30 septembre 2009

Et si Babaorum était dans le 5e canton ?

A l’initiative du toujours dynamique comité de quartier « Colline Saint Barthélemy – Le Prieuré », une escapade quasiment champêtre était organisée dans le cadre de la journée du patrimoine avec l’historien niçois Jacques Dalmasso sur un petit tronçon de la voie romaine transversale qui reliait jadis la Via Julia Augusta au Nord et la Via Aurelia au Sud, les autoroutes de l’époque (pas écolos pour un sou, les Romains avaient construit leur… A8 bis !).

Or, cette petite voie presque anonyme – elle s’appelle officiellement Chemin du Collet –, qui joint la rue Calvino à l’avenue Frédéric Mistral, est située en plein cœur du 5e canton. Du coup, le conseiller général s’est senti concerné, de même que ses amis Henriette, Joëlle et Henri, retrouvés sur place inopinément.

Après quelques dizaines de mètres rue Lorenzi, notre guide nous fait grimper sur la droite et au pas de charge la rue Calvino, afin d’accéder à ce chemin pavé de galets et bordé de deux grands murs de pierre qui est la voie romaine de jadis.

Les murs surtout attirent notre attention. Composites, ils évoquent irrésistiblement l’œuvre du facteur Cheval. Au milieu de matériaux plus récents, Monsieur Dalmasso nous fait identifier ici et là d’authentiques tuiles romaines. Devant ce témoignage simple et incontestable des siècles qui passent et ne reviennent pas, l’émotion est forcément au rendez-vous.

Après un double virage, le chemin se rétrécit encore et la rude pente devient escalier. Notre guide confirme que nous sommes pratiquement sur la voie d’origine. Il ne reste plus au petit groupe d’amoureux du patrimoine qu’à faire travailler son imagination… Là, un couple de mulets avec des jarres d’huile d’olive, ici, un groupe de soldats en permission, bruyants et débraillés, plus loin, une belle Gallo-romaine avec ses bijoux de citadine…

Rien, toutefois, qui nous empêche de constater que la voie n’est pas située, en bonne logique romaine, sur la crête de la colline où se trouve à l’heure actuelle la Villa Arson, mais en contrebas, sur ce que les ingénieurs de l’époque appelaient la crête militaire. C’est qu’en fait, le sommet de la colline devait être occupé par un « castrum » qui montait la garde dans cette région stratégique tout en servant probablement de prison aux condamnés qui, par la suite, étaient envoyés aux arènes de Cimiez.

Ainsi, grâce à Jacques Dalmasso, j’ai appris, en ce dimanche d’automne, qu’un véritable camp de Babaorum (à moins que ce ne soit Petibonum ou Aquarium…) montait la garde sur le point culminant du 5e canton.

De là à penser que, quelques centaines de mètres en contrebas, du côté du 10 avenue Cyrille Besset, se trouve le village des irréductibles Gaulois, il n’y a qu’un pas à franchir. Je ne vous cacherai pas, qu’euphorisé par cette petite promenade historique, je l’ai gaillardement franchi.



Pour d'autres balades romaines, voir le blog de Dominique Boy-Mottard

26 septembre 2009

Patrick Mottard à RDV Télé

Pour suivre l'interview, rendez-vous sur le site de RDV Télé


RDV Télé a succédé à Nice Télé Web, mais le maître de cérémonie est toujours Jean-François Bosch.

Pour cette interview de rentrée, nous avons successivement évoqué les dernières élections au Conseil général et la politique globale (1ère partie), la politique niçoise et la circulation, les crèches, la répression et l'emploi à Nice (2e partie), et le mal être social, le PS, le MoDem, l'espérance politique et Gauche Autrement (3e partie).

Un premier tour d'horizon avant l'Assemblée générale de Gauche Autrement le 9 octobre.

Voir, sur le blog de Dominique Boy-Mottard, "Le référendum du PS est-il bidon ?"

24 septembre 2009

Irina Bokova… ouf !



C’est avec soulagement que j’ai appris, lundi soir, l’élection de la Bulgare Irina Bokova à la direction de l’UNESCO.

Cette victoire, qui a l’avantage de flatter ma bulgarophilie militante, marque surtout la défaite du favori, le très sulfureux Egyptien, Farouk Hosni. Ce dernier, ministre de la culture pendant vingt-deux ans, ne s’est pas contenté de réprimer la vie intellectuelle de son pays, contrôlant l’information, la presse et la blogosphère pour le compte du pouvoir en place. Il avait osé affirmer l’an dernier (ce n’est donc pas une erreur de jeunesse…) : «Je brûlerai moi-même les livres israéliens si j’en trouvais dans les bibliothèques égyptiennes…», tout en dénonçant «l’infiltration des juifs dans les médias internationaux».

Or, il faut savoir que cette étrange candidature pour une organisation universelle chargée de développer l’éducation, la science et la culture, était soutenue et même sponsorisée par la France. Si Paris vaut bien une messe, la flageolante Union pour la Méditerranée vaut bien un Hosni… Pour obtenir le soutien de l’Egypte dans sa besogneuse initiative diplomatique, le Président Sarkozy a accepté de promouvoir cette candidature nocive pour une organisation en pleine convalescence qui retrouve un certain équilibre après le mandat du sortant Koichiro Matsuura (avec, par exemple, la signature d’une courageuse Convention sur la diversité culturelle).

Et si Irina Bokova, issue de la nomenklatura communiste, n’est pas Vaclav Havel, son élection est symboliquement importante pour les nouvelles démocraties de l’Est. Aussi, à la réflexion, son élection mérite-t-elle mieux qu’un simple « ouf ! »…

19 septembre 2009

Michel Vauzelle peut-il garder la Région PACA ?

A quelque six mois de l’échéance, rien n’est joué, même si les observateurs sont plutôt dubitatifs quant aux chances de Michel Vauzelle d’entamer un troisième mandat.

Malgré une hausse très importante de la fiscalité (environ 60% de 2004 à 2006) due en grande partie – il faut le dire – à des transferts de compétence mal compensés, le bilan des deux premiers mandats est plutôt honorable (mais attention aux dépenses de personnel et de communication qui ont tendance à déraper), notamment dans des domaines comme les lycées, les transports (beau travail de Gérard Piel), la formation professionnelle, la culture régionale…

Pourtant, l’image globale est brouillée par les graves affaires marseillaises et la difficulté, pour les citoyens de PACA à identifier un projet alternatif à ce que propose la droite dans les départements et les grandes agglomérations de la Région.

J’ajoute que, pour les habitants des Alpes-Maritimes, le calamiteux parcours du Premier vice-président est un lourd handicap, même si, depuis plus de deux ans, Michel Vauzelle a décidé de gérer en direct en contournant son encombrant représentant local.

C’est dire que la victoire de la gauche en PACA est loin d’être assurée, alors même qu’elle est indispensable à la respiration démocratique de notre Région. Le monde associatif, par exemple, est très demandeur d’un contre-pouvoir à la droite toute puissante.

Cette victoire difficile est néanmoins possible malgré un contexte électoral (le FN s’étant – heureusement – affaibli) et politique (les convulsions nationales du PS) délicat. Pour cela, il est impératif que Michel Vauzelle satisfasse à quatre conditions.

1) Il doit tout d’abord vider l’abcès marseillais sans jouer la montre des lenteurs judiciaires et se séparer des élus et des collaborateurs qui ont, de près ou de loin, trempé dans ces affaires de clientélisme et de corruption. En s’appuyant sur son image personnelle d’intégrité et l’opinion publique, il devrait pouvoir se passer de ces soutiens sulfureux. Il en a même l’obligation.

2) Il doit bouleverser son dispositif dans les Alpes-Maritimes (c’est le seul département où la liste de gauche n’était pas arrivée en tête en 2004 alors que le FN était encore fort) et annoncer clairement son intention de tourner la page en renouvelant son équipe. Patrick Allemand, l’ancienne tête de liste, est responsable de la déroute municipale de Nice, de l’éclatement de la gauche locale et de défaites électorales à répétition dans les partielles. Il n’a plus aucune crédibilité, c’est le maillon faible de la Région. Une solution de remplacement est pourtant facile à trouver. Pascale Gérard, conseillère générale sortante, pourrait faire l’unanimité pour prendre la succession. Dotée d’une solide équipe, elle dirige avec compétence l’important secteur de la Formation professionnelle où, en tant qu’élu, j’ai pu tester sa réactivité. Peu concernée par les luttes intestines du PS et encore peu connue du grand public, elle peut prétendre incarner le renouveau si, bien sûr, la tête de liste est socialiste.

3) Michel Vauzelle doit aussi impérativement rassembler à gauche. Si l’accord se fera probablement sans trop de difficultés avec un PC qui a besoin de cadres élus, ce sera moins évident avec les Verts, boostés par le bon résultat des Européennes et le camouflet infligé par la fédération du PS 06 dans le 6e canton de Nice. Pour avoir un accord, il faudra en payer le prix. Pourquoi pas avec une tête de liste dans l’un des départements de la Région ? Dans les Alpes-Maritimes, ce serait loin d’être incongru au vu du résultat d’Europe Ecologie qui a devancé la liste PS de plus de six points (17,07% contre 10,72%). Ça pourrait être un rôle sur mesure pour André Aschiéri ou même pour les excellents élus niçois Rémy Gaechter ou Mari-Luz Nicaise. Au-delà de la gauche, un accord avec le MoDem semble également incontournable.

4) Enfin, Vauzelle et son équipe doivent à tout prix redéfinir un programme qui puisse cliver nettement avec celui de la droite. La co-gestion avec Christian Estrosi a certainement été une bonne chose en termes d’efficacité en cours de mandat, elle devient quelque peu encombrante en période électorale. Il faut que le candidat sortant explique à l’électorat en quoi un Président de région de gauche peut faire une autre gestion qu’un Président de droite. Cela dit, l’argument est réversible et sera également valable pour la tête de liste de l’UMP (dont on ignore, pour l’heure qui elle sera, avec le renoncement annoncé ce jour du maire de Toulon, Hubert Falco).

Nettoyer les écuries marseillaises, renouveler la représentation des Alpes-Maritimes, rassembler la gauche (et s’allier au MoDem) et promouvoir un projet clairement identifiable sont les conditions nécessaires – même si elles ne seront pas, à tout coup, suffisantes – pour une nouvelle victoire. Une victoire nécessaire à l’équilibre démocratique de notre région en général et de notre département en particulier.

Et vous, qu’en pensez-vous ?

18 septembre 2009

Vive le BNB !

Alexandre le bienheureux

A propos d’un article de Pascal Lamy, le directeur de l’OMC, je me posais ici même la question des limites anthropologiques de l’économie de marché. Quelques semaines plus tard, nous pouvons considérer que le rapport de la Commission « sur la mesure de la performance économique et du progrès social », missionnée par le Président de la République et présidée par le prix Nobel d’économie américain Joseph Stiglitz, constitue un début de réponse prometteur.

Pour Stiglitz, secondé par le prix Nobel indien Armatya Sen et l’économiste français Jean-Paul Fitoussi, il faut changer de modèle statistique, sortir de la stricte logique (souvent illogique) financière et mesurer… le bien-être et le bonheur. En fait, tout ce que le marché ne peut pas calculer. Prendre en compte la qualité de la vie, la santé, l’environnement, les réseaux sociaux, permettrait de changer les instruments de mesure et nous conduirait ainsi à proposer une autre forme de développement économique plus respectueux des hommes et de l’environnement.

L’enjeu serait, ni plus ni moins, de faire émerger, à côté du PNB crispé sur la production économique et la rentabilité financière, un… BNB (bonheur national brut). En fait, un PNN (produit national net), qui permettrait de prendre en compte la dépréciation de toutes les catégories de capital ayant contribué à la production des richesses. Comme les hommes ou la Nature.

Les rapporteurs font, dans la foulée, une douzaine de recommandations pour modifier et compléter les statistiques internationales économiques, condition préalable à la création d’un système nouveau. Ainsi, « mettre en place une mesure synthétique de la qualité de la vie », « accorder plus d’importance à la répartition des revenus » ou encore « évaluer de manière exhaustive les inégalités ».

Le travail des rapporteurs, qui ont le courage de rappeler que l’économie est autant une science qu’une idéologie, est d’autant plus crédible que la réflexion initiale a été engagée avant la crise. Une réflexion qui, en faisant la part belle aux valeurs de solidarité (sociale, géographique, générationnelle), peut être considérée comme étant plutôt à gauche.

Aussi, n’est-il pas inintéressant de Stiglitz considère que la gouvernance du FMI par DSK va plutôt dans le bon sens : « Il en a changé en partie la philosophie ».

Dans un contexte où les petits camarades de DSK négocient indéfiniment avec Augias, pointer ce satisfecit est tout sauf anodin…

14 septembre 2009

La deuxième vie du bow-window



Pendant les sept années du deuxième mandat de Jacques Peyrat, c’était devenu un rituel à la limite du private joke. A chaque séance du Conseil municipal, je faisais remarquer mi-sévère, mi-goguenard, les deux ou trois avenants supplémentaires concernant le chantier incroyablement complexe de la rénovation du Musée Masséna qui ne manquaient jamais de s’inviter à l’ordre du jour. La réponse du maire ou de l’adjoint André Barthe était généralement minimaliste et traduisait un certain embarras face à ce dossier qui devenait un véritable tonneau des Danaïdes.

Je ne regrette pas mes interventions car l’opération fut extraordinairement budgétivore (9,8 millions d’euros) tout en reconnaissant que le résultat final est éblouissant.

La restauration de cette villa italienne de style Premier Empire est une vraie réussite. Le rez-de-chaussée, reconstitution des pièces où vivait la famille Masséna-d’Essling, est un enchantement pour l’œil. J’avoue avoir un faible pour l’immense salle à manger prolongée par un majestueux bow-window tamisant l’exubérante luminosité de la Méditerranée toute proche pour mieux la laisser caresser l’austérité massive du mobilier.

Après avoir ainsi déambuler, on peut rejoindre le premier étage où se trouve un véritable musée d’Histoire régionale. Cette appellation, souvent synonyme de pédagogie poussiéreuse, me fait généralement fuir. Rien de tel ici. Dans l’enfilade de salles, on trouve un joyeux mélange d’objets, d’affiches, de mobiliers, de peintures, de photos qui célèbrent, chacun à leur manière mais sans façon, l’identité niçoise : de quoi farfouiller sans contrainte dans la mémoire du Comté de Nice.

On y trouve aussi bien une harpe à pédales exposée triomphalement dans un vaste écrin de miroirs, qu’un photochrome de 1900 représentant une vue depuis le Mont Boron ou une maquette du Casino de la Jetée-Promenade. Ce dernier, véritable star du Musée, est présent un peu sous toutes les formes : peintures, dessins, affiches… ce qui ne fait que souligner l’absence contemporaine d’un véritable symbole identifiant la ville de Nice, n’en déplaise à Sosno (la Tête carrée) ou Venet (l’Arc).

Au hasard des salles, on trouve aussi des affiches officielles aux accents délicatement désuets. Ainsi l’arrêté du maire Malausséna du 27/06/1887 : « A l’avenir, le dépôt, le stationnement et l’entretien des lapins, poules, pigeons et autres animaux de basse-cour sont défendus dans l’intérieur de la ville… ». Ou bien encore, celui du maire Goiran du 28/11/1912 : « L’accès des tramways, voitures publiques, salles de spectacles et de réunions est interdit aux personnes portant un chapeau que fixent et ornent une ou plusieurs épingles à pointe apparente si cette pointe n’est pas munie d’un "cache pointe" constituant une protection suffisante… ».

Encore un petit effort, et, par l’escalier monumental, vous atteignez le deuxième étage et ses deux salles consacrées aux délicates aquarelles d’Alexis Mossa. Mont Boron, Cimiez, Carras, Albert 1er, Port, Paillon… : une quarantaine d’œuvres – dont deux superbes couchers de soleil sur le Casino de la Jetée-Promenade, encore lui – pour une balade qui vous fera pénétrer l’âme de la cité.

Pour sortir, il ne vous reste plus qu’à traverser le jardin – Empire lui aussi – ouvert au public. Et, presque sans transition, vous retrouvez la Promenade des Anglais et son tumulte. Heureusement qu’au-delà de la double voie de circulation, la courbe de la baie…

Vous pouvez aussi visiter le Musée des Beaux-Arts Jules Chéret.

12 septembre 2009

Summer movies 2009

Cinéma Le Jaurès à Argeles-sur-mer


L’été est une période propice aux escapades cinématographiques. 2009 restera quand même un cru quantitativement limité. En effet, entre juillet et août, nous n’avons pu picorer que quatre films au Méga Castillet de Perpignan, au Pathé Werper de la place Clichy à Paris et au Jaurès, le joli petit cinéma municipal d’Argelès-sur-mer. Mais, dans l’ensemble, la pioche était bonne.

« Whatever Works », Woody Allen (USA)

Après une petite tournée européenne, Woody est de retour à Manhattan. Boris (Larry David), un presque prix Nobel de physique, quinqua bougon et un brin misogyne (une sorte de Commandant Dromard, celui qui intervient parfois sur ce blog…) va se faire apprivoiser par une jeune écervelée blonde, Lolita du Deep South (Evan Rachel Wood). Sur ce scénario vieux comme le cinéma, Woody nous trousse une comédie new-yorkaise à la fois attendrissante et désopilante. Ce n’est quand même pas « Hannah et ses sœurs » (un vrai chef-d’œuvre revu il y a quelques jours en dvd), mais c’est du pur Woody Allen, celui qu’on avait un peu perdu de vue ces dernières années.

« Jeux de pouvoir », Kevin Mac Donald (USA)

Stephen Collins est une des valeurs montantes de son parti (Démocrate ?), spécialiste au Congrès des questions de Défense. Un jour, on retrouve assassinée sa jeune assistante. Des journalistes - dont un ami d’enfance - et la police vont mener l’enquête. De fausses pistes en coups tordus, on se promène dans la machinerie du Pouvoir avant de découvrir les bons et les méchants. A moins que ce ne soient les mêmes. Le film, haletant, est efficace et crédible. Mais était-il nécessaire ? Il est, en effet, la copie conforme d’une remarquable mini série de la BBC dont il est adapté : « State of Play », le héros du film étant le clone parfait de celui de la série, député travailliste « blairiste »…

« Very bad trip », Todd Phillips (USA)

Quatre copains se paient une virée à Las Vegas pour enterrer la vie de garçon de l’un d’eux. L’originalité du scénario repose sur le fait que les protagonistes se réveillent, au début du film, en ne se souvenant de rien car l’un d’entre eux avait glissé une drogue dans le premier cocktail du week-end. Du coup, ils doivent trouver et… trouveront une explication au bébé coincé dans leur armoire, au tigre qui déambule dans la salle de bain et au Chinois tout nu et tout furieux qui surgit du coffre de leur voiture. Sans parler de la dent qui manque au plus ahuri de la bande. Burlesque, souvent drôle, « Very bad trip » a été plébiscité par le public et baptisé « comédie de l’été ». Pourquoi pas ? Mais on attendra quand même l’automne avec une certaine impatience.

« Millenium », Niels Arden Oplev (SUE)

La lecture du best seller m’avait laissé froid (pour un polar scandinave, c’était peut-être normal…), mais la même histoire filmée avec rigueur est beaucoup plus intéressante. Les paysages (désolés), les acteurs (inconnus), le rythme de la mise en scène (nerveux) en font un film policier exotique et quelque peu vénéneux.

A l’été prochain…

09 septembre 2009

Les Bongo du PS

La mollesse gênée des responsables du PS est pratiquement un aveu : la fraude électorale lilloise au moment du vote pour la désignation de la Première secrétaire, décrite par deux journalistes, Antonin André et Karim Rissouli, dans leur ouvrage : « Hold-uPS, arnaques et trahisons », semble avérée. En réalité, ils ne font que porter sur la place publique ce qui était depuis longtemps un secret de Polichinelle dans les milieux dits bien informés. Selon une technique digne de l’Iran des ayatollahs ou du Gabon des Bongo, le vote des sections de la ville de Martine Aubry a servi de réservoir pour ajuster le résultat national du vote.

Cette nouvelle m’attriste parce que j’avais beaucoup d’estime pour Martine Aubry ministre et maire de Lille et que j’aurais probablement voté pour elle si j’avais été membre du PS à ce moment-là.

Mais si elle m’attriste, cette vraie-fausse révélation ne me surprend pas car elle me renvoie à une situation similaire dont j’avais été victime au sein de la Fédé 06 il y a déjà quelque temps.

Nous étions à la fin des années 90 et l’on votait pour désigner le premier secrétaire des Alpes-Maritimes. Candidat, je perdais de justesse fasse à un concurrent présenté pourtant comme largement favori et c’est tout à fait sereinement que j’acceptais le verdict des urnes militantes. Or, quelques mois plus tard, un responsable socialiste qui occupe aujourd’hui de très hautes fonctions à la Fédération m’annonça benoîtement avoir inversé les résultats du vote de « sa » section quand il avait vu que j’étais en position de gagner, au nom, bien sûr, des intérêts du Parti : « Tu comprends, ton élection aurait posé un problème politique » (traduction : je n’étais pas de la « bonne » tendance).

Trop bon soldat à l’époque, je n’avais pas réagi pour ne pas donner du grain à moudre « aux ennemis du Parti ». Aujourd’hui, je pense que j’ai eu tort, car tout est allé de mal en pis par la suite. Du coup, même si je ne suis pas – loin s’en faut – l’un de ses partisans, je conseille à Ségolène Royal de ne pas laisser passer. Même au nom des intérêts supérieurs de je-ne-sais-quoi. Il ne faut pas transiger avec les valeurs fondamentales qui fondent le pacte républicain.

Plus prosaïquement, j’espère aussi que cette pitoyable révélation rendra définitivement muets sur le sujet les militants qui, souvent de bonne foi, me disent : pourquoi en 2007 ne t’es-tu pas présenté aux investitures internes ? Ajoutant souvent : tu avais tes chances !

Je persiste et signe : j’avais raison d’être persuadé du contraire. Leader du PS sur Nice depuis 2001, je n’avais toujours pas réussi à obtenir la liste des adhérents socialistes de la ville… Aussi, c’est tout à fait légitimement que je pouvais imaginer, tapis dans l’ombre, une section et son vote « d’ajustement » prêts à jouer leur partition dans la chronique d’une défaite annoncée.

06 septembre 2009

Une nouvelle claque pour Biscarra


Election partielle du 6e canton de Nice :
NC-UMP : 40,54%
PS : 15,38%
VERTS : 8,18%
PC : 7,62%


Un PS atomisé par la majorité départementale, contesté par les Verts qui réalisent leur meilleur score sous leur propre bannière, titillé par les communistes tout ragaillardis depuis qu’ils ont repris leur liberté à la mairie : cette élection se révèle être une nouvelle déroute pour la Fédé PS 06 de la rue Biscarra.

Pour mémoire, candidat du seul PS sur ce canton en 1994 en pleine déprime socialiste nationale (Balladur était à la tête du gouvernement après les législatives catastrophiques pour la gauche de 1993) et avec une notoriété encore faible, j’avais tout de même fait 20,5% (en 2001, Pierre Laigle, avec 19,5% avait maintenu la position).

Mais les troupes de Patrick Allemand vont devoir boire le calice jusqu’à la lie car, comme me l’a confirmé un responsable des Verts croisé vers 21 heures à l’école Fuon Cauda, les écologistes n’appellent pas à voter PS au second tour. On peut les comprendre.

Municipales catastrophiques, 12e canton perdu, groupe municipal « dispersé façon puzzle », PC hostile, Verts furieux : si Michel Vauzelle veut garder la Région PACA, il sait ce qu’il lui reste à faire… au moins dans les Alpes-Maritimes.

Pour conclure, un petit mot pour Fabien Bénard : avec une droite conquérante et une gauche divisée en pleine concurrence, c’était pratiquement mission impossible. Reste une campagne citoyenne, pédagogique et digne. Pour le Républicain que je suis, c’est un beau reste.

Le détail des résultats sur le blog de Dominique Boy-Mottard.

03 septembre 2009

Le sirop Typhon des primaires...

« Buvons, buvons, buvons
Le sirop Typhon, Typhon, Typhon,
Universelle panacé-é-ée… »

On se souvient de « l’inoubliable » refrain de Richard Anthony. Avec le débat sur les primaires, on a effectivement l’impression que le PS a trouvé l’Universelle panacé-é-ée…

Alors qu’il ne me semble pas avoir entendu un seul commentaire pertinent des porte-parole du Parti sur des événements mineurs comme la victoire du centre-gauche au Japon ou sur l’accord en voie de finalisation entre la Turquie et l’Arménie, nous sommes sursaturés de petites phrases et de grandes gesticulations sur ces fameuses primaires.

Passons sur les détails d’organisation d’un tel happening (qui ? comment ? quand ? où ?) même si on a conscience que le diable adore se planquer parmi eux. Examinons plutôt les effets de la potion magique quand elle a été utilisée.

En Italie d’abord. La première fois, la primaire, techniquement réussie, n’a fait que confirmer le candidat qui était prévu de longue date. La victoire sur le fil du rasoir qui s’en est suivi fut génératrice de crise et la coalition des partis qui s’étaient mis d’accord sur la procédure éclata à la suite du désaccord sur la politique appliquée. Après la deuxième primaire, la crise n’eut pas le loisir d’éclater car une défaite humiliante contre la droite de Berlusconi était au rendez-vous.

Aux Etats-Unis, on est bien entendu fasciné par la réussite d’Obama. Mais qui peut nier la spécificité du système politique désidéologisé des USA ? Un système capable du meilleur comme du pire : n’oublions pas les investitures de démagogues analphabètes comme Reagan ou Bush.

En France même, on peut citer l’exemple de 2007. En effet, l’investiture PS avec les « adhérents à 20 € » ressemblait à s’y méprendre à une primaire. On a vu le résultat : Ségolène Royal battant DSK et Fabius. Sans commentaire. Circonstance aggravante : beaucoup ont voté Royal car, en tête des sondages, c’est elle qui avait le plus de chances de l’emporter. On touche là un autre effet pervers des primaires : on ne vote pas pour celui qui est le meilleur mais pour celui qui paraît avoir le plus de chances de gagner.

Une preuve de plus que primaires et sondages sont les deux mâchoires du même piège à cons.

Au lieu de chercher l’Universelle panacée à travers cette invention microcosmique des primaires, le PS ferait mieux de « profiter de la crise » pour ouvrir des perspectives, avec un projet crédible s’appuyant sur une critique anthropologique sans concession de l’économie financière et des propositions sur les grandes questions que sont l’avenir de la protection sociale, les retraites, l’éducation, la culture, les rapports Nord-Sud, l’Europe, le développement durable débarrassé des colifichets de la mode…

Et tant qu’à se focaliser sur la machinerie et le fonctionnement du système politique, le débat sur le cumul des mandats me semble cent fois plus signifiant que celui sur les primaires.

Oui, mais là, on touche aux intérêts des élus cumulards et de leurs commensaux. Gageons que sur cette question, pourtant courageusement posée par Martine Aubry, on se contentera brouiller les pistes avec de la poudre de Perlimpinpin…

01 septembre 2009

Nous sommes tous des Comoriens de la diaspora



« Nos frères… nos sœurs… ». L’émotion est palpable dans mon bureau du Conseil général quand Monsieur M., un des responsables nationaux de la diaspora comorienne, évoque les 153 personnes qui ont disparu, englouties par l’océan, lors de la catastrophe aérienne de la Yemenia au large des îles Comores, le 30 juin dernier.

Mais, derrière la détresse, la colère gronde car la fatalité n’est pas vraiment responsable de ce drame trop prévisible. Monsieur M. m’explique que, depuis des années, notamment à travers l’association « SOS Voyages aux Comores », ses compatriotes dénoncent la véritable prise d’otages ourdie par la compagnie Yemenia avec la complicité des autorités de leur propre pays.

Pour un voyage facturé au prix fort, les Comoriens de Nice ou de Marseille ont le droit de se taire. Ils subissent les horaires fantaisistes d’une compagnie qui n’hésite pas, à l’étape de Sanaa (Yemen) à échanger les appareils convenables utilisés dans l’espace aérien européen avec des avions poubelles « bout de ligne » tout en traitant les passagers de façon humiliante.

Or, sur les Comores, le monopole de Yemenia est quasiment garanti par les autorités dont on peut supposer qu’elles tirent quelques avantages de la situation. Inconscience mercantile et corruption aveugle mettent en péril la vie de milliers de Comoriens chaque année.

Aussi, le 30 juin est plus la conséquence de cette collusion insensée qu’un véritable accident. Et depuis, malgré quelques larmes de crocodile, rien n’a changé. Un haut responsable comorien, acculé par mon interlocuteur, a même proféré des menaces en public contre lui et par trois fois : « Toi, tu ne mets pas les pieds aux Comores ».

Sur le plan local, Monsieur M. se félicite de la réactivité du ministre Estrosi et de Gauche Autrement qui est le seul groupe d’opposition à avoir manifesté une solidarité active.

Au-delà de toute couleur politique et de toute chapelle, les Français ont le devoir moral d’aider la diaspora à mettre la compagnie aérienne, le pouvoir comorien et peut-être même aussi les autorités européennes en face de leurs responsabilités. Il me semble que cette obligation est encore plus forte pour nous les gens du Sud, ce Sud où la communauté comorienne est à la fois très présente et très intégrée.

Pour ma part, je n’oublierai jamais que c’est dans un foyer comorien de la rue Gutenberg que j’ai passé en 2004 ma dernière soirée avant ma réélection. C’est aussi en souvenir de ce beau moment que je confirme à mon interlocuteur notre volonté, avec Dominique, de nous engager fortement sur ce dossier.

Contre la Yemenia, contre le pouvoir de Moroni, nous sommes tous des Comoriens de la diaspora…

30 août 2009

J'aime le musée des Beaux-Arts Jules Chéret



De tous les musées de Nice, il en est un qui a toute ma tendresse : le musée Chéret. Ce n’est pas le plus célèbre ou le plus fréquenté, mais c’est un musée à l’ancienne, comme il en existe de moins en moins.

Parquet ciré, personnel gentil et discret, public familial, absence de bornes interactives et d’audio-machinchouette qui « salamisent » votre plaisir… Vous circulez au hasard, sans logique, au milieu d’œuvres d’époques, d’origines et parfois d’intérêts très divers.

Comme souvent en ces lieux, vous trouvez des espaces insolites, spontanément ludiques, comme ce palier aux miroirs entre deux étages où votre silhouette est indéfiniment reproduite dans le cadre majestueux de l’escalier monumental.

La visite vous offre ainsi plein de surprises artistiques car, contrairement à ce qui se passe dans les musées de grande renommée, vous n’attendez pas telle ou telle œuvre, mais vous acceptez de vous laisser surprendre.

Ainsi, la superbe salle Raoul Dufy où l’on trouve le meilleur des peintures azuréennes de celui qui, depuis 1956, dort dans le cimetière de Cimiez. Pêle-mêle, vous découvrez aussi l’émouvante vierge d’humilité, sculpture en bois du XIVe siècle, des Bréa, des Van Loo, un Fragonard, l’étonnante série de portraits féminins de Mossa (voir le tableau « Elle » notamment), un Bonnard, un Vuillard, des Van Dongen, sans oublier bien sûr les élégantes compositions de Jules Chéret et beaucoup d'autres oeuvres...

A la sortie d’une salle du deuxième étage, vous croisez le regard d’aquarelle d’une jeune fille de Marie Laurencin qui, en cette fin de mois d’août semble attendre, comme il se doit, l’été indien.

Enfin, au rez-de-chaussée, ne ratez pas, au moins pour le nom de l’artiste, « La servante de harem » de Paul-Désiré Trouillebert (j’adore ce nom !).

Cette balade (gratuite) pleine de surprise s’effectue de surcroît dans un cadre magnifique. Intérieur comme extérieur, le bâtiment vaut à lui seul le déplacement, surtout si vous avez la bonne idée d’arriver par le bas du petit parc qui entoure le musée depuis la ZAC Chéret.


Musée des Beaux-Arts, 33, avenue des Baumettes, 06000 Nice (04.92.15.28.28). De 10 h à 18 h, sauf le lundi.

27 août 2009

Les limites anthropologiques du capitalisme de marché

Très intéressante contribution de Pascal Lamy, directeur général de l’OMC… et militant socialiste, dans le cadre du débat sur la crise de la social-démocratie lancée par le journal Le Monde.

Pour lui, la crise touche l’ensemble de la social-démocratie européenne : « la faiblesse idéologique dont ils [les socialistes français] souffrent s’est plutôt étendue aux autres socialistes européens… ».

Aussi, il est urgent que cette gauche européenne remette à jour sa critique du capitalisme de marché sur la base de trois clivages avec la droite : la traditionnelle opposition liberté/égalité, avec son prolongement marchand/gratuit (on peut rêver à cette occasion d’une vraie réflexion de gauche sur la place de la Culture), et l’émergente contradiction économie/anthropologie.

C’est sur ce dernier clivage que, selon lui, la gauche doit engager une réflexion de fond à la fois « plus critique et plus sophistiquée ».

C’est ainsi que sur les limites écologiques du capitalisme, la gauche doit s’engager sans complexe car, « si la concurrence est le concept fondamental de la droite et la solidarité celui de la gauche, l’écologie est une dimension de la solidarité… ». Mais, plus profondément, pour Pascal Lamy, il faut réfléchir à la limite anthropologique du capitalisme de marché, car « celui-ci met une pression trop forte sur l’individu ».

Pour ma part, depuis le triomphe du capitalisme financier à l’anglo-saxonne sur le capitalisme rhénan qui, malgré ses insuffisances, pouvait cohabiter avec une certaine forme de social-démocratie, j’ai toujours été persuadé que la gauche institutionnelle ne pouvait faire l’impasse sur cette réflexion de fond si elle voulait encore être utile.

Du coup, pour mieux comprendre « les enjeux d’identité, de sentiment d’appartenance, de culture et de civilisation qui ont été négligés jusqu’à présent », les anthropologues et les sociologues seront plus utiles, au moins dans un premier temps, que les juristes et les économistes.

On est bien loin du débat surjoué et nombriliste des primaires…

25 août 2009

A propos du 6e canton…

Décidément, à Nice, on vote beaucoup et aux dates les plus improbables… Après « l’élection – pont du 1er mai » (12e canton), voici « l’élection – prérentrée scolaire ». On comprend aisément les raisons politiciennes qui président à ce type de choix, mais on ne peut que regretter ces dénis de démocratie qui visent à fabriquer sciemment de l’abstention. Au final, personne ne sera gagnant.

L’annulation elle-même n’est pas non plus une bonne nouvelle pour la démocratie au sens où nous l’entendons à Gauche Autrement. La décision du Conseil d’Etat sanctionne une faute minime dans la présentation des comptes de Jean-Pierre Mangiapan. Cela veut dire que même un élu chevronné (ô combien !) peut être dépassé par la complexité des règles qui, désormais, encadrent les campagnes électorales. A terme, il faudra que les candidats, en plus de l’expert-comptable, aient recours à de véritables spécialistes en droit électoral. Ce qui condamne presque à coup sûr, pour des raisons financières, les candidats indépendants des appareils subventionnés par les fonds publics.

Sur le contexte politique de l’élection, le moins que l’on puisse dire est qu’elle risque d’être difficile pour l’opposition.

Tout d’abord, parce que la droite présente un bon candidat dont nous avons pu, en tant qu’élus, vérifier l’efficacité dans son poste d’adjoint aux écoles.

Ensuite et surtout, à cause de l’attitude de la Fédé PS 06, une fois de plus serait-on tenté de dire

Alors que Martine Aubry, Vincent Peillon il y a encore deux jours, et bien d’autres leaders nationaux font de vibrants appels au rassemblement de la gauche, les socialistes locaux présentent un candidat dans un canton où la gauche des appareils était représentée la dernière fois par les Verts. On imagine le trouble provoqué par cette décision, même au sein du PS. Un universitaire, responsable fédéral, n’a-t-il pas d’ores et déjà décidé de soutenir Vincent Péchenot dès le premier tour ?

De plus, les deux candidats présentés illustrent jusqu’à la caricature les dérives de l’appareil PS. Entendons-nous bien : le candidat et sa suppléante ont de grandes qualités. Ils sont jeunes, sympathiques et peuvent se révéler brillants. Mais, pur produit du système, ils n’ont jamais eu d’activités professionnelles indépendantes de leur engagement politique. Du coup, leur expérience et leur notoriété sont faibles en dehors du microcosme. Et ils sont tous deux très liés à la Région : le candidat, en étant le principal collaborateur (salarié) du vice-président, la suppléante, en étant conseillère régionale (élue sur liste). S’ils perdent cette élection, leur défaite sera celle de la Région et de Michel Vauzelle. A quelques mois de l’échéance décisive de mars 2010, c’est pour le moins maladroit…

Surtout qu’à gauche, la concurrence sera vive. En effet, à côté du candidat Vert parfaitement légitime aux yeux des électeurs avec une suppléante XXL en la personne de Mari-Luz Nicaise, on trouve l’excellente conseillère municipale Emmanuelle Gaziello (avec toutefois un suppléant d’extrême gauche).

Pour ma part, dans cette élection, je soutiendrai Fabien Bénard du MoDem, car cette formation politique avait été la seule à soutenir notre démarche dans le 12e canton. Et je ne suis pas un adepte de la mémoire courte en politique.

Fabien a le profil des candidats que nous aimons bien à Gauche Autrement. Il n’est pas un OGM de la politique, il a une vraie profession qui lui permet d’avoir une connaissance approfondie du terrain. C’est un militant associatif et politique qui n’a pas attendu d’avoir un mandat pour être très présent dans la vie de la cité. Il a la fibre sociale…

Ce sera donc en pleine cohérence avec ce que nous disons et faisons depuis deux ans que j’aiderai Fabien dans un canton où je fus jadis… candidat !

23 août 2009

La Bulgarie de Michel Petkov


Terminer la partie active de notre voyage par la Bulgarie était à la fois un hasard géographique et une nécessité sentimentale. Nous avons eu tant d’amis dans ce pays et partagé tant de moments rares avec eux qu’il est devenu une sorte de seconde patrie.

Déambuler, dès la frontière passée, dans les rues de Ruse en s’imprégnant de l’indolence ambiante permet déjà de retrouver quelques repères. Plus tard, une cigogne sur la cheminée d’une maison danubienne, la statue de Christo Botev sur la grand-place de Vraca, l’or de la cathédrale Alexandre Nevski et la fraîcheur du Mont Vitocha, font retrouver les autres.

Mais passer par ici, c’est aussi et peut-être surtout le bonheur de revoir notre ami Michel Petkov et sa femme Roumi. La Bulgarie que nous aimons, ce n’est pas n’importe quelle Bulgarie, c’est celle de Michel.

A dix-neuf ans, jeune militant social-démocrate, il combat le stalinisme et est enfermé dans la forteresse-prison de Veliko Tarnovo par les communistes. Il y retrouve l’intelligentsia du pays et pourra ainsi, pendant les neuf ans que durera son incarcération, dans des conditions pourtant difficiles, se forger les outils théoriques de son engagement de jeune homme.

Libéré en 1959, il peut, quelques années plus tard, suivre des études à l’Université où il rencontre sa femme. Cultivé et francophile, le couple reste en contact avec de nombreux sociaux-démocrates. D’où une certaine effervescence intellectuelle qui, avec le bonheur familial (une petite Milena va naître de leur union), équilibre la marginalisation politique et sociale.

En novembre 1989, l’impensable arrive à la suite de la chute du Mur de Berlin : le dictateur communiste Jivkov est obligé de démissionner. Avec ses amis, Michel ressuscite le vieux parti social-démocrate. C’est à cette époque que nous faisons sa connaissance à Sofia.

Michel, sexagénaire toujours souriant, conteur né, est resté l’homme de gauche qu’il a toujours été. Malgré les épreuves, cet humaniste n’a ni haine, ni rancœur. Il nous rendra rapidement visite à Nice où il animera un débat au CLAJ de Scudéri, sur la transition à l’Est, organisé par notre section Nice centre du PS dirigée par Gérard Corboli. Quelques jours plus tard, nous nous retrouvons à Ramatuelle pour l’Université d’été et Edith Cresson, alors Premier ministre, l’invitera à la tribune pour une standing ovation.

Parallèlement, en Bulgarie, il devient député de Shumen, une petite ville de l’Ouest du pays avec une forte minorité turque. Le nouveau député nous ouvre les portes de l’Assemblée Constituante et nous fait les honneurs de sa circonscription.

Puis, le Gouvernement le nomme ambassadeur en Espagne, poste-clé s’il en fut car le roi Siméon est précisément réfugié à Madrid. Nous serons les hôtes de cette ambassade de style soviétique où le maître de lieux nous raconte ses premiers pas dans la diplomatie. Ce qui est souvent très drôle et toujours passionnant.

Puis ce sera, pendant cinq ans, l’ambassade en Tunisie. Il est encore en poste quand le roi Siméon, sur le point de devenir… Premier ministre, lui demandera d’intégrer son équipe. Fidèle à ses valeurs, Michel décline la proposition. Puis c’est la retraite et la rédaction, encore inachevée, de Mémoires très attendues.

Les néo-communistes ayant réussi leur OPA sur la social-démocratie avec la complicité de l’Internationale socialiste et du PS français, Michel a pris ses distances avec la politique active tout en restant un spectateur engagé. Avec Roumi, il suit avec passion l’actualité internationale. Il me confie même être un lecteur régulier et attentif de ce blog… Imaginez ma fierté !

Pendant deux soirées, nous l’avons retrouvé physiquement inchangé, toujours aussi ferme dans ses convictions. L’écouter expliquer avec passion le passé, s’interroger sur les incertitudes du présent et pourtant toujours espérer, est un de ces petits moments de grâce qui vous rendent meilleurs.

Demain, ce sera le retour, deux longues journées sur la « 66 Yougo » et les autoroutes italiennes, pour boucler les 9000 kilomètres de ce très long voyage. Mais ce retour sera léger car nous aurons encore en mémoire la formidable leçon de liberté délivrée par Michel Petkov, notre ami bulgare.

Cliquez pour Forrest à Sofia

Sur le même sujet, voir Soir d'été à Sofia sur le blog de Dominique Boy-Mottard.

19 août 2009

La Gagaouzie n’a pas de frontière



Musique et danse sur la grand-place, accordéon et violon, Tati chez Kusturica : à Comrat, c’est la fête au village.

Pourtant, ce village-là est une capitale : celle de la Gagaouzie ; région dotée d’une très grande autonomie, la Gagaouzie est peuplée de turcophones de religion… orthodoxe, pas très synchrones avec la majorité roumaine de Moldavie.

Du coup, en 1994, après l’indépendance et quelques échauffourées, les Gagaouzes ont arraché au gouvernement central un statut qui leur permet de développer leur culture et leur économie sans être obligés de créer le dernier état confetti de la région.

Sur la place, la fête bat son plein et, si le rythme des mélopées est plutôt oriental, l’ambiance, elle, est russophile – un drapeau de la sainte Russie passe de main en main – voire « sovietophile » - la place donne sur la rue Lénine, axe central de la ville.

Peu importe : la position des 170 000 Gagaouzes semble sage car elle leur permet d’attendre l’Europe lovés bien au chaud dans le cocon moldave.

Plus risquée est la position des Moldaves russes de Transnistrie. Ceux-ci, au nom de l’histoire et de la culture, se sont placés sous la protection de Poutine qui poursuit méthodiquement dans la région son projet de Grande Russie encouragé par l’attitude munichoise des gouvernements européens (on se souvient des gesticulations de notre Président l’été dernier). Ils se condamnent ainsi à être dirigés pour longtemps par d’arrogants mercenaires qui ne voient pas beaucoup plus loin que le capot de leur 4X4 BMW.

Ces questions d’autonomie et/ou d’intégration dans la nation moldave n’intéressent plus les juifs depuis bien longtemps. Jusqu’à la deuxième guerre mondiale, le ghetto de Chişinău était l'un des plus importants de l’Europe de l’Est. La Shoah, dans une ville qui avait encore connu un pogrom en 1903, a réduit la communauté de 15% à moins de 3% de la population.

Marcher dans les herbes folles qui courent entre les tombes abandonnées de l'immense cimetière juif au nord-ouest de la ville, déchiffrer les noms et essayer de comprendre les destins individuels nous a, comme il y a deux ans à Cracovie, remplis d’une infinie tristesse et d’une irrépressible colère. Puissent-elles, l’une et l’autre, ne jamais s’éteindre.

18 août 2009

E viva Moldova !


Faire de la Moldavie - ce petit morceau de Roumanie annexé par Staline et devenu indépendant un peu à l’insu de son plein gré après l’éclatement de l’URSS - le point ultime de notre voyage, ne relevait pas de l’évidence.

Nous avions en fait trois raisons pour qu’il en soit ainsi (si l’on met de côté la presque homonymie avec la Syldavie de Tintin !).

- Nous avions snobé le pays à l’époque de Brejnev, en le traversant en voiture de retour d’un voyage à Moscou, sans lui accorder la moindre attention.

- C’est le pays de Tania, qui a longtemps fréquenté les vendredis du 3 avenue Cyrille Besset quand elle habitait le quartier et qui est actuellement membre de « Gauche autrement ».

- Les douaniers transnitriens de la frontière Est nous avaient grossièrement refusé l’entrée dans le pays il y a deux ans, à notre retour d’Ukraine.

Aller en Moldavie relevait donc de la réparation, de l’hommage et de… l’esprit de revanche !

Après un peu plus de 24 heures dans le pays du tournesol, nous pouvons ajouter d’autres motifs de satisfaction.

Dès le franchissement de la frontière, nous avons trouvé des paysages à la fois bucoliques et immaculés. De l’Arménie à la Lituanie, de la République tchèque à l’Azerbaïdjan, j’ai parcouru une bonne partie de l’ancien monde dit socialiste. C’est la première fois que je roule ainsi dans un paysage qui n’est pas souillé par les épaves rouillées ou bétonnées du système soviétique.

De la verdure à perte de vue, des cultures à dimension humaine, des troupeaux en liberté, des villages coquets… la Moldavie a de la chance d’avoir été ménagée par Moscou qui voulait en faire un grand parc national pour nomenklaturistes.

La ville de Chişinău fut une autre bonne surprise. Juste avant d’arriver, nous avions lu dans un guide pourtant pas toujours fiable que la capitale moldave était la ville de conception soviétique la plus réussie. Les auteurs de l’ouvrage ont raison. Là aussi, la nature généreuse, les nombreux parcs, les arbres omniprésents dans les avenues et même les rues font un écrin à l’architecture stalinienne des nombreux bâtiments publics qui, du coup, passent inaperçus. Parfois même – osons le paradoxe –, ils les mettent en valeur.

Si on ajoute le site d’Orheiul Vechi et ses paysages bibliques, les couleurs vives des maisons et des églises, et la qualité du vin (celui que nous avons bu le soir de notre arrivée était supérieur à celui de Bucarest vanté dans le post précédent), nous sommes convaincus que la Moldavie ne sera pas le gadget de notre voyage mais un de ses plus beaux fleurons.

Du coup, je n’ai pas envie ce soir de parler des problèmes politiques (nombreux et significatifs) qui accablent le pays. On verra cela plus tard…

17 août 2009

Une prom pas classic à Bucarest

Hôtel Intercontinental et Hommage aux héros de 1989

Sans être des familiers de la capitale roumaine, nous avons, au fil du temps, tissé des liens particuliers avec cette ville de Bucarest si souvent chahutée par la géographie (tremblement de terre) et l’histoire…

Ainsi, nos premiers séjours sous le communisme, le climat très lourd, la « Securitate » omniprésente, mais aussi des moments de grâce comme cette promenade en barque sur le lac Herastrau.

Ce fut également notre présence sur place tout de suite après la révolution de 1989, au rythme d’une lambada promue hymne officiel. Avec, notamment, cette nuit de Pâques magique, la première après la chute du régime où, avec Georges, notre ami roumain un peu porté sur la religion, nous avons fait le tour des petites églises orthodoxes de Bucarest qui venaient de rouvrir après quarante années de stalinisme.

C’est pourquoi, un léger entraînement matinal m’a semblé être une bonne idée pour renforcer cette intimité avec la ville en mixant, au fil des kilomètres, souvenirs personnels, lieux historiques et sensations nouvelles. C’est aussi pour moi un moyen d’éviter de prendre trop de retard sur le couple infernal Laurent-Clotilde et sur l’ami Claudio en prévision du marathon de Nice !

Il est donc un peu moins de six heures quand je m’élance de l’hôtel dans la Calea Victorei, fièrement vêtu de mon T-shirt orange « Prom classic ». Très vite, je traverse la place de la Révolution, jetant au passage un regard sur le balcon de l’immeuble de l’ancien Comité Central du PC rendu célèbre par les télévisions du monde entier quand elles ont montré le dictateur Ceauşescu perdant pied devant une foule qui se mettait enfin à crier sa colère. Un peu plus loin, je fais le tour de la place Victorei au style mi-Mitteleuropa, mi-stalinien, fréquent à Bucarest. Tout de suite après, je cafouille un peu malgré un road book digne de Daniel Elena préparé la veille. Je récupèe toutefois le trajet et me retrouve comme prévu sur la sympathique place Romana. Puis, c’est l’enchaînement de boulevards d’une largeur invraisemblable : six à huit files de circulation de front. Le coureur se sent tout petit malgré le trafic somme toute réduit de ce dimanche matin.

A l’heure de course, j’arrive sur les trois kilomètres du boulevard Unirii, les Champs Elysées du Conducator, la voie royale conduisant à l’incroyable Palais du parlement, deuxième bâtiment au monde par sa grandeur après le Pentagone. Depuis ma dernière visite, il a pris un coup de vieux, mais constitue toujours le symbole éclatant des dérives du communisme stalinien.

Le retour se fait par la célèbre place de l’Université, dominée par l’hôtel Intercontinental où Georges nous montrait les caches depuis lesquelles les militaires du régime tiraient sur les étudiants en 1989.

Cet hôtel est aussi le théâtre d’une anecdote personnelle. Dans les années soixante-dix, je me souviens avoir profité un peu cyniquement d’une des nombreuses pannes d’électricité pour refiler au bureau de change de l’Intercontinental des billets de banque… souillés par de l’huile d’olive dont la bouteille s’était malencontreusement renversée dans notre Renault 5 et qu’on avait refusé de nous changer aux frontières comme s’ils étaient faux. A une époque où il n’était pas question de cartes de crédit, ce subterfuge nous a probablement évité un retour… en stop !

L’heure et demie de course est dépassée quand je remonte le boulevard Regina Elisabeta en direction de l’hôtel. Je passe à deux pas du restaurant où, la veille, nous avons excellemment dîné en buvant une bouteille d’un très bon vin rouge roumain en compagnie de Pascale, une étudiante stagiaire française rencontrée dans l’après-midi.

Une fois revenu à mon point de départ, je m’aperçois que c’est plus de treize kilomètres de j’ai au compteur. La Prom classic de Bucarest a été plus longue que celle de Nice. Le taux de change kilométrique s’est donc révélé très avantageux…

Forrest Gump dans la Calea Victorei

14 août 2009

Road movie au Kosovo




CARNET DE VOYAGE N° 5

Jeudi 13 août. Avec pour seul viatique les mails de ma cousine Christine qui vient de passer avec son mari, coopérant, deux ans dans le pays, nous voilà partis à travers le Kosovo, ce petit état qui s’est auto-proclamé indépendant l’an dernier pour exorciser la guerre cruelle d’il y a dix ans. Déjà.

9 heures. Sur les hauteurs de Pristina, nous sommes devant la tombe blanche d’Ibrahim Rugova, le « Gandhi des Balkans ». La simplicité du décor sied bien à celui qui a su porter la revendication de dignité du peuple albanais. J’ai toujours admiré cet homme encore jeune qui s’habillait étrangement comme un retraité frileux et qui, sans bruit et sans violence, avait organisé une société albanaise parallèle aux structures officielles dictées par la Serbie de Milošević.

10 heures. En compagnie de soldats slovènes de la KFOR – qui protège les lieux – nous sommes sur la tour qui domine la plaine de Kosovo Polje au niveau du Champ des merles où, le 28 juin 1389, les Serbes furent battus par les Turcs mais trouvèrent en eux suffisamment de force morale pour faire de cette défaite le mythe fondateur de la Nation serbe. Ce qu’il est toujours aujourd’hui.

11 heures. Cette fois, c’est en franchissant le barrage souriant de soldats suédois (toujours de la KFOR) que nous pénétrons dans le monastère de Gračanica, une merveille de l’architecture médiévale. Mais ce lieu de pèlerinage est surtout au cœur de l’orthodoxie serbe. D’ailleurs, la rencontre inopinée d’un convoi funèbre orthodoxe (caractéristique, avec le cercueil ouvert) achève de nous convaincre que nous sommes dans une enclave de la minorité.

16 heures. Après avoir emprunté la route du sud-ouest, nous arrivons à Prizren. L’ambiance de la ville est orientale et l’on a l’impression d’être dans un petit morceau de Turquie en territoire kosovar. Sur la route de Pristina à Prizren, on peut voir, à flanc de montagne, quelques-uns de ces petits villages mille fois apparus à la télévision au moment de la guerre et qui dès l'été précédant l'invasion, étaient contrôlés par l’UCK. D’ailleurs, de nombreux monuments rendent hommage aux combattants de cette organisation dans les agglomérations que nous traversons.

19 heures. Nous sommes remontés par la route du Nord de ce pays grand comme un département français pour passer symboliquement le pont de Mitrovica. La ville est pratiquement coupée en deux entre Albanais et Serbes. La ligne de démarcation passe sur un pont qui enjambe la Sitnica. C’est sur ce pont qu’en 2004 puis 2008 se sont déroulés des affrontements sanglants provoquant de nombreuses victimes. Discrètement, nous passons en voiture du côté serbe, malgré les recommandations du ministère français des Affaires étrangères qui déconseillait plutôt la chose. En fait, rien de spécial à noter, à part l’ambiance lourde attestée par la présence de nombreux soldats internationaux et policiers locaux. En nous promenant le long de la rivière, nous sommes quelque peu atterrés par ce nouveau Mur de Berlin en devenir.

21 heures. La boucle est bouclée, nous sommes de retour à Pristina. Le périple s’achève par une quarantaine de kilomètres effectués de nuit ce qui, ici, est assez hasardeux. Il faut dire, en effet, qu’à côté d’un conducteur kosovar, un kamikaze japonais est un trouillard coincé !

Que d’émotions en une seule journée… une journée qui est aussi une réponse à la remarque du commentateur anonyme qui a dit ici même, suite à mon précédent post, à propos du Kosovo : « L'invasion serbe du Kosovo... comment un pays peut il s'envahir lui-même ? ».

Si cette fausse question visait à refuser aux Albanais le statut de victimes, elle friserait, il faut bien le dire, le négationnisme. Par contre, si elle sous entendait que les Serbes avaient quelques arguments historiques, culturels, religieux à faire valoir sur cette région, elle était parfaitement valable, Kosovo Polje et Gračanica en attestent.

C’est aussi une façon de rappeler que, dans cette région des Balkans, chaque peuple peut prouver à l’autre qu’il est plus légitime sur un territoire donné. Ce qu’il faut éviter, c’est d’ouvrir la boîte à Pandore des justifications historiques. En laissant la Yougoslavie exploser, c’est pourtant ce que l’Europe a fait. A elle de la refermer.

Pont de Mitrovica

11 août 2009

Idris de Dologozda


CARNET DE VOYAGE N° 4

Le 5 octobre 1975, notre Renault 5 blanche pénètre, en début d’après-midi, dans le petit village albanais du sud de la Yougoslavie, Dologozda, près du lac d’Ohrid. Il s’agit pour nous de retrouver Idris et ses potes Zikri et Nazif que nous avions rencontrés l’année précédente à l’Université de Pristina. Ce fut une semaine inoubliable où nous fûmes reçus de famille en famille, changeant de toit chaque nuit, partageant repas de fête, discussions passionnées et fous rires.

Par la suite, nos relations épistolaires durèrent plusieurs années puis, le départ pour l’étranger des uns, les déménagements des autres, firent que nous nous perdîmes de vue.

Bien sûr, notre cœur battît fort au moment de l’invasion serbe du Kosovo, le temps de vérifier que le village de nos amis était situé dans la toute récente République de Macédoine.

Et nous passâmes à autre chose…

Aujourd’hui 11 août 2009, entre Albanie et Kosovo, nous avons décidé de faire étape dans la région d’Ohrid. Avec, bien sûr, une petite idée derrière la tête. « Et si on tentait le coup ? ». Sans y croire tout à fait…

Pourtant, après une heure, nous trouvons, sans grande difficulté le village et, un quart d’heure plus tard, le miracle s’accomplit : le téléphone albanais étant au moins aussi efficace que son homologue arabe, nous tombons dans les bras d’Idris. « Patrick Mottard ! Dominique Boy !». Il n’a rien oublié, nous non plus. Sans préambule, nous énumérons ensemble la chronologie de notre dernière visite. La scène est quand même un peu irréelle. Alors que ses amis ont immigré, Idris, lui, est resté fidèle au village. Il est même le responsable du bureau de poste régional où il nous reçoit.

Puis, il nous présente sa femme, son fils, sa belle-fille – qui sera immédiatement promue traductrice officielle anglais-albanais -, son petit-fils, ses nombreuses nièces… Nous retrouvons aussi son frère.

Quelques photos de 1975 attestent que nous avons légèrement changé physiquement (et « capillairement » !). Et c’est reparti comme pour une journée d’avant, entre la rivière de Struga et la forteresse d’Ohrid, le café turc et les grillades…

Au moment de la séparation, l’émotion est palpable. Mais Internet veille sur nous : grâce aux échanges multiples d’e.mails et d’adresses facebook, nous sommes persuadés que plus rien ne pourra nous séparer.