14 juillet 2008

A la recherche de la rhubarbe perdue…

« Et tout d’un coup le souvenir m’est apparu. Ce goût c’était celui du petit morceau de madeleine que le dimanche matin à Combray (parce que ce jour là je ne sortais pas avant l’heure de la messe), quand j’allais lui dire bonjour dans sa chambre, ma tante Léonie m’offrait après l’avoir trempé dans son infusion de thé ou de tilleul. »

N’en déplaise à Marcel, ma madeleine à moi est nettement moins sophistiquée que la sienne. Il s’agit de la compote de rhubarbe de ma grand-mère l’été en Bourgogne. Joséphine n’était pourtant pas un cordon-bleu, la cuisine n’était pas la première de ses préoccupations. Mais je lui dois ce souvenir culinaire qui est beaucoup plus qu’un souvenir culinaire. Ayant conservé quelques plans de rhubarbe un peu par hasard dans son jardin potager, elle mettait un point d’honneur à m’approvisionner en compote dès mon arrivée, début juillet, pour les vacances d’été. C’est que j’adorais cela.

Les années ont passé et dès que je peux retrouver la saveur à la fois acide et sucrée, la consistance ferme et craquante des petits morceaux de tige conjuguée à l’onctuosité des fibres brisées en mangeant, par exemple, les sublimes tartes à la rhubarbe confectionnées par mon ami et colistier Bernard Paquin, je retrouve les étés des années soixante. Tout y est. L’odeur des foins fraîchement coupés, le clapotis de l’eau à la fontaine sur la place du village, le bourdonnement des mouches, la chaleur blanche de l’après-midi, les faisselles de fromage de chèvre frais, l’improbable tricycle de mon père, les petites paysannes délurées, la limonade des enfants et le vin des adultes… Et, bien sûr, au-delà, tant de visages familiers devenus fantômes frôlés une fois l’an dans le cimetière où ils tiennent compagnie à Joséphine.

Et vous, quelle est votre madeleine ?

12 commentaires:

Anonyme a dit…

Plusieurs souvenirs de Madeleine : tout d'abord les délices de la rhubarbe préparée en compote, confiture, tarte que j'ai découvert très tard, en allant m'installer à Strasbourg à 19 ans. Mes co-locataires lorraines revenaient de week-end chargées de toutes ces friandises qu'elles partageaient volontiers avec les exilés du Sud. Ces desserts tellement bons, offerts avec beaucoup de générosité et forcément confectionnés par des mères ou grands-mères aimantes, nous consolaient de l'éloignement, et d'une quête d'indépendance familiale et de liberté parfois rude et intransigeante. Depuis la chanson "en passant par la Lorraine" et irrémédiablement associée à la rhubarbe, une chanson de Barbara sur les vergers lorrains aussi.. C'est un peu bizarre.
Sinon mes "souvenirs Madeleine" plus ancestraux sont liés à des odeurs ( aussi à des souvenirs de déplacements, de retour ) plus qu'à des goûts : l'odeur de parfums qui embaumait la ville de Grasse (100/100 chimique !) dés la la descente du bus; l' odeur des tomates couleur pourpre d'Anaïs, données à croquer en récompense (avec le verre d' l'anthèsite ) de la longue marche effectuée en plein soleil entre Grasse et la campagne de Saint-Jacques.

Anonyme a dit…

Ma madeleine... L'odeur de la montagne les petits matins d'été, encore frissonante de la fraicheur de la nuit, une main dans la mienne, la tendresse d'un amour de jeunesse... Aujourd'hui, la montagne est bien loin mais la main est revenue au creux de la mienne et ravive à chaque instant ces souvenirs si lointains.
Karine

Anonyme a dit…

irene a dit...

chacun sa région, chacun sa rhubarbe... car moi aussi Patrick la seule confiture que faisait ma grand-mère Marie (du fin fond de sa normandie )...c était la confiture de rhubarbe... et le souvenir des gôuters où la confiture coulait entre les trous de la tartine....

bernard gaignier a dit…

Moi ma madeleine.. ce sont les beignets aux pommes que ma mère faisait régulièrement surtout l'hiver. Quand je rentrais de l'école ou le jeudi après midi quand je revenais de vagabonder et que j'ouvrais la porte, quand je sentais cette odeur.. rien que d'y penser je ressens encore aujourd'hui le gout de la pomme chaude au mileu de la pate.
Maintenant ma mère vit toujours mais ne cuisine plus! De temps en temps j'en achète en boulangerie.... mais rien!!! rien à voir avec ces beignets de mon enfance... Maman pourqoi tu m'en fais plus?????

Anonyme a dit…

En complément du texte de Patrick, Je conseille à tout le monde un excellent article ( une page entière ) dans le Monde du mardi 15 juillet sur les métamorphoses de la mémoire afin de tout savoir sur l'hippocampe de Proust. Henri COTTALORDA.

Sylvie a dit…

Pour moi aussi il s'agit plutôt d'odeurs que de goût...
Quand je retourne voir mes cousins charentais, dans la "France profonde", ce sont tous les souvenirs de ces étés d'enfance qui ressurgissent, essentiellement au travers des odeurs, l'odeur des champs, des forêts, des animaux de ferme, du foin et surtout l'herbe mouillée après la pluie...
Et je me dis :"Là est la vraie vie. Loin, très loin de la superficialité de la Côte d'Azur, quand les pieds dans la gadoue je peux enfin retrouver mes racines."

marion a dit…

Cher Patrick, j'espère que tu as remarqué que tu as une connexion de Fort de France qui te suis de près! Bisous à Dominique!

Anonyme a dit…

Que de jolis prénoms :Léonie , Joséphine je vous imagine bien a l’ombre de toutes ces femmes …
Mais pour reprendre le « famous « questionnaire
Quelles sont vos héroïnes favorites dans la fiction ?
La qualité que vous désirez chez une femme.. ?
Proust a qui on avait soumis son questionnaire éponyme avait répondu a cette derniére question :des vertus d’homme et la franchise dans la camaraderie ..(on s’en serais un peu douté .)
et vous ? Mais bien sur savoir préparer la compote de rhubarbe. )
Penélope

alain a dit…

Les odeurs de terre, les odeurs des chemins de Bourgogne, le fromage de chèvre de là où il était fabriqué, et sa fraîche sensation calcaire lorsqu'il "montait" aux joues, et ce vin rouge... Bon j'arrête!

Rien que cette idée m'a parfois donné l'envie de rentrer, même depuis une belle ile tropicale!

Anonyme a dit…

J'ai plusieurs odeurs qui depuis mon enfance m'ont accompagné avant même que je rencontre Proust. La première c'était l'odeur des madeleines ( car c'était sa spécialité avec les macarons aux pignons) qui montait de la biscuiterie de mon père quand il sortait du four les plaques encore chaudes, odeur qui embaumait tout le quartier St Lambert , soixante ans après je rencontre souvent des gens qui s'en souviennent encore . La deuxième est si forte en moi que, si un jour j'écrivais mes mémoires, le titre en serait : " L'odeur des troènes." La troisième c'est l'odeur de la mer ( iode) quand nous arrivions, vers quatre à cinq heures du matin , à Anthéor ou au Dramont, sur les lieux de pêche avec mes parents. Inoubliable, le vrai bonheur. Henri COTTALORDA.

Patrick Mottard a dit…

Bien sûr Marion, je n'ai pas manqué de le remarquer ! Les vacances sont bonnes ?

ANTONIN a dit…

L'autoroute des vacances, au départ d'Aix en Provence, en direction d'une ville du sud de l'Italie.
Une fois, une seule fois par an nous avions la possibilité d'aller voir mes grands-parents trop tôt disparus.

Cette autoroute, sur laquelle j'ai débuté ma vie active dans une station service, pendant les vacances scolaires dans un premier temps, et 6 années durant ensuite.
Je garde de cette période de merveilleux souvenirs.

Cette même autoroute, reliant Aix à Nice pour aller rejoindre ma future épouse. Avec d'incessant allers-retours tard dans la nuit, ou très tôt le matin, c'est selon, afin de reprendre mon boulot après avoir passé du temps avec elle.

Cette même autoroute, toujours et encore, que je parcours encore tout les jours pour les besoins de ma profession.

Une autoroute pour madeleine?

Non, une bande de bitume qui me relie au souvenir de mes grands parents et à cette ville italienne gorgée de soleil et de bon souvenirs, à mon entrée dans la vie professionnelle, et à la femme qui partage ma vie.

Une autoroute qui est comme un fil rouge de ma vie.

ANTONIN.