05 novembre 2006

Clint et Woody



Quelques jours en terre catalane nous permettent en général de mettre à jour notre actualité cinématographique (Good night and good luck).

Ainsi, ces derniers jours, nous avons pu vérifier – entre autres – la bonne forme des sexagénaires Clint Eastwood et Woody Allen. Il est vrai qu’il est difficile d’être déçu par ces deux-là car il ne s’agit pas, pour eux, de réaliser une succession de films mais bien de construire une œuvre qui nous ouvre les portes d’un monde à la fois personnel et universel. Universel parce que personnel.

Mémoires de nos pères (Clint Eastwood)

La photo montrant six marines hissant la bannière étoilée au sommet de la falaise qui domine l’île d’Iwo Jima, dans le Pacifique, a fait le tour du monde. Clint, dans la grande tradition du cinéma humaniste hollywoodien, nous propose d’aller voir au delà et en deçà de la photo et même du cliché, au sens littéral.

C’est ainsi que nous découvrons que les héros du Pacifique sont fatigués. Ils participent à reculons à la grande tournée de propagande organisée en leur honneur. Ils ont fait la guerre car ils y étaient contraints et se sont contentés de survivre. Leur énergie patriotique s’est limitée à aider leurs copains victimes de la même tragédie. Point final.

Et nous partageons avec Clint une immense tendresse pour ces gamins qui n’ont pas eu le temps d’être jeunes car l’Histoire en avait décidé autrement.


Scoop (Woody Allen)

Pour la deuxième fois consécutive, Woody Allen s’éloigne de son cher Manhattan pour explorer la vieille Angleterre. Cela donne « Scoop », une comédie policière, hitchcockienne en diable, avec un vrai-faux-vrai méchant (à moins que ce ne soit un faux-vrai-faux… suspense oblige). Mais ne comptez pas sur Woody Allen pour filmer « à la manière de ». C’est ainsi que maître Alfred est revisité avec cette touche de fantastique artisanal et poétique qui et devenue une des caractéristiques de l’univers allenien depuis « La rose pourpre du Caire ».

Et que ce soit en magicien fatigué ou en conducteur de Smart halluciné, quel plaisir de retrouver Woody Allen acteur…


A voir aussi :

The Queen (Stephen Frears), une plongée fascinante dans le monde impitoyable de Buckingham. La reine (Helen Miren, prix d’interprétation à Venise), stoïque puis pragmatique essuie la tempête médiatique déclenchée par la mort de Lady Di. A un moment, nous avons l’impression que les médias organisent, influencent, orchestrent la fameuse démocratie d’opinion et l’on ne peut s’empêcher d’avoir de la sympathie pour cette femme d’un autre monde, d’une autre époque.

Petit cocorico : sur le même thème, le cinéma français avait un an d’avance ave l’honorable "Palais royal" de Valérie Lemercier. Il est vrai qu’il est plus facile d’être caustique et courageux en parlant de la famille royale d’Angleterre que de la guerre d’Algérie…

Ô Jérusalem (Elie Chouraqui) raconte la création d’Israël et la première guerre israélo-arabe à travers quelques destins individuels. Le film a donc les qualités (dramatiques) et les défauts (historiques) de ce type de parti pris. Au final, reste un film pédagogique et assez équilibré.

Une occasion aussi de constater la faiblesse du fait religieux à l’origine du conflit. En 1948, on voit surtout des Juifs cherchant à se fixer après la Shoah et des Arabes nationalistes qui défendent leur terre. A un moment où les gouvernements israéliens sont souvent les otages des partis religieux et où les islamistes dirigent l’Autorité palestinienne, on se dit que la donne a bien changé.

Prête-moi ta main (Eric Lartigau) : un scénario un peu bancal au service d’une histoire peu crédible, mais le duo Alain Chabat – Charlotte Gainsbourg forme un joli couple de comédie à l’américaine. Improbable, comme il se doit.

1 commentaire:

Escoffier Gilbert a dit…

Bien ta liste de films, mais tu aurais pu y rajouter Bamako petit chef-d'oeuvre qui dénonce de manière très artistique et sans complaisance les méfaits de la mondialisation sur fond de banque mondiale et de remboursement de la dette des pays du tiers monde.

A plus Gilbert