30 juillet 2007

De l’eau claire à l’eau lourde

Les affaires de dopage ont été si nombreuses sur ce Tour 2007 que le thermomètre que j’ai mis au point ici même (Un Tour à l’eau claire) en deviendrait presque dérisoire.

Mais devant les nombreux commentaires qui affirment avec inconscience que ces affaires sont révélatrices de l’efficacité des contrôles et que le Tour 2007 serait le Tour de la rupture avec au final un jeune et innocent vainqueur, je pense que ce bon vieux thermomètre n’est pas aussi inutile que cela pour remettre les pendules à l’heure.

Qu’on en juge.

Sur les dix repères que je proposais, au moins neuf permettent de conclure que, même débarrassé de ses tricheurs les plus voyants, le palmarès 2007 est aussi insincère que les précédents.

1er repère : la moyenne. Soutenue en plaine, elle est devenue infernale en montagne où les records d’Amstrong ont été battus… C’est tout dire !

2e repère : présence massive d’une équipe dans les classements. Premier clm (contre la montre) : trois Astana dans les quatre premiers. Deuxième clm : trois Discovery dans les six premiers. Général : trois Discovery dans les huit premiers.

3e repère : la place des Français. Le premier est 27e… probablement le plus mauvais résultat de tous les temps.

4e repère : la place des Espagnols. En plus du vainqueur surprise, il y en a trois dans les cinq premiers, six dans les dix premiers, treize dans les vingt-cinq !!

5e repère : le nombre d’abandons. Si on exclut… les exclus du calcul, il est l’un des plus faibles de ces dernières années. Même remarque pour les éliminés.

6e repère : les résurrections. En la matière, Vinokourov a fait une concurrence effreinée et déloyale à… Bernadette Soubirous.

8e repère : les révélations tardives. L’implacable victoire de Leiphemer dans le dernier clm (il a failli gagner le Tour) laisse sceptique.

9e repère : les interviews sans essoufflement. Une fois de plus, on ne pouvait qu’être étonné par ces vainqueurs qui, dix secondes après l’arrivée, étaient capables de disserter doctement sur la conduite de leur course.

10e repère : les blessés. Vinokourov et Kloden,gravement blessés, ont poursuivi leur course en restant dans l’allure. Quand l’affaire Astana éclate, Kloden est même encore le grand favori de l’épreuve.

Au-delà de ce constat édifiant, il y a surtout la personnalité du vainqueur, Alberto Contador, victime d’une rupture d’anévrisme suivie de quelques semaines de coma, il y a à peine deux ans : un coureur qui a été successivement dans l’équipe de Manolo Sainz (au centre du plus grand scandale de dopage espagnol), puis dans celle de Lance Amstrong. Ne pas connaître de pratiques dopantes dans ces deux équipes semble à peine aussi réaliste que de rester fidèle dans « L’île de la Tentation »…

Et si on avait encore un doute, il suffit de revoir les images où il gravissait les cols avec encore plus de facilité que le désormais proscrit Rasmunsen.

En résumé, affaires et suspicions permettent bien de conclure que l’eau qui a coulé à flots sur le Tour n’était pas très claire, elle était plutôt chargée, lourde, très lourde.

Mais, si après cette édition 2007, nous pouvons dire « Le Tour est mort », rien ne nous permet d’affirmer qu’en 2008 nous pourrons dire « Vive le Tour ! ».

CET ARTICLE A ÉTÉ REPRIS SUR LE BLOG "RADIOSCOPIES - REGARDS SUR L'ACTUALITÉ"

11 commentaires:

Anonyme a dit…

Monsieur Mottard,
J'ai touvé votre article plus qu'excellent c'est pourquoi je vous demande l'autorisation de le publier sur mon blog www.radioscopies.blogspot.com
Dans l'attente d'une réponse veuillez agréer, Monsieur mes civilités.

Patrick Mottard a dit…

Pas de problème : vous avez bien sûr mon accord pour publier ce post sur votre blog.

ANTONIN a dit…

Et après 2008, 2009, 2010, etc...
jusqu'en 2017 et de nouveaux scandales, et tout le monde dira à nouveau plus jamais ça, mais qu'a t'on fait depuis 10 ans?...
Il sera décidé à nouveau de donner un grand coup de balai et un grand coup de pied dans la fourmilière, et on repartira pour 10 ans à nouveau.

En attendant, vive le fric roi dans le sport, mais espérons que les sponsors commencent réellement à s'inquiéter pour leur image de marque, ça serait paradoxal que les principaux financiers du sport contribuent à l'assainir un petit peu.

Le seul aspect positif que l'on peu trouver à tout ceci c'est que, enfin, un ministre existe, on a entendu Roselyne Bachelot s'exprimer avant Sarkozy de ce fléau.

ANTONIN

bernard gaignier a dit…

Entièrement d'accord avec tes constatations Patrick.. Mais toi qui est amateur "des hordes sudoripares qui se disputent le minuscule honneur d'etre champion de la balle aux pieds" pour reprendre la désignation des footballeurs par Pierre Desproges... n'es tu pas certain que tu ne pourrais pas faire un classement identique. De meme pour l'athlétisme avec les records qui n'arretent pas d'etre pûlvérisés!!!
Quant à la natation....Une jeune nageuse aligne je ne sais pas combien de courses par jour qu'elle gagne tout en étant amoureuse d'un nageur italien....
Le sport professionnel de compétition à partir du moment ou il y a des enjeux énormes d'argent ne peut qu'etre accompagné de dopage, et ce depuis très longtemps

Laurent Weppe a dit…

Le tour est mort?

Tout dépend de quoi on parle:

Si on parle de la compétition sportive, elle est morte il y a longtemps, quand il est devenu impossible à un coureur, aussi talentueux soit-il, de gagner la course. Certains iront probablement dire que le tour n'a peut-être alors jamais été vivant.

Si on parle de show business, il vivra tant qu'il sera rentable.

Mais le plus drôle dans cette histoire, c'est le titre involontairement révélateur du Nice-Matin: "le Tour est-il trop dur?"

Parce qu'à accumuler les longues étapes et les cols de montagne, les coureurs cyclistes en finiraient par être "obligés" de se doper, les paaaaaaaaaaauvres.
En fait, à mon sens, la difficulté du tracé de ce tour comme des précédents vient du fait que les organisateurs eux-mêmes savent pertinemment que les coureurs sont dopés et produisent un tracé qui en tient compte. En fin de compte, cette épreuve est bel et bien une vaste escroquerie à laquelle plus personne ne croit.

Et on peut se demander pourquoi les pouvoirs publiques ne font rien. Sarko se montre publiquement complaisant à l'égard des cyclistes dopés (mais bon, il est lui-même un adepte du dopage médiatique et politique: 300 milligrammes de députés dociles pour faire passer ses lois et allez savoir combien de doses d'E.Paf.O –Émissions du Paf Occupées– pour faire semblant d'avoir libéré les infirmières bulgares) mais très franchement, se montrer sévère maintenant serait extraordinairement populaire: Beaucoup de gens regardent le tour, et je n'ai pas encore vu un spectateur du tour se montrer satisfait du dopage. Même en allant très loin, en bannissant définitivement les sportifs des compétitions, les médecins expérimentaux de la pratique de la médecine, en faisant payer cher les sponsors qui ne sont que très faussement naïfs dans l'histoire, je ne crois pas qu'il y aurai grand monde pour dire non, et je ne crois pas qu'il serait très difficile, compte tenu le ras-le bol généralisé à propos du dopage, d'obtenir une législation commune à l'Europe sur ce sujet (pensez donc: tous les Armstrong junior privés de compétitions sportives sur le territoire de l'UE, plus d'héritier spirituel de Fuentes pouvant jouer au bon docteur, et la Commission de Bruxelles qui fait payer les sponsors à la discovery chanel aussi cher que pour une affaire de publicité mensongère), car après tout, le show business du dopage cessera quand il ne sera plus rentable.

Anonyme a dit…

Rien à ajouter à ce que tu dis et démontres, Patrick, je crois que tout est parfaitement clair (comme l'eau...).

J'aimerais ajouter quelques mots sur l'attitude déplorable à mes yeux de France-Télévision qui a retransmis le Tour comme chaque année. Je reproduis ci-dessous le courrier que j'ai adressé samedi au Médiateur du service public de Fr2 et Fr3 :

"Je suis écoeuré par l'indécence répétée et têtue des divers commentateurs du Tour de France 2007 et qui ne font, à vrai dire, que reproduire encore et encore leurs actes des années précédentes.

Je fais allusion bien entendu à leur absence de sens critique véritable sur les ravages du dopage dans la course cycliste. Il est très pratique de se choisir un bouc émissaire (Rasmussen qui, par ailleurs, l'a bien cherché !) et de fermer les yeux sur les autres... Chaque personne qui suit de près le cyclisme SAIT qui est dopé ou, pour le moins, très fortement soupçonné de l'être.
Comment peut-on, Messieurs Holtz, Adam, Olivier, Jalabert, Fignon et consorts, faire comme "si" Vinokourov était par définition au-dessus des soupçons alors que tout indiquait le contraire ? Résonne encore à mes oreilles les pitoyables éloges de Gérard Holz ("quel courage ! quel battant !" etc.). Et après, ces mêmes personnes se déclarent "trahis" dans leur confiance ? Ce ne serait pas plutôt leur hypocrisie, leurs mensonges par omission et, car il faut appeler un chat un chat, leur participation consciente à l'omerta du peloton, qui serait "trahie" ?
Il en avait été de même avec notre champion "si populaire, si talentueux, si attachant", Richard Virenque.

On nous passe d'élégiaques rétrospectives de ces "champions de légende" qu'étaient Anquetil ou Merckx. Sans la moindre once de critique alors que chacun sait aujourd'hui que ces coureurs étaient dopés jusqu'aux yeux ! De qui se moque-t-on ?

La presse écrite a au moins l'honneur de ne pas se faire complice de cette désinformation (cf. divers articles parus ces jours dans Libération ou Le Monde).
Mais France-Télévision ne veut surtout pas cracher dans sa propre soupe mijotée depuis tant d'années ! Les intérêts financiers sont tellement grands, n'est-ce pas ? Il faut absolument coller à l'enthousiasme d'un Gérard Holtz ("Vive le sport !"), même au prix de collusion avec les tricheurs. Pendant des années, ces commentateurs nous ont vendu le génie de Lance Armstrong sans se poser la moindre question. L'an passée, Floyd Landis était encensé après sa résurrection miraculeuse dans les cols. Toujours pas la moindre interrogation....
Cette année même, alors que tout le monde sait que Rasmussen mais aussi Contador (qui dit lui-même que Manolo Saiz est "un second père" pour lui) et dont le nom apparait partout dans des documents compromettants, provoquent l'enthousiasme des reporters dans leurs différents mano à mano en haut des cols.

Pire encore : samedi 27, avant-dernière étape (je tape ce courrier en direct des propos que je vais retranscrire) : 15h35. Thierry Adam, pour sauver sans doute encore l'honneur de France-Télévision et "son" Tour de France, insiste sur l'inanité (le mot n'est pas prononcé) des rumeurs concernant le jeune Espagnol en se livrant à une incroyable désinformation. Il précise que "(leur) confrère Le Monde, toujours bien informé, précise que "le rapport d'enquête n'a pas révélé d'annotations mentionnant des produits dopants en face du nom d'Alberto Contador.". Oui, mais la phrase est totalement sortie de son contexte et d'un article qui, dans son ensemble, arrive à des conclusions totalement opposées et dont le titre ne laisse d'ailleurs guère de doute : "Probable vainqueur du Tour, Alberto Contador n'aurait pas dû y participer" / "Alberto Contador, maillot jaune miraculé de l'"opération Puerto".
Pour que les choses soient très claires, je reproduis en fin de ce courrier l'article du Monde dans son intégralité.

Je suis le Tour de France depuis plus de 40 ans. Depuis que j'ai compris, comme beaucoup, qu'il y avait des exploits impossibles à réaliser sans dopage puis que les faits et scandales divers l'aient prouvé, j'attends, année après année que France-Télévision, ses responsables, généraux et sportifs, et ses spécialistes cycliste, fassent leur vrai métier de journaliste et non pas de groupies de champions, venant pleurer après coup comme s'ils ne savaient pas auparavant.
Année après année, je suis déçu (mais pas surpris) et le sentiment de nausée est de plus en plus puissant."

Philippe S.

julienb a dit…

permettez-moi de modérer le propos : je pense qu'il est vain de s'attaquer au dopage dans ce "sport", étant donné que nous sommes depuis un certain temps déjà passé au spectacle... l'audience du tour n'est pas en déclin, et ils étaient 200.000 sur les champs élysées.. s'il fallait conspuer les "champions", alors il faudrait remuer la m... dans le foot, le rugby...
si les arènes romaines étaient encore d'actualité, tout le monde s'offusquerait de la mise à mort des gladiateurs mais le spectacle réaliserait des audiences remarquables...

Anonyme a dit…

MERCI POUR VOTRE ACCORD VOTRE POST EST VISIBLE SUR
www.radioscopies.blogspot.com

SALUTATIONS

jean françois a dit…

Comme quoi, l'ultra-libéralisme appliqué au cyclisme permet toutes les dérives qu'on retrouve dans le monde économique !

En tous cas, un grand bravô à Marie-Georges BUFFET qui aura été la Première Ministre des Sports de l'Histoire, et Communiste de surcroit, à s'attaquer sincèrement à ce problème.

Je suis triste, car le tour de France, je l'ai aimé, mais dans la lutte actuelle au meilleur doppé,il est bien trop difficile de choisir son favori !

J'ai vraiment l'impression que le monde occidental dégénère de jour en jour, et que le fric devient la seule valeur respectée, voire admirée, et recherchée par tous les moyens, même les plus innavouables.

Tout le monde court après le pognon, et en définitive, "La Star Ac" et toutes ces émmissions du même accabi ne font que reflèter le goût des Français pour le superficiel et le dérisoire.

Puisque Patrick est un cinéphile averti, et que 2 grands du cinémas viennent de casser leur pipe, je veux bien sur parler d'Ingmar Bergman et de Michel Sérault, je me permets de vous conseiller de voir ou de revoir "Le prix du danger", avec Gérard Lanvin et Michel Piccoli.

C'est vraiment un film actuel, pourtant décrié quand il est sorti, on a prétendu que le scénario était invraissemblable, et qui sous-entend, assez justement me semble t-il, qu'on n'est finalement plus très loin des jeux du cirques organisés par les Romains !

La dernière idée des producteurs de téléréalité, fort heureusement interdite par le CSA, était de mettre en scène un cancéreux en phase terminale.

Des candidats, malades, et dans l'attente d'une greffe salvatrice, devaient se disputer les organes du futur mourrant !

Comment peut-on immaginer un tel scénario pourtant pensé par des publicitaires avertis ?

Dans ce cas, cela signifie que nos valeurs n'existent plus.

Et alors, oui effectivement, tout est permis, tout et n'importe quoi !

Je te tues, parce que ça me fait du bien !

C'est comme ça, ta gueule ne me revient pas et je t'enmmerde !

Comme les Américains en Irak !

comme les talibans en Afganhistan !

Mais oû va-t-on ?

C'est au P.S de régir plutôt que d'accompagner ces dérives populistes, scandaleuses parce que relevant du moyen-âge !

Le P.S doit éduquer Le Peuple, afin de le libérer de ses peurs, et de le mener à La liberté !

Mais jouer les faux culs, non, Les Socialistes peuvent faire mieux !

Alors Patrick, vas-y, fonces, et j'espère que tu seras le prochain Maire de Nice.

Salutations amicales.

Laurent Weppe a dit…

«La dernière idée des producteurs de téléréalité, fort heureusement interdite par le CSA, était de mettre en scène un cancéreux en phase terminale.

Des candidats, malades, et dans l'attente d'une greffe salvatrice, devaient se disputer les organes du futur mourrant !»

Ha parce que cette émission n'existait pas déjà? du genre "Jour après Jour, les durs combats de Béatrice, atteinte d'une forme rare de tumeur maligne au cerveau, de Gérard, atteint d'un lourd cancer de l'œsophage, et de la petite Thamina 7 ans, atteinte d'une leucémie qui la condamne dans les 6 mois si elle ne subit pas une opération très coûteuse et très expérimentale ayant une chance sur 15 de réussir, Mardi prochain à 20 heure 50, sur le service public"

Par contre, éduquer le peuple... Ça fait trop longtemps que les partis politiques voient un trop grand nombre de leurs adhérents se croire tellement plus savant et plus sages que la plèbe qu'ils sont en mesure de "l'éduquer" tout en professant à son encontre bon nombre de préjugés peu flatteurs et peu véridiques. L'un des pire problème du PS, c'est précisément cette forme d'élitisme d'optimate qui ne veut pas dire son nom et qui pousse trop de militants, (en particulier de "vieux" militants) à se complaire dans une auto-satisfaction qui est tout sauf étrangère aux défaites électorales de cette année.
Et puis il ne faut pas oublier que cet élitisme de parti et le populisme dont on nous rabâche les oreilles sont en fait les faces d'une même pièce, car un homme qui se croit assez supérieur au commun des mortels pour "l'éduquer" se croira tout aussi apte à lui mentir, à le mener là où il veut, et à faire son bonheur malgré lui.

claudio a dit…

Si j'ai bien tout suivi, j'ai surtout constaté que chacun tirait la couverture à soi : France Télévisions et Tour de France et France...
S'il y avait des tricheurs, ce n'était pas une équipe française, puis, Ah ! si une équipe française, mais le coureur est... italien (ouf) A partir de là, s'il y a des tricheurs ce ne sont pas des français...
Je n'avais aucune illusion sur ce tour de France, mais, on est vraiment au royaume de l'hypocrisie qui fait une fuite en avant.