05 avril 2011

Focus sur l'invité surprise

Boniface (debout) et Emile, chez les parents de Dominique

L'actualité me conduit naturellement à reproduire ce billet publié le 21 janvier 2006 sous le titre de "Devine qui vient dîner ?" il sera même, quelques mois plus tard, la matrice d'un des "Fragments de Nice".


Nous sommes au début des années 80. Ce soir-là, avec Dominique, nous avions invité une fois de plus à dîner nos amis Emile et Boniface. C’étaient des étudiants ivoiriens avec lesquels nous avions sympathisé dans nos DEA respectifs. Issus de milieux sociaux modestes et ruraux, ils réussissaient un parcours universitaire particulièrement brillant, tout en militant pour faire évoluer leur pays, encore englué dans le néo-colonialisme « gaullo-africain », vers la démocratie et une vraie indépendance.


Leur marxisme était parfois un peu rude dans sa formulation. Il n’avait pas la subtilité dialectique de celui de Berlinguer alors en vogue chez les étudiants progressistes modérés que nous étions. Mais notre tiers-mondisme nous interdisait toute critique vis-à-vis de ces camarades du Sud qui luttaient si fort contre "l’impérialisme" et la "bourgeoisie comprador"…

Au delà du militantisme politique, Emile et Boniface étaient de charmants compagnons et ils s’étaient intégrés sans problème à notre cercle d’amis. A nos familles aussi, puisqu’il leur arrivait de partager des repas de fête comme à Noël.

Ce soir-là, je me souviens très bien du coup de fil de Boniface nous demandant, légèrement embarrassé, s’ils pouvaient venir accompagnés d’un ami compatriote qui faisait ses études à Paris et qui était de passage… Nous avons tout naturellement accepté. Et l’invité surprise se révéla drôle, cultivé et extraordinairement pertinent dans l’analyse des phénomènes politiques africains. Son argumentation était subtile, même si parfois affleurait, au détour d’un raisonnement, une saillie un peu dogmatique. Il jouissait apparemment d’un grand prestige auprès de nos deux amis.

Ce fut une belle soirée.

Aujourd’hui, vingt-cinq ans après, nous avons perdu la trace de Boniface. Nous savons qu’Emile, qui entre-temps était devenu ministre de l’Intérieur de son pays, a été assassiné. Quant à l’invité surprise, il va bien. Nous avons même régulièrement de ses nouvelles.

Il s’appelait Laurent Gbagbo.

15 commentaires:

Claudio a dit…

Je n'avais pas oublié ce "fragment". L'un de mes préférés pour la belle écriture fluide, l'originalité de l'anecdote et la chute-couperet.
Merci de nous l'avoir resservi Patrick.

bernard gaignier a dit…

Je ne l'avais pas oublié non plus. Je dis souvent que les fragments de Nice c'était un très mauvais texte joué par un excellent acteur!
Quand je dis ça evidemment tu me traites de "jaloux".
Ce qui serait bien.... ce serait de prendre de nouveaux spectateur à témoin.... Non?????

Emmanuel a dit…

Bien belle anecdote et attitude courageuse pour rappeler un évènement qui touche quelqu'un qui aujourd'hui est abandonné par presque toute la communauté internationale. Le pouvoir corromp, le pouvoir abime, le pouvoir rend fou...monsieur Laurent Gbagbo en est peut être un exemple frappant.

ANTONIN a dit…

Pas très malin d'avoir republié ce billet.
Au moment ou Gbagbo tente de négocier à la foi sa rédition et son exil.

La rédition il la traite avec les forces qui l'on combattu.
Pour l'exil, ça va être plus compliqué.
Aucun chef d'état ne voudra de lui dans leur pays respectifs.

Quelle va être son issue?
C'est un homme intelligent, drôle et cultivé, c'est toi qui le dit.
Et tu peu l'affirmer car tu a passé une mémorable soirée avec lui(j'exagère un peu comme d'habitude).
Et tout naturellement, comme les deux tiers de la population mondiale, y compris les niçois, tous intelligents drôle et cultivés, il suit avec attention ton blog et ses billets.
Et en lisant celui ci il a du se dire "mais bon sang! Mais c'est bien sûr! Patrick! comment n'y ais-je pas pensé?
Celui avec qui j'ai passé cette soirée qualifiée de mémorable par Antonin. Allez, va pour le cinquième canton".
C'est donc tout naturellement qu'il va se tourner vers toi pour te demander l'exil.

C'est vraiment pas de bol.

Le conseillé général va devoir abuser de tous les artifices diplomatiques pour le convaincre que ça n'est pas une bonne idée et que ça serait le meilleur moyen de declencher une nouvelle guerre civile mais cette fois ci dans un canton niçois en contestant ton election.
Et en plus il risque de me solliciter pour essayer de te convaincre.

Le silence a parfois plus de force que les mots, et cette fois ci tu en a trop dit.

ANTONIN

Dgé of Biot a dit…

les amis d'aujourd'hui seront les ennemis de demain... propos d'époque

Dominique a dit…

Dgé, tu as une très bonne mémoire !

cléo a dit…

"Devine qui vient dîner?" N'était -ce pas un témoignage et ne l'est-ce pas encore et seulement, même dans le contexte actuel ?En le réitérant, il devient difficilement pensable que : 1.Cela ait été fait en toute inconscience ( je ne parle pas d'innocence) 2. Que l’association de noms ait été établie sans association de dates ou que la mise en rapport du passé et du présent ait été faite sans conscience du devenir historique (avec petit h, pour l’individu, grand H pour le général, moyen h/H quand confluence du petit h et du grand H) 3. Que le statut du témoignage, qui rentre sous l’ensemble plus large de la notion de document, puisse être oublié et non confondu avec la belle, nécessaire, certes ! notion de vérité, qui( faut-il le rappeler ?) n’est qu’un idéal vers lequel tendre, mais que personne sans aveuglement aucun ne saurait se targuer de posséder à lui tout seul (pour ne pas parler de l’humanité dans son ensemble…). 4. Reste la question de la responsabilité (qui découle de la non inconscience du billet réitéré). C’est sûrement la plus difficile à trancher. En ce qui concerne ma lecture, mais sans doute suis-je comme tout un chacun prisonnière de mon petit point de vue, je me dis : provocation. Ironie (entre autre du sort). Jeu. Enfin, liberté. Si celle –ci amène la discussion, au moins, « Devine qui vient dîner ? » a la force du support.
De manière anecdotique, mais les enjeux sont tout autre, je me demande pourquoi, alors que j’ai partagé une soirée, chantant de manière pour le moins paillarde (à la fin) et en compagnie de Luc Ferry, j’ai fermé ma…,le jour où il a été nommé ministre de l’éducation ?! Pas sûr que le silence, ne dise rien. Pas sûr qu’il n’y ait pas un certain courage à dire ce qu’on aurait pu préférer taire.

Anonyme a dit…

je ne suis pas sur qu'il faille rendre responsable GBAGBO de tous les évenements de la CIV. ce qui est sur, il n'as pas les mains trés propre.......souvenez vous il est toujour membre de l'internationnale socialiste...
avez vous la certitude que le vainqueur !!!! de l'élection OUATARA ai les mains plus propre que le sortant??? im me semble qu'il à été son premier ministre ???
étonnant de ne lire aucune lignes sur l'intervention militaire française dans une ancienne colonie décidé par sarko seul sans l'aval du parlement.
idem pour la lybie
je pense que les mottard ont eu la chance passer une soirée avec un jeune homme idéaliste révolutionnaire mais que le pouvoir a fait passer beaucoup d'eau sous le pont.

jean pierre a dit…

bernard arréte taquiner patrik si non je t'envoi au bureau gorbella. non mais.
antonin écrit nous plus souvent des billets aussi drôle j'ai beaucoup aimé.

Patrick Mottard a dit…

C'est vrai qu'il assure le Antonin...

alaind a dit…

Libre est la tribune dans son essentiel de respect.

Je ne sais si quelqu'un l'a affirmé, mais je le pense : le pire ennemi de l'homme est sa conviction.

Et je devrais en douter...

Le rappel de ce passage est ni pertinent, ni déplacé, il est là, peut être pour la mémoire.

Le silence aura certes le dernier mot, mais en attendant tout s'inscrit dans la mémoire de la terre, et se taire, ou ne pas écrire, est évidement s'exempter, de fautes, d'orthographe par exemple. ;-)

Ségurano dè Nissa a dit…

Trés bel article.... Cependant je déplore que le blog de Dominique s'est arreté brusquement sur la 7 éme compagnie.... Bientot la suite ?
Ségurano

Anonyme a dit…

Bon arrêtez de vous chamailler les artistes, Fragments de Nice c'est un texte magnifique écrit par un auteur de talent et joué par un acteur de talent, alors pas de jaloux les complices complémentaires ! Si vous voulez bien avoir l'amabilité de rejouer un jour prochain en matinée ce chef d'œuvre, je m'inscrirai au rang des nouveaux spectateurs avec bonheur... je ne voudrais pour rien au monde manquer un nouveau chapitre de votre amitié, ni me demander pourquoi si tard …ni m'interroger sur le silence obsédant d'un futur incertain ...mais écouter ces mots qui chantent si bien ensemble que j'aime à les unir l'espace d'un instant. Isa

Dominique a dit…

Segurano, pas d'inquiétude : ça va reprendre bientôt. J'ai simplement été pas mal occupée ces jours-ci...

Bernard, je reverrai bien quelques Fragments joués un de ces jours !

Anonyme a dit…

T'as raison Dom, moi aussi. Ne reste plus qu'à trouver un salle