12 avril 2006

Le charisme de Benito

Les dernières élections en Italie ont été l’occasion, pour les commentateurs en tout genre, de se déchaîner sur le thème du charisme supposé de Silvio Berlusconi. Il fallait voir, lors de la soirée électorale, le présentateur de LCI célébrer avec gourmandise le charismatique Cavaliere qui était, croyait-on à ce moment-là, en train de régler son compte au terne Romano Prodi. Il n’était pas le premier. Ce fut même la scie d’une campagne électorale qui comportait pourtant des enjeux d’une tout autre nature. Pour beaucoup – notamment en France – la cause était entendue : Prodi n’avait pas de charisme. Plus rédhibitoire encore, il n’était pas mé-dia-ti-que…

Personne pour rappeler que le "terne" Prodi fut l’un des principaux protagonistes de l’opération «mani puliti» ; celui qui, comme chef de gouvernement, qualifia l’Italie à l’euro (la monnaie, pas le foot…) ; celui qui avait assumé l’après Delors, dans un contexte difficile, à la tête de la Commission européenne ; celui qui avait été plébiscité quelques semaines auparavant par le peuple de gauche au cours d’une primaire exemplaire ; celui qui avait, il y a quelques années, déjà battu une fois dans les urnes Berlusconi…

Sans jamais rappeler cela, les commentateurs "autorisés" clouaient Prodi au pilori : il était en train de plomber la gauche italienne car incapable de résister à celui que Nanni Moretti appelle «le caïman». Un caïman menteur, vulgaire, expert en dérapages pas toujours incontrôlés, un peu à la façon du très charismatique Le Pen !

C’était oublier que le charisme est la pédagogie des manipulateurs en direction des pauvres d’esprit.

C’était oublier que le charisme est souvent l’antichambre du populisme, voire plus si affinités.

C’était oublier que l’Italien le plus charismatique de ces dernières décennies s’appelait Benito Mussolini…

6 commentaires:

Richard a dit…

C'est sûr, Serge Halimi décrit très bien les commentateurs "autorisés" dont tu parles dans ses essais : "les nouveaux chiens de garde"
Bonne journée

Le dabe a dit…

L'extrème "peoplelarisation" de la vie politique n'épargne ni la France ni la gauche. Je doute fort que celle ci interdise à ses représentants (officiels ou auto proclamés) d'aller faire le clown à la télé dans des émissions de variété du genre Ardisson et autres, ou d'étaler leur vie privée dans les magazines.
Personnellement, ce sera un de mes critères de choix au moment des échéances.
Cette prostitution frileuse des politiques dans les médias est pathétique (et des plus illusoire).Avecl'économie Casino et le social MacDo, on a en prime la politique Paris Match (ce triptyque ne relevant évidemment pas du hasard).
Où est le temps où les politiques incitaient à "de l'audace, encore de l'audace, toujours de l'audace."
Conclusion : La Patrie ne sera pas sauvée....

Laurent Weppe a dit…

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Serge a dit…

Franchement mes amis, ramener le charisme à la force obscur de l'homme politique reste un point de vu discutable,
Que dire du charisme qu'avait Mitterrand ou celui qu'exercait Jaen-Paul VI.
La seule leçon à retenir est que le charisme selon la personnalité du politique ou de l'homme public peut être comme la langue d'Esope, la pire ou la meilleure des choses.
Amitiés à tous

Serge

Patrick Mottard a dit…

Bien sûr, il convient de nuancer. En ce qui concerne François Mitterrand, j'ai toujours été fasciné par le charisme de l'homme mais parfois inquiété par le charisme du politique. Pour Jean-Paul II, pour un chef religieux, le charisme doit faire partie - si j'ose dire - de la panoplie...

Serge T a dit…

Belles paroles sur le charisme,
Que penser du charisme de François Mitterrand ou de Jean Paul VI
Bien amicalement

Serge