25 janvier 2006

Rugova est en voyage d'affaire...


La mort du charismatique et ambigu Ibrahim Rugova (souvenons-nous de son étrange voyage à Belgrade en pleine guerre), surnommé le Gandhi des Balkans, relance le débat sur l’avenir du Kosovo. Pour les albanophones, la solution réside évidemment dans l’indépendance définitive de leur petit territoire vis-à-vis de la Serbie-Montenegro (elle-même soumise à de fortes tensions entre ses deux composantes).

Personnellement, je ne suis pas persuadé que cette solution soit la meilleure, et cela pour au moins deux raisons :
1) Les Serbes ont quelques droits historiques et des lieux de pèlerinage orthodoxes sur cette terre qui est le berceau de leur Nation dont ils ont été jadis chassés par les Turcs et donc un Kosovo indépendant et ethniquement « pur » ne sera jamais vraiment accepté par la Serbie.
2) L’indépendance du Kosovo ne pourrait qu’activer la question de la grande Albanie, c’est-à-dire le regroupement dans une même entité étatique des Kosovars, des Albanais de Macédoine et des Albanais… d’Albanie. Au prix probablement d’une ou de plusieurs guerres régionales, de celles que les grandes puissances laissent faire car elles ne menacent pas leurs intérêts.


Après tout, on ne vivait pas si mal que ça au Kosovo du temps de Tito, avec le statut d’autonomie reconnu par la constitution fédérale. Je me souviens avoir fait à l’époque plusieurs séjours dans la région (Priština, les villages de la frontière albanaise) et avoir rencontré des Albanais plutôt heureux, qui étudiaient leur langue, vivaient leur culture et pratiquaient avec modération la religion musulmane.

La sagesse voudrait plutôt que l’Union Européenne préconise un statut d’autonomie renforcée au sein d’une Fédération Serbie-Montenegro, dont les institutions seraient préalablement et définitivement démocratisées. En échange de cet effort, l’Europe pourrait offrir à cette fédération nouvelle une perspective d’adhésion rapide. Ainsi, l’Union Européenne éviterait de répéter l’erreur tragique des années quatre-vingt-dix qui avait conduit à l’éclatement d’une Yougoslavie à laquelle on n’avait fait aucune proposition concrète en terme d’adhésion.

C’est d’ailleurs la raison pour laquelle, au moment du sommet de Nice, j’étais un partisan acharné de l’élargissement de l’Europe. En effet, en proposant l’adhésion aux dix nouveaux pays, nous avons probablement évité, au moins, deux autres guerres civiles.
- La première dans les pays Baltes : sans la pression de l’Europe, les gouvernements letton, lituanien et estonien auraient probablement continué à réduire les droits des minorités russophones. Jusqu’à ce que celles-ci appellent au secours le grand frère Poutine, avec les conséquences qu’on peut imaginer.
- La deuxième entre la Hongrie et la Slovaquie, dont le gouvernement nationaliste brimait ouvertement les droits de sa minorité hongroise. Là aussi, la perspective de l’adhésion a poussé les Slovaques à plus de sagesse.

C’est aussi pour cette raison que demain, je serai pour l’adhésion de la Roumanie (minorité hongroise et question moldave) et de la Bulgarie (minorité turque et question macédonienne).

Parce que, pour moi, l’Europe c’est avant tout la Paix.

2 commentaires:

Laurent Weppe a dit…

On peut certes parler de droits historiques, mais il ne faut pas oublier que l'histoire récente a le plus souvent tendance à prendre le pas sur l'histoire plus ancienne: le fait que Milosevic ai invoqué justement l'histoire des Serbes pour justifier son projet de création d'un empire de poche reste l'une des causes principale de l'éclatement de la Yougoslavie mais aussi de la crise kosovare: je doute que l'UCK aurait gagné en pouvoir et surtout en légitimité auprès des Kosovars albanophones si Belgrade avait fait preuve de plus de respect à leur égard.
Or, une fois que le mal est fait, il est difficile de rétablir la situation antérieure, surtout si les plaies sont récentes et douloureuses, et cela même si la situation antérieure était la préférable. Si la majorité des habitants de la province souhaite l'indépendance voir le rattachement à l'Albanie, il est plus que probable que la génération actuelle qui a connu le régime de Milosevic refuse de faire confiance à nouveau à la Serbie, ce qui finirait par rendre la séparation inévitable.

Quant au fait de ne pas proposer de véritable adhésion à la plupart des membres de l'ex-Yougoslavie (alors que d'un côté Monténégro et le Kosovo utilisent l'Euro et que la Slovénie a intégré l'Union; et alors que la Grèce a du mal à reconnaître la Macédoine, la situation est tout sauf dénuée de paradoxes), c'est très certainement une source de problèmes (le retour en force des nationalistes dans le jeu électoral serbe n'est certainement pas étranger à cela), mais tant que l'Union n'aura pas un gouvernement officiel et assumé qui se chargera de l'élargissement, la Yougoslavie (ou les morceaux épars qui en restent) aura du mal à rentrer, vu qu'il suffit qu'un chef d'état dirigeant un territoire à peine plus grand ou plus peuplé que la Région PACA s'oppose d'un coup à l'élargissement (par manque de courage, ou parce que ses propres calculs de ré-élection incluent l'aide de l'extrême droite locale par exemple) pour que tout processus d'élargissement deviennent aléatoire.

Et puis, si le processus d'élargissement fut une bien meilleure chose qu'on a voulu le dire (si la maison est en désordre, il faut taper sur le dernier arrivé, c'est forcément lui le responsable du bordel) ce n'est pas seulement parce qu'il y avait des problèmes entre les pays et leurs minorités, mais entre leurs pays.... et eux-mêmes. J'ai vécu en Hongrie au moment des négociations d'adhésions, et il y avait deux types d'opinions: ceux qui ne souhaitaient pas, mais EXIGEAIENT l'entrée de leur pays dans l'Union, et qui se considéraient comme membres de l'Europe de plein droit, et dont l'adhésion, différée par quelques "impondérables" n'était que la formalité administrative d'un état de fait (c'est d'ailleurs un miracle que la Hongrie n'ai pas encore exigé, en plus de l'adhésion, la proclamation de Budapest comme capitale européenne); et à côté de ceux là, ceux qui vivaient dans la nostalgie de la "grandeur perdue", qui collectionnaient les cartes de la Hongrie médiévale (qui allait de l'Istrie à l'Ukraine), et qui sont allé jusqu'à manifester au moment du conflit du Kosovo pour réclamer le rattachement de la Voivodine à la Hongrie (en faisant preuve d'une très grand magnanimité, puisqu'ils se disaient près à renoncer à Belgrade et à sa banlieue et à laisser aux Serbes leur capitale.....). Quand ces deux groupes s'opposent, il vaut mieux donner satisfaction au premier plutôt que de laisser le second engranger les bénéfices d'un refus de l'Europe.

Escoffier Gilbert a dit…

Au risque de faire jaser les grincheux laisse moi de te dire que lEurope c'est comme tu les dis: la paix mais aussi le SOCIAL LE SOCIAL et ENCORE LE SOCIAL!!!

Gilbert