30 mars 2006

Brazil


C’est le Brésil qui est à l’honneur du débat du mercredi cette semaine à ma permanence, autour de l’ouvrage de Claude Raybaud, "Brésil, du rêve à la modernité" (éditions Campanile) et d’une présentation de la situation politique quelques mois avant les élections par notre camarade Antoine Juszczak.

En commentant les photos extraites de son livre, Claude Raybaud me plonge instantanément dans la magie du long périple brésilien accompli avec Dominique au cours de l’été 1999. Dès les premières images, je m’accorde quelques secondes de nostalgie…

Le temps de vivre un coucher de soleil qui s’attarde – Central do Brasil – sur la terre ocre du Minas Gerais ;

D’être troublé par l’étonnante sensualité de tout un peuple priant avec ferveur dans une église de Mariana ;

De rêver au "Capitaine des sables" accoudé à la fenêtre du cabinet de travail de Jorge Amado à Salvador de Bahia ;

De s’accrocher au rêve de Fitzcaraldo, au cœur de la forêt amazonienne en suivant le vol d’un couple de perroquets blancs…

Puis, avec Antoine, vient le temps de la réflexion politique.

Au pouvoir depuis cinq ans, Lula (avec le PT) accomplit une œuvre immense à la tête de ce pays continent, miné par la pauvreté, les inégalités, la corruption et le clientélisme. Avec, en plus, l’obligation de louvoyer dans un dispositif institutionnel complexe parce que fédéral.

Sur le plan social, les progrès sont sensibles, la réforme agraire avance, la lutte contre la pauvreté aussi, même si les syndicalistes, le MST et l’extrême gauche s’impatientent devant la lenteur supposée de l’action. À cet égard, on peut conseiller aux opposants de gauche de Lula de relire l’histoire de l’Union Populaire au Chili : à cette époque aussi, on considérait qu’Allende n’allait pas assez vite… On a vu la suite !

Sur le plan économique, le Brésil est un pays émergeant, mais son programme d’énergies renouvelables en fait un pays du sud original puisqu’il conjugue développement et environnement (avec le social, ne serait-ce pas le triangle magique du développement durable ?).

Mais c’est sur le plan géopolitique que l’avènement de Lula au Brésil est certainement le plus important. Son renouvellement à l’automne est indispensable.

Personnellement, je suis de ceux qui pensent que la construction d’un "autre monde" passe plus par Brasilia que par Porto Alegre…

En quelques années, le Brésil a provoqué le basculement progressiste de la quasi-totalité de l’Amérique Latine, un basculement sui s’est transformé en résistance par rapport à la volonté hégémonique des Etats-Unis. Puissance régionale, le Brésil est également dans les forums internationaux avec d’autres pays du sud, comme l’Inde et l’Afrique du Sud.

En fait, le Brésil de Lula contribue largement à rendre crédible la construction d’un véritable monde multipolaire. C’est la raison pour laquelle, Lula suivait avec intérêt le débat constitutionnel en l’Europe : ce monde multipolaire a aussi besoin d’une Europe forte et unie.

En conclusion, je rappellerai simplement un fait : en avril 2002, Lula était venu en France soutenir la candidature de Lionel Jospin. De quoi faire réfléchir, non ?

Il ne faut pas céder au vertige de la page blanche. Ou rouge. Mais plus sûrement faire preuve de pragmatisme et d’humilité. C’est peut-être comme cela qu’on changera le monde.

3 commentaires:

Anonyme a dit…

PS /Sensualité plutôt que sexualité du peuple priant... serait-il plus politiquement correct?
J'aime bien le contraste entre le début poétique et la suite du message plus pragmatique.
Signé
Secrétaire du 2ème étage-Qui?

Patrick Mottard a dit…

Vous avez raison...! Sans doute un lapsus ? Je vais rectifier cela immédiatement !!!

Merci.

Anonyme a dit…

plus fun que de villepin

quand l'un dérape sur démission en pleine assemblée, l'autre glisse sur sexualité en pleine église.

le parti socialiste est tout de même plus fun !
George