05 septembre 2006

Camille


Les travaux du tramway occasionnant de longs et pénibles déplacements en voiture, je positive en poursuivant mon exploration de ce que d’aucuns appellent « la nouvelle chanson française ».

Après Anaïs, je me suis intéressé aux dernières productions de ces nouvelles stars que sont Benabar, Raphaël et Camille.

Résultat des courses : nous sommes bien au-delà de la médiocrité ambiante, des lolitas staracadémisées aux Québécoises bêlantes.

Cela dit, modérément convaincus par les garçons, c’est l’univers envoûtant de Camille qui m’a surtout séduit, voire emballé.

Même si l’ensemble de l’album de Benabar est honorable, il reste minimaliste. Le chanteur semble hésiter entre l’anodin et l’anecdotique. Refuser d’aller dîner chez des amis (Le dîner) ou fustiger les sempiternelles photos de vacances qui envahissent buffets et commodes (Les épices du souk du Caire), ce n’est quand même pas le sommet de la révolte. A part une très belle chanson sur le temps qui passe (Quatre murs et un toit) et un coup de griffe un peu acide sur certains inconvénients de la paternité (La berceuse), l’ensemble de l’album est un peu convenu et la musique assez répétitive.

« Caravane », la dernière production de Raphaël, est plus imaginative même si parfois elle flirte un peu trop avec le politiquement correct. Là encore, une belle chanson sur le temps qui passe (Et dans 150 ans). Décidément, ces jeunes gens sont bien mélancoliques !! L’énigmatique Schengen est aussi à mettre au crédit d’un chanteur qui arrive à imposer une voix, voire un style, mais pas un univers.

Quant à Camille, c’est peu dire que, dès la première phrase du premier titre (La jeune fille aux cheveux blancs : « Je suis à l’âge où l’on ne dort nulle part »), on est immédiatement subjugué par cette voix étrange, qui change de registre constamment en imposant un univers mi-onirique mi-réaliste et, en tout cas, formidablement poétique.

La musique aux sonorités d’ailleurs renforce un climat de mystère et d’étrangeté. Un mystère et une étrangeté jamais fabriqués, jamais gratuits.

Baby carni bird est probablement le titre qui m’a le plus touché. On y raconte l’histoire d’une jeune femme victime d’un accident :
« La route était barrée
quand il m’a renversé
un soir au nord de Nice »
(Le conseiller général de Nice nord n’en veut absolument pas à Camille pour cette contre-publicité).

Ta douleur et Assise traitent avec poésie et humanité de grands sujets comme la maladie et le handicap sans jamais solliciter le compassionnel larmoyant.

En fait, chaque titre mérite un commentaire. Et si l’univers de Camille n’est pas exagérément optimiste – loin de là – (Pâle septembre), la demoiselle a quand même de l’humour. Janine, par exemple, nous entraîne irrésistiblement du côté de Boby Lapointe.

Au dos de l’album, Camille nous précise :
« J’ai coupé le fil
et je me suis enfuie
je cours après mon rêve : la ligne d’horizon ».

Heureusement, cette ligne d’horizon, Camille n’est pas près de l’atteindre. Pour notre plus grand plaisir.

20 commentaires:

Anonyme a dit…

"bobo attitude"ou "beattitude"

Monsieur Mottard vous avez trébuché dans le fil tendu par camille et cette nouvelle génération désignée comme les résistants au bulldozer Star Ac.
Tristes et rusés, nos amis les nouveaux chanteurs français savent raconter des historiettes comme personne et pondre les mélodies doucereuses qui vont avec..

En fait , je suis fan de Benabar, c'est le plus authentique et la tiédeur de votre notation m'a fait réagir.
C'est dans son "minimalisme" qu'il détient sa force de chanteur de la trampe d'un George Brassens; Ses chansons retracent la vie ; on s'accroche a ses textes on se laisse happer par sa sensiblité...

Rendez-vous dans 5 ans/10 ans Benabar sera toujours là, il aura traversé les courants et les modes versatiles; et vous vous surprendrez a l'écouter avec le même plaisir que Eddy Cochran .
Penelope

Clotilde a dit…

en plus, je suis sûre qu'elle doit se cramer les pieds sur sa plage de sable, la Camille, et y a même pas la mer. Camille, arrête de faire ton intéressante! :)))))

Richard a dit…

Le premier album de Camille s'appelle : "un, deux, trois".
Moins connu que "le fil", mais tout aussi remarquable. Evidemment, Camille (ma fille) et moi avons les deux albums dans nos lecteurs MP3.
Raphael, j'aime moins. Quant à Bénabar, il est intéressant, (peut-être moins que Brassens). Il manque quand même le groupe TRYO dans ton article. Je crois que ceux là, ils sont fous complets...
On a une idée de la bande son qui accompagnera la prochaine vidéo...
Amitiés.

Anonyme a dit…

j'adooore clotilde !!,restons convaincues par les garçons

penelope

Richard a dit…

penelope et clotilde sont deux jalouses

Richard a dit…

Hé les enfants, panique à bord. Je viens d'apprendre que le prochain conseil municipal est le 15 septembre. Qu'une délibération se rapporte à l'Abbaye de Roseland en vue de la vendre !
Qu'en est-il réellement ?

LV a dit…

Bon, je vais donc rejoindre le clan des jalouses et réaffirmer que Benabar n'est pas si pire comme on dirait dans mon futur chez moi.
Eh oui même au Québec, j'en serai fan.
Certes son dernier album n'est pas nécessairement le meilleur mais la p'tite monnaie ou l'album éponyme ont des chansons qui valent le détour.
Le chien, Ali et Félix, L'anniversaire, L'adolescente ou la Station Mir ont des petits jeux de mots et de textes drôles, touchants, vrais ou satyriques.
On se reconnait tous ou presque dans les Couche-tard et les lève-tôt, et comment ne pas éclater de rire devant la mine déconfite de notre parolier qui a "une fille qui habite chez" lui?
Non non M. je vous jure, en réécoutant la source vous trouverez ce qui a fait de Benabar une des "icônes" de la nouvelle chanson française...

Quant à Tryo, mon québécois n'a plus trop le goût de les entendre mais fut un temps pas très lointain où leur folie nous accompagnait le matin dans un Reggae à coup de cirque...

Si l'envie par ailleurs vous prend de découvrir la musique québécoise qui n'est pas préformatée, je vous conseille l'excellent Jeszcze Raz et sa musique tzigane, les Cowboys fringants et leur engagement politisant, Dobacaracol et leurs rythmes du monde...
Ah ça, la musique québécoise n'est pas qu'hurlante et insipide, pouvez me faire confiance, "Quand j'entends cette chanson la sur les ondes
Du bout du monde" comme dirait le Robert devenu brasseur, je sais que le coeur peut être ici et là-bas!

Clotilde a dit…

Richard Richard, Richard, n'essaie pas de détourner le fil de cette conversation de la plus haute importance s'il te plaît.
Bon alors les filles, je vous explique, je veux bien faire partie du club des jalouses de Camille mais je suis peut-être pas obligée de faire partie du club des fans de Benabar pour le même prix? Si? Bon, je vais essayer de faire un effort mais c'est pas gagné.
Et oui, mon idole à moi, que voulez-vous, c'est Mano Solo.
Quant à Tryo, je ne résiste pas au plaisir malsain de me vanter auprès de Richard d'avoir interviewé Guizmo de Tryo au téléphone! Et ouais mon pote! Alors alors on fait moins le malin hein? :))
C'était à propos du projet et maintenant du groupe Desert Rebel, un concept de projet musical équitable très très intéressant. A lire ici:
http://www.les-marcheurs.net/article.php3?id_article=246

(désolée, je fais un peu de pub mais c'est pour un projet qui vaut le coup quand même, avec une rencontre de musiciens français, algériens et du Niger; recontre qui les a profondément marquée à ce qu'il paraît, N'HESITEZ PAS A L'ACHETER!!!! Bon je sors....)

Patrick Mottard a dit…

Les benabarettes abboient, Caravane passe.
Mais je persiste et signe en écoutant Camille en boucle dans mon Opel.
Meci Richard. Je vais acheter le premier album.

Véronique a dit…

Autre piste intéressante sortie tout droit, elle, de la star-ac :
Olivia Ruiz : "la femme chocolat", avec un petit bijou : "la petite voleuse". (parole de Juliette , quand-même !)

ANTONIN a dit…

Au commencement était le "tourne disque", complété par le "mange disque", à emporter pour les déplacements. Il était en quelque sorte l'ancêtre (très, très lointain) du MP3. (Et la j'imagine l'air incrédule de certains à l'évocation de cet engin).
Ces appareils permettaient d'écouter des vinyles, objets précieux et fragiles aux yeux de leur possesseurs.

La musique ne se consommait pas, elle s'écoutait (enfin plus ou moins car il y en avait aussi pas mal à jeter mais les occasions d'écouter de la chanson tiède étaient moindres) car il n'existait pas encore de déferlante musicale comme il y en a maintenant sur les multitudes de chaines télévisées, radios et sonneries de téléphone. Quelques émissions existaient tel que le hit parade à la radio en G.O. ou bien les "variétés". Bref, c'était pas le bon, temps, c'était avant.

Depuis, dans le domaine musical,il me semble que les choses ont évolué de deux manières diamétralement opposées.
La première, c'est l'offre d'écoute qui depuis s'est très largement diversifiée et variée, surtout en matière de chanson française. Notamment grâce au développement très rapide des radios libres (je crois même savoir qu'on le doit à un gouvernement de gauche des années 80).
Après les vinyles, K7, et autres CD, voici venir l'avènement des disques durs permettant de stocker des centaines de morceaux de musique. (Quoique l'époque vinyle reste chère à certains pour le son incomparable et particulier qu'il engendrais). Cette nouvelle technique nous permet de pouvoir écouter toute la diversité musicale et talentueuse de nos artistes français.
Sur ce point, je te rejoins Patrick sur l'avis que tu émets concernant le dernier CD de Camille que j'ai moi-même découvert il y a plusieurs semaines. L'ensemble est harmonieux, poétique évidemment, et surtout dans un style très original. Tu n'a pas cité "Au port", qui à mes yeux est l'un des meilleurs morceaux, avec également "Pâle septembre", de saison en cette rentrée.

Si Benabar ne te semble pas être un dangereux révolutionnaire, ses récits des petites choses de la vie de tous les jours, ou chacun peut trouver une situation vécue nous renvoie à tous notre propre image, et j'aime beaucoup.

Pour Raphael, que j'apprécie également, j'éspère qu'un glissement de son style ne s'opérera pas vers le tout venant de la chanson qui s'écoute une ou deux fois, sans plus, car une voix ne suffit pas.

La deuxième évolution que je veux évoquer, qui est la face noire de la première, c'est cette émergence de chanteurs de salles de bains, braillant à qui mieux mieux pour obtenir le prix de celui qui chantera le plus faux une vieille reprise datant de l'époque de mon "mange disque", tout cela dans des déhanchements n'ayant rien à envier aux derniers spasmes de la queue coupée d'un lézard (les présentateurs parlent plutôt de style personnel, approuvé et validé par un jury de professionnels un peu évaporés).
Cette débauche de sons inarticulés et de mouvements désarticulés ayant pour seul but l'espoir d'être choisit par le téléspectateur amorphe composant un numéro surtaxé sur son téléphone.

Mais dans ce brouhaha, il est rassurant d'entendre cette nouvelle fraicheur poétique de jeunes (ou moins jeunes) talents de la chanson française qui émergent pour ravir nos oreilles, nos sens, et redonnent à la musique tout son sens en la tirant vers le haut.
N'oublions pas les Cali, Dominique A, M. Boogaerts, J.L. Murat, et tant d'autres qui oeuvrent pour notre plus grand plaisir.

ANTONIN.

P.S. Ne pas avoir cité Halliday et Doc Gyneco n'est pas un oubli de ma part.

LV a dit…

Ben voyons Antonin, Doc gyneco passons, mais Haliday en son temps (du mange disque, si si j'ai connu, dans le grenier de mon grand papa :p) fut un innovateur... Ouais bon on aime ou on aime pas je suis d'accord, et je sais dans quel camp je suis, mais n'empêche que...

Je soutiens le choix Olivia Ruiz également, l'album (son premier?) est intéressant dans ses textes. J'ai eu la chance de pouvoir l'entendre à Paris l'automne passé en concert et elle dégage quand même pas mal sur scène, même si c'est une transfuge staracadémicienne, elle est à écouter au moins une fois pour voir que vraiment tous les chemins, même les plus fourvoyés, peuvent mener à Rome!

ANTONIN a dit…

Eh bien IV, en fait j'écoute Halliday depuis longtemps, car j'aime ça. Il a une voix puissante, beaucoup de ses textes me plaisent, bref c'est un bon chanteur. Mais depuis l'université de l'UMP je reste un peu discret la dessus.
Quand à Olivia RUIZ, je vais m'empresser d'écouter.

ANTONIN

Anonyme a dit…

Pour clore cette conversation de "la plus haute importance".je vais évoquer Vincent Delerme son 2em album sorti en 1996 kensington Square
Ne me parlait pas de fanny ardan le cinéma ne fait plus partie cette fois des thèmes de l'album .
Il y a toujours autant de noms propres qui servent à situer immédiatement une émotion dans son contexte "Les filles de 1973 ont trente ans ou Anita Pettersen " mais ma préférence reste le Baiser Modiano une chanson magnifique.

Penelope

Escoffier Gilbert a dit…

PUTAIN QUE je me sens ringard!!! Moi qui en suis resté à Mac Coy Tiner, à Coltrane, à Brassens, à FERRE, voire à Mozart. Il va falloir que je me recycle "grave" avant de crever complétement idiot. En attendant je me repasse en boucle le dernier disque de Jacques Schwarz-Bart, intitulé: "Soné Ka-La", savant mélange de musique africaine de jazz et de soul.

A plus les jeunes

Amitiés Gilbert

Anonyme a dit…

euhhhhhrratum

kensington Square album de Vincent Delerme est sorti en 2004..

Penelope

LV a dit…

"Mais depuis l'université de l'UMP je reste un peu discret la dessus."

Vi c'est sûr que vu comme ça... La discrétion aurait pu être sienne d'ailleurs...

Anonyme a dit…

la musique de chambre c'est bien aussi...

patrick

Anonyme a dit…

dans tous ça moi ce que je prefere c'est l'humour de Penelope !

Pierre

Richard a dit…

Pour les jalouses :
Zen les filles, restons Zen. On va pas se prendre la tête en ce si coloré septembre. Quant à Johny Halliday et Doc Ginéco, qu'est ce que ces ringards viennent faire dans cette conversation. Et pourquoi pas Françoise Hardy ou Diams' puisqu'on y est...
Zen Ricahrd, restons Zen...