01 février 2009

Le diable n’aime pas la course à pied



CHRONIQUE PÉDESTRE

Boulevard Franck Pilatte, il est presque 9 heures, et c’est par un temps gris et même un peu triste que va être donné le départ du semi-marathon Nice-Monaco (« de l’enfer social au paradis fiscal » dira l’ami Franck sur Facebook).

J’ai juste le temps d’enclencher la séquence nostalgie. En m’échauffant aux abords du tribunal administratif, lieu de tant de batailles politico-judiciaires, je me souviens qu’en 1984 j’avais déjà participé à cette honorable épreuve. De l’évocation à l’invocation, il n’y a qu’un pas et me voilà prêt à vendre mon âme au diable pour récupérer un peu de la vigueur athlétique qui était la mienne à l’époque.

Plus prosaïquement, j’ingurgite un petit tube de « gel antioxydant » parfumé à la pomme verte (« - J'lui trouve un goût de pomme… - Y'en a » comme diraient les Tontons flingueurs). Sans préjuger de l’efficacité du produit, son absorption est une véritable épreuve. Son goût – long en bouche – me donne instantanément l’envie de traduire son fabricant devant la Cour Européenne des Droits de l’Homme pour torture gustative.

Heureusement, le spectacle de Clotilde déguisée en Hawaïenne (hommage à B.O. ?) est un joyeux dérivatif. Il ne manque que l’ukulélé pour qu’on assiste à la naissance de Marilyn Gimond !

Le départ est enfin donné et, très vite, nous ramons dans la côte plutôt raide qui doit nous conduire sur la Basse corniche. Dominique, spectatrice photographe, est saisie par le syndrome de Richard et court auprès de moi une centaine de mètres. Un « Che » décontracté et un Claudio concentré me dépassent coup sur coup en me prodiguant de sympathiques encouragements. Pour eux, pas de problème : ce sont des « pros » qui terminent en moins de deux heures les doigts dans le nez et le torse avantageux (en 1h 58mn 32s et 1h 59mn 14s... respect!)

Laurent, en Hawaïen minimaliste (il porte un simple collier de fleurs) me double à son tour. En fait, on aura compris que je ne suis pas un émule du grand Federico Bahamontes et que je ne goûte que très modérément côtes, cols et bosses…

Un kilomètre plus loin, requinqué par la légère descente de la route de la Corniche, je rattrape même Laurent : coup de fatigue ou stratégie ? Je vais avoir une réponse rapide à cette question quand, dans la descente sur Villefranche, l’Hawaïen sournois me dépasse façon Ayrton Senna, me réduisant à un rôle de Paul Belmondo du macadam.

Je verrai, jusqu’aux abords de Saint-Jean-Cap-Ferrat son collier de fleurs danser loin devant moi, avant qu’il ne disparaisse définitivement, entraînant son heureux propriétaire vers une performance impressionnante pour quelqu’un qui s’est peu entraîné ces dernières semaines (quelques secondes en dessous de deux heures... 1h 59mn 46s)

Rendu à ma solitude, je progresse avec une certaine aisance sur un terrain connu. Villefranche, Cap Ferrat, Beaulieu, 5e kilomètre, 10e kilomètre.

A mi-parcours, petite angoisse : malgré le gel pomme verte, ma traditionnelle crampe au mollet droit se réveille. Elle ne me quittera pas jusqu’à l’arrivée, sans vraiment gêner ma course.

Après la longue ligne droite d’Eze, nous contournons les tunnels routiers en prenant un petit chemin à flanc de falaise. Un vent assez fort souffle de face et rend plus que pénible notre progression. Comme on dit dans le jargon cycliste, je suis victime de la « sorcière aux dents vertes » (rien à voir avec le gel de la même couleur) : foulée saccadée, souffle court, moral dans les chaussettes de contention. Un concurrent sympa qui apparemment me connaît (« ça va Patrick ? ») m’offre de l’eau. Ce simple geste me reconforte et la défaillance n’est plus qu’un mauvais souvenir quand je vois le panneau du 15e kilomètre.

Encore un « troisième catégorie » sur les hauteurs de Cap d’Ail et c’est la descente sur Monaco. Quand arrive la dernière ligne droite et le sprint final, j’ai l’élégance de ne pas ajuster la concurrente qui est devant moi (en réalité, j’ai peur de me faire huer par les spectatrices, nombreuses à l’arrivée). La ligne franchie, je peux savourer le temps réalisé : 2 heures 6 minutes et 10 secondes… soit seulement dix secondes de plus que l’objectif que je m’étais fixé pour les 21,1 kilomètres.

Cela dit, l’accélération finale à laquelle je me suis astreint dans les derniers kilomètres était nécessaire car la horde des Hawaïennes conduite par Clotilde était sur mes talons (2h 07mn 31s).

Soulagé et même comblé, je ne suis pas vraiment fatigué. C’est à ce moment que, dans un coin de ma mémoire, je retrouve le temps réalisé en 1984 : 1 heure 35 minutes et 30 secondes… Manifestement, le diable n’aime pas la course à pied. A moins que, pour des raisons qui m’échappent totalement, il ne veuille pas de mon âme…

8 commentaires:

Anonyme a dit…

Mais Nice Monaco en 2 heures c'est incroyable!!!! (même en voiture c'est un bon temp, enfin surtout en été).

Clotilde a dit…

Ah mais moi il me fait toujours le coup Laulau sur la prom, il me laisse filer et vers la fin, dzing, il me double. Très très sournois, parfaitement.
Dis donc, ça ne m'avait même pas effleuré le rapport à B.O. de mon costume!!! Nooooon???? C'est dingue quand même ce que l'inconscient fait faire!! :)))

En tout cas, j'adore toujours autant être déguisé, les gens vous encouragent bien plus (et donc vous aident d'autant), et les autres coureurs vous sortent plein de blagues. Et si vous vous arrêtez pour marcher un peu, on vous dit d'un air concerné: "ça va aller les vahinés?"
Je rempile la prochaine fois, c'est clair!

alain a dit…

Félicitations!

Patrick Mottard a dit…

Clotilde...ENCORE?...en quoi? en Hillary Clinton,en"Carry le bal du diable",en Pimprenelle,en Barbarella,en Ségolène(là,je blague!!!)

LChe a dit…

Joli récit. Pour une belle performance car si tout est bien entendu relatif, le passé, au final, se fait coiffer par le présent... et oublier par le futur (relire ou oublier). 1/2 heure de moins pour 1/4 de siècle de plus, il faut reconduire le contrat !

Post scriptum : ta photo devant le Coco Beach est plus collective qu'il n'y paraît.

Anonyme a dit…

Patrick,

bravo pour ta perf. J'étais encore aux abonnés absents de Gauche Autrement ce dimanche. RDV peut-être pour le 1/2 de Nice ?
Bravo à Clotilde pour ses célèbres tenues vestimentaires (fleurs hawaïennes ce dimanche, et souvenir d'une magnifique robe à fleurs à l'aquathlon en septembre dernier!)

A bientôt
Amitiés
Laurent F

DopayAlaPom a dit…

Moi je me demande comment tu as pu courir (aussi vite) avec cette horreur de produit dans le belou... quoique... c'est peut-être ça...

Anonyme a dit…

n'étant pas dans les 3 premiers je n'ai pas eu de controle anti-dopage!!!!