19 mars 2006

Et une, et deux, et trois manifs !

La lutte anti-CPE s’élargit et se renforce, inexorablement, jour après jour. J’ai pu le vérifier trois fois cette dernière semaine.

- Samedi dernier, avec les étudiants parisiens de la Sorbonne, je me suis retrouvé sur un boulevard Saint Michel en état de siège avec quelques souvenirs du printemps 68 au cœur de la mémoire.

- Jeudi, j’étais sur la place Masséna pour assister à la jonction "historique" du cortège des étudiants niçois avec celui des lycéens. Le travail pédagogique et mobilisateur de la petite équipe militante de "Ciel" avait fini par payer : quelques heures auparavant la fac de Lettres s’était mise en grève.

- Aujourd’hui enfin, troisième manif anti-CPE à Nice, avec un cortège encore plus important et diversifié que la dernière fois.

Dans notre ville aussi, la jeunesse a compris que la CPE ce n’est pas mieux que rien mais pire que tout.

D’ailleurs au fur et à mesure de la mobilisation, je me demande si le mouvement ne prend pas une autre dimension. A la traditionnelle protestation sociale contre le démantèlement du droit du travail semble succéder la volonté de défendre tout simplement la dignité de la jeunesse de ce pays. C’est ce que le gouvernement n’a pas compris. On peut négocier un statut social. On ne négocie pas sa dignité.

5 commentaires:

Laurent Weppe a dit…

Ce n'est même plus une histoire de dignité: la dignité, on la défend quand on en a, et il se trouve que c'est une chose qu'on a jamais donné à ma génération.

À cinq ans, nous étions trop petit pour comprendre
soit....
À dix, il ne fallait pas se mêler des affaires des grandes personnes
D'accord.....
À quinze, la crise de l'adolescence nous rendait incapable de raisonner sur la complexité du monde
Mouais.....
À vingt..... à Vingt, nous ne somme pas des adultes mais une jeunesse manipulée par des groupuscules extrémistes.....

Voilà: aujourd'hui adultes, nous sommes vu comme des pantins de groupuscules passéistes: nous, qui avons vécu la chute du mur comme une évidence, qui n'avons jamais eu besoin de nous boucher les oreilles à l'évocation des crimes de Staline, nous qui somme sorti les premier dans la rue pour dire que le fasciste, ce fasciste que nos parents avaient mis au second tour, n'auraient pas la moindre couronne sur la tête, alors qu'eux n'en finissaient pas de décuver et cherchaient dès le soir même à nous mettre la faute sur le dos, à la génération qui a donné le moins de votes à l'extrême droite.

Nous avons été considérés comme abrutis par les dessins animés et les jeux vidéos japonais, puis jugés comme pervertis par le porno et la télé réalité, puis nous avons été décrétés dégénérés par le portable et internet, consommateurs lobotomisés de P2P et de séries HBO, nous n'avons jamais été considéré comme capable de suivre, de nous intéresser à l'actualité. Mais quand je ramenait des journaux à la maison l'hiver dernier, mes oncles, habitués à zapper de TF1 à M6 me regardaient avec des grands yeux, comme si lire un article de 3 pages était le summum de l'activité intellectuelle....

On nous a dit qu'il fallait respecter nos aînés, mais le respect suppose une relation d'égal à égal, alors qu'en réalité, on exigeait de nous déférence, obséquiosité, et soumission à une génération qui entretenait le culte de ses parents résistants. On continuait à vouloir que nous obéissions sans poser de question, comme des enfants sages que nous devions rester. On a repoussé les limites de la jeunesse: on était jeune jusqu'à 20 ans, puis 25, puis 30..... Condamnés à jouer encore et encore et encore et encore et encore et encore le rôle de l'ado mal dégrossi devant la génération vieillissante de nos parents. Condamnés à accumuler des années de formations, 10, 15, 20 ans d'école de lycée et de fac, pour voir certains d'entre nous finir standardistes dans les hôtels de la côte, à entendre les railleries de vacanciers quinquagénaires moins diplômés et moins futés que le jeune qui prenait en silence les réservations, le tout pour des salaires mensuels plus proche de l'argent de poche que d'autre chose.

Et un jour, on nous présente le CPE, une soumission supplémentaire, où n'importe quel patron, chef ou sous-chef de service, jouira d'un pouvoir exorbitant sur la vie de tout jeune soumis à ce contrat de dupes.
Vient un moment où ça suffit, être infantilisé en permanence, se faire agiter un hochet sous le nez par un politicien qui nous croit assez stupides pour gober l'arnaque, assez stupides pour croire que ce contrat n'est pas un remplacement du CDD, jugé encore trop restrictif, assez stupides pour ignorer que le monde de l'entreprise et remplit d'individus qui attendent la première occasion pour abuser de leurs pouvoirs.

Qu'on nous traite enfin en adultes, qu'on cesse de nous prendre pour des pantins sans cervelle, pendant trop longtemps nous avons était traité comme quantités négligeable, au mieux, et comme nuisibles, au pire, et par ceux là même qui nous ont désirés quand ils nous ont conçus, il y a plus de 20 ans. Il n'est jamais bon de se mettre ses propres héritiers à dos, mais l'envie de régler nos comptes avec une "vieillesse" qui n'a JAMAIS su nous traiter avec le respect qui nous était dû, cette envie est là, qui somnole dans l'inconscient collectif d'une génération qui en sait trop sur le triste état du monde, et à force de CPE et de discours haineux sur les jeune, cette envie ne va plus rester somnolente très longtemps.

benoit a dit…

Je lisais dans le journal, que la vague anti-CPE était au niveau des classes moyennes, la reproduction de la révolte des banlieues. C'est un nouveau cri d'angoisse dans le silence comme l'automne dernier. Espèrons que les français comme les niçois auront bientôt l'occasion de retrouver une unité républicaine.

Laurent Weppe a dit…

La belle "révolte": en Novembre c'est 4.000 incendiaires, certes sortis des classes les plus modestes de la société, mais sur les 7 millions de pauvres qui vivent dans notre pays, cela représentait moins de 0,06% du total, on a vu mieux comme révolte.

Et il faut cesser de parler de "cri d'angoisse" ce n'est pas un cri d'angoisse, c'est une gueulante, c'est dire «on en a marre d'être pris pour des andouilles!»
Angoisse? Quel angoisse? L'angoisse vient avec l'incertitude, quand on sait que ça va aller mal, on est pas angoissés du tout, on a "juste" l'envie d'aller secouer des ministres comme des pruniers, histoire qu'ils cessent de voir leurs propres enfants comme des statistiques et des cibles de raillerie pour chauffer leurs salles de meetings.

Julien a dit…

Je ne suis pas sûr que ce soit la dignité de la jeunesse qui soit en cause, le problème c'est plus le mépris affiché par le Gouvernement.

Car au fond, dans cette affaire du CPE le gouvernement à méprisé la jeunesse.
Comment pourrait-on qualifier autrement cette tentative de passage en force qui a consité premièrement par avancer la date de l'examen du projet de loi sur l'égalité de chance à l'Assemblée de manière à ce qu'elle coincide avec la période des examens puis des vacances universitaires ? Comment peut-on qualifier le choix du recours au 49-3 et comment peut-on justifier des déclarations du genre "j'écoute ceux qui ne manifestent pas", dixit M. Galouzeau ? Pour moi c'est du mépris. Auquel vient se greffer un certain autisme.

Ce qui est également particulièrement énervant c'est que le Gouvernement fait mine de croire que les jeunes sont dans la rue parce qu'ils n'ont pas compris le CPE. Donc, il tente de nous expliquer. Le probème c'est que les jeunes ne sont pas des débiles et que nous avons parfaitement compris. Tout seuls comme des grands, et surtout sans être manipulés par d'affereux gauchistes avec leur couteau entre les dents ni par de fourbes socialistes qui ont des objectifs électoraux.
Non, nous avons écouté, analysé et on ne veut pas de cette mesure.
Il n'y a pas que les jeunes d'ailleurs qui ne veulent pas de ce truc, il suffisait de voir qui était dans la manif d'hier : les jeunes bien sûr mais aussi des parents (la FCPE par exemple était représentée) mais aussi des retaités inquiets pour leurs petit enfants.

Au delà de la seule question du CPE la question qui se pose est celle du modèle de société et des relations sociales que nous voulons.
La "période de consolidation" de deux an créé un déséquilibre entre l'employeur et l'employé, en donnant un pouvoir inouï au patron, a forciori en période de fort chômage ce qui risque de provoquer moult dérapages (chantage, etc) vu qu'il est possible de se débarrasser d'un employé sans motiver sa décision.
Le problème est que cette situation de précarité risque à terme de concerner tous les employés et pas seulement pendant deux ans : les patrons réclament de la flexibilité en permamance, on peut donc craindre qu'à l'avenir on puisse se faire licencier sans motif tout au long de sa carrière.
L'autre problème est celui de la rémunération. Car une fois que le travail sera flexible l'étape suivante risque d'être la supression du SMIC (après tout le MEDEF prône une dérèglementation totale du marché du travail), ce qui aura bien sûr pour conséquence une baisse des salaires...
Bref, le modèle américain avec tout ce qu'il peut compter de négatif poir les plus faibles.

La question désormais est de savoir si le gouvernement va céder. Je ne sais pas, mais si ce n'est pas le cas la situation risque de s'empirer, car je pense que de plus en plus de jeunes sont exaspérés par cette attitude, moi le premier.
Je n'avais jamais manifesté de ma vie, hier ce fut donc une première pour moi, et demain je voterai la poursuite du blocage à la Fac de Lettres, alors qu'il y a encore quelques jours j'étais opposé à ce type d'action.
Ensuite, et c'est plutôt une bonne nouvelle pour nous, les syndicats "adultes" semblent désormais prêts à nous appuyer et même à appeler à la grève. Je me demande si de Villepin et sa troupe vont vouloir des troubles sociaux de grande ampleur à un an des élections.
Reste une dernière solution : la censure par le Conseil Constitutionnel. Je pense que le gouvernement prie pour cela, cette solution lui évitant de perdre la face...

Escoffier Gilbert a dit…

ENTRE:

1) le plan " EVA" ( pour "entrée dans la vie active" ) de Marine AUBRY qui repose sur une allocation pérenne se substituant aux diverses aides ponctuelles.

2) "le contrat sécurité formation" cher à Hollande.

3) "une sécurisatoin des parcours professionnels" en rémunérant le temps passé à se former proné par DSK;

4) "labolition du CDD" vers la création d'une véritable fléxi-sécurité à la fançaise chère à Jack LANG.

ET la création "d'emplos sécurité-formation" précédée d'un "bilan des savoirs et des compétences" et de la " construction d'un pojet de parcours professionnel" garantissant une rémunération et donnant accès aux droits sociaux, avancé par Laurent FABIUS.

On peut se demander où va le PS?

Ne serait-il pas opportun, vue l'urgence, d'élaborer dans les plus brefs delais un PROJET cohérent et fédérateur balayant ce funeste CPE? Qui, en plus d'être néfaste à notre jeunesse ; nous conduit au renversement total du code du travail.

Gilbert ESCOFFIER