11 octobre 2008

Vive la crise !

On ne peut qu’attendre avec inquiétude les conséquences économiques et surtout sociales de la crise actuelle. Conséquences sur lesquelles je me garderai bien de disserter, laissant aux « spécialistes » de tout poil le privilège de se tromper doctement quelque temps encore.

Par contre, comme humaniste, homme de progrès… et socialiste, je me dis que la donne va être profondément modifiée. Et pas forcément dans le mauvais sens. En quelques semaines, des certitudes aussi bien établies que l’action régulatrice du marché, l’anachronisme de l’Etat interventionnisme ou la supériorité de l’économie financière ont explosé en vol, laissant sans voix leurs plus fervents propagandistes.

Du coup, ils sont des millions et des millions ceux qui pensent qu’on ne peut continuer avec un système où l’Etat n’est pas apte à intervenir quand il s’agit de soulager les misères des plus pauvres tout en étant opérationnel pour réparer les conneries des plus riches.

C’est ainsi que des idées qui étaient frappées du sceau infamant de la ringardise refont surface : nécessité d’une économie surveillée et encadrée par les institutions internationales, nécessaire intervention de l’Etat sous le contrôle des citoyens, retour à l’économie réelle…

La maîtrise collective et démocratique de l’économie est devenue, en l’espace de quelques jours, le nouvel œuf de Colomb. Un œuf de Colomb qui assure une situation favorable et un point d’appui idéologique aux forces progressistes un peu partout dans le Monde.

Dans la tourmente, les fausses valeurs s’effondrent et les vraies personnalités émergent.

Aux USA, l’indécent show Sarah Palin a été stoppé net par la crise. Barak Obama, à qui on reprochait son manque d’expérience a pu – en live – montrer à quel point il maîtrisait intellectuellement et politiquement son rôle de futur leader, tout en démontrant la pertinence de ses propositions et de son programme. Désormais, il n’y a plus photo entre lui et un McCain qui ne sait plus quoi dire et qui, du coup, dit n’importe quoi.

En France, le jeu des 7 familles du PS n’a brusquement plus aucun intérêt. Les jeux sont faits. Si la gauche veut gagner les prochaines présidentielles – ce qui serait justice car la crise valide l’essentiel de ses propositions – il faut qu’elle se range derrière DSK dès que celui-ci sera disponible pour reprendre le fil de son destin national. Président du FMI, il réussit e effet le tour de force de jouer sans faiblesse son rôle institutionnel (par exemple en exhortant les Etats-Unis à définir, dès aujourd’hui, avant la fin de la crise actuelle, les règles de demain) sans pour autant céder quoi que ce soit de ses convictions profondes. C’est ainsi qu’en pleine tempête, il n’arrête pas de rappeler « l’autre crise » : cette terrible crise alimentaire qui sévit dans les pays du Sud. Et dire que les militants PS avaient choisi… Royal !

Le retour de la solidarité, l’homme au centre de l’économie, la réhabilitation de l’action collective, Obama aux commandes, DSK président… Si le tsunami actuel génère ces effets collatéraux là, c’est avec allégresse que je reprendrai la formule d’Yves Montand au cours d’une célèbre émission TV : « Vive la crise ! »

Notre amie Zineb Doulfikar a été honorée par la République hier à la Villa Masséna. Pour un compte-rendu et des photos voir le blog de Dominique.

11 commentaires:

Claudio a dit…

- D'accord avec le "Vive la crise". Tout ce qui permet de faire le ménage et de clarifier est toujours bon.
- "Misères des plus pauvres" et "conneries des plus riches" : si on avait le temps, on pourrait faire aussi une belle liste des formules inversées.
- Pas sympa de me "piquer" une partie d'un futur billet du dimanche déjà prêt ;-)
- Bienvenu au club de ceux qui croient à DSK. C'est vrai que c'est l'heure des "vraies personnalités" et que c'est dans la tourmente qu'on reconnait les bons capitaines.
- Et bienvenu au dernier paragraphe qui sonne l'heure de l'optimisme. Un petit bémol, cependant, concernant "la réhabilitation de l'action collective". Je n'y crois pas plus qu'hier et l'Etat même plus fort n'est jamais qu'une addition de "personnalités". (Un mouton tout seul ou en troupeau est quantité négligeable. Une personnalité, même en troupeau, peut faire beaucoup)

barralis a dit…

Merci Patrick,
Depuis quelques jours je me demande ce que je fais à gauche, par ton blog du jour tu me rassures, je me sens un peu moins seul.
Toi tu en es déjà à "Vive la crise" moi j'en suis encore à Gabin et son "S... de pauvres", d'où ma déprime, déprime renforcée par les gesticulations, les postures et les petites trahisons de l'avant-congrès.
Amitiés
J.B.

Franck Gaye a dit…

Non, vraiment, on ne pas dire "vive la crise...", d'aucune manière. Le poids à payer est trop lourd ... En quelques mois, par la modification des investissements des spéculateurs, c'est presque 100 millions de personnes supplémentaires qui dans le monde souffrent de la faim. Aucune modification des politiques dans le sens d'une régulation.. bien au contraire, on assiste à une privatisation des fonds publics pour que le système prospère et se perpétue.. Il serait trop long d'évoquer les mesures nécessaires ici, mais je vous invite à venir à la conférence débat organisé par ATTAC: "La Finance contre l’Humanité ?" le Jeudi 23 octobre à 20h00,salle du CMCAS,
16, route de Turin à Nice avec François Morin professeur de sciences économiques à l’université de Toulouse I, ancien membre du Conseil général de la Banque de France et du Conseil d’analyse économique.

bernard gaignier a dit…

Le vive la crise auquel tu fais référence est tout à fait à l'opposé de ce que nous vivons aujourd'hui.
A l'époque un grand nombre d "nouveaux" philosophes qui après avoir été staliniens, maoistes (Glucksmann, BHL et consort) découvraient l'horreur du communisme. Yves Montand grand acteur et petite tête qui n'aurait rien été sans Simone Signoret suivit le meme chemein, Reagan devenant le héros de l'ultralibéralisme et toute cette clique suivit son chemin.
Tous ces grands penseurs fort de s'être beaucoup trompés devinrent les héros du libéralisme économique; Pour ces crétins même les socialistes qui avaient bien avant eux découvert l'horreur de ce qui se passait la bas devenaient les complices du goulag.
Libération oui... mes amis suivit aussi cette pente!! (July avait lui aussi fait partie des grands zélateurs du camarde Mao. (Il avait beaucoup à se faire pardonner). It prêtât sa une à Yves Montand pour ce numéro qui effectivement marqua un tournant dans la pensée économique dominante, qui même à droite était encore assez interventioniste marquée en cela par le Gaullisme.
Donc aujourd'hui, vive la crise, c'est l'inverse!!! c'est pour marquer la chute de l'idéologie libérale si en vogue!!
Maintenant j'ai une crainte; après ces longs "lamentabile" reviendra le triomphe des mêmes et en cas de vrai crise ce sont les mêmes qui trinquent Aux USA les premières victimes sont ceux qui perdent leurs maisons.
La crise profite aux mêmes car aujourd'hui à l'ombre du krach boursier on assiste à une recompoition du cpital et certains réaliseront de confortables plus values.
cela dit je te rejoins les idées social démocrates retrouvent tout leur lustre et content que tu conclues que le meilleur "hérault" sera DSK.C'était mon avis pour le choix du candidat. Ravi que tu ais abandonné ton premier choix!!!

Anonyme a dit…

Le Dieu-argent est peut-être en crise terminale...Ce billet est réconfortant, il devient enfin évident qu'on ne pouvait pas continuer comme ça et que les altermondialistes avaient raison dans leur combat depuis 20 ans.... Bush, Sarkozy et la finance mondiale ne font que tenter de sauver leur drôle de bateau fantôme...Ne serait-ce pas d'une grande remise à plat dont nous aurions besoin, un système à visage humain qui préserve la créativité, la création de richesses et le bon sens...c'est le moment de remettre l'argent au service de l'homme et d'un développement intelligent et durable..Espérons aussi que la dictature soft des marques va cesser, qu'on va enfin se poser les bonnes questions...le but devrait être de vivre mieux ensemble,l'argent étant une énergie au service de l'homme... Je n'ai pas vraiment l'impression que DSK secoue la finance mondiale, j'ai l'impression qu'il "gère", pour ma part je n'en sait pas beaucoup sur son action réelle.....

Anonyme a dit…

Il paraît que la crise rend les riches plus riches et les pauvres plus pauvres. Je ne vois pas en quoi c'est une crise. Depuis que je suis petit, c'est comme ça."
Michel Colucci, dit Coluche - 1944-1986 - Extrait du sketch "Le chômeur"

patrickmottard a dit…

On le voit ce Dimanche :en bottant les fesses de l'UE La crise fait émerger le gouvernement économique européen et l'europe politique...dommage que les institutions soient à la traine à cause du "non"

Richard a dit…

Cher Patrick, la constitution que tu regrettes n'aurait rien pu faire pour résoudre cette crise. Car même adoptée elle ne serait pas encore entrée en vigueur.
Si les négociations gouvernementales européennes ont été si difficiles c’est justement que tous les pays n’étaient pas forcément d’accord pour intervenir de façon aussi interventionniste que l’ont fait les English.
J'y vois pour ma part une excellente occasion de se féliciter de notre NON, puisque je ne vois toujours pas comment on aurait pu justifier les interventions des différents états dans une Europe, où la concurrence aurait dû être libre et non faussée. Cet argument aurait certainement pesé lourd dans les différents plans de sauvetages.
Amitiés

Anonyme a dit…

irene a dit...

pour ne fâcher ni Patrick ni Richard.... je pense que cette "crise" est véritablement l occasion "historique" de montrer que nous pouvons faire une Europe forte et unie capable de faire bloc face aux autres soit disant "surpuissants" jusqu'à hier....

Il faut dépasser le oui ou le non et toutes ces polémiques.... AUJOURD HUI L EUROPE a une carte à jouer...(espérons surtout avoir les bons joueurs!!! )

Richard a dit…

On t'aime Irène

Franck Gaye a dit…

L'Europe à la traine à cause du NON!
Il faut relire le texte parce que à la fois le TCE et le Traité de Lisbonne stipulent qu'il est totalement impossible de réguler les marchés financiers, toutes limites à la circulation des capitaux étant proscrites..

Heureusement que le NON nous a préservé d'un tel texte...