18 novembre 2012

Le sermon sur la chute de Rome



N’en déplaise aux esprits chagrins, il n’est pas fatal que le Goncourt soit un mauvais livre choisi par défaut dans le petit cénacle des représentants des grandes maisons d’édition. Aussi, même si ce n’est pas une habitude, il m’arrive de lire le lauréat de l’Académie quelques jours après sa consécration chez Drouot (voir, sur ce blog, « Houellebecq ou le Goncourt Vache qui rit »).

Cette année, ma suppléante Joëlle Vacca, grande passionnée de littérature, m’a conseillé… et offert l’édition 2012 « Le sermon sur la chute de Rome » (Actes sud) de Jérôme Ferrari. Après lecture, je peux le dire sans ambages : ce livre – malgré une pagination assez réduite – est un grand livre.

L’histoire démarre comme un roman de Giono qui se déroulerait en Corse avant de basculer dans un universel troublant et dérangeant.

L’action se passe dans un village de l’Ile de Beauté où deux amis parisiens originaires de Corse décident d’abandonner leurs études (de philosophie) pour reprendre la gestion d’un bar perdu dans la montagne. Fidèles à Leibniz, ils veulent faire de leur rade « le meilleur des mondes possibles ». Mais, après une période idyllique, l’utopie va virer au cauchemar.

Aucune folklorisation qui aurait pourtant pu être encouragée par l’actualité insulaire même si l’un des héros « ne veut pas quitter son village pour aller s’enterrer dans un autre village désespérément semblable, accroché comme une tumeur au sol d’une île où rien ne change car, en vérité, rien ne change ni ne changera jamais ».

A des années lumière du roman provincial, Jérôme Ferrari fait de sa petite histoire de bistrot une somptueuse illustration du sermon de Saint Augustin, « Sur la chute de Rome », celui-là même qui explique la tragique propension de l’âme à se corrompre et la malédiction qui condamne les hommes à voir s’effondrer les mondes qu’ils édifient, « cette nouvelle inconcevable que des hommes existent encore mais que leur monde n’est plus ».

Paradoxale, l’écriture est à la fois sèche et riche, brutale et sophistiquée. Elle est parfaite pour disséquer tout un monde pathétique et même dérisoire aux prises avec un destin de tragédie grecque.

A lire. Le plus vite possible.

5 commentaires:

Emmanuel a dit…

Bel enseignement qui montre que le pire n'est pas forcément notre avenir.
Quelle sera la prochaine chute finale ?
Celle des Etats-Unis ?
Mais chut, arrêtons de médire !

Les Brouillons de Cendrillon a dit…

Pourquoi-pas dit comme ça...
En ce moment je m'attaque à un gros pavé (700 pages) fouuu...
Le grand prix du roman de l'Académie française, je m'en fiche un peu, mais j'avoue que les labels aident à découvrir...
il s'agit de :
La Vérité sur l'Affaire Harry Quebert de Joel Dicker...

Pas mal, même si je m'attendais à mieux quand-même, je n'en dis pas plus ! je n'ai pas terminé de le lire...

;-)

(surtout très courageux pr quelqu'un qui ne lit pas bcp...un roman de 700 pages... je m'applaudis !)

Stéphane a dit…

Voilà qui donne envie de le lire ! Je te dirai de vive voix un de ces soirs...

bernard gaignier a dit…

Alors comme on en est aux prix, je vous conseille le prix Nobel de littérature de cette année. Il s'agit de l'écrivain chinois Mo Yan. Avec un réalisme hallucinatoire il unit conte, histoire et le contemporain.
C'est un mélange de Rabelais et de Celine à la mode chinoise.
Toute l'histoire de la Chine depuis l'invasion japonaise jusqu'à aujourd'hui.
Je viens de lire "Grenouilles" et "beaux seins belles fesses" c'est extraordinaire, jubilatoire, effrayant.....
allez y c'est en édition "poche".
Il y a 2 ans grâce au prix Nobel, j'avais découvert Mario Vargas Llosa.
Aujourd'hui Mo Yan.
Vive le prix nobel

alaind a dit…

Je ne le lis pas en cette période, mais il y a "La famille Fisclopplione" ou "La chute de ceux qui murmuraient à nos oreilles que la France va mal", et ma foi, çà déchire!