20 novembre 2007

Ne pas tuer le malade

Photo Ange Sorrentino

Services publics et police administrative
(Licence 2 LEA Carlone) et les Droits de l’homme en Europe (Licence 3 IUP Sophia Antipolis) hier, Ve République (Licence 3 LEA) et Institutions européennes (Master 1 LEA) demain : malgré la campagne électorale, je reste universitairement très actif.

C’est donc avant tout comme enseignant que je participe aujourd’hui à la manifestation (et à la grève) pour exprimer mon inquiétude face à la loi Pécresse.

En effet, si je suis le premier à dénoncer une Université gravement malade (paupérisation globale, sous-équipement, sous-encadrement, sélection plus sociale que scientifique…), la réforme qu’on nous impose risque fort de tuer le malade. Sous couvert d’autonomie et de pseudo responsabilisation.

Ainsi, le principe de collégialité dans la gouvernance est clairement remis en cause. Le Président disposera de pouvoirs exorbitants, dont ceux de recruter qui bon lui semble ou d'accorder des primes à certains de ses "employés" (qui ne seront plus des collègues à proprement parler). Les commissions de spécialistes propres à chaque discipline et actuellement chargées de la sélection des candidats aux postes d'enseignants-chercheurs, seront supprimées et remplacées par des commissions ad hoc dont les membres seront nommés par le Président, ce qui conduira immanquablement à une régression tant sur le plan démocratique que scientifique.

Quant à l'autonomie proclamée, c’est avant tout une autonomie de gestion. Elle amènera l'Université à adopter des pratiques purement managériales, parmi lesquelles un recours toujours plus important à la contractualisation des personnels. Cette contractualisation permettra ainsi à des Universités en difficulté budgétaire (bien peu ne le seront pas) de recruter des enseignants-chercheurs pour des contrats courts, de la durée d'un module d'enseignement par exemple. Dans ces conditions, on voit mal comment des enseignants-chercheurs à temps partiel pourraient délivrer un enseignement de qualité. Les étudiants en souffriront, tout comme ils souffriront de l'augmentation inéluctable des frais d'inscription, corollaire de la gestion "nouvelle formule" des Universités. S'il peut paraître légitime d'ouvrir le débat sur la nécessité ou non de sélectionner les étudiants sur des critères académiques, par exemple pour les filières surchargées et n'offrant que peu de débouchés professionnels, il est inacceptable que l'accès au savoir et à la culture soit limité par les ressources des étudiants et de leurs familles.

Enfin, la loi prévoit le financement des Universités par les entreprises, dont les représentants siègeront au Conseil d'Administration. On voit mal comment les Universités pourront, dans ces conditions, décider librement de leur politique scientifique et d'enseignement. Mais la loi a réponse à tout, puisque, de toute façon, le Conseil Scientifique de l'Université verra ses missions réduites comme peau de chagrin.

Comme si cela ne suffisait pas, cette mise au pas s'accompagne de la volonté du gouvernement de ne financer significativement que quelques pôles universitaires en France, en laissant aux autres les premières années d'enseignement jusqu'à la licence seulement.

Qui peut affirmer que Nice, malgré ses nombreux laboratoires scientifiques de pointe, fera à coup sûr partie des cinq ou six grands pôles financés?

C'est pourquoi, quelle que soit l'issue de la réforme, nous devons faire de Nice une véritable ville universitaire et pas seulement une ville avec une Université. C'est justement l'un des axes majeurs de notre réflexion et l'un des points forts de la Charte de Nice Autrement.

8 commentaires:

Clotilde a dit…

Il y a un truc qui m'horripile dans les médias en ce moment: ils essaient de faire croire aux gens que les universités n'ont aucune autonomie dans le recrutement de leurs enseignant-chercheurs. On leur imposerait soit-disant des gens parachutés de je ne sais où, c'est ce que j'ai entendu ce matin encore à la radio.
Si le nombre de postes alloués chaque année à chaque université est effectivement décidée par le Ministère, les départements bénéficiaires et, surtout, le choix des candidats, revient entièrement à l'Université, par le biais de ses commissions de spécialistes d'abord, et du CA ensuite.
Avec cette loi, remarquez, ce sera beaucoup plus simple, plus besoin de s'encombrer de consultations de spécialistes ou d'entretien "d'embauche". Il suffira de se faire connaître en somme, auprès des bonnes personnes.
Quand on pense que l'un des problèmes majeurs du recrutement universitaire est le recrutement trop souvent "en local", on se dit que si cette loi n'est pas abrogée ou modifiée en profondeur, le clientélisme a encore de beaux jours devant lui. On n'a pas fini de rigoler...

marion a dit…

J'ai manifesté aussi, à Montpellier :)

Anonyme a dit…

Bonsoir à tous,
Pour sortir (un peu) des turpitudes de la vie quotidienne, faites un petit tour sur :

http://61226.com/share/hk.swf

C'est beau trés beau et terriblement tranquilisant... Croyez moi
Ségurano

Ange a dit…

Ma chère Clotilde, c'était pas la peine de nous dire que les chercheurs rigolaient toute la journée, on le savait déjà !!! Imagine un peu si cette loi passe !!! Trève de plaisanterie...

Marion ! toi qui es plus sérieuse dis-moi un peu combien vous étiez à Montpellier ?
Bisous à toutes les deux

marion a dit…

Je ne sais pas exactement, mais je pourrais me renseigner sur des chiffres. Mais j'étais plutot étonnée de la façon dont le cortège s'est remplit très rapidement au dépat de la manif.
Quant aux facs, elle sont bloquées, et les étudiants ont fait la manif (pas beaucoup quand même) sauf les étudiants en droit(e) OF COURSE :) Pas le moindre collège de droit à l'horizon de la manif!

Anonyme a dit…

Bonjour,

Pour augmenter votre visibilité sur le web et permettre à vos futurs electeurs
de vous trouver plus facilement nous vous proposons gratuitement d'enregistrer
votre site sur ce lien : http://www.elections-municipales-2008.info/annuaire/
Souhaitant vous retrouver très bientôt dans les sites référencés.

Cordialement,

L'équipe de l'annuaire des elections municipales 2008

N'hesitez pas à faire suivre l'information à vos confrères ...

Anonyme a dit…

et ne pas se coucher avant la maladie ....

Alexia Akakpo a dit…

Contente de savoir que les manifestations s'organisent à Nice.
Ici à Chambery, la fac est bloquée jusqu'à Lundi... Bloqueurs et non bloqueurs l'éternel conflit commence et le débat en souffre un peu. Mais la grande majorité est contre cette loi qui revient en fait à long terme à privatiser nos universités, à créer des inégalités intolérables tant sur les frais d'inscriptions que sur les sections qui pourront être "rentables" ou non mais également selon les régions. Les étudiants sont inquiets. Les étudiants sont en colère. L'accès au savoir et à l'enseignement supérieur ne devrait pas être fermé à ceux qui n'ont pas les moyens de se le payer et c'est finalement ce qui va arriver si on ne proteste pas assez fort. A-t-on vraiment envie comme au Etats Unis d'endetter les jeunes des le début de leur études?? De réduire la fac à une entreprise privée gérant ces sections, son personnel et ses étudiants selont leur rentabilité et les fonds qu'elle pourrait en tirer?
Ce n'est pas ma conception et je serai encore dans la rue mardi pour le dire.