18 décembre 2008

Dominique autrement

France 3, 19/20, Côte d'Azur, 18 décembre 2008


Aujourd’hui, séance exceptionnelle du Conseil général puisqu’il s’agissait d’élire un nouveau Président, suite à la démission dominicale et nocturne de Christian Estrosi.

Estimant que ce réaménagement technico-politique concernait avant tout la majorité, les trois groupes d’opposition avaient finalement décidé –sans se concerter – de ne pas présenter de candidat.

Malgré les bruits de pronunciamiento, les rumeurs de putsch et les promesses de coup d’Etat qui avaient déferlés ces dernières semaines sur le microcosme du CADAM, c’est à un scrutin sans surprise auquel nous avons assisté. En fait, et ce n’est pas tout à fait un scoop, la majorité a voté… pour le candidat de la majorité.

Mais cette apparente normalité ne devait pas nous faire oublier l’incongruité démocratique de la situation, ce que ne manqua pas de relever Dominique qui était ce jour-là la porte-parole de Gauche Autrement.

« La présente passation de pouvoir s’effectue sur fond de cumul des mandats et de chaises musicales. Ce n’est pas tout à fait notre philosophie à Gauche Autrement : chacun l’aura bien compris. Mais nous constatons deux choses : ces « anomalies » (euphémisme…) démocratiques sont assez fréquentes et concernent aussi bien la droite que la gauche ; cependant, malgré une condamnation de principe, l’électorat ne les sanctionne pas vraiment. (...) Reste le fait que, si le député-maire a en quelque sorte devancé l’appel pour la Présidence (il n’est jamais trop tard pour bien faire), il n’est pas vraiment allé au bout de sa logique puisqu’il fait toujours partie de notre assemblée. Vous me direz qu’il n’est pas le seul, ici, à attendre la fin d’un interminable feuilleton judiciaire et à ainsi profiter des opportunités légales au détriment de la clarté politique. »

Une fois élu, le nouveau Président, Eric Ciotti, se plaça sur le terrain de la continuité par rapport à une gestion à la définition de laquelle il avait été étroitement associé comme directeur de Cabinet.

Renvoyant les questions de fond au débat budgétaire, il ne fit que reprendre à grands traits le programme développé il y a quelques semaines par Christian Estrosi lors du DOB.

Il tint à rendre hommage à Jean-François Knecht, et, de façon plus inattendue, à Michel Vauzelle louangé par trois fois pour sa coopération considérée comme exemplaire avec le CG 06 à majorité UMP…

Enfin, il ne peut s’empêcher d’opposer aux « tartarinesques » envolées verbales de Paul Cuturello le bilan, il est vrai désastreux, du PS lors du dernier week-end électoral dans les Alpes-Maritimes. En effet, aucun candidat n’est arrivé ne serait-ce qu’au second tour des cantonales partielles.

Loin de ces polémiques politiciennes, Dominique continuait, elle, à tracer le sillon de Gauche Autrement en parlant du fond.

« Nous en sommes tous conscients, ces prochaines années seront marquées par la crise, une crise qui, je ne cesserai jamais de le rappeler, a remis en avant le rôle de l’Etat, le sens du collectif, la nécessité de la solidarité. C’est dire si notre institution, que la République a calé justement sur le créneau du social et de la solidarité, a un rôle extrêmement important pour amortir les effets de la crise, notamment vis-à-vis des plus faibles. Nous le savons, notre département risque de voir diminuer sensiblement ses ressources en provenance des droits de mutations compte tenu de l’évolution du marché immobilier. (…) La nature même du financement de notre institution fait que vous pourriez avoir la tentation de compenser presque automatiquement la baisse des droits de mutation par l’augmentation des impôts directs. (…) Or, ces deux impôts n’ont pas la même « clientèle » contribuable. (…)
Il faudra donc beaucoup de doigté, d’imagination mais aussi surtout de générosité et de courage pour hiérarchiser les besoins à financer. Pour notre part, nous ne serons jamais dans le toujours contre. Nous ne serons jamais dans le toujours plus. Mais nous serons dans le toujours mieux et le toujours plus solidaire.

(…) Parce que pour nous certaines dépenses sont incompressibles : ce sont celles qui permettent à nos concitoyens de mieux vivre, de vivre décemment et parfois même, de vivre tout court. Nous l’avons déjà dit, notre collectivité doit être exemplaire sur ses compétences obligatoires, surtout quand elles touchent au social et à l’éducation. Dans ce dernier domaine, à l’heure où l’Etat multiplie les agressions contre le service public de l’Education nationale et aussi – on en parle moins, mais c’est malheureusement une réalité – contre l’éducation populaire, (…) nous devons veiller non seulement à maintenir mais aussi à accentuer les efforts de notre collectivité. Sur les dossiers sociaux, le désengagement de l’Etat met les départements dans une situation délicate. (…)

Se concentrer sur nos compétences sera donc une nécessité. (…) L’action sociale est moins spectaculaire que les grands travaux, mais j’ai la faiblesse de penser qu’elle est indispensable et pas seulement utile pour venir en aide aux plus faibles. »

Le ton est mesuré, les explications pédagogiques et la conviction forte. Le « Président » du groupe ne peut être que satisfait d’une porte-parole capable d’exprimer avec autant de fermeté que de générosité cette politique Autrement que nous appelons de nos vœux.

Vous pouvez lire l'intégralité de l'intervention de Dominique Boy-Mottard sur le site de Gauche Autrement.

3 commentaires:

Anonyme a dit…

Bravo, toujours aussi sérieux, ça change de la grotesque intervention du socialiste hamoniste hier soir au jounal de france 3 méditerranée, et qui s'est immédiatement fait moucher et ridiculiser par ciotti!!
louis

Anonyme a dit…

Magnifique intervention de Dominique sur la position de Gauche Autrement notamment sur le soutien à l' Education et sur l'intéret de l' action sociale.
Par contre ,comme d habitude Paul Cuturello a été minable et s'est fait ridiculiser sur son propre discours contradictoire concernant le cumul des Mandats ,alors que P. Allemand présent pour une fois à l' assemblèe depuis fort longtemps n' rien dit ,c'est normal il est tellement absent, cumul des mandats oblige!
Ce type de discours stérile et cette attitude déshonneur nos valeurs socialistes!

Bien vu Fred Vargas a dit…

Nous y sommes

par Fred Vargas

Nous y voilà, nous y sommes. Depuis cinquante ans que cette tourmente menace dans les hauts-fourneaux de l'incurie de l'humanité, nous y sommes.
Dans le mur, au bord du gouffre, comme seul l'homme sait le faire avec brio, qui ne perçoit la réalité que lorsqu'elle lui fait mal. Telle notre bonne vieille cigale à qui nous prêtons nos qualités d'insouciance.
Nous avons chanté, dansé.
Quand je dis « nous », entendons un quart de l'humanité tandis que le reste était à la peine.
Nous avons construit la vie meilleure, nous avons jeté nos pesticides à l'eau, nos fumées dans l'air, nous avons conduit trois voitures, nous avons vidé les mines, nous avons mangé des fraises du bout monde, nous avons voyagé
en tous sens, nous avons éclairé les nuits, nous avons chaussé des tennis qui clignotent quand on marche, nous avons grossi, nous avons mouillé le désert, acidifié la pluie, créé des clones, franchement on peut dire qu'on s'est
bien amusés.
On a réussi des trucs carrément épatants, très difficiles, comme faire fondre la banquise, glisser des bestioles génétiquement modifiées sous la terre, déplacer le Gulf Stream, détruire un tiers des espèces vivantes, faire péter
l'atome, enfoncer des déchets radioactifs dans le sol, ni vu ni connu.
Franchement on s'est marrés.
Franchement on a bien profité.
Et on aimerait bien continuer, tant il va de soi qu'il est plus rigolo de sauter dans un avion avec des tennis lumineuses que de biner des pommes de terre.
Certes.
Mais nous y sommes.
A la Troisième Révolution.
Qui a ceci de très différent des deux premières (la Révolution néolithique et la Révolution industrielle, pour mémoire) qu'on ne l'a pas choisie.
« On est obligés de la faire, la Troisième Révolution ? » demanderont quelques esprits réticents et chagrins.
Oui.
On n'a pas le choix, elle a déjà commencé, elle ne nous a pas demandé notre avis.
C'est la mère Nature qui l'a décidé, après nous avoir aimablement laissés jouer avec elle depuis des décennies.
La mère Nature, épuisée, souillée, exsangue, nous ferme les robinets.
De pétrole, de gaz, d'uranium, d'air, d'eau.
Son ultimatum est clair et sans pitié :
Sauvez-moi, ou crevez avec moi (à l'exception des fourmis et des araignées qui nous survivront, car très résistantes, et d'ailleurs peu portées sur la danse).
Sauvez-moi, ou crevez avec moi.
Evidemment, dit comme ça, on comprend qu'on n'a pas le choix, on s'exécute illico et, même, si on a le temps, on s'excuse, affolés et honteux.
D'aucuns, un brin rêveurs, tentent d'obtenir un délai, de s'amuser encore avec la croissance.
Peine perdue.
Il y a du boulot, plus que l'humanité n'en eut jamais.
Nettoyer le ciel, laver l'eau, décrasser la terre, abandonner sa voiture, figer le nucléaire, ramasser les ours blancs, éteindre en partant, veiller à la paix, contenir l'avidité, trouver des fraises à côté de chez soi, ne pas sortir la nuit pour les cueillir toutes, en laisser au voisin, relancer la marine à voile, laisser le charbon là où il est, – attention, ne nous laissons pas tenter, laissons ce charbon tranquille – récupérer le crottin, pisser dans les champs (pour le phosphore, on n'en a plus, on a tout pris dans les mines, on s'est quand même bien marrés).
S'efforcer. Réfléchir, même.
Et, sans vouloir offenser avec un terme tombé en désuétude, être solidaire.
Avec le voisin, avec l'Europe, avec le monde.
Colossal programme que celui de la Troisième Révolution.
Pas d'échappatoire, allons-y.
Encore qu'il faut noter que récupérer du crottin, et tous ceux qui l'ont fait le savent, est une activité foncièrement satisfaisante.
Qui n'empêche en rien de danser le soir venu, ce n'est pas incompatible.
A condition que la paix soit là, à condition que nous contenions le retour de la barbarie –une autre des grandes spécialités de l'homme, sa plus aboutie peutêtre.
A ce prix, nous réussirons la Troisième révolution.
A ce prix nous danserons, autrement sans doute, mais nous danserons encore.
Fred Vargas
Archéologue et écrivain