11 août 2008

Station Van Buren Street, Michigan Avenue


Carnet de voyage n° 1

La berlue. C’est la berlue que je crois avoir lorsque, à l’intersection de Van Buren Street et de Michigan Avenue, presque à la fin de mon premier jogging chicagoen, je me trouve face à une de ces structures Guimard qui ont fait la gloire de notre bon vieux métro parisien. Il y a une semaine, c’est à Paris que je retrouvais, au hasard de mes pérégrinations, ces entrées de métro au style si caractéristique. J’ai donc, un court moment, le sentiment d’avoir fait du surplace malgré une traversée de l’Atlantique. Renseignement pris, la station Van Buren est une œuvre authentique de Guimard offerte par la municipalité parisienne à la Ville de Chicago qui, à l’instar de la capitale française, fut, au début du siècle, une ville pionnière en matière de construction de métro. D’ailleurs, le brinquebalant mais si sympathique vieux métro aérien de Chicago (le « L » ou « El ») fonctionnant toujours, nous pouvons en témoigner comme usagers, un peu inquiets dans un premier temps, mais conquis dans un second.

Cela dit, cette rencontre inopinée n’est pas la seule surprise que réserve cette magnifique ville. Je ne sais pas si, au final, elle mérite son surnom de « Second City » (après New York), mais, en ce qui me concerne, elle figurera sans aucun doute dans mon top five des villes américaines (avec, bien sûr, NYC et San Francisco, mais aussi Boston et Seattle).

Chicago, c’est d’abord la ville de l’architecture. De toutes les époques, de tous les styles, les gratte-ciels de la cité constituent un immense conservatoire de ces constructions si typiques de l’Amérique du Nord.

Au-delà de l’architecture, la grande cité de l’Illinois est une ville de culture. Sur les parvis centraux des fameux gratte-ciels par exemple, en tout cas pour les les plus importants d’entre eux, on a souvent aménagé une œuvre majeure (Picasso, Miro, Dubuffet, Chagall, Calder, pour les plus connus). C’est ainsi qu’à l’Art Institue of Chicago, on trouve deux icônes de la culture américaine avec le célèbre tableau d’Edward Hopper, « Nighthawks », et surtout, le mythique « American Gothic » de Grant Wood. L’occasion, en passant, de s’interroger sur l’excitation qui est la nôtre lorsque – comme pour ces deux tableaux – on voit « en vrai » des œuvres mille fois reproduites, alors que l’effet de surprise a forcément disparu. Probablement parce qu’approcher l’œuvre en live donne, au-delà du temps et de l’espace, la sensation de soutenir un face-à-face unique et gratifiant avec l’artiste. Peut-être aussi parce qu’on a le sentiment de communier avec l’universel en fondant notre regard dans le maelström des millions d’autres regards qui l’ont précédé. Peut-être.

Chicago est enfin une ville historique avec une forte tradition sociale et syndicale. C’est ainsi que la date du 1er mai commémore, on ne le sait pas toujours, les émeutes de Haymarket square en 1886, alors que syndicalistes socialistes, réformistes et anarchistes se retrouvaient dans la rue pour revendiquer la journée de travail de 8 heures.

Ce dimanche, à sept heures du matin, sur Michigan avenue, c’est à une bien modeste déclinaison de cette tradition que j’ai assisté, en croisant devant un hôtel en grève, une trentaine de travailleurs tournant en rond avec l’inévitable pancarte « STRIKE », dans l’indifférence la plus totale.

Au-delà de ce spectacle un peu dérisoire, nous avons également noté – à quelques T-shirts près – l’absence d’Obamamania dans la ville et, plus généralement, de fébrilité préélectorale. Le vent frais du lac Michigan qui souffle actuellement sur la ville est-il seul responsable de ce manque de passion ? L’avenir nous le dira.

Grant Wood, American Gothic

4 commentaires:

claudio a dit…

On en apprend tous les jours et le jogging est un bon vecteur.
Pour Chicago, l'excitation ne pourrait me venir que si, un jour, je la voit "en vrai". Pour le moment, la reproduction par article interposé m'informe, c'est déjà ça. Merci.

Anonyme a dit…

Profitez en bien!
Bonnes vacances à vous deux.
amicalement
Sami

Clotilde a dit…

c'est marrant, quand je vois "American Gothic", je me dis que Grant Wood devait être dans le même état d'esprit que Van Gogh quand il a peint "Les mangeurs de pommes de terre".... :)))))

Anonyme a dit…

Sweet home Chicago
Oui, et Chicago, c'est aussi une ville, si ma mémoire est bonne, fondée à l'origine par des jésuites français, c'est là où Barack Obama a été formé politiquement, c'est la ville de son épouse, c'est la ville du Cook County d'"Urgences", avec 2 équipes de base-ball dont les "Cubs" qui marchent fort cette saison, des Bears en foot US, des Bulls où jouait Michael Jordan, du jazz, du blues, et aussi des Blues Brothers du film éponyme( cf. la scène du pont levit) , sans oublier le super groupe "Chicago" des années 70, "Tintin en Amérique", ..etc etc.
A part un climat épouvantable (c'est là où j'ai eu le plus froid de ma vie - c'était début janvier) , c'est une super ville - ah oui, l'architecture, les musées, la vue depuis la Sears Tower ! - et d'ailleurs, aux States, elle est souvent citée en exemple comme une ville "qui mache", avec des services publics performants et une bonne cohabitation des communautés.
On y sent une force, une énergie et en même temps, un style "cool", avec un côté Middle-West chic très séduisant.
Oui, c'est une ville qui a du style. C'est l'Amérique que j'aime, même si ce n'est pas politiquement correct. Fuck le politiquement correct !
Bonne route et pensez à moi en dégustant un solide breakfast dans un "truck stop", avec hash browns,sausages, 2 eggs,orange juice and coffee, et, of course, de la country en fond sonore.

Commandant Dromard