25 mars 2006

Islamophobe non, chariaphobe oui…

Finalement Abdul Rahman ne sera pas exécuté pour avoir bravé la charia en se convertissant au christianisme. Dans sa grande mansuétude et sous la pression internationale, le président afghan Karzai a trouvé une échappatoire : Rahman est probablement un malade mental, il pourra donc être déclaré irresponsable, au grand soulagement, au lâche soulagement pourrait-on dire, des chancelleries occidentales.

En effet, cette solution bricolée à la va-vite laisse entier le problème : dans un Afghanistan sous perfusion internationale, si vous changez de religion, vous devez être pendu. D’ailleurs Rahman a intérêt à bien se protéger dès sa libération, car les appels au lynchage sont déjà nombreux.

Un tel déni d’humanité me donne la nausée.

Où sont les belles consciences qui, il y a encore quelques semaines, se sont tellement émues de l’affaire des caricatures ? Où sont les théoriciens de l’islamophobie ?

Laïque et agnostique, j’ai un profond respect pour la religion musulmane et ses apports à la civilisation humaine. J’avoue même me trouver plutôt à l’aise lorsque, au hasard d’un voyage en pays musulman, je médite quelques minutes sur les tapis d’une mosquée. Je me battrai jusqu’au bout pour que les musulmans de Nice aient des lieux de prière dignes de ce nom. Aussi, je ne laisserai aucun petit Ramadan de sous-préfecture me traiter d’islamophobe. Par contre, comme humaniste et citoyen du monde, je me considère comme chariaphobe, sans compromis, sans concession, chariaphobe primaire.

4 commentaires:

Laurent Weppe a dit…

Si seulement les authentiques islamophobes, pouvaient, de leur côté ne pas se prétendre "chariaphobes". Car le mal vient aussi de là: quand les idiots se croient malins et les brutes subtiles; quand ceux qui pratiquent la haine ethnique la plus basique prétendent qu'ils réfléchissent et vont hypocritement dire dire n'en ont qu'après l'intégrisme musulman, alors que dans le même temps, tout musulman quel qu'il soit est immédiatement catalogué dans les intégristes, alors que dans le même temps, les intégristes des autres religions ne les dérangent pas et même trouvent grâce à leurs yeux.

Mais il y a aussi dans cette affaire quelque chose de déplorable sur la vision que peuvent avoir certains de la religion:
Un homme dénué de foi, mais qui continue de faire mine de suivre les rituels musulmans ne sera pas inquiété.
Un homme qui continue de croire en Dieu, mais qui choisi de croire dans la chrétienté plutôt que dans l'islam (ces deux religions ne sont pas censées d'ailleurs être sœurs?) risque sa vie.
En d'autres termes, un menteur qui fait semblant de croire sera mieux traité qu'un homme de foi.
Pourquoi s'étonner? L'une des malédictions du monde musulman en se début de siècle, c'est qu'il s'agit d'un monde peuplé de croyants dominés par une aristocratie qui considère la religion comme un instrument de coercition: la monarchie décadente saoudienne, les politiciens véreux déguisés en mollahs du régime iranien en font partie, alors que les partis islamistes jouent les Cromwell: prêt à renverser le roi pour s'emparer du trône et non pour corriger ses fautes. Ceux qui considèrent la religion comme un simple instrument, un moyen pour conserver pouvoir et privilèges (ou pour s'en emparer) n'hésiteront pas à tuer ceux qui risquent de résister à l'autorité du chef qui préfère s'abriter derrière les textes sacrés pour commander sans tolérer la possibilité d'être contredit.

Ce qui font de la foi, des croyances, des convictions une arme au service de l'ambition d'un petit groupe, ceux qui sont prêts à brûler une ville au nom de dieu (ou au nom d'un idéal), pourvu que la salle du trône soit intacte, ceux là forment ce que l'humanité à engendré du pire.

Et ce pire, il n'existe pas seulement dans le monde musulman: on le retrouve en Occident en général, et dans notre petit oasis européenne en particulier. Les "belles consciences" craignent qu'en s'attaquant à ceux qui prennent l'Islam en otage, ils servent les intérêts des islamophobes (les vrais islamophobes, ceux qui ont mis le musulman à la place du juif dans leur haine absolue, et ceux qui sans éprouver de haine absolue considère que celle-ci peut leur être utile. Pas ceux à qui ont agite le chiffon rouge avant même qu'ils aient ouvert la bouche). Mais les islamistes et les ennemis déclarés des musulmans sont frères: les uns les méprisent, les autres les haïssent. Ceux qui cherchent à user du créationnisme pour prendre le contrôle des écoles, ceux qui réclament une "Europe Chrétienne" ceux qui prétendent qu'un Chrétien qui se convertit à l'Islam est un traître, ceux qui utilisent la religion comme un slogan électoral, ceux-là aussi sont des tueurs d'apostats et il n'y a pas de raison pour que ceux qui sont détestables ici le soient moins ailleurs.

Laurent Weppe a dit…

En parlant de caricatures, d'autres en ont fait les frais:

http://www.timesonline.co.uk/article/0,,2092-2103334,00.html

(Le pire est, qu'à la différence des caricatures danoises, l'épisode était très drôle de bout en bout)

Hamza Sadaqa a dit…

Juste pour dire que la charia est une loi datant du 7e siècle et ne peut être valable dans notre société moderne, elle est pratiquée dans son état le plus archaïque dans les Etats aux fondations et institutions politiques et juridiques faibles...d'autres Etats s'en servent comme base mais leur constitution évolue (à l'image du Maroc avec la Moudawana, code de la famille).
Sinon le gros problème du monde musulman (étant moi-même de confession musulmane), est le manque de dialogue et surtout l'inefficacité des systèmes éducatifs. Il y a une intoxication au niveau informatif je me reconnais plus dans l'islam et dans les idées progressistes de l'Andalousie Arabe que dans la plupart des Etats musulmans actuels... Heureusement quelques pays sortent du lot... Le Maroc, le Liban, la Tunisie, la Turquie... Même si beaucoup de chemin reste à faire...

Dominique Boy-Mottard a dit…

Ci-dessous, un très beau texte de Maurice WINNYKAMEN, extrait d'un ouvrage qui doit sortir prochainement :

« Communautés et communautarisme

Si nous prenions le temps de penser, nous constaterions que la limite de la fracture est plus sociale qu’ethnique. Dans toutes les communautés se trouvent des riches et des pauvres. Les riches traversent allègrement les barrières des communautés pour s’entendre sur le dos des pauvres et de tous temps, les démunis se sont battus les uns contre les autres au seul profit de leur maître commun.
Les communautés traduisent toutes les nuances et les diversités existant entre les hommes pris individuellement ou en groupes. La communauté, c’est un lieu d’échange, d’enrichissement personnel et collectif continu. C’est un refuge pour le groupe ou pour l’individu qui se sent mal et qui trouvera là un espace de parole. Reçu, compris, accepté, intégré, il pourra se reconstruire.
La communauté est un espace et une méthode. Elle dispense autant de soins que d’enrichissement, pour chacun et en général. Elle met en oeuvre les compétences individuelles et collectives au profit de tous. La Communauté c’est l’apprentissage de la démocratie. Chaque petite communauté s’intègre dans une plus grande tout en conservant son quant-à-soi. C’est ainsi que la Communauté nationale française s’intègre dans la Communauté européenne, mais que nous restons Français ; que les communautés de footballeurs s’intègrent dans la communauté des sportifs qui s’intègre à son tour dans celle de la culture. Telle est la loi de la communauté. Enrichir et transcender.
Le communautarisme c’est l’acharnement thérapeutique, la misère organisée et programmée par un gourou souvent autoproclamé. Toute communauté qui renonce à se gérer elle-même, qui démissionne en faveur d’un gourou, qui oublie qu’elle dispose de prérogatives, qui oublie que chacun de ses membres compte pour un, est en passe de tomber dans le communautarisme. Les Allemands, dans les années 30 du siècle passé ont confié leur destinée à un gourou nommé Hitler. Ils en ont fait leur Führer, un mot qui signifie "Guide". Et ce guide a enflammé la terre jusqu’en 1945.
Moi qui ne crois pas en Dieu, je ne serais jamais un ennemi ce ceux qui croient. Ceux qui croient ont mis leur foi en Dieu. Ceux qui ne croient pas ont mis leur foi dans l’Homme. Sont-ils, en vérité, les moins croyants ? Mais, dans tous les dogmes, qu’ils soient religieux ou non, il y a des intégristes. Ils en constituent le noyau dur. Ils prônent, au nom de leur foi et de façon chafouine, la conquête des corps, des âmes et des esprits de leurs contemporains, en attendant de les spolier de leur terre et de leurs biens. Leurs conquêtes, d’abord locales, iront s’élargissant. Elles se feront par les armes quand la parole ne suffira plus. Vous ne me croyez pas ! Relisez l’histoire de l’homme. Ces intégristes, et eux seuls, sont des imposteurs de la foi. Cette imposture, je la combattrais pour nous rester fidèle, à toi et à moi, mon frère humain. Je la combattrai, si possible et à égalité de droits et de devoirs, avec toi, ma soeur. »

Maurice Wynnikamen