08 avril 2008

America, America


Il m’aura suffi de quelques lectures et d’une ou deux initiatives en vue de la préparation d’un éventuel (dixième) voyage aux USA pour être à nouveau saisi par « la fièvre de l’Amérique ».

Bien sûr, l’Europe est ma patrie et j’aime la sillonner en tous sens, l’Australie reste aussi pour moi le pays du Rêve, l’Afrique du Sud de Mendela sera toujours mon Afrique, la sensualité du Brésil est une éternelle tentation, mais c’est l’Amérique du Nord qui a le pouvoir d’enflammer périodiquement et en dehors de toute logique mon imagination par un curieux mélange de « flashs » de voyages, de références culturelles, de transgressions intimes et de désir d’espace.

L’Amérique, pour moi, ce sont d’abord des souvenirs personnels, très personnels.

Le bonheur de mon père handicapé découvrant sur le tard l’Eldorado de sa jeunesse : la promenade en fauteuil sur la dalle du World Trade Center à l’ombre des tours jumelles, l’émotion indicible éprouvée au John Ford Point de Monument Valley, l’incroyable visite de Cap Canaveral en toute liberté avec notre véhicule personnel…

L’Amérique, c’est aussi, le 26 décembre 1995, notre mariage à la mairie de Las Vegas : une adjointe très américaine, un sapin de Noël, l’absence de témoins, les mariés en parka, et l’unique photo recueillie grâce au retardateur de notre appareil judicieusement calé sur le capot de la Pontiac de location.

L’Amérique, ce sont également ces deux traversées un peu zigzagantes du continent, ouest-est puis est-ouest : Vancouver - Montréal en 1998, Philadelphie - San Francisco en 2003. Avec, à chaque fois, plus de 10 000 kilomètres au compteur de nos Ford Taurus.

Certes, les souvenirs peuvent parfois être sombres. Violence à New York, misère à Tijuana, émotion sur le bacon du motel « Lorraine » à Memphis où Martin Luther King a été assassiné, émotion sur la Dealey Plaza de Dallas en souvenir de John Kennedy, émotion devant l’entrée du Dakota building, au bord de Central Park en « imaginant » John Lennon…

Mais l’Amérique, pour moi, c’est avant tout un maelström de sensations.

La course folle en voiture sur le Bonneville speedway du Lac Salé, le petit ours brun croisé dans le Shenandoah, la maison de Norman Bates, les fleurs de Georgia O’Keeffe à Santa Fé, mes joggings à l’aube dans Manhattan endormi, Stand by me dans Beale street, la danse avec les loups dans le Sud Dakota, la montée de l’escalier du musée de Philadelphie avec Rocky, les chanteurs des « Deux Pierrots » à Montréal, les alligators sournois des fossés de Floride, les troglodytes navajos du canyon de Chelly, les forêts d’Emily Carr dans l’ouest canadien, l’humanité de Steinbeck planant sur les vallées californiennes, les chœurs de l’Abyssinian Baptist Church de Harlem, le balcon de « Vive le Québec libre ! » du Général de Gaulle, la nostalgie sucrée de Graceland, Ford LTD ou Chrysler Le Baron, les grosses voitures automatiques un peu pataudes, les baleines du Saint-Laurent à Tadoussac, la robe de Marylin sur la 52e, la misère et l’espoir à Ellis Island, les phoques de la route numéro 1, la country et les danses à Rapid city, la vitesse du hors-bord piloté par l’indien énigmatique des Everglades…


Bien sûr, j’ai conscience que tout cela n’est peut-être pas l’Amérique, mais « mon Amérique à moi ». Et alors ?




Un "coup de gueule" sur le blog de Dominique Boy-Mottard.

21 commentaires:

Anonyme a dit…

Trop "chou" la photo !

Carquefou a dit…

Tels nous révons, tels nous sommes :-) Merci pour ces jolis "clichés" de globe-trotteur "nanti", carte postale qui témoignent du plaisir d'appartenir à une certaine classe sociale qui se reconnait dans ces us et ça......Chacun ses rêves, chacun son Amérique. PM; vous avez bien le droit d' aimer ce pays pour de multiples raisons...Mais les idéaux de Lennon n'etaient pas tout à fait les mêmes que ceux que les etats-uniens mettent en place.. Les mythes des cow-boys se sont construits sur le cadavre et les valeurs des civilisations autochtones...L'amérique du Dieu Dollar a certes des aspect extérieurs parfois bluffants ou sympathiques mais n'est-ce pas surtout l'Empire de la vulgarité ? Monstrueux, parano, assassin et vide à l'intérieur ? La Kollossale névrose américaine (qu'on voie dans ses productions culturelles narcissiques qui nous colonisent tant la médiocrité nous sert aujourd'hui de culture fast-food pré-digérée) se shoote aux mythes marketé et séduit aussi Bling-Bling 1er (c'est terriblement d'actualité) mais l'Empire s'écroule, il faut encore et toujours regarder ailleurs.Les States et l'idéologie et le mode de vie qui s'y attache ont vécus et cachent la Forêt... Le monde peut rêver et agir indiv & collectiv d'autres valeurs et une autre modernité..

Muriel a dit…

La vision dogmatique et sectaire du commentaire précédent me laisse sans voix...

Laurent Weppe a dit…

Carquefou: S'il faut commencer à rejeter „l'Empire“ il faudra bientôt démolir la statue de Garibaldi (le héros des deux mondes était aussi un New Yorkais d'adoption), interdire la célébration du premier mai premier because américanitude trop marquée de ses origines, ne plus critiquer la crise des subprime puisque le premier à avoir mis en garde contre les dangers des systèmes banquaires s'appelait Thomas Jefferson, réclamer la dissolution de l'ONU (le monde était tellement meilleurs en 1940, quand il n'y avait ni ONU ni SDN, pas vrai?), ne plus critiquer la Chine à propos du Tibet parce qu'on serait alors comparable à Wilson, et tant qu'on y est ne plus rien écrire sur internet, cette odieuse invention américaine.

Penelope a dit…

Stop..arretez de tout intellectualiser .
"I..I love America A A A.. .Merica A A "ca me rappelle mes folles années tiffanis (boite a la mode )ou je me déhanchais comme un folle sur ce tube de Patrick ..mais non de Patrick juvet ..
"la fievre du samedi soir " quoi !!
good Travel pour de nouvelles sensations

Patrick Mottard a dit…

Même si j'aime bien Patrick Juvet (et oui...) le titre de mon post est un clin d'oeil à un grand film d'Elia Kazan !

bernard gaignier a dit…

Bon alors tu aimes Patrick Juvet, dans le message précédent tu fais référence à Johnny Hallyday, maintenant tu nous la fais style road moovie, fan des US qui a valu un déchainement de carqefou... je crains le prochain texte que tu vas m'écrire

Anonyme a dit…

Pour les amoureux de la grosse pomme (Patrick bien évidemment, mais aussi Clotilde), étape chère à nos cœurs de tout périple américain, lire le numéro de Télérama de cette semaine.
40 pages extras sur l'univers New-yorkais de Woody et des autres.

Laurent F (l'autre ch'ti - ne vexons pas l'autre)

Marion a dit…

Carquefou, heureusement que Patrick a précisé qu'il était conscient que "son" Amérique n'était pas forcément l'Amérique. Faut peut être lire avant de bondir sur l'Amérique du Dieu dollars et tous les bla bla que l'on connait (merci mais vous ne nous apprenez rien sur cette Amérique la, on la connait!).

Quant au cliché du globe trotteur nanti laissez moi rire. Allez lire Kerouac, ou la beat generation et vous retrouverez un peu de l'amérique que décrit Patrick Mottard,c'est bien aussi de sortir parfois de ses oeilleres idéologiques.

Ce commentaire n'est pas la pour nier les travers de l'Amérique. Mais si on doit se priver d'aimer tous les pays construits -je cite- sur des "cadavre et les valeurs des civilisations", c'est même plus la peine d'expliquer pourquoi on aime telle ou telle région de France.

Anonyme a dit…

irene a dit...

NE T INQUIETE PAS BERNARD NOTRE PATRICK VA SE RESSAISIR... ET JE SUIS CERTAINE QU IL VA T ECRIRE UNE MERVEILLE.... (PATRICK JUVET ET POURQUOI PAS TRAVOLTA ...HIHI)

Anonyme a dit…

IRENE A DIT

JE CONNAIS CARQUEFOU C EST BIEN CETTE PETITE COMMUNE EN BORDURE DE NANTES...

Carquefou a dit…

Curieuses ces réactions :-) Je ne vois rien de sectaire dans mon commentaire , c'est une accusation qui me semble bien facile et gratuite.Et plus qu'absurde (excusez-moi Laurent) la réaction qui me ferait rejeter tout citoyen US.
Moi aussi j'aime les States à ma manière mais les pratiques de Monsanto me font gerber et je n'aime pas voir les gens couchés devant tout abus de pouvoir, qu'il soit US, russe ou chinois (Ce 'est pas trés original). Vous me traitez de suite de sectaire simplement parce que je pense différement de vous, n'est-ce pas un peu hatif ? :-) ...
Je comprends fort bien ce qu'écrit PM et je respecte sa vision du "rêve américain" , qui est personnelle, vécue, et ne me choque pas du tout.J'ai eté intérressé à la lire.Elle m'a simplement inspiré quelques réflexions que je vous ai livré en toute sincérité, sans chercher à plaire ou à déplaire.

Carquefou a dit…

En bref , ce que je critique , ce sont certains symptômes trés pertubants de notre modernité "globale" , ce n'est pas évidemment pas un pays tout entier ! Quand je parle de "kolossale névrose" les premiers touchés sont les jeunes américains eux-même et ce sont d'abord eux que je plains et notre jeunesse qui bascule aussi par ricochet dans cette sous-culture qu'on voit à l'oeuvre dans les feuilletons US et leur (souvent) séduction rituelle,publicitaire ... Ce qui me gêne profondément dans l'Amérique (comme dans la Françafrique !), c'est le coté colonisateur "culturel".La culture européenne et mondiale résiste mal à cette déferlante, c'est un fait...Whalt Whitmann ou les poètes de la Beat Génération ne s'exportent pas chez nous de la même manière que le moindre navet US qui obtient "magiquement" plus de salles qu'un film d'auteur européen ...Y'en a marre de cet etat de fait, faudrait réagir à cette acculturation qui dure depuis des lustres non ? Les films français faits avant les années soixante ne passent jamais à la télé chez nous sauf deux ou trois exceptions de Carné ou Renoir alors que c'est nos racines et que c'est( trés riche quand on s'y penche.La chanson à texte de qualité (grande tradition française) est méprisé sur nos ondes, voilà des symptômes graves d'autant plus que personne ne s'en offusque ou ne s'en rends plus compte et surtout pas chez les moins de 30 ans qui sont ceux qui s'intérrèssent/consomment le plus de "culture".... Ce n'est pas en s'extasiant encore et toujours sur le "rêve américain" comme un horizon de rêve (?) indépassable que ça va cesser... Pourquoi les auteurs US comme Woody Allen, Wenders ou Jarmusch ont tant besoin de la France et de l'Europe ? C'est ce dialogue là, une vraie relation de qualité entre nos deux pays que j'aime..

carquefou a dit…

Et j'avais mis le mot "nanti" entre guillemets pour qu'on comprenne bien que le post de PM m'avait également "amusé" et que je ne suis pas de ceux (il en reste) dont l'unique espoir serait de pendre les "riches" avec les tripes du dernier capitaliste :-)

cArqueFun a dit…

En voilà un qui nous manque.Il a inventé la Free Press à la française...Il a donné leur chance a des inconnus nommés Ariel Wizman, Edouard Baer, Jamel Debbouze....Il a même écrit dans les seventies un bouquin sur les courants du PS... Il avait des horizons vastes et regardait vers l'Afrique plus que vers l'Amérique....le regretté et bouillant JF BIZOT.......http://www.lesbizoteries.com

Patrick Mottard a dit…

Carquefou -Carquefun vous l'avez bien compris ce post était avant tout ludique.Woody Allen,Jarmush..Kazan,mais aussi les séries HBO:oui.La sous culture evidemment; non
Oui aussi trois fois oui pour Bizot.Et sans me justifier mes derniers voyages furent la Bosnie,l'Ukraine,le Haut Karabagh et Auschwitz(3 fois)

Patrick Mottard a dit…

Sans oublier le Kurdistan turc et l'Arménie...

Penelope a dit…

Euhhh !!je crois qu'il ya eu un mal entendu ou plutot un mal lu ..je m'adressais au déchainement de carquefou..(merci Bernard ). et je m'incline humblement devant le cinephile hors pair qui vous caractérise (entre autre.. )kazan et les années 30 c'est pas mon beat - moi c'est plutot kerouac et springstean "on the road again"

Carquefol a dit…

Que de beaux voyages ! C'est pas donné à tout le monde de s'envoler ici et là...Profitons-en avant la fin du pétrole... C'est vrai que Wenders est quand même plutôt nettement allemand, au départ lol bien qu'il ait vécu et et beaucoup travaillé aux States ....merci de l'avoir suggéré de manière subtile :-) Les séries HBO ? Connaissais pas cette chaîne. Les séries , les dernières que j'ai vraiment regardées c'etait avec mes yeux d'enfant... "Les habits noirs " de Paul Féval et "Les Saintes Chéries" avec Daniel Gélin...que du bon frenchy lol (excepté "Ma sorcière bien aimé, Les Envahisseurs, Chapeau Melon.., Le Saint et qq autres de grande classe :-) Plus récemment les excellents Simpsons) Les minettes de Sex & the City sont drôles 5 minutes mais je trouve ça au final fâcheusement narcissique...je dirais même plus : pipolisant. Il existe de nos jours une espèce de dictature du (faux) divertissement, soft et insidieuse. Dans cette confusion des valeurs ou nous baignons et que les Ardissoneries et les Ruquiézades nous ont préparé on peut voir dans Match les signalétiques ménestrels de plomb : Johnny, Sardou, Barbe-livien et Arthur le fantôme parmi les 40 intimes d'un anniversaire présidentiel (et aucun Edgar Morin, Hubert Reeves, Bizot, Einstein ou Albert Jacquard dans le tas) pendant que la province s'emmerde à mourrir dans son souricide quotidien, qu'une fvraie-fausse mondaine fellinienne prends la culture en otage à Nice et que la movida reste à Barça ou à Carquefou, les rares soirs de Bingo...Mao-J.O. pour ninjas de jade aux mains rouges, Ubu règne.

clotilde a dit…

ouuula, quel papier super! Certains coms sont un peu attendus je dirais, bon passons.
et bien voila un scoop: j'ai bien peur qu'on ait un american addict de plus (un de 8 ans).
Laurent F., garde moi le telerama!!

Dominique a dit…

Coucou Clotilde... J'espère que tu vas en profiter pour mettre un petit mot sur ton blog... Bonjour à Juju l'Américain !