22 novembre 2012

La fin des militants


En versant un torrent de larmes sur ces pauvres militants UMP scandalisés, humiliés, trompés, les médias sont une fois de plus à côté de la plaque. Exactement comme en 2008 quand ils faisaient passer en boucle des images de militants socialistes supposés être consternés par le choc Aubry-Royal.

La vérité est qu’à part une minorité d’idéalistes souvent âgés, il n’y a pratiquement plus de militants, au sens classique du terme, dans les partis de gouvernement.

Avec la décentralisation et la multiplication des postes électifs à pourvoir, le mouvement initié par l’affadissement des idéologies s’est accéléré. Désormais, dans ces partis, on ne trouve plus que des élus et ceux qui aspirent à les remplacer. Dans leur sillage, une cohorte de supporters et de clients comme, par exemple, les employés de la collectivité dirigée par l’élu ou les responsables d’associations touchant une subvention de ce même élu.

Prenez les dernières élections internes de l’UMP ou du PS, retranchez des votants ceux qui appartiennent aux catégories que je viens d’énumérer, et vous vous retrouvez avec des effectifs squelettiques.

Mais, d’une certaine façon, s’il n’y a plus de militants, ce n’est pas grave car on ne milite plus dans ces partis : on n’affiche plus, on ne tracte presque plus, on débat du bout des lèvres entre les périodes électorales, c’est-à-dire presque jamais. Même la cotisation n’est plus essentielle depuis la mise en place du système de financement public des partis politiques.

Du coup, les véritables dépositaires de la ligne politique du Parti ne sont plus ses militants mais ses électeurs. D’où la pertinence des primaires ouvertes à la place des consultations dites militantes organisées par l’appareil. Cela constitue incontestablement une américanisation de la vie politique, mais avons-nous vraiment le choix ?

15 commentaires:

Joé a dit…

tout à fait d'accord avec toi Patrick, il n'y a plus de militants dans ces grands partis ! Mais comme tu les dis fort justement, il y a les électeurs. Et je pense, du moins j'ose l'espérer, que ce cirque lamentable va leur faire prendre conscience, qu'en fait ces "chefs" assoiffés de pouvoir ne jouent en réalité que leur carte personnelle en se fichant complètement de la France et des Français
Les fraudes, les tricheries révélées au grand public vont sans aucun doute laisser des traces et décourager les derniers sincères.
Une fois de plus NICE s'est illustré dans ce domaine et là, j'espère que les niçoises et les niçois comprendront enfin que les ESTROSI et CIOTTI n'ont plus rien à faire sur la scène politique locale.

goca a dit…

(Bonsoir... je n'ai nullement l'intention de vous phagocyter... la modération préalable permet de s'adresser directement ainsi à la personne responsable, espérant vous "séduire", mon commentaire musicalement illustré par mes parodies débutant ci-dessous... je n'ai rien à vendre, juste à donner : à supprimer, bien sûr)

Je partage à titre personnel cette analyse sur ce point en la mettant en perspective avec d'autres, notamment la désyndicalisation massive de secteurs pourtant historiquement actifs. Parmi les hypothèses les plus crédibles, certaines pourraient être :
- l'individualisme ambiant (qui a dit : forcené ?) : certaines images sont mortes avec Séguin... http://www.youtube.com/watch?v=IIbNuessu9M&feature=plcp (publicité non payée, pardon)...
- l'irresponsabilité institutionnelle de chacun, l'exemple étant venu de très haut il y a peu...http://www.youtube.com/watch?v=RA6wbBlwpY8&feature=plcp
- les méfaits d'une société de con(s)-sommateurs ( loin des livres et de la culture, surtout, mais aussi d'une minimale humanité, voire simplement d'intérêt pour "l'autre")
http://www.youtube.com/watch?v=9oltAQudREE&feature=plcp
- entre autres (à suivre, qui sait...)

M'enfin, comme le disait le docteur Schweitzer, chacun voit minuit à sa porte...

Claudio a dit…

Enfin !!! Excellente nouvelle !

Les Brouillons de Cendrillon a dit…

Je suis d'accord, ce terme est dépassé carrément !
Dans les partis il y a des adhérents inactifs, des élus qui sont entrés par la grande porte ou par une porte dérobée, et tous ceux que vous avez cités arrivent après, mais les rares "militants" (naïfs) (qui sont ni avec les uns ni avec les autres) qui poussent la petite porte, et qui se retrouvent bonnement à tracter comme des fous pour se faire insulter sur le trottoir, à coller des affiches en pleine nuit à chaque élection, à téléphoner comme des automates, beaucoup beaucoup beaucoup... à coller aussi des tonnes d'enveloppes et de timbres... Ceux-là, ils peuvent rester l'oreille collée au téléphone avec trois timbres sur la langue, et une affiche en guise de chapeau sur la tête, 24h/24h à la "permanence", personne ne s'en rendra compte... et personne ne viendra les applaudir...(pauvres!)
d'où "la fin des militants"...

Pierre Marque a dit…

bravo PATRICK

Anonyme a dit…

1) "Elections d’appareil : élections-magouilles"
2)"La fin des militants"
3) La fin du clivage gauche/droite ?
4) Une nouvelle forme de représentativité citoyenne ?
5) ?
AlexandreR

Claudio a dit…

@AlexandreR : 5) Bayrou, le retour de celui qui avait raison trop tôt ? ;-)

Claude Raybaud a dit…

Rien à retrancher de l'excellente analyse de Patrick Mottard. Je la compléterais en disant que la généralisation de l'accès à l'information -des plus fantaisistes aux plus sérieuses - rendent secondaires les explications des ténors politiques. Aujourd'hui, tout un chacun peut aller voir par exemple les chiffres de l'endettement public sur le site de la Comptabilité Nationale, chiffres qui autrefois n'étaient accessibles que pour quelques initiés. Au personnel politique de s'adapter à cette nouvelle donne.

Anonyme a dit…

Une analyse pertinente !
D'accord avec la conclusion pour des primaires ouvertes c'est plus "honnête" !

Pépita

Olivier a dit…

Le tirage au sort de la république athénienne avait des bons cotés.

C'est sûr il ne se faisait qu'entre les citoyens mais l'idée que l'on doit se préparer pour éventuellement prendre une responsabilité aléatoirement distribuée n'est pas forcément pire que ce que l'on voit de nos jours.

Cornelius Castoriadis, une leçon de démocratie

D'ailleurs on fait bien confiance à ce système pour décider d'envoyer ou pas quelqu'un dans une prison toute sa vie.

Stéphane a dit…

Excellente synthèse, je m'y reconnais notamment tout à fait. Comme je le disais dans un dernier commentaire, ce n'est pas parce que je ne fréquente pas la permanence de Cyrille Besset que je ne compte pas...

Anonyme a dit…

Bien d'accord avec votre analyse, pertinente.
En fait, on confond les adhérents avec les militants.
L'adhérent prend sa carte (25 € pour le couple, pas cher), se disant qu'on ne sait jamais, le piston étant roi, ça pourrait toujours être utile un beau jour (illusion!).
Le militant , lui, va faire du phoning, du tracting, de la réunionning pour la photo du journal quand on le lui demande; ce dernier va chercher à placer un fils ou autre dans la fonction publique territoriale; s'il a les dents plus longues, il pourra monter, monter...
Pour en revenir à la dernière consultation UMP, les votants (les motivés) n'ont pas su trancher entre blanc bonnet de droite + et bonnet blanc de tradition, cette consultation était une ineptie, les cadres du parti (à mon avis) sont élus pour décider, choisir le chef comme les grenouilles de La Fontaine ont choisi leur roi. Ils n'avaient qu'à prendre leurs responsabilités au lieu d'inorganiser cette consultation. Mais dans l'esprit des postulants-chefs, le bonapartisme n'est pas mort, le consulat devant inéluctablement mener à l'Empire et au pouvoir personnel qui caractérise cette Vème République.
Amitiés.
CV

Emmanuel a dit…

Analyse pertinente et commentaires qui montrent que la crise de la démocratie en France est plus profonde qu'on ne le croit!
Attention à ne pas trop jouer avec le feu car on finit toujours pas s'y bruler.
C'est quant le réenchantement du rêve français ?

alaind a dit…

Mon avis sur le militantisme peut être auréolé de cynisme, voir de désespoir. Les militants de ce temps, les actifs colleurs et rebelles, ne sont plus ce qu'ils étaient et le monde également. Ici présente, la énième grève des transports en communs en cette ville gouvernée par un ex "de gauche" qui depuis un certain succès s'est rasé la moustache. Qui va avoir le poids de cette grève sur sa vie? Est ce le nabab du TCL ou celle, divorcée avec deux gosses qui bosse au bout de la ville? Le militantisme me fait penser à ces soldats Japonais qui des années après la signature, de l'armistice, défendent des idées abandonnées, comme des spectres d'idéologies revenantes.

Anonyme a dit…

Monsieur MOTTARD
Puisque vous parlez de primaires ouvertes, que pensez vous de la mise à l'écart de la nouvelle direction fédérale du PS, de Messieurs CONCAS et LIBRATI?
Jules