25 octobre 2006

Le joyau des joyaux

Le joyau des joyaux pour Laurent Fabius, c’est la laïcité, et il a bien raison. L’évocation du thème de la laïcité fut certainement le moment le plus intéressant du deuxième débat à l’investiture PS, débat que j’ai suivi au milieu d’une assistance clairsemée dans la grande salle de la fédération. Les trois candidats ont fait preuve d’un volontarisme réconfortant sur le sujet. Ségolène Royal, en rappelant les résultats probants de la loi sur le voile en milieu scolaire, DSK (en grande forme ce soir) en affirmant son attachement à la loi de 1905.

Pour le reste, le débat fut assez décevant car les grands sujets de société (démocratie, éducation, sécurité…) furent passés par le filtre réducteur des questions évoquées dans la presse ces dernières semaines par la seule Ségolène Royal (les jurys, la carte scolaire, l’encadrement militaire…). Comme pour les 35 heures, la Présidente de Charentes-Poitou s’est efforcée chaque fois de recentrer ses propos en les rendant compatibles avec le petit livre rouge du projet socialiste. On ne peut donc pas dire que le débat y ait gagné en clarté.

Sur l’immigration, sur la famille (« la droite aime la famille, la gauche aide les familles »), sur les banlieues, Laurent Fabius a eu les propos à la fois généreux et réalistes que j’attends d’un Président socialiste sur des sujets électoralement peu porteurs. Il fallait oser.

Quant aux questions institutionnelles, il en a été hélas peu question, même si paradoxalement les propositions de Ségolène Royal et de Laurent Fabius semblaient plus conformes à la VIe République parlementaire souhaitée par les socialistes que le curieux mutant proposé par Dominique Strass-Kahn (un Président-Premier ministre tout puissant).

Mais heureusement, chacun s’est accordé pour dire qu’il fallait d’urgence adosser à la Constitution une charte de la laïcité. Le joyau des joyaux.

22 commentaires:

LV a dit…

Ouais un président-premier ministre omnipotent ne me parait pas souhaitable, car si certains sont encore modérés, qui dit que nous ne léguerons pas un système autocratique délicat ainsi.
En tout cas, j'aurai aimé avoir un résumé des propos de L. Fabius, non que ici ce ne soit pauvre, mais plus long résumé disons, histoire de ne pas attendre inutilement lundi matin mon inscription au consulat en vue des échéances de 2007. Joindre l'utile à l'utile en somme.
Y aurait-il donc quelque part un rapport "fidèle" de ce débat-ci par exemple?

BEDOYA a dit…

un débat passionné .Laurent FABIUS égal a lui même a marqué des points .BRAVO.

Henri COTTALORDA a dit…

Laurent Fabius a parfaitement raison d'appeler la Laïcité :" le joyau des joyaux " car née hier, par rapport à la religion catholique, elle peut être aujourd'hui une valeur sur laquelle se fonde une société devenue pluriculturelle où les différences politiques, philosophiques, culturelles, ethniques et religieuses doivent pouvoir exister et se confronter dans la tolérance. La Laïcité est une éthique de la diversité et du débat . De principe diviseur, elle est devenue
dénominateur commun. Nous pouvons et nous devons , grâce à elle, inventer un nouvel Art de vivre ensemble. Henri COTTALORDA.

Michel Grinda a dit…

Soyons sérieux, car la politique (gestion de la citée au sens noble du terme) est une chose sérieuse, la conduite des affaires publiques doit relever de la notion de l’intérêt général, elle repose sur des valeurs (différence entre la droite et gauche), sur des choix, sur des priorités, et donc des décisions à prendre et à assumer. La seule validation de la politique : c’est le suffrage universel, c’est lui seul qui permet de sélectionner les diverses orientations et projets et c’est ce même suffrage universel qui conditionne la sanction ou la confirmation des choix préalablement débattus. Chaque citoyen doit respecter les principes de souveraineté du peuple, cela s’appelle la démocratie. Certes elle n’est pas parfaite, mais c’est le seul système qui permet de faire fonctionner de façon cohérente nos sociétés.
Voila la théorie, à la vérité l’usage de la politique est parfois plus complexe, la principale difficulté provient surtout des luttes de pouvoirs et des moyens utilisés pour y parvenir et s’y maintenir, car au-delà des idées aussi louables soient elles, il y a les hommes et les femmes auxquels nous avons délégués nos besoins et la résolution ne nos divers problèmes trop souvent d’ordre individuel ou corporatiste, C’est aussi cela qui conditionne la principale perversité du système politique à savoir le clientélisme : certains citoyens se comportent parfois comme des consommateurs et raisonnent en terme d’intérêt vis-à-vis du politique, obtenir des faveurs, des passes droits en échange de son vote. Les échanges relèvent d’une vision restreinte des espaces politiques et se résume exclusivement à la proximité immédiate (la poubelle, ou la route devant sa maison, son problème avec ses voisins, les nuisances qu’il subit, son confort personnel au détriment des besoins collectifs etcc.)
Alors confier le contrôle et le suivi à des jurys populaires relève d’un exercice délicat et éventuellement dangereux, il repose au préalable sur la confiance envers les élus, car sinon les arrières pensées prendront le dessus sur l’efficacité de la relation. Au-delà du club des initiés (très minoritaires), du niveau d’information nécessaire, de l’appréciation des dossiers,des contraintes budgétaires,de la connaissance des règles publiques, des tenants et des aboutissants qui conditionne les réflexions et les débats, la pratique peu se relever hasardeuse.
Voilà pourquoi, Ségolène, ton idée sur les jurys populaires est une mauvaise idée.
Michel GRINDA
La Trinité

richard a dit…

Si le premier débat m’avait plu par sa qualité, j’ai trouvé celui-ci, mortel.
En tout cas, pas au niveau attendu par le membre de RM06 que je suis.
Franchement, je n’ai pas reconnu hier soir nos trois dignes présidentiables.
Un débat, même pas au niveau d’un « premier ministrable ».
Si je devais m’ériger en « jury militant » je dirais que Ségolène a obtenu le « pompon » au petit jeu du « je regarde les choses par le petit bout de la lorgnette ».
Je la nomme ministre de la « cohérence ». Au nom de celle-ci elle a verrouillé le débat autour de ses thèmes de polémiques. Pour à la fin, expliquer qu’un jury populaire n’était rien d’autre qu’une autre façon de qualifier la « démocratie participative », et que des maires la pratiquaient déjà.
Sur la carte scolaire : après avoir lancé le sujet encore une fois sur le thème de la polémique, elle a expliqué que son intention était de refaire un découpage, comme cela s’était fait à Lyon.
J’avais déjà compris que « l’ordre juste », voulait dire « justice sociale ». Ce petit jeu consiste à ne pas déborder sur des thèmes qu’elle préfère ne pas aborder, sûre qu’elle est, que ses deux rivaux sont plus à l’aise qu’elle-même. Le militant en quête d’authenticité que je suis, a donc été frustré par les futilités des sujets apparemment imposés par les deux journalistes.
Je décerne à Dominique le ministère de la courtoisie et de la pédagogie, tant son agacement était visible devant la médiocrité du débat qu’il a tenté, mais en vain, d’élever.
Je décerne à Laurent le ministère du « refus » et du « projet socialiste ». Lui aussi a tenté de recentrer le débat. Par une ou deux formules, il a tenté d’affirmer sa différence et a tenté de remettre le projet socialiste au centre du dialogue.
Au petit jeu du « je regarde les choses par le petit bout de la lorgnette », Ségolène est très à l’aise, et remportera je le crains un succès populaire . Les militants quant à eux ne se laisseront pas prendre à un piège qui n’est pas conforme à nos idées socialistes.

Jujube a dit…

DEUXIEME DEBAT et jury citoyen



Préambule:

La Déclaration des Droits de l'homme et du Citoyen de 1789 proclame sous son article 14 - "Tous les Citoyens ont le droit de constater, par eux-mêmes ou par leurs représentants, la nécessité de la contribution publique, de la consentir librement d’en suivre l’emploi, et d’en déterminer la quotité, l’assiette, le recouvrement et la durée."
En réalité, ce sont les députés représentant du peuple qui remplissent cette tache en votant chaque année la loi de finances.
Par contre, s'agissant de l'article suivant l'article 15. - "La Société a le droit de demander compte à tout Agent public de son administration », est resté lettre morte.

Il y a bien déjà, des commissions parlementaires qui travaillent sur certains sujets. Qu’ont fait les parlementaires dans la Commission « Outreau » ? A la suite de certains dysfonctionnement de la justice pénale, ce « jury de députés » ont interrogé non seulement les Agents publics (le juge Burgeau et ses associés (collègues et avocats)) mais également tous les citoyens impliqués et relaxés dans cette affaire. Le but était de mieux éclairer le Garde des Sceaux sur un éventuelle réforme de la procédure pénale. Qui peut se plaindre de ce jury ?

Ségolène ROYAL évoque la constitution d'un « jury citoyen » pour la vérification des informations communiquées par l’INSEE : la hausse du coût de la vie par exemple. Il est de plus en plus patent que cette hausse du coût de la vie n’a plus rien à voir avec la réalité objective vécue par la très grande majorité des français. Et pourtant cet organisme continue de le calculer selon des méthodes contestables. Et pourtant cet indice est toujours publié. Rien n’empêcherait à ce "Jury citoyen" d'entendre cet Agent public sur ce qu'il a fait et proposer des améliorations dans ce domaine.

Rien actuellement ne peut donc autoriser quiconque à dire que la proposition formulée par Ségolène ROYAL serait populiste entendu dans le sens de démagogique puisque cette proposition figure bien dans la déclaration des Droits de l’homme de 1789, reprise par la Constitution de la V ème République.


A propos du 2è tour hier soir:

Au premier tour de piste, on a pris des marques, on s'est positionné(e)s.

Hier, Ségolène a précisé qu'elle ne prétendait pas tout savoir (ça me réconforte: une formule "je sais ce qu'il faut faire", de l'un de ces candidats me restera longtemps en mémoire!).
Sans doute l'estimation de "médiocrité" de ce débat – c'est-à-dire, si j'ai bien compris, le fait que chacune des propositions de Ségolène depuis des mois, reprise par les questionneurs, ait été étayée et argumentée par un exemple pris au niveau dans le vécu du populaire – est-elle de son fait?
En effet, Ségolène semble avoir fait frémir le citoyen critique habitué aux hautes sphères intellectuelles de la réflexion politique (cienne?), jusqu'à le conduire à une critique à l'emporte pièce « elle regarde les choses par le petit bout de la lorgnette»?

Oui: c'est bien à Ségolène que s'adresse cette critique.

J'ai hélas cru comprendre, que deux de nos candidats restent convaincus que les choses doivent se regarder de très haut, faute de quoi pas de contenu, c'est "du vent", c'est flou (en 1981 on disait "grand méchant flou"), inconsistant, bavardage.

Certes, nos deux candidats supplémentaires sont dotés, eux aussi, de qualités intéressantes, mais qui ne leur ont ni suggéré, ni permis jusqu'ici d'entrer en contact ET d'entretenir ce contact avec ces "triviales" choses, que beaucoup (sans doute ni vous ni moi) vivent au quotidien.
Certes, au cours de ce 2è débat, Laurent a tenté de montrer que sa vision s'étendait aussi à des situations concrètes: mais son extrait malien était bien trop joué et théâtral pour frapper les esprits... Aurait-il voulu montrer qu'il pouvait, lui aussi, voir par "le petit bout de la lorgnette"? L'habitude et la conviction lui manquent pour l'instant.


Je conclurai donc que si beaucoup d’hommes ou de femmes politiques (de droite comme de gauche) s’opposent actuellement à ce projet de « jury citoyen », leurs argumentations ne m’ont pas convaincu.
En tant que citoyenne, j’appelle de mes vœux la constitution de ces « jury ». Et je ne suis pas la seule dans ce cas. Il est plus que temps de passer à la réalisation…

jujube a dit…

"Jury citoyen" et élus


... la caricature de quelques mots soigneusement isolés du contexte pour affoler quelques candides lecteurs veut laisser entrevoir une perspective loufoque : tant qu'on y est, pourquoi pas une punition au chat à neuf queues, ordonnée par des citoyens, cautionnée par une impératrice Ségolène pour ceux qui ont proposé une réforme qui ne s'est pas tout à fait bien passée ou qui n'a pas touché toute la population visée!!! On croit rêver!

STOP! MAIS STOP!!! Que ces personnes qui sont nos élue(e)s ou qui représentent un journal, arrêtent donc ce petit théâtre stupide, visant à abêtir une population de lecteurs ou d'électeurs!


Soyons sérieux (ses) … Il n'est pas vraisemblable que nos élus, et surtout les nôtres (PS) se laissent aller à croire au mythe de l'infaillibilité, et qu'ils:

- confondent EVALUATION et SANCTION… pour info, dans le cours d'un processus il y en a plusieurs types d' évaluation : diagnostique/formatrice et formative /certificative, et pour ce qui concerne un processus, il y a des étapes importantes: diagnostic/décision/évaluation en cours/ajustement/évaluation finale!...)

- paraissent persuadés qu'une MESURE DECRETEE ne peut qu'être BONNE, et qu'il n'y a pas lieu de suivre son déroulement pour vérifier ("évaluation formative") que tout a été prévu pour que cela réponde complètement à l'objectif faute de quoi il faudrait modifier certains détails ("ajustement") , et que seules suffisent les élections (5 ans après?) pour constater qu'elle étaient/ou pas adaptées... Si quelques ajustements, ou mesures complémentaires ont manqué, il faudrait donc JETER LE BEBE AVEC L'EAU DU BAIN?


Et NON pour attendre les élections (5 ans après?) si quelques ajustements ont manqué: ce serait JETER LE BEBE AVEC L'EAU DU BAIN...

OUI donc, encore, pour des jurys de citoyens.

Richard a dit…

Salut Jujube. Je ne sais pas à qui je m'adresse, mais tant pis. Peut-être même se connait-on ?
Je suis heureux que tu sois satisfait(e) du niveau du débat d'hier soir. Quand je pense au boulot que cela a dû leur donner !
Je continue à penser que c'est tout à l'honneur de notre parti, (en tout cas du mien) de les organiser.
Evidemment, en militant exigeant que je suis, et à cause de la haute estime que j'ai du PS, je ne peux être en accord avec toi. Surtout quand tu parles des deux autres candidats supplémentaires.
Je touve moi, au contraire, qu'il devrait y en avoir plus. A condition, bien sûr qu'ils nourrissent le débat. Et non pas qu'ils le plombent. C'est ce que je reproche à Ségolène. Je voulais seulement dire de façon plus élégante qu'à cause du niveau du débat qu'elle a imprimé hier soir, les questions de fond qui devaient nous aider à nous déterminer, ont été occultées. Je le regrette.
Ceci dit, je n'ai rien vu dans notre projet qui parle de ces fameux "jurys populaires" que tu nommes pudiquement "jurys citoyens". Nous aurions pu en revanche, en débattre pendant le débat du projet. Pour en revenir sur les propositions de Ségolène d'associer l'armée à la rééducation des délinquants, il me semblait que notre projet lui avait opposé une fin de non recevoir. A moins que tu aies voté contre le projet à cause de ce point précis, j'avoue que non seulement je ne suis pas d'accord avec toi, mais en plus je ne te comprends pas.
Voilà excuse ma véhémence. Il me semblait que ces précisions devaient être dites car nous devons choisir le prochain président de la prochaine République. Et non pas la future ministre de la "Ville-famille-éducation-popu...laire".
A bientôt de te lire j'espère

michel gros a dit…

Les citoyens-spectateurs du politique.

La citoyenneté s'exerce sous des formes multiples. Les organisations, politiques, syndicales, associatives, professionnelles, sont les plus connues parmi les groupements de citoyens. Elles représentent le panel des contre-pouvoirs propres à interpeller les mandataires du Peuple entre deux échéances électorales..
Que la droite rendent ces organisations exsangues n'étonnera personne. En revanche, une gauche consciente de ses responsabilités aura à cœur de permettre le développement de ces organisations. Elles auront ainsi la possibilité de participer à la résolution des problématiques sociales par l'entremise de leur quête d'expertise, chacune dans le domaine qui est le sien. Le citoyen n'a pas seul cette capacité d'expertise. Une agrégation de citoyens organisée par le hasard n'acquiert pas autre chose que les capacités de la foule. Lui accorder la vocation d'une organisation est un mensonge éhonté sur lequel les pires populismes se sont construits. La proposition de Ségolène Royal va dans ce sens. Elle fabrique des citoyens-spectateurs du politique. Elle est pire que le pire dans la bouche de qui entend se promouvoir comme la représentante du socialisme. Elle est un déni méprisant des forces vives et des contre-pouvoirs que notre Nation a su construire au fil de son histoire. Elle est la manifestation symptomatique des silences sur la nécessité d'un bouleversement radical de nos institutions actuelles.
Les militants de "Rénover, maintenant" qui suivent le chemin de cette illusion démocratique devraient y réfléchir avec plus de consistance que leurs cris de convertis et leur terrorisme de prosélytes, où ils ne trompent plus qu'eux-mêmes dans ces slogans de la manipulation populaire.

Michel Gros
RM 06

Dominique a dit…

Pour info (et peut-être calmer un peu les esprits), voici un communiqué de Claudy LEBRETON, président de la FNESR (Fédération Nationale des Elus Socialistes et Républicains):

Paris, le 25 octobre 2006

La proposition récente de Ségolène ROYAL d'instituer « des jurys de citoyens tirés au sort qui évaluent les politiques publiques » a suscité chez de nombreux élus locaux de légitimes interrogations.

La démocratie représentative est régulièrement attaquée par les partis extrêmes. Dès lors il faut veiller à préserver le rapport précieux entre les élus et les citoyens, basé sur la confiance.

Pour cela, deux principes démocratiques doivent être rappelés avec sagesse.

- En démocratie, les élus tiennent leur légitimité et endossent leurs responsabilités par le suffrage universel.

- Le temps des élus n'est pas forcément le temps des médias. Un élu local a besoin de temps pour imaginer, proposer et réaliser les engagements pris devant ses électeurs. Dans une telle approche il est bien le garant de l'intérêt général, et la fonction élective doit donc demeurer à l’abri des pressions.

Jujube a dit…

Bonjour Richard, je ne réponds pas pour chercher à te convaincre, mais seulement te permettre éventuellement de compléter des informations, car nous ne partons pas des mêmes infos et le dialogue, malgré une grande bonne volonté commune manifeste risquerait d'être un dialogue de sourds…

Tu me dis:
je n'ai rien vu dans notre projet qui parle de ces fameux "jurys populaires" que tu nommes pudiquement "jurys citoyens".

… Je te suggère donc:
(à condition que cela ne te flanque pas des boutons si ton allergie est authentiquement viscérale) de consulter le site de SR pour ce qui est de la formulation de ce dispositif : tu constateras qu'il s'agit de "jury de citoyens" (je n'étais pas si loin), et qu'il y est mentionné UN DIAGNOSTIC PARTAGE et UNE CONSTRUCTION PLUS COLLECTIVE DE LA DECISION

Un extrait donc prélevé dans
http://www.desirsdavenir.org/

[23/10/06]
Evaluer les politiques publiques : pourquoi pas des "jurys de citoyens"

Toute mon expérience politique m’a convaincue de l’obsolescence de certaines manières de faire et de gouverner. Beaucoup de bonnes intentions sont perdues, car les mesures, concoctées dans cercles trop étroits, manquent leur objectif. Faute qu’ait été pris le temps d’un diagnostic partagé et d’une construction plus collective de la décision.

marion a dit…

En effet le débat s'est transformé en polémique "sommes nous pour ou contre les idées de SR". Assez agaçant j'en conviens. Seulement j'aimerais bien avoir l'occasion de polémiquer sur les idées des autres, mais je manque de matière...

Sur le sujet des universités je n'ai rien entendu de concluant, que ce soit DSK, Laurent F. ou SR.

Ah si, tout à l'heure au 20h DSK qui parle de "patrimoine de départ" je crois. Bon, c'est vrai que l'expression est jolie, mais j'attends toujours que l'on m'explique.

En bref, j'ai été déçue par ce débat,agressivité pour certain(e), et condescendance pour d'autre...

Dominique a dit…

Pour LV,

Rien de plus simple pour avoir une retransmission fidèle du débat : on peut en voir la vidéo intégrale sur le site du comité de soutien à Laurent Fabius
Rassembler à gauche

Richard a dit…

Salut Jujube,
Juste pour te dire qu'il suffit que tu lises le commentaire de Miclel Gros un peu plus haut pour que tu comprennes que moi, lui et d'autres trouvent que les jurys dont parle Ségolène et que tu qualifieras comme tu veux est une vraie mauvaise idée.
Voilà. Mais après tout tu as ton libre arbitre.

Gilles a dit…

Contrairement à Richard, je trouve que le 2ème débat a été plus intéressant, car moins aseptisé. Grâce à SR qui s’est expliquée sur ses idées originales en terme de démocratie participative, d’éducation… Car il s’agit de débats, non ? Où chaque candidat exprime ses opinions, pas forcément les mêmes queses adversaires. Si nous devons élire le candidat pour porter uniquement le programme du PS, alors ces débats sont inutiles. Contentons-nous d’une présentation de chaque candidat pour qu’il nous montre ses propres qualités.
Or si le programme du PS est unique, il me semble qu’au contraire chaque candidat à une vision différente du socialisme à mettre en œuvre en tant queprésident. Ces débats sont donc utiles : ils mettent en avant les différences des protagonistes pour que chaque militant fasse son choix. Pour ma part, j’hésite entre 2 candidats. A priori j’exclus DSK, trop à droite à mon goût. Faute de mieux, il me reste LF et SR. LF est séduisant dans son discours, mais son virage à gauche depuis le référendum me semble guidé par l’opportunisme. Mais SR, qui est-elle vraiment ? Fait-elle vraiment du « populisme » ? Pour l’instant mon choix se porte sur elle. Deux raisons à cela : d’abord, tactiquement je la trouve très forte. Elle arrive à monopoliser l’attention sur elle. Pour moi, c’est elle qui a mené le débat : les interventions de ses adversaires n’étaient souvent que des réponses à ses propres propositions. Paradoxalement, je pense qu’elle fera plus le poids face à Sarko que les 2 éléphants. D’autre part, ses idées me semblent originales et intéressantes. Elle semble la seule capable de pouvoir faire bouger le cocotier pour qu’enfin dans ce parti on réagisse face au désintérêt des français pour la politique. La réaction de Michel Gros est
très idéologique. Les jurys citoyen peuvent être un moyen pour combler le fossé qui existe entre les Français et la vie publique. Je connais plusieurs
personnes qui ont participé à un jury d’assises. Ils se sont sentis d’une mission importante mission d’intérêt général, et n’ont depuis plus la même vision de la justice. Concernant la carte scolaire : on dirait que ceux qui la défendent le plus sont ceux qui obtiennent le plus de dérogation… Pourquoi ne pas donner le même droit à tout le monde ? C’est ça l’égalité,et non pas laisser se développer les ghettos.

Laurent Weppe a dit…

Dans cette histoire, il y a vraiment deux choses qui m'énervent:

La première, c'est qu'on fascise à tort et travers Ségolène. Mais faudrait savoir: c'est le PS qui a laissé dans ses rangs pendant 25 ans une taupe d'extrême droite, qui l'a laissé devenir député et présidente de région, ou c'est ses détracteurs qui cèdent aux sirènes de la mauvaise foi? Parce que si Ségolène est populiste, ça veut dire qu'il ne faut pas seulement ne pas la choisir pour les présidentielles, mais aussi lui retirer toutes ses investitures et l'exclure définitivement du PS. Populiste c'est pas un truc qui vient par petite dose, on est pas "un peu" ou "légèrement" ou "trop" populiste: on l'est ou on ne l'est pas. Puisque Ségolène, à supposer qu'elle ne soit pas investie pour les présidentielles, restera Présidente de Poitou-Charente, on va dire quoi? Qu'on ne l'a pas choisie parce qu'elle était populiste, mais que les Poitevins eux peuvent quand même se garder une présidente de région populiste? Et si au contraire elle est choisie, alors qu'est-ce qu'on fait, on crie au populisme le 15 novembre et on dit "mais qu'elle est bien ma candidate" le 17?

La deuxième (et elle est assez lié à la première) c'est qu'on a honteusement, non pas caricaturé, mais carrément simplifié (et donc proprement massacré) à l'excès une idée complexe. Plutôt que de discuter du fond de l'affaire, on l'a réduite à une suite de répliques simplistes et de métaphores toutes plus douteuses les unes que les autres. Je n'ai rien contre la polémique, encore faut-il que chacun sache de quoi il parle et évite le coup du "je veux pas voter pour Ségolène, donc je tire au bazooka pour la démolir d'abord, et je réfléchit ensuite" et là, on en est loin.

Parce qu'en réalité, l'idée des Jurys Citoyens (ou Populaires, qu'importe: le peuple c'est l'ensemble des citoyens et on ne peut pas à la fois rejeter le peuple et prétendre respecter le citoyen) est à la fois immensément plus complexe que ce qu'on a dit et par dessus le marché, c'est une très bonne idée:

D'abord, il faut commencer par voir qu'il est inutile de prétendre que ce procédé va tuer la "confiance" entre l'élu et le citoyen. Premièrement, la confiance entre l'élu et le citoyen n'est ni souhaitable, ni même existante.
Elle n'est pas souhaitable parce qu'une démocratie ne peut se maintenir si elle est basée sur la confiance aveugle du citoyen qui dit "je crois mon élu sur parole". Au contraire, l'ingrédient essentiel à la démocratie, c'est la méfiance: c'est quand le citoyen non seulement exige d'être convaincu par le politique, mais quand celui-ci ne se contente pas d'être convaincu une fois, qu'il continue d'exercer sa vigilance tout le long du mandat de l'élu. La méfiance n'est en aucun cas un rejet, un citoyen méfiant peu parfaitement considérer son élu comme étant compétent et honnête et s'en remettre à lui, mais dans ce cas, ce sera un choix qui sera informé et rationnel.
Elle est inexistante car à l'heure actuelle, ce n'est pas la confiance qui prédomine, ni la méfiance, mais la certitude d'être abusé, c'est à dire la confiance aveugle à l'envers. Au lieu de croire tout ce qu'un élu leur raconte, beaucoup de gens sont convaincu de la malhonnêteté intrinsèque des élus. Si 60% des français croient que leurs élus sont corrompus, cela veut dire que pour plus de 25 millions de personnes la malhonnêteté de l'individu est une certitude. Alors, comment exiger un système basé sur "la confiance entre l'élu et le citoyen" si le citoyen refuse de croire l'élu? Le système lui même est caduc si la confiance est renversé dans une certitude négative.

Il faut donc commencer par un premier constat, non seulement la démocratie représentative est en crise, mais cette crise est une grave crise de légitimité. On reproche au Parlement de ne pas être représentatif de la société, on reproche aux élus de circonscription de se construire des "fiefs" on reproches aux élus de liste d'être arrivé sur la liste par courtisanerie et non par compétence...
En même temps, pour beaucoup, le monde politique est une machine à broyer les idéalismes: combien de fois entendons-nous quelqu'un, dans une discussion qui porte sur tel ou tel politique une tirade du type «De toute manière on ne peu pas monter si haut sans se compromettre»
Si l'honnêteté, la compétence et même la sincérité des élus en général est aussi massivement contestée qu'aujourd'hui, la légitimité de la démocratie est attaqué à la fois parce qu'on lui reproche de produire des leaders indignes de leur charge, mais aussi parce qu'on la juge incapable de se corriger d'elle même.
Il est aussi complètement inutile de voir un élu dire que les élus sont légitimes, que les élus doivent être mis "à l'abris des pressions" et que des élus doivent avoir la confiance du peuple, parce l'élu en question sera d'office considéré comme partial et sa déclaration comme mal venue.

La crise de la démocratie représentative est due au fait que, quand les individus qui ont la garde d'une institution sont contestés, l'institution elle-même est contestée dans son ensemble. Quand une affaire de violence policière ou d'échec de la police éclate au grand jour, c'est toute la police qui subit l'opprobre (l'affaire Dutroux), pareil en cas d'erreur judiciaire (Outreau ça vous rappelle rien?), idem pour des affaires d'infections nosocomiale où la suspicion tombe sur tout le système hospitalier sans parler de l'éducation nationale qui a une énorme cible peinte dans le dos et dont le fonctionnement est remis en cause tous les trimestres.
Si l'institution est la démocratie représentative, le même phénomène se produit. On aura beau affirmer que les carriériste sont l'exception, que les élus sont en majorité compétents et défendent sincèrement l'intérêt général, ce genre d'affirmation, surtout si elle vient d'un parti politique (aisément considéré comme "intéressé") sera disqualifiée d'office.

Cette crise a des effets pervers nombreux, mais je vais me contenter d'un seul de ces effets, l'un des plus connus: l'abstention.
Si l'institution est en crise, le nombre de gens qui refusent de se déplacer pour voter augmente, si le nombre de gens qui votent diminue, il devient de plus en plus facile pour un candidat incompétent/ malhonnête/ populiste de se faire élire. à 85% de participation en 88 Le Pen ne dépasse pas le premier tour, à 70% en 2002 il y passe avec un score en réalité plus faible. À l'échelle locale ou de circonscription, la baisse de la participation facilite l'élections de mauvais représentants, qui l'emportent soit en menant des campagnes populistes, soit en profitant d'une clientèle électorale qui fait la différence (D'après l'auteur Pierre Tafani, un politicien clientéliste cherchera à diminuer au maximum la participation pour augmenter d'autant plus le poids relatif de sa clientèle, et s'il réussi, un élu aisément battu par une forte participation devient indéboulonnable), soit en profitant d'un découpage de circonscription favorable.
On rentre donc dans un cercle vicieux: la crise de légitimité de l'institution permet à de plus en plus de politiciens "pas au niveau" de s'emparer de postes de décision, leur existence même, alors qu'elle est la conséquence de la défiance à l'encontre de la démocratie représentative, en vient à justifier le rejet de l'institution, qui augmente d'autant plus, permettant à davantage de mauvais élus d'apparaître, et ainsi de suite.

Cet effet pervers, associé à de nombreux autres a pour conséquence que sur le long terme, le nombre de gens qui adhèrent à l'idée même de démocratie représentative diminue.
Le problème, c'est que puisque tel est le mouvement actuel, il va arriver un moment où le nombre de gens qui adhère au système représentatif est plus faible que le nombre de gens le rejetant. Et ce jour là, on fait quoi? Ce jour là, la République sera à la merci de n'importe quel apprenti dictateur, qui pourra la détruire sans peine si le nombre de ses supporteur dépasse celui des supporters de la démocratie. Techniquement, il n'y même pas besoin de voir une majorité de gens rejeter la démocratie pour que la situation devienne intenable: il suffit qu'un nombre suffisant de gens deviennent des indifférents, des gens qui ne bougeront pas pour soutenir la démocratie, pour que la République s'effondre.
Bien sûr, à l'heure actuelle, le nombre de défenseurs de la démocratie est immensément supérieur à celui de ses ennemis, mais l'histoire montre qu'une situation donnée peut s'inverser très vite, en à peine quelques années, et adopter l'attitude "Jusqu'ici tout va bien" est totalement irresponsable.

C'est d'ailleurs toute la différence entre le comportement du populiste et celui du défenseur des jurys citoyens: le premier cherche à saper l'existence du système existant car il a l'intention de lui substituer un système dictatorial. Le populiste ne veut pas substituer le peuple à ses élus, il veut se substituer LUI aux élus, et s'il est très fort pour critiquer le système en place, il ne cherchera jamais à mettre en place des solutions pour l'améliorer. Celui (ou celle) qui parle de Jury Citoyen ne cherche pas à abattre la démocratie représentative, mais à lui adjoindre quelque chose de plus.

Il faut noter que l'idée de Jury Citoyen n'est pas une idée d'extrême droite mais un concept imaginé et défendu par les tenants de l'auto-gestion (et autant que je sache, les tenants de l'autogestion sont plutôt du genre à être très à gauche) et qu'elle a été expérimenté surtout dans des régions dirigées par la gauche. Le principe du Jury citoyen n'est pas (je l'ai déjà écrit ici même, mais je le répète) d'organiser un lynchage, mais de perfectionner le système démocratique.

Et je ferai remarquer (en particulier à ceux qui ont voté Non au TCE et qui ont été bien content de voir Chirac se faire un secouer dans son émission de débat avec des jeunes) que le fameux débat Chirac-Jeunesse était déjà d'un certain point de vu un jury populaire.
MAIS, il faut noter que ce type de jury monté avec amateurisme était très défectueux. En effet, non seulement une seule catégorie de la population adulte y était représenté, mais ce "jury" a donné lieu à un débat de 2 heures entre Chirac et l'assistance seulement.
Un véritable jury populaire aurait eu plusieurs caractéristiques notables:
Premièrement, il aurait été composé d'une assistance représentative de la population adulte dans son ensemble et non d'une seule catégorie.
Deuxièmement, ça n'aurait pas été Chirac tout seul face à l'assistance, mais l'ensemble des intervenants sur le traité: pro ET anti TCE auraient alors donné leurs avis au jury.
Troisièmement, les membres du jury auraient certes interrogé les différents intervenants, mais ils auraient aussi débattu entre eux.
Quatrièmement, au lieu de débattre deux heures, ils auraient débattu six semaines.

Ce sont des caractéristiques importantes du Jury Populaire: on ne construit pas une foule qui suit avec aveuglement le speech d'un leader, mais un groupe cohérent qui va avoir pour mission d'écouter tous les avis, à qui ont fournira autant d'informations qu'à un élu (un élu ne peut d'ailleurs prétendre à jouir d'un privilège d'information sur le citoyen lambda) et à qui on donnera le TEMPS nécessaire pour débattre et se faire une opinion sans subir le "temps médiatique" et sans sombrer dans des comportements irrationnels.
À la différence d'un sondage d'opinion, on ne donnera pas 15 secondes aux membres d'un Jury pour dire s'ils approuvent ou pas l'action d'un élu ou d'un gouvernement. Toute conclusion d'un tel jury sera le fruit d'une longue réflexion (et six semaines à réfléchir sur le bilan d'un gouvernement à temps plein, c'est long).
De plus, si on observe les fondements d'une république parlementaire, la base, ce n'est pas de dire "il n'y qu'une minorité qui peut comprendre" mais au contraire de dire "on n'a pas les moyens de demander à tout le monde" d'où l'idée de construire un parlement, appelé par ailleurs la "représentation nationale". Le principe de base du jury populaire, c'est exactement le même: puisqu'il est, en dehors des élections et des référendum, matériellement impossible de demander l'avis informé de tous les citoyens, le jury citoyen présente une solution alternative parfaitement valable.

Une telle institution présente de nombreux avantages: il est facile pour un homme politique de déconsidérer la critique d'un élu du camps d'en face, d'un journal dont la ligne éditoriale est éloignée de la ligne politique de son parti, il est facile de considérer chaque doléance individuelle comme n'étant justement qu'individuelle et ne remettant pas en cause une décision prise ou un projet en cours, il est facile de fermer les yeux et de ne lire les sondages que lorsque ceux-ci sont flatteurs. Mais qu'un jury représentatif de la société et reconnu comme institution de la république présente un avis collectif obtenu après un long débat, et il sera infiniment plus difficile de jouer les autistes.

Dans sa réalisation concrète, de tels jury pourraient non seulement exister au niveau local, mais aussi régional national (et même au delà): de tels groupes pourraient alors être convoqués sur une base ordinaire (par exemple, tous les ans) pour donner un avis général sur la politique menée par une assemblée, ou être convoqués de manière extraordinaire pour plancher sur un sujet particulier de réforme ou de projet de loi.

Si de tels jury existent, non seulement le CPE aurait pu être court-circuité très tôt, sans que 3 millions de personnes ne se retrouvent obligées de descendre dans la rue, mais d'autres projets de l'UMP auraient pu être contrés plus aisément: la casse de GDF, la "réforme Fillon", le calcul des impôts qui développe niche sur niche, les lois Sarkozy qui auraient eu plus de mal à passer telles quelles si les habitants des cités et quartiers sensibles (un français sur huit l'air de rien) avaient pu donner leur avis dans le cadre d'une structure institutionnalisée (Alors que la droite néglige depuis quatre ans toute mise en garde venant de l'opposition, venant des associations sur le terrain, venant de la presse, venant des syndicats de magistrats, de policiers, ou de fonctionnaires -à moins que ces mises en gardes ne puissent être retournées à l'avantage de Sarko: il suffit de voir l'instrumentalisation qui a été faîte du rapport du préfet du 93- bref, la droite néglige toute mise en garde qui remonte jusqu'à eux de manière indirecte).

L'idée même du jury n'est pas de "démolir" l'élu ou de se substituer à lui. La seule chose qui peut éventuellement décider en lieu et place de l'élu est le référendum. Mais si la décision finale revient à l'élu ou à l'ensemble des citoyens adultes dans le cas du référendum, un tel jury peut s'avérer plus qu'un simple gadget: en lui offrant le temps de travailler, en assurant aux jurés une indépendance face à l'influence des lobbies, l'institutionnalisation de jurys citoyens peut bloquer le risque de décision en vase clos du monde politique.

Il y a certes des risques de voir un jury être instrumentalisé, mais ces risques sont en surestimés: inconnus avant de le devenir, les jurés seront de fait très indépendants face à l'influence des lobbyistes et des politiques, et si l'échantillonnage est fait correctement le jury aura la capacité de donner des pistes parfaitement raisonnables et utiles aux élus, de même qu'il sera capable d'émettre des avis valables.
En fait, le risque de voir le jury citoyen se "détraquer" n'est pas plus grand que celui de voir une élection perdre son sens à coups d'irrégularités. Et pourtant, dans le cas des élections, et ce risque là, on l'assume en permanence sans remettre en cause le principe de l'élection.

jujube a dit…

Bonjour Richard,

Suivant tes recommandations, j'ai lu attentivement le message de Michel.

Première réflexion: Le titre annonce la couleur avec citoyens" spectateurs"…. A la place de Michel, j'aurais plutôt employé "observateur" pour ne pas donner l'impression de caricaturer délibérément, a priori, péjorativement, et irrévocablement: les connotations de ces 2 termes sont différentes.

Puis je constate qu'au terme "jury de citoyens", est substitué celui de "jury populaire"… Là, ça se gâte: La substitution est-elle volontaire? Je préfère penser que non. (Je suis une incurable optimiste, dans un premier temps). Car la connotation, là encore, n'est pas du tout la même!

J'en viens ensuite au malentendu qui consiste à confondre EVALUER (des actions complexes et différenciées composent l'évaluation) et ETRE SPECTATEUR, je suggère ceci: le "spectateur" n'est pas armé pour évaluer: Ca n'est pas son problème, en a-t-il d'ailleurs envie!!! Pour remplir un rôle d'Evaluation, il faut avoir connaissance des objectifs, mais aussi des "critères de réussite" ou indicateurs, permettant de confirmer (ou pas) que l'action entreprise aboutit effectivement à l'objectif visé ! Là, il y a un minimum de travail à faire par le concepteur de la réforme, qui doit aussi se poser la question: qu'est-ce qui indiquera à tout le monde que ma réforme a réussi, à tous les niveaux de population envisagés.


A part cet éclaircissement sur quelques fondamentaux pour EVALUER, d'autres extraits m'ont aussi interpellé, positivement ou négativement dans le message de Michel:

- la conduite des affaires publiques doit relever de la notion de l’intérêt général.

Complètement d'accord

- c’est le suffrage universel, c’est lui seul qui permet de sélectionner les diverses orientations et projets

Là aussi

- c’est ce même suffrage universel qui conditionne la sanction ou la confirmation des choix préalablement débattus

D'accord bien sûr, mais IL Y MANQUE UNE ETAPE : ce qui peut permettre un ajustement en cours d'action!
Exemple: tu prends un dériveur. Tu estimes au départ la direction du vent: ton estimation est bonne (à ce moment là…) alors tu mets les écoutes aux taquets, et tu attaches la barre après avoir pris le vent… Et tu attends d'être à la bouée, à 1km de là, pour ajuster ta direction ou le réglage des voiles??? Si c'est le cas, bon courage Richard: j'espère que l'eau ne sera pas trop froide!!!

- Les échanges relèvent d’une vision restreinte des espaces politiques et se résume exclusivement à la proximité immédiate (la poubelle, ou la route devant sa maison, son problème avec ses voisins, les nuisances qu’il subit, son confort personnel au détriment des besoins collectifs etc.)

Complètement d'accord là aussi… Il y manque seulement de souligner que ce n'est, hélas, pas exclusivement le fait du "peuple"…

- …confiance envers les élus.

(cf ma remarque ci-dessus) Une coopération éclairée me paraît tellement plus raisonnable et productive (les 35h n'auraient-elles pas pu être ajustées avec ce dispositif?... Mais il est encore temps!)

ANTONIN a dit…

La politique, dans nos démocraties, doit garantir le bien commun et l'interet général.
Dans la republique laïque, forme suprême de la démocratie pour la tradition française, ce bien commun est même porté à des sommets puisqu'il s'agit ni plus ni moins pour la politique d'incarner une façon de vivre ensemble.

ANTONIN

Richard a dit…

Salut Jujube
Je réponds à ton enthousiasme. Tout d'abord merci de me rappeler mes cours de psycho-pédagogie. Moi aussi j'ai suivi des cours avec intérêt sur l'évaluation. Et comme moi tu as dû apprendre que c'est l'act pédagogique le plus difficile à mettre en oeuvre...Pour un professionnel. Alors pense pour 15 pékins tirés au hazard. Sauf si comme tu le suggères ça serait des mecs hyper formés capables d'évaluer sur des trucs précis, etc. Mais bon, tu te rends compte toi même, malgrès ton enthousiasme de la faisabilité relative de la chose.
Quant au dériveur. Pas daccord avec ta carricature. Pour moi (mais pour d'autres aussi) gouverner c'est prévoir. En revanche OK avec la fin de ton billet. mais C'est ce qu'on appelle la démocratie participative. On fait cela avec Nice Plurielle. C'est sympa. En tout cas tant qu'on est dans l'opposition.
A cette heure tardive, je me demande ce que doit penser Montebourg de tout cela. Elle est bien loin son idée de la 6° République.

ANTONIN a dit…

A n'en pas douter, la question des jurys populaires rends ce blog très populaire.

Mais d'abord, qu'est ce que Ségolène entends par "Jurys populaires"?
Va t'elle revenir sur ce terme comme elle l'a fait sur l'encadrement militaire, transformé, il y a peu, en mission humanitaire?

L'élu, de part son engagement, son expérience de terrain, ses compétences, est quelqu'un qui, au regard de toutes les qualités énoncées, est choisi en toute confiance par les citoyens pour exercer un mandat, au terme duquel, et selon son action et la fidélité de son engagement initial, il sera amené à le remettre en jeu.

Entre temps, il doit régulièrement rendre des comptes, c'est un minimum, et doit continuer, tout au long de son mandat, à garder la confiance que les citoyens lui ont accordé.
Ceci d'une part pour rester en accord avec lui même, ses convictions et ses idées (ce pour quoi il a été choisi), d'autre part pour pouvoir continuer son action en sollicitant à nouveau nos suffrages au terme de son mandat.

Mettre en place, en plus de tout ceci, un comité de jurys populaires c'est introduire à coup sur une dose de suspicion entre les élus et le peuple, mais aussi rogner encore un petit peu la relation de confiance établie entre ces deux partis. En on a pas besoin en ce moment.
C'est surtout, et à mes yeux, favoriser l'immobilisme de l'action politique.

Quelle aurait été la position de Mitterand au sujet de la peine de mort s'il avait existé à l'époque des jurys populaires forcément représentatifs de l'opinion de la socièté Française qui y était hostile?

Patrick Balkany, élu des Hauts de Seine, condamné pour diverses malversations mais tout de même réelu par des citoyens parmi lesquels on pourrait compter des membres de ces jurys populaires.

Quid du jugement de ces jurys dans le cas d'un élu injustement mis en examen puis blanchit longtemps après lorsque l'on connait la lenteur judiciaire? (DSK et la MNEF par exemple.)

Pour ma part, mettre en place une telle mesure c'est tuer le volontarisme, l'imagination et l'innovation en matière de politique.

Le devoir d'une femme, d'un homme n'est t'il pas d'assumer parfois une impopularité passagère afin de favoriser l'émergence d'une grande idée?
Les jurys populaires laissent t'ils cette marge de manoeuvre qui est le coeur de l'action politique?

La politique doit être un combat intellectuel, pas une action indexée sur les sondages d'opinion ou l'évaluation d'un quelconque jury. Encore moins sur l'image, dictature face à l'imaginaire.

Au final, si une telle mesure est adoptée, l'élu sera la seule personne à ne plus rien imaginer.
Le peuple pensera pour lui. (Comme certains et leur opinion sur la Turquie par exemple).
Remplaçons les par un grand tableau noir et une craie.

ANTONIN

Laurent Weppe a dit…

Promis, cette fois-ci, je ne dépasserai pas les 500 mots.

Visiblement, mon précédent texte était effectivement trop long, vu qu'Antonin est passé à côté de pas moins de trois paragraphes dans lesquels je revenais sur la "confiance" donnée à l'élu.

Je le répète, non seulement un rapport de "confiance" n'est pas souhaitable (la politique a besoin de rationalité, et la confiance est davantage basé sur le pathos que sur le raisonnement) mais il est devenu inaccessible compte tenu de la défiance généralisée qui s'est développée à l'égard des politiques.

En d'autres termes, si l'élu "digne de confiance" existe, l'élu "choisi en toute confiance" lui, n'existe pas, alors que la suspicion que tu semble tant craindre est déjà généralisée.

De plus, pourquoi refuser de tels jurys? correctement assemblés, c'est à dire en étant représentatifs de la population, ils représentent un outil très utile (et peut-être bientôt indispensable) à la vie démocratique:
Dans son discours à l'assemblée, Robert Badinter a affirmé qu'un référendum sur la peine de mort avait déjà eu lieu, puisque les Français, conscients de l'ambition de Mitterand de l'abolir, l'avaient malgré tout élu. En fait, les sondages de l'époques n'avaient jamais pris en compte le fait qu'il existait, parmi les personnes favorables à la peines de mort, un grand nombre d'individus prêts à l'abandonner, et que le nombre réel de supporter de la peine de mort était inferieur au nombre réel d'opposant, et ce dès avant 81. Un jury populaire aurait pu mettre une telle chose en évidence, et peut-être même aurait-il pu permettre une abolition moins tardive de la peine capitale.
Quant à l'affaire Balkany, il ne faut pas oublier qu'avec une abstention de 47% en 2002, Balkany a été élu par moins de 30% de la population, clientélisme compris. Un jury citoyen n'aurait compté qu'une petite minorité d'affidés à Balkany, et ses conclusions non seulement auraient été certainement peu amènes pour le maire de Levallois, mais elles auraient pu convaincre la moitié d'abstentionnistes de la ville de venir voter, car, derrière sa réélection apparemment facile dès le premier tour, il aurait suffit que 2.000 personnes sur les 35.000 électeurs de Levallois viennent voter en plus pour que Balkany soit mis en danger. 2.000 personnes, qui auraient pu être amenées à bouger par un jury qui n'existait pas à l'époque.

De plus, à l'heure actuelle, ce qui tue le volontarisme et l'imagination en politique (il n'y a qu'à regarder Nice), ce n'est pas des jurys qui n'existent pas encore, mais au contraire cette habitude du "restons entre nous", et les jurys peuvent précisément être un moyen de réduire à néant cette habitude néfaste.

487 mots, OUF, j'ai même réussi à faire moins long qu'Antonin.

Jujube a dit…

Salut Richard,

Nice plurielle: en 2000, quand j'ai atterri à Nice, "Nice Plurielle" m'a impressionnée, puis en 2001 j'étais hors de moi devant le spectacle de Peyrat et sa commère , gloussant d'autosatisfaction ricanante face à Patrick Mottard dans la rencontre TV qui a suivi.
Oui donc, avec enthousiasme, pour une gauche plurielle.

L'évaluation, ce n'est pas en cours que j'ai apprise: on n'en parlait pas encore sérieusement, quand j'étais étudiante en 70 (nous avons un gros écart d'âge) : c'est dans des bouquins,"sur le terrain", en recherche didactique dans les années 80 et 90 (dans une autre région), et en ZEP, que j'ai pu développer une pratique dans ce domaine (et en faire bénéficier des stagiaires CAPEPS "en situation"…)
A part ça, mon exemple du dériveur ressemble effectivement à une caricature alors que je l'ai plutôt voulu comme boutade. Désolée.


Oui, sur le fait que gouverner (comme enseigner, d'ailleurs…) c'est prévoir un objectif, une trajectoire et l'état visé: qu'est-ce qu'on veut voir à l'arrivée, pour qui, et combien... Il faut AUSSI remédier aux dérives ou détournements de l'objectif en cours de réalisation. Comme le dit Laurent Weppe, il y a "des élus dignes de confiance", mais une confiance aveugle n'est pas souhaitable, et pourquoi refuser un outil (jyry de citoyen) qui permettrait de réajuster immédiatement la mesure? Car il me semble important de bien mesurer en politique aussi que personne n'est infaillible, et omniscient (le "je sais ce qu'il faut faire" - sans nous dire quoi - prononcé par l'un de nos 3 candidats il y a quelques mois m'a fait bondir.)
D'autre part, comme le souligne Laurent (que je ne connais pas mais dont j'apprécie les mots) la gouvernance en petit cénacle, et le "restons entre nous", conduit dans certains cas à des situations détestables.

Exemple de mesure qui a subi quelques dérives non contrôlées à temps: les 35h: Martine Aubry s'est offusquée d'entendre que la mise en œuvre de sa mesure, si elle a réduit le chômage, n'a pas su favoriser les salariés les plus démunis… N'aurait-elle pas pu être "ajustée" dès les premiers – petits – ratés avant que la droite ne s'en trouve confortée?


Oui, ce sera difficile: quels critères observables, et jusqu'où la transparence de ces critères…
Oui donc, pour que les concepteurs des mesures qui sont appliquées donnent les indicateurs pertinents à un "jury citoyen", et clarifie l'objectif. Ca ira lentement, bien sûr, mais cette implication du citoyen lambda tiré au sort, lui permettra AUSSI d'être effectivement acteur social, et citoyen critique?

C'est pour toutes ces raisons qu'il me semble difficilement contestable de vouloir développer une culture (et ce dispositif) d'évaluation en politique. Ca ce serait une petite révolution!

Nous ne cherchons pas une foule moutonnière (qui s'est largement égaillée dans la nature ces dernières années…) mais des acteurs de leur vie et du progrès de la démocratie. C'est pourquoi je me demande si Ségolène n'est pas en mesure aujourd'hui, de nous aiguiller vers un sentier difficile, mais qui grimpe, qui grimpe, sans beau discours ni effets de manche ou de poing superflus. Et, au fait, n'y aurait-il pas là des prémisses – en actes, en faits, en preuve - d'une 6è république? Un élément de réponse à Arnaud a été donné par Ségolène, à Frangy: en gros, c'était "faisons la", et nous déciderons après de l'appeler 6è république… C'est là un état d'esprit qui me plait, comme cette formule d'une inspectrice pédagogique de la région Parisienne: "on ne change pas la pédagogie par décret" (mais en actes, sur le terrain…)