21 mai 2008

Two lovers

Quatre nouveaux films en ce milieu de festival

Two lovers, de James Gray (USA)

Leonard Kraditor, jeune homme un peu enveloppé (Joachim Phoenix), est suicidaire. Entre deux tentatives, il joue les Tanguy chez papa-maman, un couple de commerçants juifs new-yorkais. Les hasards de la vie lui permettent de rencontrer simultanément deux femmes très différentes : la douce, sage et compréhensive Sandra, et l’imprévisible, fantasque et un brin déséquilibrée Michelle. Entre les deux, entre la tradition (Sandra est juive) et la rupture (Michelle est une fille de famille déchue), son cœur balance. Pas longtemps, car c’est finalement la vie qui choisira pour lui. L’histoire ne casse pas trois pattes à un canard, mais les trois personnages sont extrêmement attachants. Et puis, ne serait-ce que pour voir Isabella Rosselini en mère juive…


Changeling (L’échange), de Clint Eastwood (USA)

A Los Angeles dans les années 30 (magnifique plan introductif de la ville reconstituée), un enfant de neuf ans disparaît. Quelques mois plus tard, la police croit le restituer à la mère mais celle-ci affirme haut et fort que cet enfant n’est pas le sien. Les autorités refusent de la croire et préfèrent faire interner la mère plutôt que rechercher le véritable disparu pour ne pas admettre leur erreur. Cette histoire hallucinante, adaptée d’un fait réel, est fort bien racontée par Clint Eastwood. Le contexte social et politique est également bien rendu. Deux réserves toutefois : l’interprétation d’Angelina Jolie est trop stéréotypée (au passage, comment ne pas noter le mal que la chirurgie esthétique fait à la lèvre inférieure des actrices…) et le film est un peu trop long, surtout dans la dernière partie, ce qui nuit à son efficacité.


Delta, de Kornél Mundruczó (Hongrie)

Drame paysan dans le labyrinthe de voies navigables, d’îlots et de végétation luxuriante d’un delta hongrois du Danube. Un labyrinthe qui coupe la population locale du reste du monde.

Un frère et une sœur quelque peu incestueux ont décidé de construire une maison bien à eux à l’écart de leurs voisins abrutis par l’alcool et la bêtise. Mais « les brav’s gens n’aiment pas que l’on suive une autre route qu’eux » et tout cela va se terminer très mal. Comme on comprend l’inéluctable drame final dès le début du film, le spectateur est forcément mal à l’aise et j’ai personnellement eu la tentation de partir en cours de projection plusieurs fois. C’eût été dommage car Delta a, lui aussi, la sobriété et la beauté d’une tragédie grecque (Electre ?). Et au final, j’étais très heureux d’applaudir, avec tout l’amphithéâtre Lumière, l’équipe du film, très émue par l’accueil des festivaliers.


La femme sans tête, de Lucretia Martel (Argentine)

Quinquagénaire, bourgeoise et Argentine, Veronica heurte quelque chose ou quelqu’un avec sa voiture en rentrant chez elle, après une de ces journées de bavardage et de vide qu’elle semble affectionner. Sans chercher à savoir, elle poursuit son chemin et reprend sa vie futile. Mais c’est compter sans le remord qui s’installe peu à peu…
Le sujet, on le voit, ne brille pas par son originalité, mais son traitement formel est intéressant. Lucretia Martel filme son héroïne quasiment en caméra subjective. Ainsi, les autres protagonistes semblent fondus dans le décor et l’évolution psychologique de Veronica donne l’impression d’être traitée par un microscope dont le spectateur serait l’opérateur. Pourquoi pas un prix de mise en scène ?

Sur l'écran, l'actrice de Delta, Orsi Tóth

5 commentaires:

Dominique a dit…

Que partiellement d'accord avec ces critiques.

Pour commencer, je n'aurais pas donné à ce billet le titre de "Two lovers", car ça met en avant un film qui m'a peu intéressée. Je suis très loin de trouver les personnages attachants, surtout le "héros" beurdin dont on comprend assez mal qu'il puisse ne serait-ce qu'attirer l'attention des deux femmes en question.

J'aurais plutôt mis l'accent sur "Delta" que j'ai trouvé remarquable. A ce propos, il faudrait que tu arrêtes de raconter systématiquement la fin des films même si tu estimes ces fins prévisibles (on ne sait jamais, ou on ne veut pas savoir...).

Assez d'accord avec la critique sur le Clint Eastwood (que je n'ai pas trouvé trop long) : de la belle ouvrage !

Rien à dire sur le film argentin passé aujourd'hui à Cannes : j'étais consignée à la maison pour cause de correction de copies...

Laurent Weppe a dit…

Petites infos sur le terme de "Changeling": ce terme provient du folklore (et pas seulement anglo-saxon: nous avons nos fadas dans le Sud): à l'origine, il s'agit d'histoires d'enfants enlevés par les fées, qui mettent alors une créature à forme humaine à la place de l'enfant pris, qui devient de plus en plus monstrueux et de moins en moins semblable à l'original au fur et à mesure que le temps passe, pris, mais par la suite, la littérature moderne donna naissance à d'autres types de changelings: enfants nés des amours d'un humain ordinaire et d'une créature fantastique: Ce type de personnage, plus sympathique, a été très souvent utilisé dans la littérature de fantasy moderne (la série des Harry Potter en est un des plus évidents example, puisque la quasi-totalité des personnages ont un pied dans les deux mondes) alors que le premier type de personnage se retrouvait plus confiné à l'horreur (Rosemary baby ou les œuvres de Lovecraft).

Notez aussi que dans la Science Fiction américaine, le terme de Changeling est employé pour décrire des personnages capable de changer de forme à volonté, qui tiennent souvent des rôles d'assassins (comme le Bene Tleilax de Dune ou les métamorphes du cycle de la Culture)

C'était la minute Nerditude du soir.

Patrick Mottard a dit…

Merci pour ces infos Laurent... Et en plus j'ai découvert un nouveau mot : nerditude.

Clotilde a dit…

Quoi??? Ils ont osé "envelopper" Joachim Phoenix??? Révolution!!!
Dominique, c'est lui dont tu te demandes ce que ces deux filles lui trouvent??? T'étais assise loin de l'écran? :))))
(bon je veux bien admettre que l'histoire soit un peu niaiseuse)

Anonyme a dit…

IRENE A DIT...

TU AVAIS POURTANT PROMIS DE NE PAS RACONTER LA FIN DES FILMS.... NOUS SERONS ENCORE INDULGENTS...ATTENTION LA PROCHAINE FOIS DOMINIQUE NE TE RATERA PAS.... EN TOUT C EST TRES SYMPA DE COMPARER VOS CRITIQUES...