30 janvier 2009

Une manif XXL



JOURNAL DE MANIF

10 h – Place Masséna

Beaucoup de monde, déjà beaucoup de monde.

Fred, Monique, Céline, René, Marc, Francine, Jacqueline, Audrey, Muriel, Jean-Louis, Rose, Caro, Lulu, Jean-Pierre, plus destroy que jamais, Christian Jambou et son pastoral couvre-chef, Henri Ponti déguisé en Yasser Arafat… Les premiers manifestants de gauche Autrement se rassemblent au pied de la grande Roue, à l’endroit même où, il y a quelques jours, nous avions fêté joyeusement l’investiture de Barack Obama. Avec ceux que nous retrouverons plus tard dans le cortège, comme Marianne, la famille Cuffi ou Antoine le percussionniste (mâtin ! quel talent !), c’est plus d’une trentaine de membres de l’association qui se sont mobilisés pour cette manif XXL, de quoi rendre jalouses certaines formations politiques qui ont pourtant pignon sur rue. Plaisir aussi de se retrouver entre « parias » avec les exclus de La Trinité.

11 h – Avenue Jean Jaurès

Je parcours l’avenue derrière la banderole de l’Université aux côtés de mes collègues, du doyen de la fac et… du Président Marouani himself ! Pas de doute, le gouvernement aura réussi l’exploit rarissime de rassembler toute la communauté universitaire contre son projet. Une petite halte au passage dans la galerie de notre colistier Christian Depardieu. A ce moment-là, je ne sais pas que je ne suis qu’un éclaireur.

12 h – Boulevard Carabacel

« Qui ne saute pas soutient Sarko ! ». Un petit groupe de militants supporters joint le geste à la parole. Je quitte assez vite ces nostalgiques de la Brigade Sud pour rejoindre le groupe beaucoup plus paisible des chercheurs. Au milieu, je repère Clotilde qui, en fait, teste sur le bitume ses magnifiques chaussures de course.

12 h 30 – Boulevard Dubouchage

Je retrouve, avec Dominique, les copains des Francas et de l’éducation populaire. Sami, Pierre et Henri sont heureux de défiler sous cette bannière qui leur est si chère.

13 h – Avenue Jean Médecin

Bravant l’interdit municipal, la manif, de plus en plus XXL (les premiers manifestants reviennent sur place Masséna alors que les derniers viennent à peine de la quitter) emprunte le bas de l’avenue. Les slogans sont nombreux, ceux qui défendent les services publics sont le plus fréquents. Quelques fumigènes. Devant les Galeries Lafayette, je croise, avec Joëlle Vacca, le groupe des employés municipaux de Nice. Quel plaisir de revoir des femmes et ces hommes avec lesquels j’ai travaillé pendant sept ans. Leur moral est plutôt en berne et cela quelle que soit la couleur politique des élus avec lesquels ils travaillent.

14 h – Place Masséna

Une foule dense et colorée a envahi l’immense place, troublant la sérénité des « Penseurs ». Malgré la colère qui s’est exprimée toute la matinée, l’atmosphère reste légère, comme à chaque fois que l’action collective fait penser que le pire n’est jamais certain…

En juin, Nicolas Sarkozy avait déclaré : « Une grève en France, personne ne s’en aperçoit… ». En contemplant l’immense foule, je me dis qu’une fois de plus notre Président a perdu une fantastique occasion de se taire…

Récit croisé ave « Ma manif du 29 janvier à Nice ».

9 commentaires:

Claudio a dit…

Pas obligé de publier Patrick bien sûr, c'est sans problème :

Pendant que je défilais, seul, à 10 kms/h sur la Promenade, j'aperçus une troupe de gens déguisés près des estrades prêtes à accueillir le Carnaval.
Naïf jogger du jeudi, j'ai pensé que le Carnaval était déjà commencé. Erreur, grave erreur. Point de Carnaval, du cirque tout au plus. En bouquet flottant, un dizaine de drapeaux rouges à la police identique surmontait des momies en noir et blanc. 3 lettres sur chaque drapeau. Au choix un C, un G et un T ou un P, un C, et un F. Du haut de ma cinquantaine, je me suis dit que ça faisait cent ans qu'on me disait qu'il n'y avait aucune accointance entre ces deux-là. Pas toujours naïf, je ne l'ai jamais cru.

Plus loin, des enseignants sans autre déguisement s'approchent, sac à dos, pataugas, gamins sur les épaules ou banderoles repliées, ils s'apprêtent à jouer les héros. Que dis-je les héros ? Les résistants. Pas moins. L'époque et les puissants sont si horribles que le sacrifice en vaut la chandelle.

Sur le chemin du retour, un couple d'amoureux, jeune pourtant, je veux dire a priori, l'esprit plus souple, moins formaté, moderne en un mot, chemine main dans la main. Dans l'autre main de Juliette, une pancarte avec une question. Le point d'interrogation l'attestait.
Je m'approche.
"Si vous posez une question, c'est que vous voulez une réponse ?"
Sourires.
"Si je réponds à votre question, vous retournez travailler"
"Sûrement pas"
"Alors c'est que vous ne cherchez pas de réponse. Vous cherchez à faire du bruit et du vent"

Cette fin d'histoire n'est pas vraie. Elle aurait pu, si j'avais osé regarder la pancarte. Je n'ai pas osé de peur qu'on pense que je regardais Juliette.

Je suis rentré, réconforté à l'idée, confirmée encore une fois, que je n'avais pas le gène du troupeau et que les moutons, ce n'est vraiment pas excitant. Ce serait, si je n'avais la foi absolue qu'aucun cas n'est désespéré, même déprimant. C'est ça qui fait une partie de l'humanité. C'est triste.

Sylvie a dit…

Sur le site de Nice-Matin, vidéo de la Manif, vous êtes bien visible avec les enseignants (à 1'45'' environ du film).

Clotilde a dit…

Rrrro mais t’as un train de retard Claudio, ce n’est pas le « moderne » qui est « in », c’est le « post-moderne », faut se tenir au courant un peu hein, regarder un peu vers les deux sous-continents outre-atlantique par exemple ! Mais dans le post-moderne, c’est marrant, y a pas l’option radotage.

Bon, à part ça, j’ai eu des nouvelles de potes à Paris qui n’ont pas manifesté (bigre, j’ai des potes non-manifesteurs, cela dit, ils sont plus rigolos que certains autres, heureusement), et ils n’avaient jamais vu autant de monde.

Plus sérieusement, j’ai été très agacée de ce que j’ai vu sur Canal+ hier soir (une chaîne dite « moderne » donc complètement ringarde, forcément) : un syndicaliste, de Sud je crois, était invité. Je n’aime pas trop le style « Sud », c’est pas trop ma tasse de thé. Par contre, ça tombait bien que je n’ai pas eu en face de moi la petite c… qui a trouvé malin de présenter sa météo avec derrière elle un « rigolo » de Canal +, « déguisé » comme le type de Sud, même chemise bleue, même barbe, même cheveux longs, qui était censé faire passer l’autre pour un con. Et après on me dit que la télé vaut le coup. On va dire que ça dépend des chaînes (amis grolandais, émigrez ailleurs).

Dominique a dit…

@ Sylvie, bravo pour avoir repéré Patrick sur la vidéo : il fallait avoir l'oeil bien aiguisé !

@ Clotilde, c'est tellement plus facile de se moquer d'un syndicaliste... Sans doute dans l'air du temps...

Marc Monticelli a dit…

Je suis très étonné de ton commentaire sur la présence du président d'Université à la manif, d'autant que tu es enseignants à la fac de droit.

Tu n'es pas sans savoir que le président a soutenu et proné la LRU qui conduit aujourd'hui la communauté universitaire à réagir (tardivement, mais à réagir).

Sous entendre que le président d'U etait là par opposition au projet gouvernemental est totalement faux.

Dans un mail adressé aux enseignants il y a tout juste une semaine (tu dois l'avoir dans tes mails) le président ne fait aucun mystère sur son opposition avec le mouvement de protestation et avec les "agitateurs" que nous sommes et qui préparont "le déclin de l'université" d'après lui.

Voici ce qu'il écrit : "Ceci dit je ne suis pas pour le statut quo. Je suis contre l’immobilisme, le conservatisme et le caractère proprement "réactionnaire" de la conjonction des "luttes" qui amalgame aujourd’hui les revendications de certains professeurs de Droit, de certains syndicalistes, du CNRS, de la question de la mastérisation, du statut des IUT et des autres composantes à "articles", des "particularistes" de tous ordres plus soucieux de leurs privilèges corporatistes que de l’intérêt général. J’ai le sentiment qu’un petit nombre de personnes, peut être de bonne foi mais je n’en suis pas sûr, abusent de l’inquiétude compréhensible face à ces bouleversements rapides, et s’emploient s’emploient activement et dans une grande confusion à ce que rien ne bouge, et préparent ainsi le déclin de l’Université."



... Marc, agitateur réactionnaire qui prépare avec ses camarades le déclin de l'université... rien que ça

Patrick Mottard a dit…

Marc j'ai vu Marouani à la manif alors j'ai pensé qu'il manifestait... J'ai même fait une photo, en fait peut-être traversait-il la rue ?

clotilde a dit…

il a dû se dire que finalement, y aurait à la manif plus d'acteurs du monde universitaire que ce qu'il avait pressenti... Ou alors il s'est trouvé devant un no man's land à Valrose le matin même!

(par contre, c'est fou comme le laïus de Marouani me rappelle qqn...)

Richard a dit…

@ Claudio

Il faudra que tu expliques ce que tu reproches à ceux qui manifestent.
Je te fais remarquer qu'ils manifestent pendant leurs heures de travail. Ce qui correspond, si j'ai bien compris, à tes heures de jogging.
Faudrait quand même pas nous chercher, nous les nantis !

Anonyme a dit…

Je n'ai pas pu y assister
bravo pour les photos !