03 août 2008

45, rue Poliveau

Pour l’amoureux du cinéma que je suis, Paris est un studio à ciel ouvert. Chaque arrondissement, chaque quartier, a son «Atmosphère ! Atmosphère !».

Ainsi, il y a encore quelques jours, je me promenais du côté de la Pitié-Salpêtrière (scène finale de «Cléo de 5 à 7») dans une rue du 5ème arrondissement. Une rue calme, discrète, un tantinet bourgeoise… Rue Poliveau qu’elle s’appelait… Poliveau ? Poliveau ! Oui, mais c’est bien sûr : nous sommes sous l’Occupation, chez le charcutier Jambier (Louis de Funès), un triste sire qui arrondit ses fins de mois grâce au Marché Noir. Cette nuit-là, Martin, son livreur habituel, craintif et soumis (Bourvil), s’est pointé avec Grandgil, un étrange compagnon, cultivé, cynique et fort en gueule (Jean Gabin). Ils sont là pour prendre livraison du cochon qu’ils doivent convoyer à travers la capitale. Grandgil est bien décidé à faire cracher au bassinet ce Jambier qu’il méprise.

GRANDGIL – Dîtes-moi, patron ! C’est bien le numéro 45 ici ?
JAMBIER – Pourquoi me demandez-vous ça ?
GRANDGIL – Ah ! Ben pour rien, puisque je le sais. Monsieur Jambier, 45 rue Poliveau, Paris 5ème.
MARTIN – Ah ! Laisse-nous tranquilles, on parle sérieusement.
GRANDGIL (en haussant la voix) – Monsieur Jambier, 45 rue Poliveau, pour moi ce sera mille francs. (Il prend les deux valises et pousse un hurlement dans le silence de la nuit) Ouah !
JAMBIER – Qu’est-ce qu’il y a encore ?
GRANDGIL – Rien, mais c’est plus lourd que je ne pensais. Je crois qu’il va me falloir deux mille francs.
JAMBIER – C’est sérieux ?
GRANDGIL – Comment si c’est sérieux ?
JAMBIER – Rien du tout !
GRANDGIL (hurlant de plus belle, comme pour réveiller les voisins) – J’veux deux mille francs, nom de Dieu, Jambier ! Jambier, 45 rue Poliveau !
(Finalement, Grandgil repartira avec un cochon et… cinq mille francs, à la grande stupéfaction de Marcel Martin).

Au bout de la petite rue, le 45 existe toujours. C’est une jolie petite villa agrémentée d’une terrasse fleurie. Et, comme pour l’identifier formellement, le bistro mitoyen a eu la bonne idée de s’appeler «La traversée de Paris».

Le doute n’est plus permis : c’était bien le regard furibond de Jambier que j’ai aperçu derrière les rideaux d’une fenêtre du 45. Fort de cette certitude, je me suis dirigé vers le Jardin des Plantes tout proche pour retrouver «Le Magnifique», à moins que ce ne fut Thérèse et Roger des «Rendez-vous de juillet». C’était justement la saison…

9 commentaires:

claudio a dit…

Voilà du pèlerinage de qualité.
Je connaissais bien le film, enfin je croyais, puisque je n'avais jamais le rapprochement, ni cherché cette rue Poliveau dans un quartier que je connais pourtant bien.
Autre carence, je croyais, pensais, disais et entendait "Janvier".
On ne peut pas rivaliser avec les spécialistes !
Ouf ! on a échapper au café d'Amélie.

claudio a dit…

échappé

ANTONIN a dit…

Eh bien moi aussi, tout comme Claudio, je croyait aussi entendre "Janvier, Janvier".

Je croit savoir que c'est un des premier film qui a véritablement lancé la carrière de De Funes, après des années de galère.
Il était alors déjà agé.

Avec ce film, nous avions déjà les prémices des duos Bourvil / De Funes qui allait suivre pour d'autres films plus ou moins heureux.

Impossible pour moi de rater une prestation de De Funes ou de Bourvil.
Encore moins lorsqu'ils étaient associés, bien que je garde un petit faible pour De Funes.

ANTONIN

Anonyme a dit…

sauf erreur de ma boule de cristal, nous aurons à nice des rues qui marqueront les cinéphiles de demain : rue des deux jumeaux planétaires, rueAngelina J. , rue Brad P., rue C. Bruni (mais si elle fera du cinéma elle aussi) etc.

Anonyme a dit…

Bonjour a tous, étant moi aussi un très très grand fan du film "la traversée de paris" je me suis rendu a plusieurs reprises au 45 rue poliveau. Je tenais justement a vous signalé que le tournage de cette scène n'as pas lieu au 45 mais au 13 de cette rue. Si vous visionnez le film on reconnais très bien l'endroit, dans le film il y a l'épicerie des Jambier et une petite lucarne dans la cave et on vois le métro aérien dans le film quand ils sortent de chez Jambier. Au 45 il n'y a rien de tt ca...Mais ca reste une tres belle refence quand meme

odette a dit…

C'est une rue qui me rappelle bien des souvenirs car j'y habitais pendant la guerre et c'est une rue tres sympatique. Jacqueline Carabelli Kervizic Houston, Texas

Michel 78340 a dit…

J'ai lu sur Wikipédia que toutes les scènes avaient été tournés en studio. même les scènes en extérieur.
mais il me semble bien voir le métro aérien au bout de la rue Poliveau. Ce qui revient à dire que la scène ou Gabin et Bourvil remonte la rue a bien été tourné sur place...

Yves a dit…

Il existait une épicerie au 13, le portail du film correspond d’ailleurs à celui de ce numéro. Les épiciers de l’époque ont même découpé une vache (tuée dans une meule creuse près de Limours !). Mes parents qui connaissaient les histoires de ce lieu étaient des admirateurs inconditionnels du film, il le trouvaient plus vrai que nature. Il n’y eu cependant, pas que du marché noir dans cette épicerie et cet immeuble, la boutique était aussi une « boite à lettre » par laquelle transitait différents matériels de certains réseaux de résistance. L’immeuble abritait aussi des résistants dont une fut arrêtée et déportée en 1943 à Ravensbrück…Jambier n'a jamais rien dit!

Pierre Datry a dit…

Si vous avez entendu Janvier vous avez raison, même si l'erreur est devenue universelle (et même imprimée sur les boîtiers de DVD.
1 Marcel Aymé a appelé son personnage Janvier, et les autres ont leurs noms identiques dans le roman et dans le film...
2 Pourquoi Autant-Lara aurait-il fait subir une modification aussi idiote qu'inutile puisque, à l'évidence, une fois hurlé par Gabin, bouche étirée et muscles tendus, les prononciations se confondent (comme le v espagnol, bilabial, ressemble à un b).
3 Le nom de famille Jambier n'existe tout simplement pas !!! Alors que les Janvier sont très nombreux et que Marcel Aymé a toujours donné à ses personnages des noms attestés.
Voilà ! c'est donc bien Janvier que hurle Gabin en serrant les mâchoires.