29 mai 2008

Milou en mai


Le mois de mai 2008 s’achève.

L’anniversaire des « événements » a permis de célébrer, de débattre, de dénoncer, de mettre en perspective ces quelques semaines d’il y a quarante ans.

Mais le plus beau témoignage de cette parenthèse enchantée et jamais tout à fait refermée de notre histoire commune reste, pour moi, le film tourné par Louis Malle en 1990, « Milou en mai ».

Milou est un quinquagénaire hédoniste qui vit isolé à la campagne, avec sa mère, dans une belle et grande propriété familiale. Il partage son temps entre la pêche aux écrevisses, sa cave à vin, et l'apaisante sensualité de sa jeune gouvernante. Comme il le dit à ses rares visiteurs : il a décidé d'être heureux parce que c'est bon pour la santé...

Nous sommes en mai 1968, le printemps est magnifique, et l'écho de la révolte parisienne n'arrive que très assourdi aux oreilles de Milou. Pourtant ce matin-là, tout bascule : la vieille mère meurt et la tribu familiale pourtant très dispersée rapplique pour les obsèques, des calculs d'héritage plein la tête.

Avec la famille, c'est aussi la bourrasque sociale de Mai qui s'engouffre dans la paisible demeure. De la fille coincée au neveu qui compte avec délectation ses cicatrices made in Quartier Latin, du frère journaliste d'une gauche officielle dépassée et timorée à la nièce homophobe et faussement libre, ce n'est plus une famille mais un échantillon de la société française qui apprend Mai 68 à un Milou bienveillant et amusé.

La crise s'aggrave dans ce petit coin de France, au point que même les pompes funèbres s'arrêtent de fonctionner. La famille se retrouve bloquée dans une maison au rez-de-chaussée de laquelle repose, toujours impérial et encombrant, le cadavre de la vieille dame.

Mais l'esprit de Mai 68 va peu à peu transformer ce qui était un face-à-face sordide sur fond de partage des dépouilles de la morte, en une sorte de communion païenne, un "Huis clos" libérateur où les autres ne sont plus l'enfer...

On se regarde, on se parle, on s'écoute.

Le temps d'un déjeuner sur l'herbe, on échange un joint, on parle de l'avenir, on rêve à un monde de partage.

Les couples se font et se défont.

Sous les pavés la plage, sous l'héritage l'amour.

Milou séduit sa belle-soeur, organise une folle farandole autour du lit de sa mère et, par-dessus tout, arrive à sauver la maison familiale du dépeçage et de la vente souhaités par les héritiers charognards.

Milou et Mai.

Milou en Mai.

Tout devient possible. Tout est possible.

Tout est possible mais rien ne se fera : De Gaulle revient de Baden-Baden, Debré défile avec le parti de la peur sur les Champs-Elysées, les ouvriers rendent leurs usines et les étudiants leurs rêves. Après une fuite paranoïaque dans les collines avoisinantes, les héritiers se partagent vaisselle et meubles d'une maison qui sera vendue.

Tout est dit.

Peut-être pas tout.

Pendant ces quelques heures, Milou a beaucoup appris. Désormais seul et en sursis dans la grande propriété, il va violemment prendre à parti un voisin industriel qui, profitant de la pagaille ambiante, a pollué la rivière à écrevisses.

Etre en bonne santé n'est plus suffisant pour Milou. Il sait désormais qu'un monde nouveau est à portée de main. Grâce à Mai 68.

Coup de gueule partagé sur le blog de Dominique.

2 commentaires:

Mandarin'triumvirat a dit…

En fait, peu de films ont traité de ce sujet et assez tardivement... c'est zarb hein? à part Malle et Oury... coté zik c'est pareil, c'est le silence radio...
En même temps, peut-être que ça se comprend un peu, les artistes avaient trop de choses à dire (et à vivre) pour se retourner sur cet événement là... sais pas...
en tous cas c'est le dernier film dans lequel a joué Bruno Garette, un des Nuls...
"D'façon c'est un film où y a que des gens qui se disputent pour un héritage"... alors...

Rien à voir avec la choucroute, j'viens de revoir Land & Freedom... purée ce Loach, c'est un Dieu, y a pas à dire !!

Anonyme a dit…

C'est aussi un de mes films préférés mais si ma mémoire est bonne le nièce n'est pas homophobe mais tout au contraire lesbienne...et accompagnée par sa petite amie du moment qu'elle attache à son lit (réellement et métaphoriquement.)Cela ne l'empêchera pas d'ailleurs, de la perdre dans les bras du héro des barricades. Comme quoi les cicatrices ça marque aussi les esprits et les coeurs.
Jean-Sébastien