19 mai 2011

La piel que habito

FESTIVAL DE CANNES N°6

Entre le hara-kiri… avec un sabre de bois du héros de Takashi Miike et les expériences chirurgicales frankensteiniennes du docteur fou de Pedro Almodovar, il fallait avoir le cœur bien accroché pour assister à la projection des deux films en compétition à Cannes aujourd’hui…

La piel que habito



Hara-kiri : death of a samouraï, Takeski Miike (Japon)

Un samouraï pauvre est poussé à se faire hara-kiri dans des conditions atroces par le clan cruel auquel il demandait assistance. Son beau-père, tout en le vengeant, va sérieusement écorner le mythe des samouraïs en mettant en avant des valeurs humanistes.

Le film est avant tout un mélodrame social, une sorte de Germinal nippon où on nous explique que le métier de samouraï ne nourrit pas forcément son homme et sa famille.

Pour information, le film de Miike est le premier en 3 D dans le cadre de la compétition officielle à Cannes : re-bof !

La piel que habito (La peau que j’habite), Pedro Almodovar (Espagne)

Le docteur Ledgard, éminent chirurgien esthétique, a perdu sa femme, victime de brûlures, dans un accident de voiture. Depuis, il se consacre à la création d’une peau de synthèse capable de résister à toute agression qui lui aurait permis de sauver son épouse. Pour cela, il ne va reculer devant aucun moyen, y compris l’utilisation d’un cobaye humain auquel, il est vrai, il pense avoir quelques raisons d’en vouloir.

On peut ne pas aimer Almodovar. Mais si on apprécie le réalisateur espagnol – c’est mon cas – il ne fait aucun doute que « La piel que habito » est un pur produit « almovodarien ». Sous le patronage de deux acteurs cultes du cinéaste, Marisa Peredes et Antonio Banderas, tout y est : l’histoire alambiquée, l’esthétique movida, les personnages énigmatiques, l’ambiguïté des sexes, les couleurs criardes, la musique latino… Le tout nappé de cette cruauté réjouissante qui est la marque de fabrique de l’ami Pedro.

Mi-Prométhée, mi-Frankenstein, à la fois impitoyable et fragile, le docteur Ledgard aura désormais une place de choix dans mon Panthéon des personnages almodovariens. Mais pas la première : celle-là je la réserve toujours à Begnino Martin, l’infirmier-passeur de « Parle avec elle ».

Lars le mélancolique

FESTIVAL DE CANNES N°5

Aujourd’hui, deux films étaient attendus à Cannes : l’épopée sarkozienne de Xavier Durringer et le Von Trier de l’année, « Melancholia ». J’ai eu la chance de voir les deux.

Melancholia


La conquête, Xavier Durringer (France)

D’emblée, on peut dire à propos de ce film qu’il y a tromperie sur la marchandise. Présenté un peu comme une version contemporaine de « La prise du pouvoir par Louis XIV » de Rosselini, ce film est en fait un « Chabada » sauce maussade qu’on aurait pu intituler « Nicolas et Cecilia ». L’histoire conjugale mouvementée des Sarko est non seulement le fil rouge, mais la colonne vertébrale de « La conquête ». Sans jouer au marxiste de service, on peut quand même supposer que l’histoire de cette période était plus complexe qu’une simple conséquence des marivaudages d’un couple.

Dès lors, l’originalité et l’ambition du « premier film français traitant d’un Président en exercice » en prend un coup. Cela dit, même si on n’apprend rien (tout est archi-connu), « La conquête » se regarde sans déplaisir. Notons quand même que les scènes impliquant Chirac nous entraînent plus du côté des « Guignols de l’info » que du docu-drama.


Melancholia, Lars Von Trier (Danemark)

La planète Melancholia se dirige vers la Terre et la fin du monde est proche. La mélancolique Justine, qui a pris soin de foutre en l’air sa vie terrestre en bazardant mari et boulot au cours d’une soirée de noces digne de « Festen », se révèle beaucoup mieux préparée que sa sœur, la sociable et altruiste Claire, pour affronter la catastrophe finale. Morale de l’histoire : la mélancolie est un remède imparable contre la peur de mourir. Bien sûr, il n’est pas interdit de poser une question qui est tout sauf saugrenue : pourquoi refuser de s’engager et gâcher sa vie pour avoir moins de regrets de la perdre ? Il faut bien avouer que Lars Von Trier ne répond pas vraiment à la question dans un film d’une grande beauté formelle et à la distribution XXL (Kirsten Dunst, Charlotte Gainsbourg, Kiefer Sutherland qui, soit dit en passant, n’essaie même pas d’activer la cellule antiterroriste de « 24 h chrono » contre Melancholia !)

17 mai 2011

Marxiste tendance Marcel

FESTIVAL DE CANNES N°4

Entre obligations politiques et obligations professionnelles, ce sont cinq films que j’ai pu grappiller sur la Croisette depuis dimanche. Suffisamment pour avoir définitivement acquis la certitude que le Festival 2011 sera un grand cru.

Le Havre

The artist, Michel Hazanavicius (France)

Une vedette du cinéma muet se trouve confrontée à l’arrivée du cinéma parlant et à la concurrence d’une jeune figurante devenue star. Si le scénario ne brille pas par son originalité, la forme est plutôt inattendue. Hazanavicius nous propose en effet un film muet en noir et blanc. Le résultat est plus qu’honorable et a provoqué une des plus longues standing ovations à laquelle il m’ait été donné d’assister à Cannes en soirée. Devant ce déferlement d’enthousiasme, Jean Dujardin, le héros du film, esquissera même quelques pas de danse pour masquer son émotion.


Hors Satan, Bruno Dumont (France)

Depuis « L’Humanité » et « Flandres », vus ici même en 1999 et 2006, je suis un inconditionnel de ce cinéaste nordiste discret et inclassable, suscitant souvent l’incompréhension de mes proches nettement moins enthousiastes.

Sur la Côte d’Opale, entre mer et marais, un jeune ermite doté de pouvoirs mystérieux passe ses journées à errer ou à prier. Il se lie d’amitié avec une jeune fille de ferme qui prend soin de lui et le nourrit. Véritable ange rédempteur, en quelques jours, il va tuer un violeur, sauver une enfant, faire l’amour à une épileptique et même ressusciter une morte. A sa façon, il s’emploie à chasser le démon qui rode.

Même si les paysages austères du Nord – Pas de Calais remplacent ceux de Judée ou de Samarie, même si les SDF marginaux se substituent aux prophètes, c’est bien une nouvelle histoire biblique que nous offre Dumont. Satan va finir par lui en vouloir !


The tree of life, Terrence Malik (USA)

Le dernier film de Malik est à la fois l’histoire de la famille O’brien dans le Texas des années 50 avec un père autoritaire et une mère aimante élevant, non sans conflits, leurs trois enfants, mais aussi, et peut-être surtout, une épopée cosmique évoquant, du Big Bang à nos jours, l’histoire de l’humanité.

Il s’agit, après une longue introduction digne de celle de « 2001 : l’Odyssée de l’espace », d’illustrer ce qu’une voix off appelle l’opposition entre la grâce et la nature, l’amour et l’ordre.

Malgré le souffle panthéiste qui parcourt la sublime nature de la campagne texane, on a le sentiment que les épaules des O’brien sont parfois un peu étroites pour porter le fardeau de cette opposition immémoriale entre l’amour universel aux accents new age et l’amour de ce Dieu que les hommes ont inventé pour traverser les espaces glacés de leur mortelle condition.

Même si le film est suffisamment lumineux pour nous aider à choisir, pour ma part, c’est sans aucune hésitation que je prends le parti de Madame O’brien : « Sans amour, la vie passe comme un éclair ».


Le Havre, Aki Kaurismaki (Finlande)

Ex-écrivain reconverti en cireur de chaussures, Marcel Marx rencontre par hasard un enfant africain clandestin. Avec ses amis, déjouant les pièges de la police et des dénonciateurs, il va tout faire pour permettre à l’enfant de rejoindre sa mère à Londres.

Kaurismaki nous offre-là un conte directement issu de l’univers aujourd’hui délaissé du réalisme poétique (un des personnages s’appelle d’ailleurs… Arletty). Avec Marcel et sa femme, les commerçants du quartier, Little Bob le rocker sexta, Chang le faux chinois, Monet le commissaire au cœur d’artichaut amateur d’ananas, Kaurismaki nous offre, comme à son habitude, une galerie savoureuse de personnages décalés, pittoresques, d’une grande humanité, mais restant toujours en phase avec la réalité sociale et politique (on parle beaucoup de Sangatte et de Calais). De quoi devenir marxiste tendance Marcel.

Comme en plus l’histoire et belle et que la ville du Havre, ses couleurs, ses laideurs et son port convient très bien à l’esthétique du réalisateur finlandais, on tient peut-être là une future Palme d’or. D’ailleurs, il y a un signe qui ne trompe pas : ma voisine, qui en est pourtant avare, a essuyé ses premières larmes de l’édition 2011… Alors ?


The Beaver, Jodie Foster (USA)

Walter est dépressif, sa femme finit même par le chasser de la maison pour le bien des enfants. Un soir, il trouve au fond d’une poubelle une marionnette de castor. Désormais, il utilisera celle-ci pour extérioriser toutes les choses qu’il n’ose plus exprimer. Du coup, Walter redevient plus positif et sûr de lui. Le problème qui lui reste à résoudre sera de savoir comment se débarrasser de ce leurre.

Le film de Jodie Foster passionnera sûrement les amateurs de psychologie et de dédoublement de personnalité. Pour ma part, il restera celui qui nous permettra de croiser, au hasard des couloirs, la mythique et belle Jodie.

16 mai 2011

Dominique S.K.

P. Mottard, D. Migaut, D. Strauss-Kahn, Shimon Peres, Tel Aviv, 1986

Je n’ai évidemment aucune information sur l’affaire. Je n’ai pas de lien particulier avec DSK. Je n’ai même pas voté pour lui aux investitures présidentielles de 2007.

Et pourtant…

Devant ces images terribles qui tournent en boucle sur les écrans du monde entier, je me souviens avec beaucoup d’émotion d’une semaine passée à ses côtés, il y a déjà vingt-cinq ans. C’était en 1986. Il dirigeait notre petite délégation socialiste d’une dizaine de personnes en Israël. De Massada à Jericho, nous avions sillonné la Terre Sainte. A Tel Aviv, nous avions rencontré Shimon Peres, à Jérusalem, une délégation palestinienne.

En avion, en bus, en voiture, au cours des réunions, des débriefings et des repas, nous avons eu l’occasion de parler, d’échanger, de nous connaître un peu. J’ai le souvenir d’un homme enthousiaste (c’était son premier voyage en Israël), intelligent, cultivé, mais surtout attentif à l’autre, simple et même fraternel.

Et je pense que cela, il est important de se le rappeler aujourd’hui.

14 mai 2011

Le secret des Shkolnik

FESTIVAL DE CANNES N°3



Comme cela arrive parfois au Festival, nous avons eu droit aujourd’hui à deux films totalement différents : un blockbuster américain et un drame intimiste israélien.

Pirates des Caraïbes : la fontaine de Jouvence, Rob Marshall (USA)

Pour la deuxième fois au Festival, ce film nous a obligé à chausser les lunettes 3 D. L’occasion de vérifier que, décidément, je n’aime pas cette technique qui fragmente artificiellement l’image et transforme la plupart du temps l’arrière-plan en décors peints façon Méliès.

« La fontaine de Jouvence », nouvel épisode de la saga « Pirates des Caraïbes » est un film sympathique si on a un peu d’indulgence pour le bruit assourdissant de la bande son. Une scène, notamment, se révèle étrange et poétique : l’attaque du bateau par les sirènes. Dans le rôle de Barbe Noire, on a le plaisir de retrouver Ian McShane, le proxénète et tenancier de la série Deadwood. Quant à Johnny Depp, il joue son rôle de pirate maquillé avec ce brin d’autodérision – probablement acquis chez Tim Burton – qui lui permet d’extraire parfois son personnage de l’univers Disney.


Hearat Shulayim (Footnote), Joseph Cedar (Israël)

Les Shkolnik sont chercheurs en théologie de père en fils. Le Talmud n’a pas de secrets pour eux. Eliezer, le père, professeur puriste, érudit et un brin misanthrope, a toujours été malchanceux dans ses recherches, alors que son fils, Uriel, auteur prolixe et à succès, est la coqueluche de l’Université.

Après avoir refusé pendant vingt ans, l’Académie décide toutefois d’honorer la carrière d’Eliezer en lui accordant la plus haute récompense du pays. Hélas, quelques heures après, on s’aperçoit qu’il s’agit d’une erreur matérielle et que c’est le fils qu’on voulait honorer.

Cette situation inextricable va provoquer un affrontement plutôt rude entre l’Institution, le fils, le père. Dans un premier temps, on prend Eliezer pour une victime, lointain cousin du pathétique Cripure, le personnage de Louis Guilloux dans son merveilleux roman « Le sang noir ». Mais, plus le film avance et plus on se doute que la réalité et plus complexe. De petites trahisons en grandes tromperies, en passant par toute la gamme des humiliations, « Hearat Shulayim » est une succession de huis clos d’une violence psychologique inouïe. Nous avons là la première surprise du festival et l’acteur Shlomo Bar Aba, sorte de sosie israélien de Galabru, sera, n’en doutons pas, un candidat sérieux au prix d’interprétation.

13 mai 2011

Habemus papam

FESTIVAL DE CANNES N°2



Ce n’est pas pour rien que j’ai placé ce blog et quelques fêtes de Gauche Autrement (Cf. photo ci-dessous) sous le patronage de Nanni Moretti. Son dernier film prouve une fois de plus que ce réalisateur à la fois engagé et inclassable incarne presqu’à lui tout seul ce cinéma italien que nous aimons tant et aujourd’hui bien malade. « Polisse », le premier film français de la compétition complète plus qu’honorablement une remarquable deuxième journée de festival.

Habemus papam, Nanni Moretti

Un nouveau pape (Michel Piccoli, impeccable) est élu par le conclave un peu à la surprise générale. Après avoir accepté du bout des lèvres, celui-ci, pris de panique devant ses nouvelles responsabilités, refuse de se montrer au balcon de saint Pierre et de se présenter à la foule en liesse.

Du coup, on lui envoie dare-dare un psychanalyste (Moretti lui-même au jeu toujours aussi décalé) pour le remettre sur le droit chemin. Cette rencontre ne fait que le déstabiliser un peu plus et il préfère fuir le Vatican et errer dans Rome à la recherche de sa jeunesse perdue. Résultat, tout part en vrille. Pendant que le psy dévergonde le Vatican en organisant, entre autres, un tournoi de volley entre cardinaux des cinq continents, le néo-pape déclame du Tchekhov avec des comédiens de rencontre dans les théâtres de la ville.

Toute la force de Moretti réside dans cette capacité à dynamiter les institutions, leurs scléroses, leurs contradictions, leurs ridicules, sans jamais tomber dans le prêchi-prêcha et la démagogie idéologique. La dérision et le rire, mais aussi l’humanité et la tendresse, sont ses seules armes. Quant à l’efficacité du propos, elle se conjugue toujours parfaitement avec l’élégance de la forme.


Polisse, Maïwenn (France)

Il s’agit d’une saison (au sens où l’on parle d’une saison pour les séries télé) au sein d’une brigade des mineurs de la police nationale. Les personnages sont attachants même si, péché mignon de la fiction policière française, ils n’échappent pas toujours aux stéréotypes et parfois à la caricature. Joey Starr, qui a abandonné sa Benz, est plutôt convaincant en flic intègre et amoureux. Un vrai miracle cinématographique.

Paris est une fête

FESTIVAL DE CANNES N°1

Profitant de la sortie nationale en simultané, c’est… au Pathé Masséna de Nice (comme en 2006 pour Da Vinci code) que nous entamons notre campagne Cannes 2011 avec le film d’ouverture tant attendu de Woody Allen.




Minuit à Paris, Woody Allen (USA)

Dans un premier temps, le dernier film de celui que d’aucuns ont surnommé « le Droopy de Manhattan » semble aussi léger qu’une bulle de ce champagne que l’on peut boire au Moulin rouge. Mais, avec un peu de recul, on s’aperçoit que Minuit à paris, conte charmant et drolatique dans un Paris fantasmé, est aussi une leçon de vie. Gil, écrivain en panne d’inspiration, est amoureux de Paris au point de vouloir y vivre, lui, le Californien. En pré-voyage de noces, son plaisir est gâché par une fiancée virago et des beaux-parents « Tea party ». Du coup, toutes les nuits, il déambule dans la ville et, au douzième coup de minuit, se retrouve inexplicablement dans le Paris des années 20, le « Paris est une fête » d’Hemingway. Et c’est ainsi qu’il se fait pote avec Fitzgerald, Man Ray, Dali ou Buñuel. Il tombe même amoureux d’une des égéries de Picasso. Mais, peu à peu, il va comprendre qu’aun âge d’or, qu’aucun éternel retour ne peut remplacer le vrai bonheur, celui d’ici et maintenant. Pour cela, il suffit de virer l’insupportable fiancée et de suivre la jolie jeune fille rencontrée sur le Pont neuf qui connaît si bien la musique de Cole Porter.

Un mot, bien sûr, à propos de la prestation de la Première Dame : disons qu’elle est anecdotique et démontre le sens du marketing de l’ami Woody. Cela dit, il ne me déplairait pas de retrouver Anne Sinclair dans son prochain film…

Ce matin, début du Festival en « vrai », avec montée des marches, l’espoir fou de croiser Uma Thurman dans un couloir (ah ! la scène des orteils dans Kill Bill) et les traditionnelles retrouvailles avec les copains. Au programme deux films de dames, plutôt originaux.

We need to talk about Kevin, Lynne Ramsay (GB)

Ce Kevin-là est un monstre. A côté de lui, la petite fille de l’exorciste est un personnage de la comtesse de Ségur. A l’âge de 16 ans, il commet l’irréparable. Du coup, sa mère, Eva, tiraillée entre la culpabilité et son sentiment maternel, essaie de comprendre comment la chair de sa chair a pu donner naissance à cette créature démoniaque, au visage presque angélique et au regard perpétuellement ironique. Le climat du film est particulièrement pesant (cf. l’horrifique scène des litchis) et le spectateur est quand même soulagé au mot « fin ».

Sleeping beauty, Julia Leigh (Australie)

Pour payer son loyer, Lucy, une jeune étudiante, s’adonne à la prostitution. A l’instar des « belles endormies » de Kawabata, elle accepte d’être droguée la nuit, livrant son corps à des vieillards libidineux dans une maison de rendez-vous haut de gamme. « Peut-on prêter son corps innocemment ? » semble être la question posée par la réalisatrice australienne dont c’est le premier film. On peut ne pas y répondre. Ce que certains spectateurs ont fait en piquant du nez…

09 mai 2011

Le 10 mai 81 en 2011


Il y a trois ans, j'avais publié sur ce blog un billet - d'ailleurs anecdotique - sur le 10 mai 81, demandant aux lecteurs de décliner "leur" 10 mai... Le résultat dépassa mes espérances puisqu'il s'en suivit une quarantaine de réponses dont certaines avaient même intéressé les médias (notamment La Cinq). Aujourd'hui, je fais appel aux nouveaux lecteurs pour qu'après avoir lu les commentaires d'il y a trois ans, ils fassent à leur tour la narration de leur soirée du 10 mai. A vo claviers !

Demain 10 mai 2011, sur la France Bleu Azur, vous pourrez entendre, pendant les infos, le témoignage de Dominique Boy Mottard qui a été interviewée par une journaliste de la radio locale.

08 mai 2011

Chez Maria et José

Avec les Kitchies

Un mois et des poussières après les élections cantonales, c’était la fête des retrouvailles des équipes des cantons de Nice 5 et 7.

Il y avait un jardin vert, une maison jaune, des roses rouges, des enfants, des rires, les Kitchies de Jonathan, du punch, du champagne, des robes colorées, des jeux, une pluie de bonbons, des souvenirs de campagne, quelques danses esquissées, des grillades, du soleil, des bébés bien sages, du rosé bien frais, un petit chien espiègle, un sous-marin insolite, Nani Moretti et son scooter, « Imagine », des histoires drôles, un taboulé géant, des amis de passage, de l’eau aspergée, « Hallelujah », quelques plans sur la comète…

C’était là-bas, au nord du Vallon des Fleurs
C’était chez Maria et José
Le plaisir d’être ensemble
Tout simplement.


Plus de photos de la journée chez Dominique.

07 mai 2011

La grande Catherine



Délaissant pour quelques jours France Info et Radio Bleu Azur, j’ai affronté cette semaine les fastidieuses séances de surplace automobile imposées par les embouteillages niçois en compagnie de Catherine Ringer.

Amorçant l’après Rita Mitsouko, Catherine nous livre un premier album solo « Ring n’Roll » à la fois évident (la filiation avec le duo) et surprenant (la naissance d’un univers).

Ce passage de témoin est symbolisé par l’hommage à Fred Chichin, Mahler : quelques mots simples et bouleversants sur l’adagietto de la 5e symphonie de Gustav Mahler, la musique de Mort à Venise.

« Au fond de moi
Oui c’est bien toi
Encore toi qui me fais rire là
Ton regard est dedans mes yeux
Oui c’est ta flamme
Et je suis deux »

Les douze titres mettent en valeur la voix si particulière de la chanteuse. Une voix qui jongle avec le français, l’anglais et les onomatopées. Une voix tour à tour céleste, étrange, mutine, sensuelle, « ninahagenienne », enfantine. Un voix prête à toutes les extravagances. Une voix capable de transformer les mots les plus mièvres en messages subversifs.

Les textes ne sont pas écrits pour se suffire à eux-mêmes et être plaqués sur une mélodie, ils servent la musique et l’interprétation, c’est leur raison d’être. Et, de chanson en chanson, du charmant Vive l’amour au planant Yalala, de l’étrange Punk 103 au cosmique Rendez-vous, c’est tout un univers qui s’installe, un univers peut-être plus Ringer que Mitsouko.

Jusqu’à cette obsession de la mort qu’on retrouvait, très présente, dans le répertoire du duo (Marcia baila) et qui cède un peu de terrain au profit de l’espoir. Même si ce n’est pas gagné.

« Grâce à l’amour
On n’est pas mort
Et ça, ça vient pas tout seul, non
Ça vient pas tout seul »

04 mai 2011

Les 4 de 1998...

Avec Jean-François Knecht *

En cette fin de soirée du 22 mars 1998, nous sommes quatre à faire face à une poignée de militants dans la grande salle du local fédéral du Parti Socialiste, rue Antoine Gautier : Paul Cuturello, Patrick Allemand, Jean-François Knecht et moi-même.

Nous sommes heureux, mais c’est avec un sourire pâle que nous exprimons notre surprise, voire notre stupeur, à nous retrouver là au terme d’une soirée historique qui a vu notre quadruple victoire aux cantonales niçoises. C’est que nous avons du mal à intégrer cet événement considérable : pour la première fois depuis 1981, nous avons fait gagner la gauche dans un scrutin de circonscription.

Pour ma part, je viens de mettre fin à la saga Médecin dans le 5e canton. Je bats, en effet, Geneviève Assémat-Médecin, sœur de Jacques et fille de Jean, dans le fief électoral du médecinisme. J’ai même la satisfaction de réaliser le meilleur score dans le canton politiquement le plus à droite des quatre, encore lors des dernières présidentielles de 1995.

1er tour :
1) Mottard (PS) 31,32%
2) Anselin (FN) 28,88%
3 Assémat-Médecin (RPR) 27,52%

2e tour :
1) Mottard 39,87%
2) Anselin 31,37%
3) Assémat-Médecin 28,75%

A l’ouest de la ville, dans le 14e canton, Paul Cuturello bat Max Baeza, l’homme de la mairie, également dans une triangulaire. De justesse.

1er tour :
1) De Gubernatis (FN) 31,47%
2) Cuturello (PS) 29,70%
3) Baeza (RPR) 27,62%

2e tour :
1) Cuturello 36,22%
2) Baeza
3) De Gubernatis

A l’est, dans le 12e canton, Patrick Allemand, bénéficiant de la division de la droite dont les suffrages sont partagés entre trois candidats, se retrouve en duel au second tour contre le FN et l’emporte lui aussi sur le fil.

1er tour :
1) Zanghi (FN) 26,77%
2) Allemand (PS) 21,10%
3) Leonelli (RPR) 19,92%

2e tour :
1) Allemand 51,07%
2) Zanghi

Jean-François Knecht réalise, quant à lui, sûrement le plus bel exploit du second tour. Arrivé seulement troisième au 1er tour dans le 11e canton, la direction nationale du PS lui demande de se désister pour Rudy Salles, le député UDF de la circonscription. Il refuse… et sera élu au second tour.

1er tour :
1) Schenardi (FN) 30,12%
2) Salles (UDF) 29,38%
3) Knecht (PS) 22,65%

2e tour :
1) Knecht 36,71%
2) Salles
3) Schenardi

Pour la droite locale, ce coup d’éclat devait rester sans lendemain et nous fûmes longtemps considérés comme des usurpateurs. Pourtant, en 2004, au renouvellement, nous fûmes réélus sans coup férir.

 Avec Patrick Allemand *

Je fais à nouveau le meilleur score dans le fief médeciniste du 5e canton en battant en triangulaire la députée RPR Muriel Marland Militello.

1er tour :
1) Mottard (PS) 37,82%
2) Marland Militello (RPR) 28,81%
3) Maisonneuve (FN) 23,47%

2e tour :
1) Mottard 45,08%
2) Marland Militello 35,59%
3) Maisonneuve 19,33%

Paul Cuturello se retrouve à son tour en duel face au FN, la droite ayant quelque peu délaissé le terrain. Il gagnera.

1er tour :
1) Cuturello (PS) 32,96%
2) De Gubernatis (FN) 31,32%
3) Murcia (RPR) 17,42%

2e tour :
1) Cuturello 54,38%
2) De Gubernatis 45,62%

Patrick Allemand, à son tour, fait l’expérience d’une triangulaire en battant l’éphémère député de droite de la 1ère circonscription, Jérôme Rivière.

1er tour :
1) Allemand (PS) 31,91%
2) Pigli (FN) 29,58%
3) Rivière (RPR) 29,48%

2e tour :
1) Allemand 39,70%
2) Rivière 36,14%
3) Pigli 24,17%

Quant à Jean-François Knecht, après un premier tour serré, il bat André Bonny, le suppléant de Rudy Salles, au second tour.

1er tour :
1) Knecht (PS) 32,70%
2) Bonny (UDF) 31,72%
3) Dauvergne (FN) 27,38%

2e tour :
1) Knecht 40,89%
2) Bonny 37,60%
3) Dauvergne 21,51%

Le destin et les choix politiques ne nous permettrons pas de boucler ensemble ce deuxième mandat.

Le 18 avril 2007, Jean-François Knecht meurt brutalement. Le choc est rude et, dans la foulée, la candidate de la Fédération socialiste sera sèchement battue dans la partielle sui suivra. La perte du canton sera confirmée en 2011, une candidature communiste empêchant le candidat du PS d’accéder au second tour et de probablement reconquérir le siège.

Au printemps 2009, Patrick Allemand, qui est en situation de cumul des mandats, décide de démissionner de son poste de conseiller général du 12e canton. Il sera toutefois le suppléant de la candidate socialiste qui briguera sa succession. Mais le candidat de l’UMP gagnera haut la main la partielle. Succès largement confirmé en 2011.

Avec Paul Cuturello *

Arrivent enfin les cantonales de 2011 : après avoir éliminé la candidate du maire UMP au premier tour (l’adjointe de territoire Catherine Moreau), je l’emporte assez confortablement dans un duel contre le FN.

1er tour :
1) Mottard (PRG) 31,68%
2) Mascagni (FN) 28,94%
3) Moreau (NC) 26,28%

2e tour :
1) Mottard 56,06%
2) Mascagni 43,94%

Par contre, Paul Cuturello sera battu par la candidate UMP dans un duel.

1er tour :
1) Estrosi-Sassone (UMP) 34,01%
2) Cuturello (PS) 29,25%
3) Peyrat (DVD) 21,35%

2e tour :
1) Estrosi-Sassone 54,45%
2) Cuturello 45,55%

Après la disparition de Jean-François, la démission de Patrick et la défaite de Paul, je suis donc « le dernier des 4 de 1998 ».

 * Photos prises dans le cadre de la campagne municipale de 2001.

02 mai 2011

Les Ponthus à Nice



Mottard par mon père, je suis Ponthus par ma mère. Ainsi, je serais le descendant – très lointain – d’un Chevalier de la Table Ronde (sur le sujet, voir mon billet du 16 novembre 2009).

L’ACP (association des Amis du Chevalier Ponthus) ayant décidé de réunir son assemblée annuelle à Nice, je me suis vu confier l’organisation matérielle et touristique de l’événement. Cette expérience toute nouvelle pour moi s’est en fait révélée charmante.

Sur le plan protocolaire, l’association sera accueillie en mairie avec chaleur par le très républicain Benoît Kandel.

Sur le plan associatif, c’est Dominique qui deviendra la première niçoise pure souche membre d’honneur du groupe.

Sur le plan touristique, j’ai pu porter sur ma ville le regard neuf de celui qui la fait découvrir à des amis d’ailleurs. L’occasion d’être surpris par plein de secrets intimes appartenant à cette cité qu’on prétend si bien connaître : les paysages urbains aux angles insolites que l’on peut voir à 360° du parking terrasse de l’hôtel Ibis de la gare, la promenade nocturne mystérieuse et même un peu angoissante que l’on peut faire en traversant le si sombre jardin Albert 1er coincé entre l’exubérance de la place Masséna et celle du Ruhl, les talus fleuris de cette année à coquelicots qui explosent de couleurs au milieu des vignes de Bellet, l’inscription… Pontius sous l’une des statues qui ornent la façade de Sainte Réparate, le grand escalier silencieux et l’atmosphère vaporeuse du Palais Lascaris à l’heure de l’ouverture, le soleil couchant sur les bulbes de l’église russe…

Merci aux Ponthus de m’avoir poussé à jouir de ce plaisir un peu pirandellien qui consiste à jouer au touriste dans sa propre ville.

27 avril 2011

Les idées reçues sur l’immigration

« Les échos » est le premier journal économique français. Sa réputation de sérieux n’est plus à faire et son orientation politique, même si elle n’est pas directe, est plutôt à droite. Pourtant dans son numéro du 26 avril, il publie une enquête maison qui remet en cause le discours gouvernemental et présidentiel sur l’immigration.

1ère idée reçue : les immigrés sont de plus en plus nombreux

Dans les années 20, la moyenne annuelle des entrées en France était de 300 000 immigrés. Ils n’étaient que 200 000 l’an dernier. Comme 100 000 personnes quittent chaque année l’Hexagone, ce ne sont que 100 000 nouveaux arrivant qu’il faut accueillir par an, depuis la régulation des flux migratoires en 1974.

2e idée reçue : la France a plus d’immigrés que les autres pays

En France il y a, comme en Allemagne, 3 immigrés pour 1000 personnes contre 6 en Grande-Bretagne, 8 en Suède et en Italie, 9 en Espagne, 10 en Norvège et 19… en Suisse !

3e idée reçue : les immigrés font exploser les comptes sociaux

En fait, les populations immigrées bénéficient plus du chômage (1,7 fois plus en moyenne que les nationaux) et du RMI (3,8 fois plus), mais ils sont peu représentés parmi les plus de 60 ans qui sont les premiers bénéficiaires de la protection sociale (maladie et retraite). Du coup, la contribution nette moyenne des immigrés au budget de l’Etat est supérieure à celle des natifs.

4e idée reçue : une baisse de l’immigration ferait reculer le chômage

Les emplois occupés par les immigrés sont les plus pénibles, les moins bien payés et les plus précaires. Du coup, ils intéressent peu les chômeurs français. Réduire l’immigration légale aboutirait donc à augmenter le travail au noir et l’immigration illégale. De plus, en période de crise, les immigrés ont joué un rôle d’amortisseur, ce qui a permis aux Français d’origine de se maintenir dans une position plus favorable (20% de chômage chez les immigrés africains).

En clair, la critique quantitative de l’immigration n’est qu’un leurre démagogique. Reste bien sûr le débat qualitatif sur le communautarisme et la capacité de la République à intégrer des populations d’horizons culturels et religieux différents. Mais ce débat pourra être abordé d’autant plus sereinement qu’on ne dira plus de contrevérités sur les chiffres de l’immigration.

25 avril 2011

A propos de Marie-France Pisier



Parce qu’elle était niçoise, célèbre, talentueuse, réputée intelligente et terriblement jolie, parce qu’elle symbolisait si bien la femme des années 80, j’ai toujours rêvé d’avoir Marie-France Pisier comme présidente d’un de mes comités de soutien.

A ma décharge, je crois qu’il n’y a pas eu, au cours de ces dernières décennies, un candidat aux cantonales, aux législatives, aux municipales, à la présidence de son clos de boules ou à l’assemblée de sa copropriété qui n’ait pas souhaité la même chose dans notre bonne ville de Nice.

A ma connaissance, la dame n’a jamais rien présidé, je ne suis même pas sûr que quelqu’un ait eu le courage de le lui demander.

Et finalement c’est très bien, comme ça, il n’y a pas de jaloux. On ne t’en veut pas Marie-France. La preuve, si là-haut auprès de Saint Pierre tu as besoin d’un parrainage pour entrer au paradis des belles dames qui nous ont fait rêver, moi je veux bien faire partie de ton comité de soutien céleste !

24 avril 2011

Mes villes du monde (2) : Florence



Florence n’est pas comme on le pense trop souvent seulement une ville musée. C’est aussi une grande métropole, avec ses quartiers périphériques, ses centres commerciaux, ses HLM, et une circulation digne de l’Enfer de Dante.

Mais de la place de la Signora au Ponte Vecchio, le centre de la ville des Medicis est si beau que c’est par lui que le visiteur est aimanté, c’est une évidence.

Pour ce énième rendez-vous avec la capitale de la Toscane, nous avons pu constater que la magie opère toujours. Intacte.

Les façades polychromes, les piazzas intemporelles, le ciel vaporeux, les collines bibliques, jusqu’à cet Arno si paisible quand il n’est pas redoutable.

L’atmosphère joyeuse mais respectueuse également reste inchangée avec ces voyageurs, jeunes, vieux, tchèques, espagnols, japonais, touroperatorisés, érudits ou pèlerins… une sorte de communion païenne avec l’humanisme de la Renaissance, à laquelle je participe rituellement en allant piétiner l’endroit où s’élevait le bûcher des vanités de Savonarole. Ma façon de constater sans juger que la beauté de la ville doit plus à la virtù du Prince qu’à la vertu du Moine…

Au fil des visites, on se fabrique aussi sa Florence à soi. Pour nous, cette ville appropriée commence en général par une visite aux dames de Sandro : la Vénus, bien sûr, l’allégorie du Printemps, évidemment, mais aussi cette Vierge à la grenade avec laquelle j’entretiens une relation si particulière. Puis, c’est le pèlerinage à San Miniato al Monte qu’au fil du temps nous avons fini par préférer aux orgueilleuses Santa Maria Novella et autres Santa Croce.

Et puis, une ville subjective, c’est aussi celle où, à chaque visite, on ajoute une émotion, une odeur, une image… Celle de ce séjour fut insolite et brève. D’une fenêtre de la galerie des Offices, mon regard suivait paresseusement le cours de l’Arno quand une carpe gigantesque fit un saut périlleux au milieu du fleuve offrant, le temps d’un éclair, son ventre et ses écailles dorées aux rayons du soleil. Elle retomba si brutalement que la surface de l’eau fut pour longtemps ridée de cercles concentriques…

Une ville, ce sont aussi des rencontres. Comme celle qui nous fit connaître, un soir de décembre 1978, dans une trattoria du centre ville, John et Robyn, deux jeunes australiens de passage en Italie qui vivait alors en Angleterre. Naquit une amitié qui, de la Baie des Anges à celle de Sydney, de l’Outback d’Ayers Rock aux monts du Beaujolais, jamais ne sera démentie. Les retrouver au cœur de cette Toscane où nous nous étions rencontrés pour la première fois il y a trente-trois ans sera un bonheur dont l’intensité ne fut que peu atteinte par la mélancolie du temps qui passe.

 Dominique, John et Robyn à Florence, en 1978

20 avril 2011

Où, quand et qui ?

Non remplacement d’un fonctionnaire sur deux… Cette phrase si souvent répétée par les autorités du régime se veut raisonnable et responsable. En temps de crise, mon pauvre Monsieur ! un peu comme s’il fallait expier les années de supposées goinfreries de l’Etat Providence post-Trente glorieuses à la façon du Maréchal Pétain et de sa « divine surprise » effaçant la débauche sociale du Front Populaire.

A chaque fois que cette petite phrase a été prononcée dans une assemblée où je siégeais, j’ai toujours répondu : où ? quand ? qui ? n’obtenant que des sourires gênés en guise de réponse.

A ceux qui auraient encore quelques complaisances pour ce type de démagogie, je suis prêt à narrer mes trois visites à l’école Saint Barthélemy (5e canton), mes deux visites avec Dominique à l’école des Acacias (7e canton), ma visite à l’école Fuon Cauda (6e canton). Le tout en moins de deux semaines. Il s’agissait, aux côtés des parents, de défendre des postes, des classes, des heures de soutien aux élèves les plus fragiles…

En fait, nous ne faisons qu’essayer de résister sur le terrain aux conséquences dramatiques de la règle du non remplacement. Quand le slogan se heurte au mur des besoins sociaux, il explose ; mais ses éclats n’en finissent pas de faire des ravages.

17 avril 2011

Les « noirs » d’Odilon Redon



Après un samedi consacré à l’identité républicaine et au passionnant colloque organisé par le PRG avec des personnalités aussi diverses que François Hollande, Jean-Louis Borloo, Arnaud Montebourg ou Simone Veil, nous avons profité de cette escapade parisienne pour faire un tour au grand Palais et à l’exposition consacrée au peintre symboliste Odilon Redon.

C’était l’occasion de faire connaissance avec un artiste à la fois familier – il y a toujours quelques tableaux de lui dans les grands musées – et méconnu – on a du mal à identifier son œuvre dans sa globalité.

Si la diversité du travail de Redon est bien rendue par la rétrospective, j’ai été avant tout impressionné par les lithographies que l’artiste appelle « ses noirs » avec toute la conviction du moraliste qui a dit un jour : « Il faut respecter le noir. Rien ne le prostitue ».

Il s’agit, à travers des séries illustrant très librement et très symboliquement des œuvres littéraires, des rêves ou même la théorie de l’évolution, d’une vertigineuse plongée dans un univers hanté de créatures mi-homme, mi-bête, plus démons qu’anges, aux lisières du crépuscule et de la nuit, de la vie et de la mort, du mythe et de la réalité.

Mais là où, par exemple, les monstres de Bosch semblent sortir tout droit de l’imaginaire ricanant et finalement rassurant de l’artiste, ceux de Redon s’extirpent des cauchemars glaiseux de la partie la plus marécageuse de notre subconscient. Du coup, ces créatures ne sont pas seulement terrifiantes, elles sont dérangeantes. Pas étonnant de la part d’un artiste qui affirme être effrayé par « le silence éternel des espaces infinis » et qui est persuadé « qu’il doit y avoir quelque part des figures primordiales dont les corps ne sont que les images ».

Ces images, à coup sûr, nous conduisent à l’intuition de ces figures primordiales et je ne suis pas sûr que nous aimons cela. Et de se dire que, pour notre confort personnel, il aurait peut-être été plus sage d’aller à l’expo Manet…

15 avril 2011

E la nave va…



Au Conseil général, ce matin, la séance inaugurale avait pour objectif de dispatcher responsabilités et représentations entre les élus de la majorité mais aussi de l’opposition dans un certain nombre de cas.

Pour ma part, je peux considérer que je suis bien servi. La tâche va être rude, mais probablement passionnante.

Tout d’abord, je deviens co-président de la Commission d’évaluation et de contrôle des marchés. Cet organisme est chargé de veiller à la transparence et à la régularité des nombreux et importants marchés publics passés par le Département. Il ne s’agit donc pas de présider une commission de gestion (comme le font les socialistes et Verts en Mairie de Nice), mais d’œuvrer pour que, dans l’intérêt général, l’argent public soit employé au mieux à l’abri de dérapages éventuels. Le fait que Jean-François Knecht ait été le premier co-président de cette commission ajoute une émotion certaine à cette nomination.

Ensuite, en devenant administrateur de la MDPH (maison départementale des personnes handicapées) et du Foyer de l’Enfance des Alpes-Maritimes, je prends dans ces deux importantes institutions la succession (l’intérim) de Dominique qui s’y était beaucoup investie lors du dernier mandat. Poursuivre, avec son aide ce travail constructif est un challenge plutôt excitant.

Par ailleurs, je reste au Conseil d’administration de mon cher collège Vernier dont je suis membre depuis 1998. A un moment où l’équipe pédagogique montre, à juste titre, des signes de découragement devant la modicité des moyens mis à sa disposition, je suis évidemment très heureux de rester parmi eux. Parallèlement, mon mandat d’administrateur du collège privé Saint Barthélemy a été confirmé ce qui me permettra d’approfondir mes relations avec une institution longtemps repliée sur elle-même. Aux collèges Valéri et Matisse du 7e canton, je ne suis que membre suppléant. Mais je compte bien m’investir en faveur de deux établissements qui conservent un très bon souvenir de la précédente conseillère générale…

Enfin, je suis désormais membre du Conseil de discipline de recours de la Région PACA (fonction publique territoriale) et suppléant au Conseil d’administration du SDIS (service départemental d’incendie et de secours), l’une des institutions les plus importantes du Conseil général.

En ce qui concerne les commissions thématiques, je participerai aux travaux de sept d’entre elles :
- commission des finances,
- commission santé, personnes âgées, insertion et personnes handicapées,
- commission écologie et développement durable,
- commission éducation, enseignement supérieur et recherche,
- commission art et culture,
- commission sports et jeunesse.

Sur ce, je boucle ce billet, je retrousse mes manches et… que la nave va !

13 avril 2011

Metropolis



Depuis quelques semaines, on polémique à qui mieux mieux sur le thème de la Métropole niçoise que Christian Estrosi veut imposer aux forceps avant un possible retour de la gauche au pouvoir national. Le débat s’inscrit grosso modo autour d’un rapport de force droite-gauche et des ambitions supposées du maire de Nice, même si certains maires comme Antoine Damiani (PS, Carros) ne s’inscrivent pas tout à fait dans ce schéma.

En ce qui me concerne, depuis des années, je fais partie de ceux qui dénoncent l’indigeste millefeuille de la décentralisation à la française que ce soit à la fac ou dans les différentes assemblées dont j’ai été l’élu.

En 1982, j’ai cru comme beaucoup à la naissance d’un nouvel Etat Providence plus transparent et plus démocratique adossé à une décentralisation rationnelle et moderne. Hélas ! Cet espoir a vite été déçu. Avec quelques 36 500 communes, la France compte toujours autant de ces communautés de base que l’ensemble des autres pays européens. Les 101 départements sont toujours des structures intermédiaires – sans équivalent chez nos voisins – qui ont été créées par la Révolution et Napoléon pour dynamiter les Provinces qui menaçaient « la République une et indivisible ». Nées tardivement en 1982, les régions françaises sont atteintes de nanisme géographique, financier et politique. Quant à la gamme d’une demi-douzaine de structures intercommunales, elle traduit, dans la confusion, l’impuissance des pouvoirs publics à imposer à « l’esprit de clocher » des fusions de communes.

Face à ce tableau, il est évident qu’il faut réformer l’ensemble. Du coup, la philosophie qui sous-tend la réforme Sarkozy (communes et communautés de communes élues au SUD d’un côté, départements et régions de l’autre) ne me semble pas à priori illogique. Même s’il peut sembler baroque d’enclencher le processus avec d’abord une réforme électorale…

Par contre, que penser de la Métropole dans tout cela ? Eh bien, tout simplement, qu’elle joue contre la logique même de la réforme. En effet, celle-ci va pouvoir s’approprier une partie des pouvoirs du Département et de la Région, détruisant l’équilibre naissant et les regroupements nécessaires prévus par la réforme. Avec une métropole hypertrophiée et les restes d’un département exsangue, l’attelage maralpin sera bien difficile à conduire.

Du coup, rien ne justifie la naissance de la métropole niçoise. C’est donc pour cette raison, et non par une volonté d’obstruction politicienne, que je m’opposerai au projet de Christian Estrosi.

09 avril 2011

Les pages que j’aurais aimé écrire (6)



Lors des cent cinquante mariages que j’ai eu l’honneur de célébrer en mairie de Nice, il m’est arrivé de citer quelques extraits d’un des plus beaux et plus universels poèmes d’amour : le Cantique des Cantiques de l’Ancien Testament.

Voici l’un de mes passages préférés.

« - Allons, ma tendre amie, ma belle, viens.
L’hiver est passé, la pluie a cessé, elle est loin.
On voit les champs fleurir ;
c’est le temps où tout chante.
Sur nos terres on entend la tourterelle qui roucoule.
Les figues vertes grossissent sur les figuiers,
les vignes sont en fleur et répandent leur parfum.
Allons ma tendre amie, ma belle, viens.
Ma colombe nichée au creux des rochers,
cachée dans la falaise, montre-moi ton visage ;
fais-moi entendre ta voix, elle est si agréable,
et ton visage est si joli !
Que tu es belle, ma tendre amie,
que tu es belle !
Derrière ton voile
tes yeux ont le charme des colombes.
Un ruban rouge : ce sont tes lèvres ;
ta bouche est ravissante.
Derrière ton voile tes pommettes ont la rougeur
d’une tranche de grenade.
Tes deux seins sont comme deux cabris,
comme les jumeaux d’une gazelle,
qui broutent parmi les anémones.
A la fraîcheur du soir,
quand les ombres s’allongeront
je compte bien venir à ta montagne de myrrhe
et à ta colline d’encens.
Tout en toi est beauté, ma tendre amie,
et sans aucun défaut.
Tu es mon jardin privé, petite sœur, ma promise,
ma source personnelle, ma fontaine réservée.
Place-moi contre ton cœur,
comme ton cachet personnel ;
garde-moi près de toi, comme la pierre
gravée à ton nom que tu portes au bras.
C’est que l’amour est aussi fort que la mort.
Comme la mort aussi la passion vous tient.
Elle est une flamme ardente,
elle frappe comme la foudre.
Toute l’eau des océans ne suffirait pas
à éteindre le feu de l’amour et toute l’eau des fleuves serait incapable de le noyer. »