceaux de vies dans sa merveilleuse imperfection.
Vais faire réparer la mienne de platine, tiens...

Emmanuel a dit…

Bonne idée Mouton, moi aussi vais faire réparer ma platine ou en acheter une autre!

Le Mouton Enragé a dit…

Emmanuel: Vinyle power!!
Le premier qui arrive à en écouter un sur sa platine a gagné... je ne sais pas quoi, mais je suis de plus en plus enthousiaste pour ce billet et ses effets secondaires!