07 mars 2007

Les ruraux sont masos


Perpignan. Lundi 5 mars. Quinze heures.

A deux pas du Castillet (« tout neuf », cher à Trenet), l’entrée de la Préfecture des Pyrénées-Orientales a triste allure. Devant ses portes, une quarantaine de tracteurs agricoles ont déversé des bennes et des bennes de … salades vertes. A l’évidence, les paysans producteurs sont en colère. Contre les notables, contre l’Etat, contre la grande distribution. Les CRS sont là, passifs comme il se doit quand il s’agit d’une manifestation agricole…

Ce mécontentement me semble étrange. Il y a à peine deux jours, on a pu voir le Président inaugurer le salon de l’Agriculture devant une profession énamourée, regrettant déjà de perdre ce Chirac qui sait si bien flatter le cul des vaches. Il y a vingt-quatre heures, un sondage démontrait que Sarkozy, l’apprenti œnologue, était le candidat des agriculteurs. Chirac, Sarkozy : il me semble pourtant que ces deux-là ont eu quelques responsabilités au cours de ces cinq dernières années…

En réalité, ce paradoxe n’est pas vraiment surprenant dans le contexte du monde agricole français. Un monde où les gros se servent des petits comme paravents, en les enrôlant sous la bannière du corporatisme, FNSEA en tête, forteresse inexpugnable contre laquelle la gauche s’est cassé les dents (je pense particulièrement aux tentatives courageuses d’Edith Cresson quand elle était ministre de l’Agriculture).

Et que dire de la PAC – maintenue et imposée sous sa forme actuelle par Chirac – qui fonctionne à peu près avec les mêmes principes. Il s’agit, là aussi, au nom de la défense de l’agriculture, de subventionner largement les gros producteurs en provoquant, non seulement l’exode rural dans nos campagnes, mais aussi et surtout la ruine des agriculteurs des pays du Sud, asphyxiés par des cours mondiaux artificiels parce que subventionnés.

Manifester avec conviction, c’est bien. Mais voter avec discernement c’est mieux. Puissent les manifestants de Perpignan s’en souvenir au mois d’avril.


Photos : Dominique BOY-MOTTARD

5 commentaires:

Laurent Weppe a dit…

On peut noter que le reproche fait au niveau Français a été également fait dans d'autres pays (je pense notamment à l'Angleterre, où quelques lords-gros-propriétaires-fonciers arrivaient -et arrivent toujours- à accumuler d'énormes subsides de l'Union dont ils n'ont stricto-sensu pas besoin).

La grande Ironie, c'est qu'il y a 120 ans, Jaurès s'était lui aussi cassé les dents en dénonçant au parlement l'inégalité entre gros proprétaires agricoles dont la voix portait à Paris, et petit agriculteurs qui devaient se contenter de tenir le rôle de réservoir de voix pour la droite de l'époque.

L'autre grande ironie, c'est que les théoriciens du libéralisme classique (les sacro-saints "pères fondateurs" du camps d'en face, à ce qu'il paraît) avaient il y a deux siècles pris comme contre-exemple le cas des grands propriétaires fonciers qui jouisaient de confortables rentes qu'ils obtenaient en laissant à d'autres le soin d'entretenir et de gérer les énormes propriétés dont ils avaient hérités. Ces "gros" étaient alors considérés par les théoriciens même du libéralisme comme des parasites (le terme n'était pas encore limité à décrire de manière injurieuse les allocataires des minima-sociaux) dont l'existence n'était pas souhaitable.

Comme quoi, il y a des choses qui changent peu après 20 décénies et plus...

Clotilde a dit…

Oooh, ces salades pourrites, ça me fait trop penser à "A l'est d'Eden"....

ANTONIN a dit…

" voter avec discernement c'est mieux" dit tu, mais c'est sans compter avec l'ingratitude de l'être humain et son manque de discernement justement.
En l'occurrence, pour la plupart des paysans, la droite c'est mieux que la gauche, et Chirac le meilleurs démagogue "alimentaire" lorsqu'il s'agit d'ingurgiter saucisson, pâtés et autres boissons issues de nos terroirs.

Si à gauche nous avons nombre de têtes bien pleines, il nous manque encore des champions de l'estomac à gros volume de stockage de denrées en tout genres.

ANTONIN

Fabien Bénard a dit…

Droite, gauche, je ne sais pas...
Agriculteurs masos ? J'ai pour habitude de ne pas considérer les français en catégories socio-professionnelles ou en communautés uniformes .
Par contre je remarque que DBM photographie les tracteurs et que PM met ces mêmes photographies sur son blog! Election présidentielle ... tracteur..., je brûle ....?
A bientôt,

Clotilde a dit…

et ouais, les agriculteurs c'est un peu comme les patrons, ils préfèrent Sarkozy, pas vrai Antonin? ;)

Le "peuple" paysan n'existe pas, tout comme le peuple des enseignants, ou le peuple des chercheurs. Il faudrait donc se défaire (moi la première) de ces réflexes de classification, et se dire aussi que les gens ne votent apparemment pas forcément en fonction de leur seul intérêt professionnel.
Par exemple, il y aura toujours des enseignants pour voter socialiste même si Royal ne retire pas sa proposition sur les 35h de présence au collège. comme il y aura aussi toujours des chercheurs pour voter pour elle, même si elle ne retire pas son idée sotte et grenue de faire piloter la recherche par les entreprises.