22 mars 2008

Ce que je cherche

La nuit est tombée sur Collioure en ce Vendredi saint. Pénitents rouges et noirs fendent la foule dense et silencieuse qui a envahi les ruelles de la vieille ville. Comme chaque année, les processions se multiplient en Catalogne nord pendant la semaine de Pâques. C'est ainsi qu'il y a trois ans, nous avions également été les témoins de l'impressionnante procession de la Sanch à Perpignan.

A chaque fois, je trouve le spectacle impressionnant, presque anachronique. Mais l'incontestable religiosité des participants évite la folklorisation de ces longs défilés. Et au-delà des cagoules et des torches, c'est précisément cette religiosité qui m'interpelle. La même que celle rencontrée en d'autres lieux, avec d'autres religions, et qui m'avait fait écrire ce petit texte il y a quelque temps :

"Rue de Suisse, Mur des Lamentations
(aujourd'hui, je pourrai ajouter Collioure ou Perpignan),
à chaque fois, pour moi, l'athée, ce spectacle de la foi est source de perplexité.
Certes, j'admire - et peut-être même j'envie - ces croyants capables de s'abstraire du monde gluant des pesanteurs terrestres, des eaux froides du calcul égoïste, pour apercevoir, le temps d'une prière, la fulgurance d'un au-delà.
Mais en même temps, j'en veux aussi à ces croyants d'être capables de brûler autant d'énergie positive, autant d'amour, pour quelque chose d'autre que leurs semblables. Des semblables pourtant si solitaires et si misérables.

Pour moi, je le sais, le ciel est vide.

Désespérément vide ? Heureusement vide ? Tout simplement vide. Parce que ce que je cherche n'est pas dans le ciel...
"


Photos Dominique Boy-Mottard

13 commentaires:

Anonyme a dit…

Finalement au bout du compte, vous n'avez pas eu a subir le montage du grand cirque de Nice. Et croyez moi c'est une chance.... Ils y étaient tous, les alimentaires, les croyants et les incroyants. Peyrat à été le plus digne. Ilétait absent. Coscas ayant gagné la 1ere ne deviendait il pas l'homme a abattre ? Joyeuses fêtes de Pâques a tous le 2
Ségurano

Anonyme a dit…

St Augustin disait que chercher Dieu c'est l'avoir déjà trouvé. Je crois qu'il en est de même de la justice, de la paix, de l'égalité, de l'amour, de l'honnêteté, de tout ce qui fait la grandeur de l'homo sapiens. Vouloir trouver, prendre les moyens pour, etc... c'est déjà atteindre un but.

Libero a dit…

Il me semble qu'il y a toutes sortes de types de croyants, autant que de cultures, chacun a ses croyances et sa forme de dieu... Dieu n'est pas seulement dans le ciel, Dieu est la Vie même, il n'y a pas de séparation entre Dieu et la Vie. La foi n'est pas une affaire strictement "religieuse" , on peut eprouver de la ferveur et un sentiment de communion avec certaines oeuvres et expositions artistiques, voire certaines manifestations politiques quand tout ceci est animé de valeurs nobles voire inspirées ...Nous sommes inspirés sans forcément en être conscient.Il y a cependant, je crois, bien des messes qui n'atteignent jamais leur but comme il y a des amours qui génèrent peu d'amour et des musiques qui génèrent peu de rythme ou peu de musicalité.... L'au-delà est perçu aussi dans bien des cas par le poète, l'amoureux et l'observateur de la Nature et du silence ou le païen.Il me semble qu'on peut largement trouver le parfum de l'au-delà dans les choses les plus terrestres , là ou vibrent les pulsations de la Vie par exemple dans la musique Mandingue, le Mystère des voix bulgares, le supplement d'âme du Flamenco, la danse Butoh, dans le mystère de l'Erotisme, l'âme Corse, chez Michael-Ange ou dans l'Art Brut, dans le vin parfumé et le parfum des roses anciennes, dans l'extase du chant Qawali ou Soufi ou dans le monde du Rêve de la peinture Aborigène..

Libero a dit…

Qu'on le veuille ou pas, chaque personne croisée est un fragment du ciel...Chaque être est une part de nous-même.Ensemble, avec tout ce qui vit, nous formons Dieu.Nous étions là au début des temps..La vérité est dans l'intensité d'amour qui nous porte, pas dans les mots.La seule vérité est dans l'abandon... à la beauté de l'instant présent."Dans la rencontre de l'autre, n'est respectueux que le non-savoir radical" "D'un bonheur sans fin, qui ne veut rien, n'attends rien, ne sait rien de rien, sinon l'émerveilement que lui cause chaque instant, chaque rencontre." Christiane Singer

Michel GROS a dit…

Dans les défilés, chacun cherche ce qu'il ne trouve pas dans la fixité désespérante de l'existence :
"La colonne Durruti est la plus célèbre colonne de combattants anarchistes formée au cours de la guerre d'Espagne. Menée par Buenaventura Durruti de la mi-36 jusqu'à sa mort le 20 novembre de la même année, cette colonne joue un rôle crucial dans le maintien de la République à Madrid face à la montée du fascisme. Elle est finalement, comme les autres unités anarchistes, communistes et socialistes, incorporée dans l'armée générale de la République."
www.dailymotion.com/video/ x18zch_la-colonne-durruti_politics
Chacun sa Catalogne !
;-))

Anonyme a dit…

Et non, je suis toujours là !

MAX a dit…

Dieu a fait l'Homme à son image! (Voir la Genèse)

Et Dieu s'est fait Homme, à travers son Fils ( tu parles ici de la religion Chrétienne, et puis si Dieu et notre Père nous sommes tous ses enfants!). Dieu est donc notre semblable. Il s'est fait Homme pour justement rassembler ces solitaires, pour qu'ils soient plus fort ensemble et donc sortir de la misère, en suivant le chemin tracé par lui et son peuple (c'est pas facile j' en conviens!).

Ces Hommes fêtent le Peuple de Dieu (donc Dieu ET son Peuple) car Dieu n'est plus sans un peuple! (Logique un Dieu tout seul serait dommage!)


" Parce que ce que je cherche n'est pas dans le ciel..."
Dieu se manifeste dans son peuple dans chaque acte de bonté, dans nos vies! La preuve ce matin avec une église (St Pierre d'Arène) pleine à craqué!

Tu as donc raison! Les réponses sont donc sur Terre et forcément pas ailleurs.

Tu as souvent dit lors de tes discours « Nice, cette ville bénit des Dieux » et fait pleins d'autres allusions à Dieu, je ne sais pas si c'étaient juste des expressions françaises mais pour moi, et ton Post en témoigne; tu n'as pas encore trouvé « de réponse » (Je ne connais pas ton éducation mais tu es peut être tombé sur de mauvais intervenants ou peut être tu n'étais pas intéressé à ce moment là) .

Elle sont pourtant tout autour de Nous, laissons s'ouvrir nos coeurs et écouter juste pour voir ce que dissent « ces croyants certes, que j'admire - et peut-être même que j'envie » cela nous permettra peut être de répondre à nos interrogations.

Musulmans, Juifs, Chrétiens soient t'ils !

Voilà pour répondre vite et bien sur ce que je pense!
max!

alain a dit…



"désespérément vide..."

Bon, un petit commentaire alors, mais bien parce que c'est toi.

Dire que si l'énergie que l'humanité dépense en diverses gesticulations religieuses étaient ciblées vers des destinations plus "humaines et terrestres", un pas de plus serait fait vers une véritable humanité.... est une vision concrète.

Mais sans ces diverses missions religieuses qui oeuvrent dans le cadre de "l'altruisme", ce pas déjà engagé serait-il réellement réalisé?

Je ne le pense pas.

Pour des lectures inspirées, le plus étonnant des auteurs sur la spiritualité a été pour moi :
Swami Vivekananda dans son oeuvre: Les Yogas Pratiques. (A. et M.)

Ces regards d'avant 1900 sont étonnants, la lecture est bien évidemment à replacer dans ses contextes, mais elle ouvre des perspectives qui peuvent répondre à tes questions.

Anonyme a dit…

irene a dit...

Apres ces semaines de campagne... pendant ce petit break Pascal en as tu profiter pour voir quelques films ?

Reponsecollegiale a dit…

PM : Certes, j'admire - et peut-être même j'envie - ces croyants capables de s'abstraire du monde gluant des pesanteurs terrestres, des eaux froides du calcul égoïste, pour apercevoir, le temps d'une prière, la fulgurance d'un au-delà.
SJVS : L’au-delà n’est pas forcément un paysage immaculé où règne un gros barbu à la tignasse blanche… et la prière n’est pas forcément un fervent appel à ce même gros barbu ou à son staff… ce peut être un moment de recueillement sur soi, pour penser à soi, aux siens, à ses tracas, à ses joies… ça peut être plus terre à terre… la religion est une philosophie… on envisage toujours la prière comme une demande, une supplique alors que ça peut être aussi une réflexion… la majorité des religions c’est plus souvent vers des icônes bien réelles et non vers le ciel qu’elles orientent leurs « abonnés »… tu ne parles là que de rituels aux forts accents de croyance uniquement religieuse…
C’est là que le ciel peut devenir intéressant… on peut voir dans le ciel ce qui l’en compose et laisser l’esprit partir… c’est de la contemplation, de l’imaginaire, du rêve, de la projection… on peut y trouver de l’inspiration, de l’apaisement et pourquoi pas des réponses si questions il y a… rien de divin, loin de là… l’avantage du ciel c’est qu’il ouvre un horizon illimité… et donc des possibilités tout aussi illimitées… tout cela uniquement sur un mode de réflexion et de virtualité bien sur… sinon, à moins de vouloir devenir astronome ou astro tout ce que tu veux, si ce que tu cherches est matériel… il se trouvera difficilement là-haut…
Cependant, tout ne se joue pas que dans l’action, car c’est à cela que tu fais référence… certes, prier pour celui qui crève la dalle ne lui coupera pas la faim… mais si tu n’as AUCUN moyen d’aider physiquement cette personne, espérer que quelqu’un d’autre puisse le faire, n’est-ce pas déjà un pas vers elle ? C’est une prière… ensuite, être capable d’envisager un meilleur, un mieux ne serait-ce que le temps d’une pensée quelque peu sournoise dans certains cas je te l’accorde volontiers, c’est malgré tout là aussi une preuve de courage… le courage de vouloir envisager différemment, même si ça ne dure que le temps d’un murmure en tête à tête avec… qui ou ce que tu veux… il y a pire… il y a ceux qui ont réussi à se persuader que tout va bien… au point de ne pas envisager autre chose… là c’est grave… bien plus grave… c’est désespéré et désespérant…

Schangels : Qui cherche se trouve
Prenez un tireur à l'arc: la flèche qu'il projette prend son origine à un endroit précis; sa trajectoire décrit un sens parmi d'autres; au final, la flèche termine sur une cible. Le tireur à l'arc: l'être humain. La flèche: l'action. La cible: le but de la vie. Quelle est la cible: la même pour tous, marquée d'un même cercle rouge à viser; ou bien chaque flèche part d'où elle veut et termine où elle veut? Faut-il une cible pour apprécier le tir à l'arc?
En bref: la valeur de la vie est-elle dans sa destination, ou simplement dans son existence? Peu nombreux sont ceux qui considèrent le sens d'une vie sans tenir compte de sa fin. Plus ça va, plus j'en suis.
PM : Mais en même temps, j'en veux aussi à ces croyants d'être capables de brûler autant d'énergie positive, autant d'amour, pour quelque chose d'autre que leurs semblables. Des semblables pourtant si solitaires et si misérables.
SJVS : Je ne suis pas d’accord avec toi là… il y a différents moyens de penser et d’agir pour l’autre… et temps que c’est dans un réel désir d’attention tourné vers l’autre ce n’est pas jugeable… demander à Dieu de sponsoriser Nice Autrement n’est pas plus une perte d’énergie que celle cramée à espérer de toutes se forces que Nice Autrement gagnera… c’est juste une différence de source où puiser sa force… bon, certes, t’auras du mal à l’avoir sur ta liste (Dieu), mais bon… l’énergie positive comme tu dis, est la priorité, pas sa provenance… et je ne suis pas certaine qu’aimer Dieu empêche les croyants d’aimer les hommes et inversement… mais là faudrait l’avis de consommateurs car je ne suis pas experte en la matière impie que je suis…
Schangels : Nul doute que chacun voit midi à sa porte, et que l'on trouvera ce que l'on veut voir dans le rituel de ces croyants pleins de foi et d'espérance. L'espérance ... une notion bien usitée par ces temps de refondation socialiste ... pauvres temps pleins de vide, mais pas là où l'on s'attendrait à "voir" qu'il n'y a rien à voir. Je m'explique:
On peut voir dans l'espérance aussi bien un acte de confiance illimité et toujours optimiste qu'une solution de facilité et d'appel à l'inaction. Je ne citerai pas l'antienne de Marx sur le rôle conservateur de l'opium-espérance en un au-delà réconfortant pour tous les miséreux. Je citerai en revanche Gustave Thibon, philosophe de la foi dont j'ai retenu une formule éloquente: "La foi consiste à ne jamais renier dans les ténèbres ce que l'on a entrevu dans la lumière".
Le tort des matérialistes, ou des athées en général, serait peut-être d'oublier la question de sens de l'existence, ou de réduire ce problème à une histoire de conditions matérielles de survie ... comme s'il suffisait d'avoir l'estomac bien rempli pour être heureux ou remplir ses besoins spirituels ...
Spirituel ... Notion qui rimerait presque avec "spiritisme" pour moi (prenez le terme à l'envers, pour la peine) mais que l'on peut se donner la peine d'admettre comme l'ensemble des questions que la politique sera toujours incapable d'aborder ... savez-vous seulement pourquoi nous recherchons tous une sorte de concorde pacifique entre toutes les ouailles d'un Seigneur improbable? Savez-vous s'il est raisonnable de se fier à la toute-puissance d'une idée peut-être vide mais qui n'en est pas moins indispensable à toutes les sociétés civilisées depuis les historiens étudient les hommes? Savez-vous pourquoi il faut partager les biens terrestres plutôt que de se battre afin de les conquérir pour soi seul? Je n'en sais rien, mais je sais qu'il est possible de se donner des raisons de le justifier ...
Qu'il y ait Quelqu'un ou pas au-dessus de nos crânes de piafs emplis de doute, je crois surtout que nous avons besoin de croire à cette entité suspecte afin d'expliquer la raison de notre pesanteur: pourquoi nous sommes là, vers quoi nous tendons, comment nous devons nous comporter chaque jour qu'Il fait (ou pas)?
Chacun voit midi à sa porte: la religion peut être un moyen de satisfaire sa curiosité métaphysique, pour les estomacs déjà bien remplis et doutés de conscience; elle peut être sinon un moyen de se consoler d'une misère bien matérielle et de croire en un autre monde soulageant (version un peu usée de la foi comme réconfort) ... elle peut être aussi et surtout une simple attitude sans objet particulier, témoin de la puissance d'abstraction et de liberté de l'esprit à croire ce qu'il souhaite croire malgré les apparences.
Celui qui croit même et surtout ce qu'il ne voit pas est le véritable croyant, au sens religieux du terme: il suit un chemin que lui-même a tracé avec d'autres adeptes de l'espérance. Un signe remarquable de détachement de l'esprit vis-à-vis des pesanteurs de la matière, capable de répondre à des questions qui n'ont aucune réponse politique ici-bas (celle du sens de nos existence en est le meilleur exemple).
Je suis comme vous, Monsieur Mottard: je me sens incapable de me détacher des choses matérielles qui nous entourent, et me méfie souvent des raisons pour lesquelles le fidèle abandonne son entourage pour s'évader dans sa foi intérieure. Mais SJVS a raison lorsqu'elle considère la prière comme un acte de communion avec les autres. Pas un acte de soutien matériel, rien à voir avec les collectes de Restos du Coeur, par exemple ... la différence entre la foi et la charité chrétienne est que la première attitude est toute intérieure et ne laisse aucune impression de générosité ostentatoire. Simplement un acte de l'esprit qui n'attend rien en retour. Le miséricordieux philanthrope peut agir avec pour véritable intérêt de soulager sa conscience; celui-là est-il "meilleur" que le fidèle qui ne donne pas?
Qu'on ne s'y trompe pas; faute de mieux et de pouvoir ressusciter la Constitution sociale de 1946, acheter un album de Calogéro a le moindre mérite de financer les Restos du Coeur. Tant pis si ces chanteurs miséricordieux y trouvent leur compte personnel dans le même temps, car le but est simplement l'action en faveur des plus faibles. Entre action efficace et intention pure, vous choisissez la première option, quitte à vous entourer de personnes aux intentions souvent douteuses (les élections en sont le meilleur exemple). Je dirais que vous avez raison: la politique sert à satisfaire le plus grand nombre ... tel l'épicier qui nourrit les estomacs de son monde, mais rien de "plus".
Le militant calculateur est au politicien intègre ce que le bigot est au croyant ... vous hésitez entre intentions et actions, raisons et conséquences. De deux choses l'une: soit l'on s'éloigne des soucis spirituels à mesure que l'on se rapproche des soucis matériels, alors le détachement du fidèle est une nécessité qui s'impose; soit les deux soucis sont compatibles, et il appartient de chacun de décider ce qui le relie à son prochain.
Personnellement? Je n'en sais trop rien, mais je louvoie entre des impératifs de prudence et d'amour ... et vous? Je m'étonne souvent de ces militants acharnés, décidés à lutter face à des machines de guerre certaines de vaincre. La religion est sans doute une réponse à ce que vous-mêmes avez cherché par l'action politique. Une même fin, mais des moyens différents.
PM : Pour moi, je le sais, le ciel est vide.
SJVS : Pour moi le ciel n’est pas vide, et Dieu n’en est pas le locataire…
Schangels : Et si Dieu ne nous aimait pas?

Jesuscripapliz a dit…

Je voudrais juste ajouter au com précédent, le long pavé, que je ne songe même pas et par conséquent n'en fais pas état, aux croyants qui "agissent" en espérant sauver le monde, ceux qui prient pour leur salut, pour assurer leur future vie dans l'au-delà... car là pour le coup, primo suis total d'ac avec toi mais en plus ce sont des considérations qui elles sont au-delà... de mon entendement...

Anonyme a dit…

Bonjour, que vont devenir tous les exclus maintenant? allons nous être écarté pour la préparation du congrès.
Avons nous une possibilité de réintégration, car la lettre ne dis pas définitivement.

bernard gaignier a dit…

catholique par ma mère
marxiste par mimétisme
athé au grace à dieu
(contraction d'une chanson de Mouloudji, qui me va très bien)