22 août 2006

Timisoara, ville ouverte

Carnet de voyage numero 8 (suite et fin)


En voulant poursuivre notre voyage par la frontiere sud et rejoindre ainsi la Roumanie, nous avons ete victimes, a la fois, de la geographie, de l'histoire, et peut-etre aussi de notre imprevoyance. De la geographie, car le delta du Danube ne permet pas, semble-t-il, l'etablissement de fontieres terrestres. De l'histoire, car des russophones mafieux de l'est de la Moldavie ayant fait secession, leur etat pirate de Transnistrie est formellement deconseille aux voyageurs qu'ils rackettent a l'occasion. Il ne nous restait plus qu'a contourner le territoire moldave pour penetrer en Roumanie par le nord, un petit detour de... cinq cents kilometres. Un detour qui nous permettra quand meme de retenir quelques images fortes...

Ainsi, en pleine nuit, Gorbatchev et son discours d'abandon de la Presidence de l'URSS, sous-titre en francais, sur l'ecran tele d'un restaurant un peu glauque sur la route de Vinnytsya.

Ce jeune homme qui saute a l'elastique sans un cri, au fond d'un canyon, vers Kamenets.

Notre voiture shampouinee a la frontiere roumaine pour cause de grippe aviaire.

Les bleus et les verts renforçant l'ocre dominant des fresques exterieures du monastere moldave de Sucevita.

La beaute classique de l'Universite de Cluj.

Les nuances infinies de vert, rappelant le pays basque, dans les montagnes de Transylvanie du nord.

Apres trois jours de voyage, c'est a Timisoara que nous achevons ce long periple. Il est vrai que cette ville du sud-ouest de la Roumanie a une place particuliere dans le Pantheon de nos souvenirs de voyage. C'est, en effet, la troisieme fois que nous lui rendons visite.

La premiere fois, au debut des annes soixante dix, Timisoara fut notre premiere etape au-dela du rideau de fer. La ville etait sombre, sale, et corsetee par la Securitate du genie des Carpates. La peur etait palpable et les contacts avec la population quasiment interdits. La nuit tombee, dans une obscurite quasi generale, l'alcoolisme prenait le relais de l'ideologie et les rues se peuplaient de fantomes titubants, sans but et sans espoir.

La deuxieme fois, nous sommes arrives de nuit dans une ville toujours aussi obscure (un comble quand on sait que c'est a Timisoara que l'on a utilise pour la premiere fois en Europe l'eclairage public electrique...!). Quelques semaines auparavant, avec sa forte minorite d'origine hongroise, elle avait ete le fer de lance de la Revolution roumaine de 1989. Pourtant le desenchantement etait deja perceptible, meme chez les plus fervents supporters de cette revolution. C'est que la these de la manipulation devenait de plus en plus plausible. Les communistes modernistes auraient utilise opposants et forces democratiques pour se debarasser de l'encombrant Conducator. Je me souviens encore de notre perplexite devant le terrain vague dit du "charnier de Timisoara" qui se revelait etre en fait un grossier bidonnage relaye par la presse internationale.

Pour notre troisieme sejour, nous retrouvons une ville tranformee. Une ville calme, gaie, presque sure d'elle-meme. Les facades se sont colorees, les cafes se sont multiplies. On n'y boit pas forcement de l'alcool. La ville se reconstruit, comme partout en Roumanie, les chantiers se multiplient, meme celui de l'extension du reseau du tramway (on n'echappe pas a son destin...). On est loin de la frenesie qui s'etait emparee de l'Espagne post franquiste, mais il emane de cette population roumaine une energie tranquille, une serenite presque nonchalante. L'Europe est pour demain, plus exactement pour l'annee prochaine.

Achever ce voyage dans cette atmosphere est un bonheur qui nous permettra d'aborder avec determination la derniere ligne droite. Celle de la traversee de la Serbie qui, depuis notre dernier voyage, a perdu le Montenegro mais garde Mladic ( le contraire aurait ete preferable), de la Croatie, aux portes de l'UE, et de la Slovenie, deja completement europenne. Puis se sera l'Italie. Et Nice. Avec des vendredi matin, rendez-vous et reunions de travail. Mais peu importe, heureux qui comme Ulysse...

3 commentaires:

Claudiogène a dit…

merci, Merci, MERCI et MERCI de nous avoir emmenés faire ce beau voyage.
J'ai attendu le dernier carnet pour poster mon commentaire, attendant que mon enthousiasme à la lecture faiblisse.
Que nenni ! Il allait crescendo.
Peu familier du "lèchage de bottes" et définitivement non-partisan, vous ne parvenez décidément pas à me déplaire.
Alors, le temps passant, j'en oublie Fabius, P.S. et autres combats internes pour me demander comment me sera-t-il possible, le moment venu, de ne pas basculer vers l'intelligence, l'esprit visionnaire, la culture et l'élévation plutôt que du côté de la glaciale technique ?

Merci encore.
Bon retour sur Nice et bonne rentrée.

Christian a dit…

J'ai beaucoup aimé vos reportages Monsieur Mottard. Merci d'avoir partagé ces moments avec vos lecteurs.

Jacques Barralis a dit…

Welcome home
Autres temps, autres souvenirs !!!
C’est à quelques kilomètres de Tulcea, au printemps, que j’ai découvert la beauté et l’immensité du delta du Danube grâce à … des pêcheurs russophones.
Pour 2 bouteilles de vodka et quelques dollars ils nous avaient emmenés sur leurs barques à travers les ilots et faits partager leur quotidien en période de crue : pêche, « soupe de poissons », chant des oiseaux, coucher du soleil sur les arbres a demi submergés … un moment féérique et de liberté, loin des sbires du Génie des Carpates. N’oublions pas que nous étions à l’époque de la terreur imposée par une de ces dictatures se disant marxistes.
Est-ce plus facile de survivre aujourd’hui, et plus particulièrement au Moyen-Orient, sous la dictature d’un Etat terroriste, ou sous celle des terroristes islamistes ?
Pour moi les deux assassinent, privent les peuples de liberté et d’avenir … une seule différence l’Etat terroriste utilisent des bombes téléguidées made in USA les autres non.