18 septembre 2006

La justice des imbéciles

Il y a vingt-cinq ans, jour pour jour, la peine de mort était abolie en France. Lénine affirmait, à propos des pogroms, que l’antisémitisme était le socialisme des imbéciles. Pour ma part, j’ai toujours été persuadé que la peine de mort était, elle, la justice des imbéciles. Celle des Fouquier-Tinville de comptoir et des tricoteuses cathodiques.

Il n’y a aucune justification rationnelle à ce châtiment. Chacun sait que dans les pays abolitionnistes le nombre des crimes de sang a reculé (probablement pas grâce à l’abolition de la peine de mort, mais malgré elle). Aux Etats-Unis, le nombre de ces crimes a augmenté parallèlement à l’introduction de la peine de mort dans une majorité d’états.

Mais quand bien même, il y aurait un, dix, cent arguments rationnels en faveur de la peine de mort, cela ne changerait en rien ce constat fondamental : une société d’hommes libres ne peut pas se défendre avec des moyens qui reposent sur sa négation. La mort socialement organisée légitime le crime de sang individuel.

En ce jour, c’est donc avec émotion que je pense à François Mitterrand et Robert Badinter.

À François Mitterrand, qui a osé, à quelques semaines d’une élection à la fois décisive et incertaine, braver l’opinion publique et les sondages pour imposer une réforme supposée très impopulaire. Une réforme que ses prédécesseurs avaient lâchement refusée.

À Robert Badinter, qui a su retrouver les accents de Victor Hugo et de son « Journal d’un condamné à mort » pour mener à son terme ce combat, avec une dignité à laquelle ne nous habituent pas toujours les avocats pénalistes. Quelle fierté de pouvoir se dire rétrospectivement : « c’étaient les miens, ils l’ont fait, et j’étais là avec eux »… Que la politique est belle dans ces moments-là.

Depuis, l’abolition de la peine de mort est devenue un enjeu de civilisation, le symbole de ceux qui militent pour une conception humaniste du monde.

L’Europe est au centre de ce symbole puisqu’il faut renoncer à la peine de mort pour entrer dans l’Union Européenne. Face aux shérifs texans, aux geôliers chinois, aux ayatollahs de toute obédience, à tous les mercenaires zélés de la barbarie institutionnelle, elle résiste. Et nous, nous sommes fiers d’elle.

9 commentaires:

serge a dit…

Par cette décision, le Président et Robert Badinter sont entrés dans l'histoire laissant les impéciles dans leurs coins.
Bien des années après les sondages donnent raison au Président qui avait une vision précise de la société future à construire.
Le mot justice en lui même ne peut représenter le glaive des hommes qui jugent avec passion, la justice étant par nature pour être juste le contraire de la passion que représentait la peine de mort qui rendait cette même justice aussi barbare que les criminels.
Cette seule décision fera de François Mitterrand un grand Président qui restera malgré ses défauts dans nos coeurs et me rend fier aujourd'hui d'être socialiste.

Mari-Luz a dit…

Merci pour le rappel de cet anniversaire alors que toute la presse glose sur les propos insipides du pape.

Je me souviens de la splendide plaidoirie de Robert Badinter et je sais qu'on peut la réécouter sur les archives de l'INA. Ce serait chouette de la metttre en ligne sur le prochain NIACTV.

Dominique a dit…

Mari-Luz, merci de nous signaler qu'on peut effectivement se rendre sur le site de l'INA pour écouter ce discours historique de Robert Badinter.

e.massuelle a dit…

merci de ces rappels et précisions, du lien "discours" qui amène directement en ligne aux archives (http://www.ina.fr/archivespourtous/index.php?vue=corpusp)

l'abolition de cette abomination procède de la hauteur d'âme de la société qui la décrète.

un accompagnement par une amélioration de la prise en charge des soins (psychiatrie)par une augmentation des structures d'accueil, du nombre des soignants...eut été encore plus progressif,constructif.

ces monstres, ces assassins sont d'abord des êtres humains en extrême souffrance.
il faut soigner l'homme qui souffre, pas l'éliminer.

zitamboli a dit…

La peine de mort en France peu dans notre pays souhaiterait la voir réhabilitée. Mais qulques uns encore croient en ses vertus pour des crimes envers les enfants notamment. Il ne doit pas suffire de se réjouir de cette abolition. Il faut aussi s'interroger sur ce que nous faisons à ce jour pour les condamnés. Prisons insalubres, traitements quasi inexsistants et inadaptés. Et les victimes sont -elles toujours bien prises en compte ?? Au secours Badinter !!! On a encore besooin de grands hommes pour aller plus loin

Clotilde a dit…

Je suis bien d'acccord avec Zitamboli sur le fait que Badinter soit un grand homme. J'ai beaucoup de mal avec ces gens qui le critiquent, lui et son livre "l'abolition", en prétendant qu'il a un égo surdimensionné. Cet égo, n'apparaît pas à la lecture du livre, ce n'est pas vrai. Ce qui apparaît, c'est le travail, l'opiniatreté et la volonté. Et puis après tout et de toutes façons, qu'est-ce que ça peut faire d'avoir une haute opinion de soi-même si on fait des choses justes et admirables?

Par contre, je ne suis pas aussi optimiste que zitamboli lorsqu'il dit que la très grande majorité des français est contre la peine de mort. Ne nous amusons pas trop à faire des enquêtes d'opinion sur la question, on pourrait avoir de bien mauvaises surprises, surtout avec la médiatisation toujours plus grande (en terme de minutes d'antenne), des crimes d'ordre sexuel sur les enfants.

Franck G. a dit…

La peine de mort est abolie mais la vigilance est plus que jamais à l'ordre du jour face au développement d'un arsenal répressif inquiétant pour les libertés individuelles. Ainsi, face au projet Loi sur la prévention de la Délinquance, il y a me semble-t-il des raisons de s'inquiéter et même de lutter. Projet de Loi qui modifie 73 articles du code pénal et 10 articles du code de procédure pénale et qui transforme peu à peu le Maire en shérif, en mesure de prendre des sanctions civiles et financières, qui instaure la confusion des pouvoirs, législatifs et exécutifs, qui transforme les personnels de santé, les personnels d'éducation ou les services sociaux en informateurs.
La peine de mort a été abolie, mais les libertés fondamentales sont plus que jamais menacées. On n'en a pas fini avec la justice des imbéciles...

Anonyme a dit…

Ce n'est pas Lénine, mais le social-démocrate August Bebel (mort en 1913) qui a dit « L'antisémitisme est le socialisme des imbéciles. »

Clotilde a dit…

A écouter sur le web, Badinter sur France Culture ce matin:
http://www.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/matins/