19 octobre 2010
Les pages que j'aurais aimé écrire (5)
Il existe des pages qu’on aimerait avoir écrites sans pour autant en partager le sens profond. Quoique tout cela doit être plus compliqué… puisque ces pages, on a quand même envie de les avoir écrites…
Ainsi la tirade d’un personnage de Dostoievski dans Les frères Karamazov :
« C’est exactement, répliqua celui-ci, ce que me racontait, il y a longtemps du reste, un médecin de mes amis, homme d’âge mûr et de belle intelligence ; il s’exprimait aussi ouvertement que vous, bien qu’en plaisantant, mais avec tristesse. « J’aime, me disait-il, l’humanité, mais à ma grande surprise, plus j’aime l’humanité en général, moins j’aime les gens en particulier, comme individus. J’ai plus d’une fois rêvé passionnément de servir l’humanité, et peut-être fussé-je vraiment monté au calvaire pour mes semblables, s’il l’avait fallu, alors que je ne puis vivre avec personne deux jours de suite dans la même chambre, je le sais par expérience. Dès que je sens quelqu’un près de moi, sa personnalité opprime mon amour-propre et gêne ma liberté. En vingt-quatre heures je puis même prendre en grippe les meilleurs gens : l’un parce qu’il reste longtemps à table, un autre parce qu’il est enrhumé et ne fait qu’éternuer. Je deviens l’ennemi des hommes dès que je suis en contact avec eux. En revanche, invariablement, plus je déteste les gens en particulier, plus je brûle d’amour pour l’humanité en général. »
15 octobre 2010
Radical-mement
C’est en toute sérénité, dans le cadre de notre permanence, qu’avec Dominique, nous avons adhéré au Parti radical de gauche. Affronter les prochaines échéances électorales sans étiquette était en effet compliqué et rendait l’adhésion à une formation politique – si modeste soit-elle – inéluctable. Car, même si on nous dit souvent qu’en politique seul l’homme (ou la femme) compte, nous sommes bien obligés de constater qu’il y a toujours en France une sorte de monopole du vote partisan.
Comme il n’était pas dans nos intentions de retourner au Parti socialiste, le PRG (le plus vieux parti de France créé à la fin du XIXe siècle par la jonction des comités électoraux locaux avec un groupe parlementaire) était une sorte d’évidence. Solidement arrimé à gauche, porteur de ces valeurs républicaines aujourd’hui tellement chahutées, résolument laïc et européen, le PRG sera donc notre deuxième formation politique après trente années au PS.
Par ailleurs, l’accueil chaleureux du Président 06, Jean-Christophe Picard, constitue une réponse préventive aux nombreuses questions malveillantes des traditionnels stratèges de sous-préfecture qui voudraient voir dans cette adhésion je ne sais quelle opération politicienne à trois sous.
Enfin, cette démarche n’est pas contradictoire avec l’accord en cours de finalisation de soutien mutuel des sortants de gauche pour les prochaines cantonales. Au contraire, elle le renforce.
Il va de soi que notre adhésion est purement individuelle et qu’elle n’engage en aucune façon l’association Gauche Autrement qui regroupe des socialistes (avec ou sans carte), des verts, des modem, et des citoyens sans partis. En son sein, on trouvera désormais aussi des radicaux, heureux d’appartenir à un parti qui, après avoir inspiré la IIIe République, se trouve aujourd’hui aux premières loges pour préparer la VIe.
Par ailleurs, voir sur le blog de Dominique un commentaire du rapport de la Commission d'enquête sur le PLU à propos du Ray.
Comme il n’était pas dans nos intentions de retourner au Parti socialiste, le PRG (le plus vieux parti de France créé à la fin du XIXe siècle par la jonction des comités électoraux locaux avec un groupe parlementaire) était une sorte d’évidence. Solidement arrimé à gauche, porteur de ces valeurs républicaines aujourd’hui tellement chahutées, résolument laïc et européen, le PRG sera donc notre deuxième formation politique après trente années au PS.
Par ailleurs, l’accueil chaleureux du Président 06, Jean-Christophe Picard, constitue une réponse préventive aux nombreuses questions malveillantes des traditionnels stratèges de sous-préfecture qui voudraient voir dans cette adhésion je ne sais quelle opération politicienne à trois sous.
Enfin, cette démarche n’est pas contradictoire avec l’accord en cours de finalisation de soutien mutuel des sortants de gauche pour les prochaines cantonales. Au contraire, elle le renforce.
Il va de soi que notre adhésion est purement individuelle et qu’elle n’engage en aucune façon l’association Gauche Autrement qui regroupe des socialistes (avec ou sans carte), des verts, des modem, et des citoyens sans partis. En son sein, on trouvera désormais aussi des radicaux, heureux d’appartenir à un parti qui, après avoir inspiré la IIIe République, se trouve aujourd’hui aux premières loges pour préparer la VIe.
Nice-Matin 17/10/2010
Le petit niçois, 22/10/2010
12 octobre 2010
Le Master 2 Sami
Il y a quelques mois, Sami Cheniti, notre chargé de mission au Conseil général, encouragé par son père malheureusement décédé aujourd’hui, m’annonçait son intention de s’inscrire en Master 2 « Politique de la Ville » à la fac de Droit… ma fac de Droit.
Spontanément, le prof que je suis avant tout fut ravi de voir l’ancien éducateur spécialisé relever un nouveau défi. Le « patron » du groupe par contre était – in petto - plus circonspect… Je me disais tout simplement que le boulot considérable régulièrement abattu par Sami en serait probablement affecté (comme quoi, on prend vite une mentalité de « patron »…). La suite me donnera tort.
En effet, il s’est débrouillé pour suivre cours et séminaires tout en assurant comme dab les nombreuses missions que nous lui confions. Jamais son activité universitaire ne déborda sur son emploi du temps. Plus fort encore, jamais il ne sollicita mon aide ou celle de Dominique alors que, profs de droit tous les deux, la tentation pouvait être grande…
A l’arrivée, le résultat est plus que positif : Sami vient d’être reçu avec mention et une kyrielle de notes significatives comme ce 17/20 en Evaluation d’une politique publique ou ce 16 en Prévention de la délinquance. Mais le bouquet final de ce feu d’artifice est incontestablement le 17 pour un mémoire intitulé « Les dispositifs de prévention de la délinquance juvénile dans les quartiers sensibles », un sujet taillé sur mesure pour l’ancien directeur de la jeunesse d’une commune de la périphérie de Nice. Mais encore fallait-il avoir les capacités et le talent de théoriser sur un sujet de terrain, beaucoup de praticiens échouant en pareille circonstance. Pas Sami.
Du coup, à Gauche Autrement, on est tous très fiers et une petite fête s’impose. Elle aura lieu à la permanence à l’heure de l’apéro du vendredi cette semaine.
Les lecteurs de ce blog sont, bien entendu, invités pour fêter le héros du jour !
Spontanément, le prof que je suis avant tout fut ravi de voir l’ancien éducateur spécialisé relever un nouveau défi. Le « patron » du groupe par contre était – in petto - plus circonspect… Je me disais tout simplement que le boulot considérable régulièrement abattu par Sami en serait probablement affecté (comme quoi, on prend vite une mentalité de « patron »…). La suite me donnera tort.
En effet, il s’est débrouillé pour suivre cours et séminaires tout en assurant comme dab les nombreuses missions que nous lui confions. Jamais son activité universitaire ne déborda sur son emploi du temps. Plus fort encore, jamais il ne sollicita mon aide ou celle de Dominique alors que, profs de droit tous les deux, la tentation pouvait être grande…
A l’arrivée, le résultat est plus que positif : Sami vient d’être reçu avec mention et une kyrielle de notes significatives comme ce 17/20 en Evaluation d’une politique publique ou ce 16 en Prévention de la délinquance. Mais le bouquet final de ce feu d’artifice est incontestablement le 17 pour un mémoire intitulé « Les dispositifs de prévention de la délinquance juvénile dans les quartiers sensibles », un sujet taillé sur mesure pour l’ancien directeur de la jeunesse d’une commune de la périphérie de Nice. Mais encore fallait-il avoir les capacités et le talent de théoriser sur un sujet de terrain, beaucoup de praticiens échouant en pareille circonstance. Pas Sami.
Du coup, à Gauche Autrement, on est tous très fiers et une petite fête s’impose. Elle aura lieu à la permanence à l’heure de l’apéro du vendredi cette semaine.
Les lecteurs de ce blog sont, bien entendu, invités pour fêter le héros du jour !
10 octobre 2010
De la coupe aux lèvres
A l'arrivée, avec Antoine
Disons-le tout net : ce fut parfait.
Tout d’abord, parce que j’ai eu le sentiment de courir « juste » pendant les presque treize kilomètres, sans indolence coupable ni surrégime.
Ensuite, pour ce record battu de… 48 précieuses secondes en terminant sur les talons de Clotilde qui – je balance – bénéficie désormais d’un lièvre de luxe, un certain Juju, jeune et prometteur, qui aurait un lien de parenté avec elle !
L’ambiance entre participants et la ferveur des supporters étaient également au rendez-vous de l’édition 2010. Avec une mention particulière aux deux éclopés du peloton : Antoine (dont on peut aller lire l’intéressant blog qui sera désormais référencé ici), qui avait tenu à faire la course sur une jambe, et Véronique, forfait, qui nous a permis de mieux supporter les solitude du coureur de fond sur le canal.
Ajoutons, pour compléter le tableau, que les bénévoles chargés de l’organisation furent adorables, comme chaque année.
Mais l’image du jour sera pour moi celle de la conseillère générale du 7e canton remettant des coupes à nos deux championnes, Bérengère et Clotilde, présentes sur les podiums de leurs catégories. Il me semble toutefois avoir remarqué sur les lèvres de Laurent un petit air goguenard… Il est vrai qu’avec moins d’une heure et cinq minutes, il avait fait le meilleur temps de nous tous, même si les hasards du règlement et de l’état civil ne lui permirent pas d’avoir sa coupe.
09 octobre 2010
Caméras cachées (suite, hélas !)
Centre de vidéo-surveillance de la Libé
Ironie du sort : c’est un passant qui a filmé la scène avec son téléphone portable et les images sont passées au JT de France 2 le soir même.
Et que voit-on à la une de Nice-Matin de ce jour : « La guerre vidéo contre… la double file ». Le coûteux dispositif de caméras servirait donc à faire un travail de contractuelle !
De plus en plus nombreux sont les Niçois que je rencontre et qui partagent ma conviction : les caméras ne servent pas à grand-chose, c’est d’une véritable police de proximité dont nous avons besoin. Hier matin la simple présence d’un îlotier aurait peut être dissuadé les malfrats…
07 octobre 2010
La déclaration d’amour
Quand je suis seule et que je peux rêver
Je rêve que je suis dans tes bras
Je rêve que je te fais tout bas
Une déclaration, ma déclaration
(…)
Juste deux ou trois mots d’amour
Pour te parler de nous
Deux ou trois mots de tous les jours
C’est tout »
Il arrive souvent que les chansons populaires s’inspirent de la vie, parfois c’est l’inverse.
C’était il y a quelques mois (du coup, il y a prescription !). Je surveillais à la fac un examen de 1ère année de licence, cette période des études où l’on a vingt ans. A la fin de l’épreuve, je reçois comme prévu les cent cinquante copies. Au milieu d’elles, je trouve une feuille jaune. Cela arrive parfois : un étudiant distrait rend en même temps que sa copie une feuille de brouillon et ça ne prête pas à conséquence. Mais, si l’incident est banal, le contenu de la missive jaune l’était beaucoup moins.
« Mon amour,
Je suis censée passer un examen mais c’est beaucoup trop compliqué, j’en profite donc pour t’écrire.
Avant que tu arrives dans ma vie, je vivais une période un peu compliquée mais surtout difficile. Grâce à toi j’ai enfin pu retrouver le sourire, la paix, la quiétude.
Comme on l’entend si souvent dire, l’amour nous tombe dessus vraiment à un moment où l’on s’y attend pas du tout. Ça fait trois mois que tu m’apportes du bonheur mon amour, je t’aime plus que tout.
Aujourd’hui je ne veux plus être qu’avec toi, je ne vis ma vie qu’à travers tes sourires. Je t’aime bien au-delà de ce que tu peux imaginer, je ne te quitterai plus jamais. Je mourrais à petit feu si tu étais loin de moi. Tu es ma moitié, la moitié avec laquelle je fais un tout à présent. »
Par pudeur plus que par éthique, je me suis abstenu de toute recherche graphologique pour retrouver l’auteur de la déclaration. Je suppose simplement que cette jeune fille n’a pas dû avoir une très bonne note. Mais était-ce si important ?
04 octobre 2010
Caméras cachés (suite)
Le 4 juin, j’expliquais ici même, en dehors de toute considération idéologique, que, dans mon quartier, les caméras de vidéo-surveillance pourtant nombreuses n’avaient pas empêché la montée en puissance des incivilités et même de l’insécurité (le « Schlecker » situé à côté de ma permanence en sait quelque chose…).
Aujourd’hui, l’actualité me permet malheureusement d’enfoncer le clou. Hier soir, à l’angle du boulevard Joseph Garnier et de la place De Gaulle, la brasserie-tabac « Le Gambetta » a été braquée. Menaçant le commerçant avec une arme de poing, l’agresseur s’est fait remettre plusieurs milliers d’euros. Hélas ! Rien que de très banal me direz-vous ? Oui, à ceci près que le lieu du vol à main armée est situé à trente mètres du centre high tech de supervision de toutes les caméras de Nice, inauguré en grand pompe il y a quelque temps, juste avant les élections régionales. Or, l’installation de ce centre dans le quartier est régulièrement présenté par les élus de la majorité municipale comme un atout en faveur de la sécurité du secteur de la Libé.
Cette agression est une preuve supplémentaire de la très relative efficacité du coûteux dispositif de vidéo-surveillance mis en place à Nice. En fait, les matériels les plus sophistiqués ne remplaceront jamais les hommes. La police municipale est dirigée par des professionnels reconnus et de bonne volonté (l’adjoint Benoît Kandel, la commissaire Casanova…), mais, hélas, ils n’ont pas les effectifs de leur politique et, du coup, la police, qu’elle soit d’ailleurs locale ou nationale est souvent aux abonnés absents par manque de moyens.
Aussi, je suggère de revendre une partie du stock de caméras à la Principauté de Monaco qui en est si friande et d’utiliser les économies ainsi réalisées pour engager une vraie police de proximité.
Aujourd’hui, l’actualité me permet malheureusement d’enfoncer le clou. Hier soir, à l’angle du boulevard Joseph Garnier et de la place De Gaulle, la brasserie-tabac « Le Gambetta » a été braquée. Menaçant le commerçant avec une arme de poing, l’agresseur s’est fait remettre plusieurs milliers d’euros. Hélas ! Rien que de très banal me direz-vous ? Oui, à ceci près que le lieu du vol à main armée est situé à trente mètres du centre high tech de supervision de toutes les caméras de Nice, inauguré en grand pompe il y a quelque temps, juste avant les élections régionales. Or, l’installation de ce centre dans le quartier est régulièrement présenté par les élus de la majorité municipale comme un atout en faveur de la sécurité du secteur de la Libé.
Cette agression est une preuve supplémentaire de la très relative efficacité du coûteux dispositif de vidéo-surveillance mis en place à Nice. En fait, les matériels les plus sophistiqués ne remplaceront jamais les hommes. La police municipale est dirigée par des professionnels reconnus et de bonne volonté (l’adjoint Benoît Kandel, la commissaire Casanova…), mais, hélas, ils n’ont pas les effectifs de leur politique et, du coup, la police, qu’elle soit d’ailleurs locale ou nationale est souvent aux abonnés absents par manque de moyens.
Aussi, je suggère de revendre une partie du stock de caméras à la Principauté de Monaco qui en est si friande et d’utiliser les économies ainsi réalisées pour engager une vraie police de proximité.
03 octobre 2010
Etats d’urgences à Mouans-Sartoux
Avec Susan George, présidente honoraire d'Attac
Le Festival du livre de Mouans-Sartoux, je ne cesse de le répéter à mes étudiants, n’est pas une foire mais un véritable événement culturel producteur de sens.
Cette année, la Commissaire de la manifestation – notre collègue au Conseil général – Marie-Louise Gourdon, le maire André Aschiéri et son équipe municipale ainsi que les… 280 bénévoles-citoyens, nous ont invité à nous mobiliser, à travers la littérature, pour la planète mais aussi contre les atteintes aux libertés et les injustices faites aux femmes.
Mes voisines immédiates dans le stand A du gymnase de la Chênaie incarnaient tout à fait ces « Etats d’urgences », thème officiel de l’édition 2010 : Susan George, présidente honoraire d’Attac, Mémona Hinterman, grand reporter à France télévision, et Sabatina Jones, jeune Pakistanaise condamnée à mort par les siens pour avoir refusé un mariage forcé. Pouvoir parler et échanger avec elles pendant les pauses et les temps morts fut pour moi une expérience émouvante et un grand privilège.
Avec Mémona Hintermann, grand reporter
Mais ce nouveau salon (c’était mon quatrième) me permit aussi de retrouver ces auteurs poètes, romanciers ou essayistes que je croise de manifestation en manifestation et qui finissent par constituer une petite famille, un peu comparable – toutes proportions gardées – à celle de la course à pied que je vais retrouver dès dimanche pour l’épreuve de côte de Gairaut.
Enfin, du très accueillant stand de la Librairie Masséna à celui de l’Université de Nice Sophia Antipolis, chaleureusement animé par le trio Jean-François, Rémy et Snéjana, j’ai retrouvé le plaisir de la dédicace et du contact direct avec des dizaines et des dizaines de lecteurs. De quoi me donner envie d’offrir un petit frère à Fragments de Nice et à Cinq de cœur.
Avec l'équipe du service culturel de l'UNSA
29 septembre 2010
Le Président des riches
Depuis vingt-cinq ans, les sociologues Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon étudient au sein de la société française une bien étrange tribu : les riches. Là où beaucoup de leurs confrères s’intéressent aux exclus et autres damnés de la terre, ils ont choisi d’étudier ceux qui organisent la ségrégation sociale et en profitent.
Leur dernier ouvrage, « Le Président des riches », reprend les principales conclusions de ces travaux en insistant tout particulièrement sur les liens entre l’économique et le politique en terre sarkozienne. Ils voient d’ailleurs dans la célèbre soirée du Fouquet’s, où se sont précipitées toutes les composantes de la classe dominante – patrons du CAC 40, politiques et show-biz – l’acte fondateur du quinquennat.
Il résultait de leurs travaux antérieurs que les familles fortunées défendent bec et ongles leurs espaces en exerçant un contrôle vigilant sur leurs institutions, leurs cercles et leurs clubs. A l’école, elles veillent notamment à ce que leurs enfants fréquentent le moins possible les autres jeunes. Ainsi, la bourgeoisie s’affirme comme classe consciente d’elle-même et de ses intérêts. A un moment historique où la conscience de classe s’effrite dans les classes populaires, on serait tenté de dire, en suivant le raisonnement du couple Pinçon, que les riches sont les derniers marxistes !
Mais, la particularité du sarkozisme est que cette classe, riche entre autres de son capital social (ses réseaux, son système de relations) n’a jamais été autant en connivence avec le monde politique. Les liens entre Monsieur de Maistre et le ministre Woerth illustrent parfaitement cette proximité qui s’affiche presque sans complexes. Du coup, on comprend mieux l’entêtement du pouvoir à maintenir le bouclier fiscal ou alléger les droits de succession.
Le seul problème, précisément, est que l’actuel Président est tellement décomplexé par rapport à ce concubinage entre le monde des affaires et la politique qu’il en devient dangereux pour l’oligarchie qui pourrait choisir assez vite un représentant moins voyant.
Au final, le portrait de la République qui se dessine en pointillés derrière la démonstration de Monique et Michel Pinçon est plutôt inquiétant pour la démocratie. Alors, comment résister ? Les auteurs donnent une réponse inattendue : suivons l’exemple des riches. « Voilà des gens qui ont une éminente conscience de leur classe, qui sont solidaires quand la mode est à l’individualisme, qui sont organisés et mobilisés, qui défendent énergiquement leurs intérêts. Faisons comme eux. Battons-nous ».
Leur dernier ouvrage, « Le Président des riches », reprend les principales conclusions de ces travaux en insistant tout particulièrement sur les liens entre l’économique et le politique en terre sarkozienne. Ils voient d’ailleurs dans la célèbre soirée du Fouquet’s, où se sont précipitées toutes les composantes de la classe dominante – patrons du CAC 40, politiques et show-biz – l’acte fondateur du quinquennat.
Il résultait de leurs travaux antérieurs que les familles fortunées défendent bec et ongles leurs espaces en exerçant un contrôle vigilant sur leurs institutions, leurs cercles et leurs clubs. A l’école, elles veillent notamment à ce que leurs enfants fréquentent le moins possible les autres jeunes. Ainsi, la bourgeoisie s’affirme comme classe consciente d’elle-même et de ses intérêts. A un moment historique où la conscience de classe s’effrite dans les classes populaires, on serait tenté de dire, en suivant le raisonnement du couple Pinçon, que les riches sont les derniers marxistes !
Mais, la particularité du sarkozisme est que cette classe, riche entre autres de son capital social (ses réseaux, son système de relations) n’a jamais été autant en connivence avec le monde politique. Les liens entre Monsieur de Maistre et le ministre Woerth illustrent parfaitement cette proximité qui s’affiche presque sans complexes. Du coup, on comprend mieux l’entêtement du pouvoir à maintenir le bouclier fiscal ou alléger les droits de succession.
Le seul problème, précisément, est que l’actuel Président est tellement décomplexé par rapport à ce concubinage entre le monde des affaires et la politique qu’il en devient dangereux pour l’oligarchie qui pourrait choisir assez vite un représentant moins voyant.
Au final, le portrait de la République qui se dessine en pointillés derrière la démonstration de Monique et Michel Pinçon est plutôt inquiétant pour la démocratie. Alors, comment résister ? Les auteurs donnent une réponse inattendue : suivons l’exemple des riches. « Voilà des gens qui ont une éminente conscience de leur classe, qui sont solidaires quand la mode est à l’individualisme, qui sont organisés et mobilisés, qui défendent énergiquement leurs intérêts. Faisons comme eux. Battons-nous ».
26 septembre 2010
L'œuf de Colomb cantonal
Le 26 juin 2010, dans un billet intitulé « Evidences cantonales », j’évoquais l’impérative nécessité d’un rassemblement de la gauche niçoise au premier tour des cantonales si elle voulait conserver ses quatre cantons renouvelables (Nice 3 Jacques Victor, Nice 5 Patrick Mottard, Nice 7 Dominique Boy Mottard, Nice 14 Paul Cuturello) et nourrir des ambitions dans quelques autres.
En se déclarant favorable à cette proposition au cours de l’émission « La voix est libre » sur France 3 Côte d’Azur, Patrick Allemand, le premier secrétaire du PS 06, approuve une démarche, il faut bien le dire, plébicitée par les militants et les électeurs de gauche (on a pu le constater lors de la dernière manifestation), voire au-delà tant la déception et parfois la colère sont grandes contre les Pouvoirs en place.
Reste donc à finaliser cette démarche de bon sens, véritable œuf de Colomb cantonal. Et, sans sous-estimer d’éventuelles difficultés, on peut d’ores et déjà envisager une issue favorable permettant au PS et à Gauche Autrement d’enclencher une dynamique gagnante pour la gauche niçoise et, au-delà, pour tous ceux qui veulent rompre avec la politique actuelle, qu’elle soit nationale ou locale.
22 septembre 2010
Les pages que j’aurais aimé écrire (4)
Les morts est une nouvelle de James Joyce qui, sous le titre Les gens de Dublin, sera porté à l’écran par John Huston qui signera là sa dernière réalisation avant de mourir avec un film bouleversant d’humanité.
Nous sommes à Dublin au tout début du siècle dernier, un soir de Noël où la neige tombe en abondance. Chez les vieilles demoiselles Morhan, Gabriel passe une agréable soirée, convenue mais joyeuse et bien arrosée, avec sa femme Gretta et une vingtaine de convives, petits notables pour la plupart. A l’issue de la soirée, Gretta, profondément bouleversée par un chant traditionnel, va confier à son mari que jadis un jeune homme est littéralement mort d’amour pour elle. Gravement malade, Michael Furey – c’était son nom – avait chanté un soir de tempête sous sa fenêtre pour revoir une dernière fois la jeune Gretta qui allait quitter la région.
Cette révélation va provoquer chez Gabriel une douloureuse remise en question : comme la neige, la vie se dissout trop vite… ne vaut-il pas mieux vivre une passion destructrice, quitte à en mourir, plutôt que d’étouffer ses sentiments sous la grisaille d’une vie paisible ?
« L’air de la pièce lui glaçait les épaules. Il s’allongea avec précaution sous les draps et se coucha près de sa femme. Un par un, ils devenaient tous des ombres. Mieux valait passer hardiment en cet autre monde, dans la pleine gloire de quelque passion, que de s’effacer et se dessécher lamentablement au fil des années. Il songea à la façon dont celle qui reposait à ses côtés avait enfermé dans son cœur pendant tant d’années cette image des yeux de son amant à l’instant où il lui avait dit qu’il ne souhaitait pas vivre.
Des larmes généreuses emplissaient les yeux de Gabriel. Il n’avait jamais lui-même rien éprouvé de tel pour une femme, mais il savait qu’un tel sentiment devait être l’amour. Les larmes se pressèrent plus drues, et dans la demi-obscurité il crut voir la forme d’un adolescent debout sous un arbre dégoulinant de pluie. D’autres formes étaient à proximité. Son âme s’était approchée de cette région où demeurent les vastes cohortes des morts. Il avait conscience de leur existence capricieuse et vacillante, sans pouvoir l’appréhender. Sa propre identité s’effaçait et se perdait dans la grisaille d’un monde impalpable : ce monde bien matériel que ces morts avaient un temps édifié et dans lequel ils avaient vécu était en train de se dissoudre et de s’amenuiser.
Quelques petits coups légers sur la vitre le firent se tourner vers la fenêtre. Il avait recommencé à neiger. Il suivit d’un œil ensommeillé les flocons argentés et sombres qui tombaient obliquement dans la lumière du réverbère. Le temps était venu pour lui d’entreprendre son voyage vers l’Ouest. Oui, les journaux avaient raison : la neige était générale sur toute l’Irlande. La neige tombait sur chaque partie de la plaine centrale, sur les collines sans arbres, tombait doucement sur le marais d’Allen, et, plus loin vers l’ouest, doucement tombait sur les sombres vagues rebelles du Shannon. Elle tombait, aussi, en chaque point du cimetière solitaire perché sur la colline où Michael Furey était enterré. Elle s’amoncelait drue sur les croix des pierres tombales tout de travers, sur les fers de lance du petit portail, sur les épines dépouillées. Son âme défaillait lentement tandis qu’il entendait la neige tomber, évanescente, à travers tout l’univers, et, telle la descente de leur fin dernière, tomber, évanescente, sur tous les vivants et les morts. »
19 septembre 2010
Le pique-nique autrement
Pour la troisième année consécutive, Mireille et Paul Vautel ont accueilli, dans leur agréable propriété familiale de Saint-Antoine-Ginestière, Gauche Autrement pour un pique-nique fraternel.
Comme à chaque fois, il y avait les anciens et les nouveaux, les jeunes et les moins jeunes, les maîtres de la dialectique et les virtuoses de la grillade. Cette année, nous avons même eu droit en prime à une belle délégation radicale (de gauche of course) et à l’équipe dirigeante de l’Amica.
Bien sûr, cette rentrée est un peu particulière, je n’ai pas manqué de le rappeler en préliminaire. Elle va nous conduire au printemps à la campagne de renouvellement des deux élus de l’association. Mais comme la sagesse semble l’emporter au sein de la gauche niçoise, rien ne pouvait altérer la bonne humeur des participants à qui j’ai d’ailleurs proposé une « feel good campagne ».
Mais nous n’en étions pas encore là. Et chacun de partager nourriture, boisson et éclats de rire avec cette innocence qui est la marque de fabrique des dimanches à la campagne chez les Vautel.
D'autres photos sur le blog de Dominique.
17 septembre 2010
Deux questions simples
Sans entrer dans le débat (q’ailleurs quel débat ?), je constate, effaré, les dégâts de l’offensive anti-Roms du Pouvoir :
- stigmatisation d’un groupe humain,
- réveil des sentiments xénophobes d’une partie de la population,
- la patrie des Droits de l’Homme montrée du doigt par l’Europe et le Monde,
- le mensonge d’Etat devenu méthode de gouvernement.
Et je me pose deux questions très simples :
1) Quel pourcentage de la population française est en contact direct avec une communauté Rom ?
2) Que ce serait-il passé si l’UMP avait gagné les élections régionales ?
- stigmatisation d’un groupe humain,
- réveil des sentiments xénophobes d’une partie de la population,
- la patrie des Droits de l’Homme montrée du doigt par l’Europe et le Monde,
- le mensonge d’Etat devenu méthode de gouvernement.
Et je me pose deux questions très simples :
1) Quel pourcentage de la population française est en contact direct avec une communauté Rom ?
2) Que ce serait-il passé si l’UMP avait gagné les élections régionales ?
15 septembre 2010
La geôle suédoise
« Une Française emprisonnée… » : l’article occupe la quasi totalité de la page 15 de l’édition de mardi d’un quotidien national.
Il s’agit de l’histoire de Caroline, une jeune Française de 26 ans, jetée dans un cul-de-basse-fosse avec une accusation de maltraitance envers son jeune fils de six mois.
Si ce fait-divers tragique mais banal s’était déroulé en France, il aurait probablement été relaté en deux lignes par le même journal. Mais voilà, il a eu lieu dans un pays à l’Etat de droit incertain et aux geôles particulièrement inhospitalières : la Suède ! De surcroît, nous apprend le journal, la jeune femme souffre d’une maladie de la tyroïde et sa vie est donc en danger dans ce pays notoirement sous-équipé sur le plan médical !
Dire que cet article m’a irrité est un doux euphémisme : il est tout simplement la caricature de ce tropisme hexagonal qui consiste à considérer nos compatriotes arrêtés à l’étranger comme forcément innocents (il est possible que Caroline soit innocente, rien ne permet de dire que c’est probable…), les systèmes juridiques des autres pays comme quasiment moyenâgeux et leurs prisons forcément inhumaines (si vous pensez cela, je vous invite à visiter la prison… de Nice !).
C’est avec ce type de raisonnement qu’il y a quelques années, le transfert de Bernard Cantat de Vilnius à Paris était presque apparu comme une opération humanitaire et l’emprisonnement de la compagne d’un caïd mexicain comme le supplice de Sainte Blandine !
Du coup, pour des affaires qui se seraient passées en France dans l’anonymat de la moulinette judiciaire, on voit se mobiliser à la fois les médias et les plus hautes autorités de la République. Le Président – qui décidément n’en rate pas une – adore ce genre de situation qui le conduit à plaider pour un compatriote en marge d’une visite d’Etat tout en accueillant, trémolos dans la voix et regard humide, les familles éplorées à L’Elysée. C’est qu’il faut, selon une formule « compassionnellement » correcte, tout faire pour que le malheureux – ou la malheureuse – puisse passer les fêtes de Noël en famille dans ce pays de cocagne où l’erreur judiciaire est bannie qu’est la France…
A un moment où notre pays est montré du doigt précisément sur la question des droits de l’homme, cette nouvelle manifestation de l’arrogance française m’est insupportable, même si, trop souvent, elle est validée par l’opinion publique.
Il s’agit de l’histoire de Caroline, une jeune Française de 26 ans, jetée dans un cul-de-basse-fosse avec une accusation de maltraitance envers son jeune fils de six mois.
Si ce fait-divers tragique mais banal s’était déroulé en France, il aurait probablement été relaté en deux lignes par le même journal. Mais voilà, il a eu lieu dans un pays à l’Etat de droit incertain et aux geôles particulièrement inhospitalières : la Suède ! De surcroît, nous apprend le journal, la jeune femme souffre d’une maladie de la tyroïde et sa vie est donc en danger dans ce pays notoirement sous-équipé sur le plan médical !
Dire que cet article m’a irrité est un doux euphémisme : il est tout simplement la caricature de ce tropisme hexagonal qui consiste à considérer nos compatriotes arrêtés à l’étranger comme forcément innocents (il est possible que Caroline soit innocente, rien ne permet de dire que c’est probable…), les systèmes juridiques des autres pays comme quasiment moyenâgeux et leurs prisons forcément inhumaines (si vous pensez cela, je vous invite à visiter la prison… de Nice !).
C’est avec ce type de raisonnement qu’il y a quelques années, le transfert de Bernard Cantat de Vilnius à Paris était presque apparu comme une opération humanitaire et l’emprisonnement de la compagne d’un caïd mexicain comme le supplice de Sainte Blandine !
Du coup, pour des affaires qui se seraient passées en France dans l’anonymat de la moulinette judiciaire, on voit se mobiliser à la fois les médias et les plus hautes autorités de la République. Le Président – qui décidément n’en rate pas une – adore ce genre de situation qui le conduit à plaider pour un compatriote en marge d’une visite d’Etat tout en accueillant, trémolos dans la voix et regard humide, les familles éplorées à L’Elysée. C’est qu’il faut, selon une formule « compassionnellement » correcte, tout faire pour que le malheureux – ou la malheureuse – puisse passer les fêtes de Noël en famille dans ce pays de cocagne où l’erreur judiciaire est bannie qu’est la France…
A un moment où notre pays est montré du doigt précisément sur la question des droits de l’homme, cette nouvelle manifestation de l’arrogance française m’est insupportable, même si, trop souvent, elle est validée par l’opinion publique.
13 septembre 2010
Rendez-vous dans dix ans
Il y a dix ans, le quotidien local m'avait demandé de répondre au questionnaire de Proust version longue. Ce que je fis consciencieusement. Tellement consciencieusement qu’en tombant par hasard sur la coupure de presse, je me dis qu’aujourd’hui je ne changerais pas une virgule aux réponses. Il ne me reste donc plus qu’à me donner rendez-vous dans dix ans pour une nouvelle vérification. Ce qui, pour un Patrick, peut apparaître comme assez normal…Cela dit, rien ne vous empêche de vous y coller…
Quel est pour vous le comble de la misère ?
- Voir des gens humiliés.
Votre idéal de bonheur terrestre ?
- Les festivals de l’île de Wight et de Woodstock : ma jeunesse.
Pour quelles fautes avez-vous le plus d’indulgence ?
- La naïveté.
Les héros de roman que vous préférez ?
- Le lieutenant Drogo, dans « Le Désert des tartares » de Buzzati.
Votre personnage historique préféré ?
- Cincinnatus, ce Romain qui sauva la République avant de retourner cultiver ses champs avec sa charrue.
Vos héroïnes préférées dans la vie réelle ?
- Simone Veil. Elle a imposé sa loi sur l’IVG à ses propres amis. Une personne au-dessus des partis, le symbole de l’émancipation de la femme.
Vos héroïnes dans la fiction ?
- J’ai une tendresse particulière pour Madame Bovary : victime de la condition féminine, elle se cogne à tous les coins.
Votre peintre préféré ?
- Botticelli.
Votre qualité préférée chez l’homme ?
- La tolérance.
Votre qualité préférée chez la femme ?
- La tolérance.
Votre vertu préférée ?
- L’humanisme, mettre l’homme au-dessus de tout.
Votre occupation préférée ?
- Ecrire.
Qui auriez-vous aimé être ?
- Un écrivain. Emile Zola, par exemple.
Le principal trait de votre caractère ?
- L’ouverture aux autres.
Ce que vous appréciez le plus chez vos amis ?
- Paradoxalement, qu’ils ne soient pas exclusifs.
Votre principal défaut ?
- Affronter avec difficulté les situations conflictuelles.
Quel serait votre plus grand malheur ?
- Perdre l’espoir de changer le monde tel qu’il est.
Votre couleur préférée ?
- Le bleu.
Quelle fleur aimez-vous
- La fleur de laurier.
Votre oiseau préféré ?
- Le phénix.
Vos auteurs favoris en prose ?
- Proust.
Vos poètes préférés ?
- René Char.
Vos héros dans la vie réelle ?
- Les opposants et les résistants dans les dictatures, au quotidien.
Que détestez-vous par-dessus tout ?
- Les mondanités.
Quels caractères historiques méprisez-vous le plus ?
- Ceux qui fabriquent des responsabilités collectives.
La réforme que vous admirez le plus ?
- L’abolition de la peine de mort.
Le don de la nature que vous voudriez avoir ?
- Etre un grand écrivain. Pour passer des professions de foi à la grande littérature…
Comment aimeriez-vous mourir ?
- Serein. Avec la certitude de survivre à travers ceux que j’aime…
Votre devise ?
- « Chaque pas qui mène au but est un but en lui-même ».
11 septembre 2010
Suspension très momentanée du blog
Pour des raisons techniques liées à une défaillance de ma connexion Internet, mon blog est interrompu depuis quelques jours.
Mais ça ne saurait durer... Du moins je l'espère... Je vous dis donc à très bientôt.
Mais ça ne saurait durer... Du moins je l'espère... Je vous dis donc à très bientôt.
07 septembre 2010
De Masséna à la Libé
L'arrivée à la Libé
De Masséna à la Libé, c’est probablement la plus grosse manifestation niçoise à laquelle est m’ait été donné de participer à Nice depuis l’hiver 95.
Une manifestation dont la précocité (un 7 septembre, on n’avait jamais vu ça…) se lisait sur les visages hâlés par un soleil d’été qui n’était pas encore un souvenir malgré le ciel plombé de ce mardi.
Une manifestation où la détermination, la volonté de peser dans le rapport de force avec le gouvernement avaient remplacé la résignation que j’avais vu s’insinuer dans les cortèges de juin.
Comme samedi, pour la défense des libertés, comme lundi, pour la défense de l’enseignement dans les collèges et les lycées, il s’agit moins de s’opposer à une réforme ou à des lois que de se battre dans un réflexe de défense républicaine pour les valeurs fondatrices du pacte social de notre pays.
Une manifestation qui avait l’élégance de s’achever dans le 5e canton, au pied de ma chère gare du Sud. L’occasion étaient trop belle pour ne pas récupérer au passage quelques pans bagnats de chez Tintin afin de reconstituer nos forces pour la prochaine manif qui, n’en doutons pas, ne tardera guère.
06 septembre 2010
Les pages que j’aurais aimé écrire (3)
Scénariste célèbre du cinéma français Pierre Bost (La traversée de Paris, En cas de malheur, L’horloger de Saint Paul, Le juge et l’assassin…) a écrit, juste après guerre, un roman intimiste : Monsieur Ladmiral va bientôt mourir. En 1984, dix ans après sa mort, Bertrand Tavernier l’adaptera pour en faire un de mes films préférés : Un Dimanche à la campagne. Ce petit livre raconte quelques heures de la vie d’Urbain Ladmiral, un vieux peintre portraitiste démodé, avec en toile de fond ses relations avec Irène, sa fille indépendante et fantasque, et Gonzague, son fils tout en admiration pour le père.
(...)
« Heureusement, Monsieur Ladmiral, au moment où Irène le quitta,ne pensa jamais à l’ingratitude des enfants, ou du moins n’en parla jamais. Il y pensa un peu plus tard, quand sa fille commença à venir le voir moins souvent ; et il y pensait surtout quand il avait l’occasion d’aborder ce sujet avec Gonzague, qui lui, était très fidèle et venait souvent voir son père, même les jours de semaine en sortant du bureau. Monsieur Ladmiral, quand Gonzague s’en allait, n’était pas très triste de le voir partir ; mais ce départ lui rappelait qu’Irène n’était pas venue depuis longtemps. Alors dans son adieu à Gonzague, on sentait toujours un peu de regret que cette visite n’eut pas été celle d’Irène. Gonzague comprenait, et il avait des jours où, en redescendant l’escalier, bouleversé, il manquait des marches, comme un amoureux éconduit ; tous les chagrins se ressemblent. »
04 septembre 2010
Liberté Egalité Fraternité
Nous étions plus de deux mille entre la place Garibaldi et le Port pour exorciser l’été de la honte. C’est assurément un beau succès pour une manifestation de rentrée sur le thème de la défense des droits de l’homme. Ce n’est pas encore une déferlante mais c’est beaucoup plus qu’un frémissement. Il est vrai qu’au-delà de l’hystérie anti-Roms et l’invention de la nationalité à géométrie variable par le ministre Hortefeux, nous vivons à Nice la douloureuse saga des demandeurs d’asile soumis à la loi de l'errance et des petits matins blêmes. Une raison de plus pour qu’organisations, militants ou tout simplement humanistes se mobilisent.
Pour masquer les difficultés du moment et notamment la navrante affaire Bettencourt, le pouvoir n’hésite pas à jouer les incendiaires avec le feu de la xénophobie. Il le fait avec cynisme car je ne pense pas que ces femmes et ces hommes du gouvernement, expérimentés et politiquement cultivés, croient un seul instant à l’efficacité de leurs gesticulations dégradantes pour l’image de la France en termes de sécurité.
Il fut un temps où certains politiques psalmodiaient sur les estrades : fraternité, fraternité, fraternité… Nous n’en sommes plus là. Qu’est-ce que la Fraternité quand l’Egalité n’est plus assurée entre les citoyens ou, plus largement, entre les hommes qui résident sur le territoire français ? Et qu’en est-il de l’Egalité si elle ne prend pas racine dans le terreau de le Liberté ?
C’est donc bien pour la totalité du triptyque Liberté Egalité Fraternité que deux mille Niçois en colère ont manifesté, dans un réflexe de défense républicaine, à travers ces beaux quartiers historiques de l’est de la ville. Ceux-là même qui accueillirent, au début du siècle dernier, tant d’immigrants.
02 septembre 2010
Non à l'enseignement low coast
Quoi ? Deux journées de grève dans l’Education Nationale dès la rentrée ? Non seulement celle générale du 7 septembre pour les retraites, mais aussi une journée spéciale le 6 septembre ?
On les entend déjà ceux qui sont prompts à critiquer ces flemmards de profs en bloc, leurs congés, leurs horaires, leur salaire…
Sauf que, sauf que… cette fois il en ira peut-être différemment. Pourquoi ? Parce que là on est allé trop loin. Là, il ne s’agit plus seulement de contester les conditions générales d’un travail devenu de plus en plus difficile avec les contraintes supplémentaires ajoutées chaque année (pourtant qui peut le nier s’il veut bien s’informer ?). Là, avec une réforme (une de plus…) qui touche à la formation des maîtres, beaucoup ont fini par se rendre compte qu’on s’attaque à l’avenir de leurs enfants. Il ne s’agit plus de la question quantitative des moyens mais de la question qualitative de la pédagogie.
Déjà, le non remplacement d’un enseignant sur deux qui part à la retraite, suscite l’incompréhension de nos concitoyens (80% des Français pensent qu’il s’agit d’une mauvaise chose). Mais affecter à temps plein dans des classes, sans aucune formation (à l’exception d’un vague et partiel tutorat-compagnonage dans les premiers mois), 15 500 professeurs à peine recrutés, ça ne passe pas. Cette « mastérisation » (bac = 5) qui consiste à remplacer l’année de formation en alternance dans les IUFM par une année supplémentaire d’études générales n’a pas seulement des conséquences sur la rémunération des professeurs (la première était payée aux stagiaires, pas la seconde) : elle a des conséquences sur la capacité de ceux-ci à se retrouver devant des élèves sans y avoir été préparés d’une quelconque manière. Or, nous ne sommes plus à l’époque de « La gloire de mon père » : revêtir l’habit de maître ne suffit plus pour s’imposer devant un public devenu très imprévisible. De plus, quand on sait que les jeunes enseignants sont ceux qui se retrouvent dans les établissements et les classes les plus difficiles, on voit à quel point cela peut être catastrophique non seulement pour eux mais aussi pour leurs élèves.
Alors peut-être que cette fois, il y aura un peu plus de voix, en dehors du milieu enseignant lui-même – à commencer par l’ensemble des parents d’élèves – pour dénoncer cet enseignement low coast à un moment où une jeunesse facebookée a plus que jamais besoin de repères et de cadres.
On les entend déjà ceux qui sont prompts à critiquer ces flemmards de profs en bloc, leurs congés, leurs horaires, leur salaire…
Sauf que, sauf que… cette fois il en ira peut-être différemment. Pourquoi ? Parce que là on est allé trop loin. Là, il ne s’agit plus seulement de contester les conditions générales d’un travail devenu de plus en plus difficile avec les contraintes supplémentaires ajoutées chaque année (pourtant qui peut le nier s’il veut bien s’informer ?). Là, avec une réforme (une de plus…) qui touche à la formation des maîtres, beaucoup ont fini par se rendre compte qu’on s’attaque à l’avenir de leurs enfants. Il ne s’agit plus de la question quantitative des moyens mais de la question qualitative de la pédagogie.
Déjà, le non remplacement d’un enseignant sur deux qui part à la retraite, suscite l’incompréhension de nos concitoyens (80% des Français pensent qu’il s’agit d’une mauvaise chose). Mais affecter à temps plein dans des classes, sans aucune formation (à l’exception d’un vague et partiel tutorat-compagnonage dans les premiers mois), 15 500 professeurs à peine recrutés, ça ne passe pas. Cette « mastérisation » (bac = 5) qui consiste à remplacer l’année de formation en alternance dans les IUFM par une année supplémentaire d’études générales n’a pas seulement des conséquences sur la rémunération des professeurs (la première était payée aux stagiaires, pas la seconde) : elle a des conséquences sur la capacité de ceux-ci à se retrouver devant des élèves sans y avoir été préparés d’une quelconque manière. Or, nous ne sommes plus à l’époque de « La gloire de mon père » : revêtir l’habit de maître ne suffit plus pour s’imposer devant un public devenu très imprévisible. De plus, quand on sait que les jeunes enseignants sont ceux qui se retrouvent dans les établissements et les classes les plus difficiles, on voit à quel point cela peut être catastrophique non seulement pour eux mais aussi pour leurs élèves.
Alors peut-être que cette fois, il y aura un peu plus de voix, en dehors du milieu enseignant lui-même – à commencer par l’ensemble des parents d’élèves – pour dénoncer cet enseignement low coast à un moment où une jeunesse facebookée a plus que jamais besoin de repères et de cadres.
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