27 mars 2007

Bonjour chez vous !


L'arrivée sur le marché de nombreux coffrets DVD permet de redécouvrir les séries TV des années cinquante, soixante et soixante-dix, ancêtres de nos modernes HBO. La plupart (Chapeau melon et bottes de cuir, Amicalement vôtre, Mission impossible, par exemple) ont plutôt mal vieilli. Une exception toutefois avec Le prisonnier, diffusé en 1967 sur la BBC, une série tellement avant-gardiste que le chef-d'oeuvre de Patrick Mc Goohan fut interrompu par la chaîne après le dix-septième épisode pour cause d'incompréhension du grand public (déja l'audimat !). Pourtant cette métaphore flamboyante est bien l’œuvre "télévisionnaire" annoncé par la publicité de l'époque.

"Numéro 6"(Mc Goohan himself) est un agent secret démissionnaire et vaguement britannique... mais de cela on n’est pas très sûr. Depuis cette rupture que le générique nous suggère orageuse, il est retenu dans un étrange village peuplé de personnages à la politesse mécanique – « Bonjour chez vous ! » –, aux vêtements ridicules, et amateurs de loisirs collectifs gnangnan : une sorte de Club Méd pour rentiers lobotomisés. En fait, cette mise en scène aurait pour but de lui faire avouer quelques mystérieux secrets.

C'est qu'on ne peut pas échapper à ce lieu aseptisé. Si l'envie vous saisit de prendre la poudre d'escampette, une mystérieuse structure molle en forme de ballon blanc vous aspire et vous ramène à la fois à la raison et... à la maison numérotée qui vous est attribuée.

Mais, indomptable, Numéro 6 fait de la résistance en s'attaquant à un Numéro 2 multiforme qui change d'identité à chaque épisode. Le numéro 1 quant à lui ne se dévoilera qu'au dernier épisode... mais chut !

Politique, religion, médias, éducation, l'opium du peuple a toutes les formes dans cette société oppressive qui transforme ses sujets en morts-vivants souriants. Et comme Numéro 6 veut résoudre l'énigme métaphysique du village en gardant ses secrets tout en revendiquant son individualité, il sera impitoyablement réprimé.

Mais jamais il n'abdique son humanité comme le prouve le "cultissime" dialogue que les fans de la série connaissent par cœur :

- Où suis-je ?
- Au village.
- Qu'est ce que voulez ?
- Des renseignements.
- Dans quel camp êtes-vous ?
- Vous le saurez en temps utile... nous voulons des renseignements… des renseignements…des renseignements…
- Vous n'en aurez pas !
- De gré ou de force vous parlerez.
- Qui êtes-vous ?
- Je suis le nouveau Numéro 2.
- Qui est le Numéro 1 ?
- Vous êtes le Numéro 6.
- JE NE SUIS PAS UN NUMÉRO, JE SUIS UN HOMME LIBRE !



Et c'est au nom de cette humanité que je dédie ce soir ce post à Maxime et Michel.

12 commentaires:

Sijavéssu a dit…

Ah trop bon le résumé !! carrément excellent !! rien à ajouter, rien à enlever, tout y est avec l'humour (so british...?) en prime... et pour parfaire le tout une dédicace qui émeut même sans en comprendre la valeur (pas besoin)...
Je signe où pour le prochain?
NonJeNsuipa1Animal

Anonyme a dit…

Ah, Le Prisonnier ! Quelle série culte... J'étais (et reste) un fan absolu. La grosse bouboule qui ramène les apprentis fuyards à la raison et au Village s'appelle en français Le Rôdeur (The Rover en anglais).

Le feuilleton était tourné, si je ne m'abuse, au Pays de Galles, à Portmeirion. C'est là que chaque année des fans se réunissent, se déguisent en personnages de la série et rejoue des scènes entières (ah ! la partie d'échecs !...).

L'épisode final (chut, effectivement !) est complètement déjanté et bien ancré dans ses années psychédéliques (quel allumé, ce McGoohan). La seule comparaison (bien que très différente mais comparable dans le style "ouh la, qu'est-ce qui s'passe, j'y comprends plus rien mais c'est génial") avec cette épisode final est celui du feuilleton Twin Peaks (Lynch aussi est un bon allumé, non ?).

Be seeing you !

Philippe S.

Anonyme a dit…

Excellentissime série en effet ! Curieux d'ailleurs que personne n'ait encore tenté, à l'instar d'autres feuilletons, son adaptation au grand écran. Par Lynch, par exemple, cela pourrait donner quelque chose de tout à fait intéressant.

Bad Flag a dit…

En tout cas Numéro 6 ce n'est pas le genre a aimer les drapeaux...

ANTONIN a dit…

Tu aurait du parler également de la mini cooper qui était utilisée.
pas de série Anglaise sans Jaguar, Austin ou Rolls.

Mais n'insistons pas trop sur ces séries que l'on à tant aimé il y a longtemps, elles nous renvoient, tel un miroir, le temps qui passe.

ANTONIN

marion a dit…

Je connais aucune des séries que tu as cité.... :-(

Anonyme a dit…

Où suis-je ?
- a nice.
- Qu'est ce que voulez ?
- tenir salon du meuble
- Dans quel camp êtes-vous ?
- celui de la libre concurence
- vous plaisantez? De gré ou de force vous partirez.
- Qui êtes-vous ?
- Nous sommes le clan du meuble niçois, et nous avons le soutient du préfet.
- etc..etc..

Dominique a dit…

Marion, si ta remarque était sincère (et pas seulement taquine), on te prêtera les DVD du Prisonnier. Je serais curieuse d'avoir l'avis de la toute nouvelle génération...

Clikeulà a dit…

Je savais bien que j'avais vu passer un clip de la BO de cette série... et je l'ai retrouvé !!! oui oui...
c'est un remix des années 90, la date exacte je ne la connais pas... mais le titre c'est : No.6 par Free Man Mix featuring MC

Clikeulaho

BaWiTuReclikeuLà a dit…

Pis j'en ai trouvé un autre dédié à la série et plus spécialement à l'acteur multi casquette... ça date de 1983, le groupe c'est The Times et le titre "I Helped Patrick McGoohan Escape"
wala
HeuCéBonLàJreféPaleCouDuClikLahoSi

Jean-Christophe Picard a dit…

C'est ma série préférée !

L'épisode où le numéro 6 se présente aux élections est particulièrement croustillant...

Il était question que la série soit adaptée au cinéma, mais je ne vois rien venir !

MICHALON a dit…

THE WEST WING
Adepte, comme d’autres dont je crois savoir Patrick et Dominique, de la série américaine « La Maison Blanche » (« The West Wing » en v.o.), je viens de voir le dernier DVD de la dernière et ultime saison.
C’est, à l’instar des saisons précédentes, un régal. Un très proche ami Américain m’a dit que cette série l’avait aidé à supporter autant que faire se peut la catastrophique présidence de GW Bush, décidément le plus mauvais président que l’Amérique ait jamais eu.
Cette saison est axée sur la campagne électorale du candidat Démocrate latino (joué par un puissant Jimmy Smits) à la présidence, avec notamment un débat en direct (filmé « live » en plan séquence) l’opposant au candidat Républicain, Arnold Vinick, joué par un toujours excellent Alan Alda, révélé dans la série TV « Mash ».
De la première à cette dernière saison (l’avant-dernière étant peut-être légèrement en dessous cependant), la série a connu une qualité d’écriture, une intensité, un qualité d’humour et d’émotion remarquables comme par exemple l’épisode où le directeur de la Communication de La Maison Blanche sacrifie son Noël pour permettre à un vétéran du VietNam tombé dans la misère d’être enterré dignement.
Bien entendu, « The West Wing » n’échappe pas à quelques « tics » : le sentimentalisme gnan-gnan, le rappel constat de la puissance américaine (« leader du monde libre », « Homme le plus puissant du monde »), les innombrables « I am sorry » (sans toutefois atteindre le record d’ « Urgences » en la matière) quelques marques de chauvinisme envers les Français notamment, et une certaine dose d’idéalisme sur la place réelle des minorités aux USA, etc.
Mais cela est largement contrebalancé par une très bonne exposition des conflits, des enjeux nationaux et internationaux, la déconstruction de certains mythes politiquement corrects, et la description des pratiques politiques (les oppositions entre le Parti Démocrates et le Cabinet du Président, les marchandages, les coups fourrés, etc…).
Certes, il est vrai qu’il faut quand même aimer la politique et ses coulisses. On est loin de « L’Homme du Picardie ».
De plus, par delà le principe du plaisir qu’elle procure, cette série TV permet de se poser plusieurs questions.
Cependant, il convient préalablement de mettre les choses en perspective. Si cette série a connu un certain succès aux États-Unis, celui-ci a été cantonné aux classes que l’on qualifie de « culturellement dotées » (même chose en France d’ailleurs). Je sais, par expérience, que l’essentiel de la « classe moyenne inférieure » (« White Trash ») endoctrinée par Fox TV, ignore l’existence même de cette série. Donc cela relativise son « succès » (il en est de même pour « Les Sopranos », « Ten Feet Under », …)
Il faut également introduire un paramètre important si on fait des comparaisons avec les productions françaises : celui des moyens dont disposent les producteurs américains. Ce n’est pas tout en matière de qualité, mais ça aide, notamment quand on peut se payer plusieurs scénaristes et que ceux-ci sont payés et gardés en fonction de la qualité de leur travail et non de leurs relations avec les présidents de chaîne ou l’intelligentzia parisienne.
Ceci dit, il n’en reste pas moins vrai que nous n’avons jamais connu une série de ce type et de cette qualité en France, sur les thèmes comme sur leur traitement (il y a eu une excellente série anglaise, humoristique celle-ci, sur le même thème, intitulée « Yes Minister » où l’on voyait un ministre travailliste se faire rouler dans la farine par la bureaucratie et abandonner ses illusoires velleïtés de réforme).
On n’imagine pas en effet de voir traiter le quotidien du Palais de l’Élysée ou de matignon, les relations avec le groupe parlementaire, les élus, les caciques, les tractations, les luttes de pouvoir, etc… On aurait droit immédiatement aux réactions scandalisées des partis, des syndicats, des minorités visibles ou invisibles, bref tout ce qui constitue le glacis français dans lequel nous pataugeons. Tout cela, les producteurs le savent et donc pratiquent l’autocensure. Certes, il arrive à des séries TV de « parler politique », mais c’est toujours avec tellement de précautions, voire même de prévenance, ou avec tant d’amalgames, de démagogie ou de clichés éculés qu’on reste au niveau de la caricature, ce qui paradoxalement (du moins en apparence) dégage en dernière instance une image de « tous pourris » de la classe politique (alors que les journalistes sont tous des chevaliers blancs, au service ou non du groupe Hersant).
Attention, je ne me fais aucune illusion : je ne suis pas de ceux qui s’extasient devant la prétendue capacité des Américains à traiter des problèmes tels que le minorités, la corruption, etc…Même si cette capacité existe, elle n’a jamais rien changé au fond (sinon, depuis Griffith et jusqu’à Michael Moore en passant par Peter Watkins (« Punishment » -1971), Spike Lee, les États-Unis seraient un modèle de tolérance et de justice sociale. Car c’est précisément la grande force du capitalisme américain que de pouvoir absorber, intégrer, digérer, phagocyter (et même rentabiliser) sa propre contestation. Et ce n’est pas avec de l’anti-américanisme primaire qu’on l’empêchera mais c’est un autre débat.
En outre, sans même se référer maccarthysme, ce pays a connu et connaît la censure des œuvres artistiques sous la pression, notamment au plan local, de la droite conservatrice et religieuse. (Mais en l’espèce, nous n’avons rien à lui envier : que l’on songe à l’interdiction de « Les Sentiers de la Gloire », « Avoir 20 ans dans les Aurès », « La Bataille d’Alger », « La Religieuse », « le Chagrin et la Pitié », et la quasi impossibilité de projeter un film comme « La Dernière Tentation du Christ », le tout sous la pression du Sabre et/ou du Goupillon. (Mais là également, cette question à elle seule mérite de bien plus longs et plus savants développements).
Quoi qu’il en soit, force est de reconnaître que malgré toutes ces réserves, le système américain produit des séries de cette qualité. Celle-ci se passe dans à la Maison Blanche . La plus populaire des séries françaises se passe dans un bar à Marseille…Dans « The West Wing », on carbure au café, dans « Plus belle la vie », à l’EPO (Eau, pastis, Olives). (Oui, je sais, je caricature…..)
Et qu’on ne vienne pas me parler d’Arte, avec ses docu fictions et ses programmes pour noctambules. L’on s’imagine augmenter l’audience confidentielle avec des films et des émissions « grand public » que ce dernier, scotché à TF1 ou M6 ne regardera jamais d’ailleurs et qui découragent le cœur de lcible d’Arte qui en a assez de devoir se coucher après minuit pour voir un programme intelligent. On prétend cultiver le prolétariat et on prolétarise la culture. Et je passe sur le politiquement correct et la présentation très partisane des choses , le conflit israëlo-arabe par exemple.
Après la guerre, la gauche française s’est accommodée du stalinisme pour ne pas désespérer Billancourt. Maintenant, on ménage le djihadisme plus ou moins « modéré » pour ne pas énerver le Neuf Trois.
Mais force est également de constater que des série comme « The West Wing » intéressent, séduisent et enchantent un public français cultivé (ce n’est pas une tare n’en déplaise aux lofteurs de tout poil) et même « à gauche ».
Voilà bien tout le paradoxe encore très vivant des enfants de Marx et du Coca-Cola et de nos démocraties occidentales (et s’ils continuent à boire du Coca, je doute qu’ils lisent toujours Marx).
Et pour ma part - et je suis conscient de ce que je vais dire a de provocateur - s’il faut choisir son camp (parce que tôt ou tard, conflit de civilisation ou pas, on en arrivera là), je préférerais que mon fils rêve d’aller étudier à Harvard entouré de jeunes femmes instruites et libérées plutôt que de se faire sauter dans un avion de ligne avec l’espoir de se retrouver au paradis des martyrs entouré de 11.000 vierges. (je sais, je caricature encore mais moi, au moins, j’en suis conscient).
Bon, pour revenir à la dernière saison de « The West Wing » (et de ce côté-ci de l’Atlantique), un de ses temps forts est le choix, par le nouveau président démocrate tout frais élu, de son adversaire républicain comme Ministre des Affaires étrangères. Tiens, cela ne vous rappelle rien ? En Amérique, on appelle ça « bipartisanship » et en France « l’ ouverture ».
S’il y a une chose qu’on peut accorder à Sarkozy et son équipe, c’est d’avoir compris et su utiliser stratégiquement la post modernité ( ce que l’on pouvait difficilement attendre d’une candidate BC-BG avec un ancien (?) trotskyste comme directeur de campagne).
Et cela va continuer pour les prochaines municipales car l’UMP a déjà annoncé urbi et orbi la couleur, ce qui ne fait qu’accroître le désarroi de la direction de ce qui reste du Parti Socialiste.
Je ne suis pas de ceux qui cherchent des modèles ailleurs, mais je crois qu’il y a, sinon des enseignements à tirer tels quels d’une série américaine ou chez un adversaire politique, mais du moins de quoi trouver matière à réflexion.
Je réserve les miennes à ce point de l’exposé.
À la dernière séquence de cette série, l’épouse du président Barlett - superbe Martin Sheen- , qui le voit perdu dans ses pensées après avoir assisté à l’investiture de son successeur, lui demande à quoi il pense. Et celui-ci de répondre : « À l’avenir ».
En ce qui concerne la Mairie de Nice, je doute fort qu’il soit rue Biskara.

Michalon