12 mars 2006

Nettoyage ethnique à La Haye : 1 mort

Slobodan Milosevic est mort.

On ne regrettera pas cet apparatchik gris, pur produit du monde communiste reconverti après la chute du mur de Berlin en propagandiste zélé du nationalisme grand serbe.

C’est que nous n’oublierons jamais la destruction de Vukovar, le massacre de Srebrenica et l’agression du Kosovo… Ni les 220 000 morts, ni les 5 millions de personnes déplacées (y compris les Serbes de Slavonie et de Krajina).

Par contre, on regrettera que le procès ne puisse pas aller normalement à son terme : pour la vérité, pour l’histoire, pour le "plus jamais ça"… Le procès aurait pu nous faire comprendre une fois de plus qu’un individu, aussi diabolique soit-il, n’a pas capacité à faire basculer l’Histoire et que les responsabilités dans la tragédie yougoslave vont bien au-delà du personnage assez falot qui vient de mourir – curieusement quelques jours après Rugova – dans une geôle hollandaise.

C’est ainsi qu’on aurait pu évoquer la responsabilité de l’Union Européenne, incapable d’offrir une alternative à l’éclatement de la Yougoslavie, celle des nationalistes slovènes et croates, trop impatients de se débarrasser des populations pauvres du sud, celle de la diplomatie allemande, qui a pris le risque de reconnaître unilatéralement et prématurément l’indépendance de la Croatie, celle de l’ONU, qui a fait semblant de protéger les populations civiles bosniaques avant de les livrer à Mladic et Karadzic, celle des pays musulmans, qui ont préféré financer des minarets plutôt que d’aider militairement leurs corréligionnaires de Bosnie et du Kosovo, celle enfin des dirigeants croates et bosno-musulmans qui n’ont pas hésité à jouer la politique du pire pour s’attirer les bonnes grâces de la communauté internationale.

Un procès à son terme nous aurait également rappelé une vérité gênante : ce sont les USA qui, en armant la Croatie, ont permis la contre-attaque de 1995 qui a conduit aux accords de Dayton. Ce sont encore les USA qui ont armé l’OTAN pour rétablir en 1999 les Kosovars albanais dans leurs droits…

Pendant ce temps, l’Europe divisée et munichoise était incapable de peser sur le cours d’une guerre civile qui se développait en son sein, une Europe qui n’avait pas encore fini d’expier le péché originel qui a consisté, dans les années cinquante, à renoncer à la création de la CED.

12 commentaires:

Anonyme a dit…

Comment vous pouvez écrire "pur produit du monde communiste" à propos de cette ordure de Milosevic et en même temps siéger avec des communistes dans la gauche plurielle au conseil municipal. Milosevic n'est-il pas une insulte au communisme?

Patrick Mottard a dit…

Les communistes qui siègent à mes côtés au Conseil municipal savent lire et connaissent l’histoire (et en plus ce sont des amis)...
Milosevic a le parcours-type des dirigeants communistes des années 60-80. C’est une donnée objective. A partir de 1990, il se reconvertit par opportunisme en nationaliste grand serbe et c’est à ce titre, comme je le dis dans mon propos, qu’il se livre notamment au nettoyage ethnique. C’est une autre donnée objective.

Philippe a dit…

Tout à fait d'accord avec ton analyse sur la guerre des Balkans. Mais tu regrettes l'absence de l'Union européenne dans ce conflit qu'elle aurait dû et pu régler si elle avait eu une défense militaire intégrée. Mais le candidat que tu soutiens ayant voté et fait voter Non à la Constitution européenne, s'est opposé du coup à la création d'une nouvelle "C.E.D". (A propos comment a voté en 1954 Guy Mollet au projet de C.E.D ? Lui aussi avait une belle langue marxiste, pour mieux s'incliner ensuite devant la droite la plus extrême. Craignons que l'Histoire ne se répète en balbutiant, comme le disait Karl, il y a 150 ans).

benji06 a dit…

oui milosevic était nationaliste dans l'ame depuis toujours,c'était un national communiste,mais c'est vrai que ces 2 morts successives au tpi sont assez troublantes.....

Anonyme a dit…

Milosevic: études de droit, puis l'industrie et les banques. Il devient dirigeant du PC de Belgrade vers la quarantaine. Des tonnes d'hommes et de femmes politiques français ont ce parcours: un peu d'études supérieures, puis l'industrie et la finance, et la politique passé la quarantaine. C'est une donnée objective. On ne les qualifie pas pour autant de pur produit du capitalisme! Non, je vous trouve bien opportuniste avec le communisme.

Sinon, votre discours sur la Yougoslavie me rappelle celui du belliciste Dr Kouchner, d'ailleurs remercié de ses loyaux services par Harvard.

MB a dit…

Le commentaire anonyme précédent est tout simplement stupéfiant...

Anonyme a dit…

mais mais mais?
"opportunisme avec le communisme", "opportuniste avec les BD", serait-ce le même anonymous????
auquel cas, ça y est, c'est un vrai blog, nous avons notre trol!!!!!

Clotilde

Laurent Weppe a dit…

Un apparatchik qui rentre au PC pour devenir notable avant de virer nationaliste à la chute de l'URSS, de ses satellites et de ses alliés, il y en a eu des tas, et bon nombres sont encore chefs d'états et hommes d'influence. Plutôt que de parler de pur produit du monde communiste, on peut parler d'un pur produit de l'agonie de l'Empire Urssien, et de ce qui se passe quand une idéologie devient vérité officielle: on fini par se retrouver avec des élites multiformes qui ne croient plus en rien si ce n'est en leur propre volonté d'étendre pouvoir et privilèges.

Et effectivement, l'Europe est coupable d'inaction et de désunion. Quand le conflit aux Balkans a commencé, les Américains qui croyaient en l'Europe (il y en a, même s'ils ne sont pas à la Maison Blanche) se sont dit "Les Européens vont faire quelque chose, les Balkans c'est chez eux, Ils n'accepteront pas une guerre civile, ils sont aussi riches et aussi puissant que nous, ils pourront agir"
Et on a vu le gâchis que ça a donné.
L'Union Européenne, c'est plus du quart de la richesse mondiale, la troisième population de la planète, la partie du monde où on vit le mieux et le plus longtemps, c'est le seul "pays" qui ai dans l'histoire connu un extension continue de ses territoires sans avoir besoin une seule fois de recourir à la conquête militaire, c'est la seule grande puissance à laquelle on ai pas encore accolé le titre douteux d'empire et c'est une Union où on continue de faire la queue pour rentrer...... Mais dès qu'il s'agit de volonté politique, c'est le désert.

Mais c'est un désert qui n'est pas dénué de causes.
La France est remplie de présidentiables: tous veulent aller à l'Élysée. Mais pas un ne rêve de devenir Président de l'Europe, pas un qui abandonne ses prétentions élyséennes pour l'ambition européenne. D'ailleurs, tout le monde dit que l'élection cruciale sera en 2007, alors qu'il faudrait dire qu'elle sera en 2009: en 2009, cela fera 30 ans que la droite domine sans discontinuer le parlement européen (ceux qui se plaignent d'une Europe trop libérale devraient méditer ce tout petit détail sans importance), et il y aura des élections européennes, ce qu'on devrait considérer comme étant les "Vraies" législatives. Y a t-il beaucoup de gens qui se bousculent pour être tête de liste? Que dalle. Y a t-il des gens qui préparent déjà une réforme du fonctionnement des institutions? Tout est gelé depuis le 29 mai. Y a t il une volonté des partis de se mettre à l'heure européenne? Pour l'instant les partis européens (PSE, PPE, etc...) se limitent à des clubs de notables. Y a t-il un leader de la gauche européenne, des libéraux européens, des conservateurs? Non, aucun, parce que personne ne veut tenir ce rôle. Pire, on voit dans le cas de l'UMP que les rôles sont inversés: Sarkozy peut virer un vice-président du groupe PPE de Strasbourg: c'est comme si, à l'échelle française, un petit notable de province devait imposer ses diktats à l'assemblée nationale, aberrant. Et quand une élection Européenne a lieu, moins de la moitié des gens votent, sans que ça dérange grand monde dans les hautes sphères, et si le PS a sauté de joie en 2004 pour avoir fait 30% des voix en France, à l'échelle du continent, la Gauche, une nouvelle fois, perdu les européennes.

Que voit-on avec l'Union Européenne?
Un parlement que les députés désertent, où certains viennent pour insulter et non pour débattre, où s'affrontent jeunes loups aux dents longues et vieux politiques à bout de souffle.
Un parlement qui vote contre la guerre d'Irak mais qui ne peut s'imposer aux états membres.
Une commission traitée par dessus la jambe, que la classe politique accuse de tous les maux, trop contente de lui mettre sur le dos les décisions impopulaires qu'elle peut prendre.

Le "péché originel" est répété jours après jours, ce n'est pas une faute commise et resté en plan: si les politiques les plus influents se laissent accaparer par leurs petits jeux de pouvoir sans défendre, VRAIMENT défendre, l'idée d'une Europe devenant une véritable République fédérale et parlementaire (SURTOUT parlementaire), il y aura d'autres Yougoslavies à l'avenir.

philippe a dit…

Tout à fait d'accord avec le commentaire précédent.Notre ami est-il prêt à rejoindre, si ce n'est pas fait, le collectif 06 de SAUVONS L'EUROPE" .A sa disposition pour tous renseignements.

Anonyme a dit…

Tiens, une analyse extrêmement proche de la tienne dans le Progressive de Mars 2006.

http://progressive.org/mag_apb031406

(bon, en anglais, un petit effort)

Le progressive est l'un des plus anciens journaux progressistes (comme son nom l'indique) des Etats-Unis, et se bat pour la démocratie, pour les droits sociaux, et, ces dernières années, contre la guerre en Irak et l'administration Bush en général.
Ses plus célèbres contributeurs sont Howard Zinn, Matthew Rotschild et d'autres grands activistes de ce pays.

Clotilde

Patrick Mottard a dit…

Dans sa chronique du dimanche 19 mars dans Nice-Matin, Georges-Marc Benamou a également une analyse très proche de la mienne dans le paragraphe intitulé "Le refoulé de l'ex-Yougoslavie".

Anonyme a dit…

ah oui mais Benamou, j'aime beaucoup moins par contre! :))

Clotilde